Bonjour à toutes et à tous. En espérant que les chapitres précédents vous aient plu. Bonne lecture.


La clinique de Megaton aurait fait passer la décharge de l'Abri pour une salle stérilisée et impeccable sur le plan propreté. Une forte odeur de sang prit Damian à la gorge alors qu'il refermait la porte derrière lui.

Le grésillement d'une radio se faisait entendre. Une lanterne accrochée à un mur près de la porte d'entrée projetait une faible lumière, suffisante pour permettre d'éclairer la cabane. Juste à côté de Damian, un bureau avec plusieurs dossiers et pile de papiers prenant la poussière.

Un paravent en tissu séparait l'entrée du reste de la cabane. Derrière, Damian pu y apercevoir ce qui ressemblait à une table d'opération, accompagnée d'un petit chariot sur lequel étaient disposés des ustensiles médicaux.

Des bruits de pas résonnèrent, provenant d'une pièce en face de l'entrée, masquée par un rideau troué. Un homme de taille moyenne, Noir, les cheveux blancs au ras du crâne avec une petite moustache et un collier de barbe, repoussa le rideau et regarda Damian des pieds à la tête. Il portait un t-shirt beige avec des tâche de sang, un treillis marron, des gants en latex, ainsi qu'une petite sacoche sur la hanche.

- Bonjour, je…

- Vous, vous n'avez l'air ni malade, ni sur le point de mourir, alors vous êtes en train d'enfreindre la règle numéro 1, aboya l'homme.

Damian ouvrit la bouche mais seul un balbutiement inintelligible en sorti.

- Vous êtes en train de me faire perdre mon temps. Revenez quand vous aurez une balle dans le bide ou quand vous luirait comme un réacteur nucléaire.

- Qui est-ce, Church ?

Damian reconnu la voix de Simms derrière le rideau.

- Un gamin avec une combinaison d'Abri.

- Laisse-le entrer, c'est moi qui lui ai demandé de venir.

L'homme soupira et retourna derrière le rideau. Damian lui emboîta le pas et écarta le morceau de tissu. La pièce servait de chambre. Les murs étaient vaguement décorés d'affiches d'avant-guerre jaunies, énonçant des informations médicales ou bien vantant les mérites de tel ou tel produit pharmaceutique. Plusieurs lits étaient disposés dans la pièce. Tous étaient vides à l'exception du plus proche. Simms était assis sur le vieux matelas troué. Il avait retiré son cache poussière et son pull. Un pansement était posé sur son épaule, à l'endroit où Burke l'avait touché. Juste à côté du lit, le dénommé Church, s'affairait sur un petit chariot contenant tous les outils médicaux nécessaires à une opération ainsi qu'un petit récipient en aluminium, où Damian pu apercevoir un peu de sang et un petit objet métallique écrasé.

Simms fit signe à Damian de s'approcher.

- Vous vouliez me voir ? demanda le jeune homme.

- Oui. Je voulais vous remercier. Je dois me faire vieux. Si vous n'aviez pas été là, cet enfoiré de Burke m'aurait troué la peau.

Damian, ne sachant pas quoi répondre, resta silencieux. Il repensa à la raison qui avait mené Burke à l'aborder et qui avait déclenché la fusillade.

- Burke est peut-être mort mais ça ne résout pas le problème. Tant que cette bombe sera active, vous aurez une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Alors qu'il parlait, Damian se sentit soudainement idiot. Il avait l'impression d'enfoncer une porte ouverte et était persuadé que tous les habitants de Megaton savaient que la bombe était active.

Simms ne répondit pas. Il se releva et commença à enfiler son pull et son manteau en grimaçant. Church lui conseilla de ne pas trop faire d'effort. Il grimaça encore alors qu'il tentait de remettre son fusil en bandoulière.

- Vous devriez la désamorcer une bonne fois pour toute, conclut Damian.

- Super idée, comme si on n'y avait jamais songé avant, lança Church.

Church leur tournait le dos et nettoyait ses ustensiles avec un chiffon à la propreté douteuse. Il se retourna et regarda le Shérif Simms. Ce dernier était en train d'observer Damian, l'air pensif.

- Attendez, Lucas, vous n'allez pas placer nos vies entre les mains de ce gamin ?

- A moins que vous ne connaissiez quelqu'un capable d'un tel exploit doc, je crois que ce gamin est notre seule chance. De plus je ne vois personne en ville d'assez qualifié pour une telle tâche.

- Attendez, je suis loin d'être un expert en explosif !

Damian regardait Church et Simms, convaincu qu'ils allaient éclater de rire et lui révéler que tout n'était qu'une plaisanterie. Simms s'approcha de Damian et lui tapota l'épaule amicalement.

- Ecoutez, jetez-y un coup d'œil, d'accord ? Et si vous arrivez à désarmer, cette chose, vous aurez droit à une récompense. 100 capsules ça vous irait ?

Damian était prêt à refuser l'offre quand il réalisa que la somme proposée par Simms était la même que celle demandée par Moriarty. Il n'allait peut-être pas avoir besoin de faire le sale boulot du barman finalement.

- Je vais essayer, finit par dire le jeune homme.

- « Essayer » ? Oh mon Dieu ayez pitié de nos âmes, lança Church.

Le docteur emmena son matériel dans une autre pièce, laissant Simms et Damian quitter la clinique seuls. Les deux hommes se dirigèrent vers la bombe. Le prédicateur était toujours là, à déblatérer son sermon à une petite foule.

- Dîtes, demanda Damian. Cet homme, qui est-ce ?

Il désigna le prédicateur d'un geste de la tête. Simms lui fit signe de ne pas s'inquiéter.

- C'est le Confesseur Cromwell. Il fait partie d'un culte qui se fait appeler « Les Enfants d'Atome ». Ils ont une église, juste là.

Damian remarqua une cabane en tôle surplombant la bombe et la petite foule. Le trèfle radioactif avait été peint au-dessus de la porte.

- Ils considèrent la bombe comme une divinité ou je ne sais quoi.

- Mais… Ils ne vont pas être… En colère après moi si jamais je m'approche ou si je touche à leur… « Dieu » ?

Simms éclata de rire avant de se contrôler, sa blessure le rappelant à l'ordre.

- Tout ce que vous risquez gamin, c'est que Cromwell vous assassine avec le charabia de ses sermons.

Damian lança un regard nerveux autour de lui. Il avala sa salive, persuadé que s'il s'approchait trop près de la bombe, l'un des habitants, pensant qu'il voulait la faire exploser, allait lui tirer dans le dos.

- Personne ne vous tirera dessus, si c'est ce qui vous préoccupe, dit Simms.

Le Shérif recula de quelques pas et observa Damian alors qu'il s'approchait de l'engin. De près, la bombe paraissait encore plus impressionnante. Le jeune homme commença à marcher dans l'eau qui entourait l'engin. Son Pip-Boy commença à grésiller. Damian leva le poignet et vérifia l'aiguille du compteur Geiger. Elle oscillait légèrement, pas de quoi s'inquiéter, bien que patauger dans une eau froide et légèrement irradiée, à côté d'un engin capable de le vaporiser ne lui était pas très plaisant.

Damian jeta un discret coup d'œil vers le Confesseur Cromwell, qui semblait toujours absorbé dans un de ses sermons et ne l'avait pas remarqué. Le jeune homme leva lentement les mains vers un boitier de commande. Délicatement, il retira le couvercle t et le l'écarte lentement, dévoilant un enchevêtrement de fils électriques ainsi qu'une petite console électronique avec plusieurs cadrans digitaux et voyants allumés. Chaque cadran affichait le chiffre « 9 ».

Damian observa en silence le boitier de commande. Du coin de l'œil il pouvait voir les habitants le regarder en murmurant. Ironiquement, les branchements de la bombe lui rappelaient ceux de son Pip-Boy.

Il attrapa un des fils et le laissa glisser entre ses doigts. Relié aux cadrans, le fil lui sembla être celui à sectionner. Il approcha sa main du branchement mais arrêta son geste au dernier moment. Il réalisa que s'il se trompait, l'endroit ne serait plus qu'un gigantesque cratère fumant et radioactif.

Le jeune homme passa sa langue sur ses lèvres, se remémorant toutes les heures qu'il avait passé avec Stanley à réparer des Pip-Boy et les terminaux de l'Abri. Damian déglutit et tira le fil. Il entendit un cliquetis à l'intérieur de la bombe et vit les cadrans et les voyants clignoter. Il ferma les yeux et serra les dents. Le cliquetis cessa.

Damian ouvrit lentement un œil, puis l'autre. Les cadrans digitaux s'étaient éteints. La bombe de Megaton était désactivée pour de bon. Le jeune homme laissa échapper un long soupir de soulagement.

Il se retourna et vit que tous les habitants, à l'exception du prédicateur des Enfants d'Atome qui continuait de parler, s'étaient réfugiés derrières les murs des cabanes ou le mobilier, traînant dans le cratère. Cette vision arracha un rire à Damian, comme un si un simple mur de tôle allait les protéger du souffle d'un engin explosif de plusieurs mégatonnes. Simms émergea de la foule et s'approcha, un air préoccupé sur le visage.

- C'est bon ? Vous y êtes arrivé ?

Damian hocha la tête, la pression redescendant lentement.

- Oui, ce truc est sans danger maintenant.

Simms posa les mains sur ses hanches et secoua la tête en laissant échapper un rire nerveux.

- J'y crois pas, vous avez vraiment désarmé cette chose !

Il donna une tape sur le bras de Damian. Les habitants de Megaton se regardèrent, interloqués. Quelques applaudissements se firent entendre et Damian vit plusieurs visages souriants.

- Suivez-moi, je crois qu'une récompense de taille s'impose.

Simms commença à grimper les escaliers vers l'entrée de la ville. Arrivé en haut, il bifurqua sur la gauche jusqu'à une grande cabane à deux étages, avec la queue d'un avion installée sur le toit. Simms, fit signe à Damian de l'attendre à la porte. Il entra dans la cabane et revint quelques minutes plus tard, tenant dans ses mains un petit sachet en cuir et une petite boite en métal.

Il tendit le sac à Damian.

- Vous trouverez 100 capsules là-dedans. Toutefois, 100 capsules pour nous avoir empêché de partir dans un gros boum, je trouve que ce n'est pas assez.

Damian regarda la petite boite qu'il lui donna. Le jeune homme souleva le couvercle. A l'intérieur, un petit papier jauni et une clé. Damian regarda le Shérif, le questionnant du regard.

- On aurait bien besoin de quelqu'un comme vous à Megaton. Ce papier, c'est l'acte de propriété d'une cabane, ici en ville.

Tout en parlant, il désigna la cabane qui se trouvait à de l'autre côté de l'escalier.

- Ecoutez, Shérif, je vous remercie mais… Je ne peux pas accepter… Je ne peux pas me permettre de rester ici. Il… Il faut que je retrouve mon père et…

- Pas besoin de vous installer éternellement. Disons que si vous avez besoin de vous poser, un jour, vous savez où aller.

Damian remercia Simms d'un mouvement de tête. Le Shérif s'éloigna vers la porte et grimpa une échelle qui le mena jusqu'à la passerelle où le sniper que Damian avait repéré en entrant en ville se trouvait toujours.

Le jeune homme retraversa la ville. Il poussa la porte du saloon. Moriarty était derrière le comptoir de son bar, en train d'essuyer un verre.

- J'ai les capsules Moriarty !

Damian laissa tomber le petit sachet en cuir sur le comptoir. Moriarty attrapa la sacoche et l'ouvrit.

- 100 capsules comme convenu.

Moriarty soupira et lança un regard désolé à Damian.

- Je suis désolé mon cher ami mais c'est 300 capsules.

- 300 ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Vous aviez dit 100 capsules !

Moriarty afficha un sourire arrogant et secoua la tête lentement.

- Non, non, non, je t'ai fait une offre à 100 capsules et tu t'en es allé, ce qui dans le monde des affaires, équivaut à un « non ». Donc, je te refais une seconde offre à 300 capsules. Alors qu'est-ce que tu en dis ?

Damian perdait patience. Il essaya de garder son calme.

- Arrêtez de vous foutre de moi ! Tout l'argent que j'ai est là devant vous ! Maintenant dîtes moi où est mon père !

Moriarty l'attrapa par le col de sa combinaison et le tira vers lui.

- Tu ferais mieux de tenir ta langue mon garçon, si tu veux quitter cet endroit en vie, siffla-t-il entre ses dents.

Il relâcha le jeune homme et passa la main dans ses cheveux, essayant visiblement de se calmer. Damian se laissa tomber sur un des tabourets.

- 300 capsules. Sinon tu peux toujours tenter ta chance en fouillant sous chaque putain de caillou des Terres Désolées.

Damian quitta le saloon. Résigné, il se dirigea vers les ruines de Springvale.

La seule maison encore debout de Springvale était un petit ranch avec un petit porche. En s'approchant, Damian remarqua que les fenêtres avaient été obstruées de l'intérieur par des morceaux de tissu ou de papier.

Il s'approcha de la porte d'entrée et frappa. Il se sentit idiot. Il devait sûrement être la seule personne encore capable de frapper à la porte d'une maison abandonnée dans les Terres Désolées. Damian tourna la poignée et entra. Il referma la porte derrière lui et en se retournant, tomba nez à nez avec le canon d'un pistolet.

- Vous êtes qui putain ? D'où vous sortez ? C'est Moriarty qui vous envoie ?

- Wow ! Baissez votre arme !

A l'autre bout du revolver, une femme, d'une vingtaine d'années, les cheveux blonds tirant sur le blanc, de grands cernes sous les yeux, portant un pull à capuche beige avec un pantalon blanc et des bottes montantes lui lançait un regard menaçant.

- C'est ce salaud qui vous envoie, pas vrai ?

- Calmez-vous et baissez ce revolver s'il vous plaît !

- Cet enfoiré n'aura rien ! Ces capsules sont à moi !

La femme s'approcha, agitant toujours le revolver sous le nez de Damian. Un coup de feu résonna aux oreilles de Damian et il sentit la balle siffler à côté de son visage. La femme pressa à nouveau la détente mais rien ne se produisit à part un cliquetis métallique. Elle lâcha son arme et recula. Damian leva les mains vers elle.

- Ecoutez, je vous veux pas de mal ! Je suis là pour vous parler !

La femme attrapa un couteau sur une table et se jeta sur Damian. Le jeune homme attrapa le poignet de la femme et tenta de la repousser. Ils luttèrent pendant plusieurs secondes jusqu'à ce que Damian parvienne à se dégager. Il poussa la jeune femme qui trébucha sur une boite à outils. La jeune femme tomba, sa tête heurtant le coin d'un meuble.

Damian se précipita sur elle. Il constata que la jeune femme était morte. Les yeux ouverts, étendue sur le sol, elle avait une large entaille sur le côté du crâne. Damian se laissa tomber par terre. Assis à côté de la femme, il passa ses mains sur son visage. Il regarda ses mains. Sa respiration s'accéléra. Il inspira profondément plusieurs fois et se releva en s'appuyant sur le mur, avant de se précipiter dans un coin de la cabane et de vomir.

En se redressant, il regarda autour de lui, et vit ce qui ressemblait à une bouteille de vodka sur un meuble. Il l'attrapa et se rinça la bouche avec.

La pièce dans laquelle il se trouvait, servait de chambre. Un simple lit avec un matelas et une commode sur laquelle était posée une radio et un vieux téléviseur. La radio était branchée sur une station et jouait un air semblable à celui que Damian avait entendu sur le robot volant.

Tremblant, il essuya sa bouche avec le revers de sa main et enjamba le cadavre de la jeune femme. Il se dirigea vers l'arrière de la maison. Un four, un frigo et tout le nécessaire que l'on pouvait trouver dans une cuisine d'avant-guerre. La seule source de lumière provenait d'une fenêtre, en partie masquée par un rideau troué.

Damian alluma la lampe de son Pip-Boy. Le rayon verdâtre de la lampe accentua l'atmosphère décrépit de la pièce. Le jeune homme soupira et commença à fouiller la maison. Il trouva une petite boite en métal sur laquelle le mot « capsules » avait été inscrit au feutre noir. Il ouvrit la boite et trouva à l'intérieur, plusieurs centaines de capsules de soda, ainsi que de grosses seringues et des inhalateurs rouges. Il referma la boite et la jeta dans son sac qu'il portait toujours depuis sa fuite de l'Abri.

Damian eu une impression désagréable. Voler. Il avait déjà chapardé des friandises dans la cafétéria de l'Abri mais là… Il dépouillait un cadavre. Il frissonna et referma son sac en secouant la tête.

Avant de partir, il arracha le rideau de la cuisine et recouvrit le corps de la jeune femme.

- Voilà, 300 capsules.

Damian venait de jeter une sacoche en cuir sur le comptoir devant Moriarty. Sans afficher la moindre expression, il ouvrit la sacoche et compta minutieusement chaque capsule. De temps en temps, il levait les yeux vers Damian qui tapait ses doigts contre le comptoir, le regard dans le vide.

Lorsqu'il eut fini de compter, Moriarty rangea la sacoche dans sa veste et lança un large sourire à Damian.

- Tu t'es occupé de notre brebis égarée ?

- Vous avez votre argent, alors dîtes moi où est mon père.

Moriarty resta silencieux quelques secondes, fixant Damian en plissant légèrement les yeux, comme s'il cherchait à sonder son esprit. Il désigna finalement le poste de radio sur le comptoir.

- Tu vois ce poste radio ? Eh bien ton père est parti au Sud-Est. Il est allé voir cette station de radio, Galaxy News. Pourquoi, je ne sais pas et je m'en fiche, mais je suppose que si l'on veut savoir ce qu'il se passe dans les Terres Désolées, c'est l'endroit où se rendre, vu que le DJ, Three Dog, a l'air au courant de tout ce qu'il se passe dans ce putain de désert.

- Et c'est tout ?

- Ecoute, je tiens un bar, je ne fais pas dans le babysitting. Les raisons pour lesquelles ton père est parti, ce ne sont pas mes affaires. Maintenant si tu ne comptes pas boire, je t'invite à aller retrouver ce cher papa.

- Et cette station de radio, elle est où ?

Moriarty fixa Damian quelques secondes avant de répondre.

- 50 capsules.

Damian serra la mâchoire. Il avait l'irrépressible envie de coller son poing dans la figure du barman. Il fit volte-face et se dirigea vers la sortie, avant de dire ou faire quelque chose qu'il pourrait regretter.

- Dans le centre de D.C..

Damian se retourna. Moriarty avait les yeux fixés sur le verre qu'il nettoyait.

- Le seul moyen que tu as de te rendre dans le centre de D.C., c'est en empruntant les vieux tunnels de métro, lança-t-il en rangeant le verre sur une étagère derrière le comptoir.

Damian ne répondit pas et quitta le saloon. En sortant, il sentit comme un énorme poids s'enlever de ses épaules. Il savait enfin où aller pour trouver son père. Il réalisa également qu'il était affamé. Il n'avait rien mangé ou bu depuis la veille, avant sa fuite de l'Abri, lorsque tout était normal et qu'il n'avait pas à se soucier s'il allait devoir tuer quelqu'un ou échapper à des agents de sécurité complètements fous. D'où il était, Damian avait une vue imprenable sur Megaton. Il se rappela le comptoir qu'il avait vu près de la bombe et s'y dirigea.

En s'installant sur un des tabourets libres, il observa l'endroit dans le détail. Le comptoir était installé sous le porche rudimentaire d'une cabane. Juste derrière, un frigo était relié à des câbles qui couraient sur le sol avant de disparaître dans un trou dans le mur. Accroché au mur, un écriteau sur lequel les propriétaires avaient certainement gravé le nom de l'endroit, « The Brass Lantern ». A côté, la porte menant à l'intérieur de la cabane, dominée par un néon jaune et orange, représentant des symboles que Damian n'avait jamais vu.

- Bonjour. Bienvenue au Brass Lantern. Je peux prendre votre commande ?

La femme avec la combinaison jaune que Damian avait remarquée plus tôt s'était approché de lui. Plus âgée que lui, brune et légèrement bronzée, elle fixa Damian avec un léger sourire, attendant visiblement une réponse de sa part.

- Euh… Je ne sais pas, je…

- Hey, vous êtes le petit nouveau, celui qui est arrivé un peu plus tôt. Je me disais bien que je n'avais jamais vu votre tête avant. C'est aussi vous qui avez bidouillé la bombe. Simms dit que grâce à vous, cette chose ne risque plus d'exploser, donc merci beaucoup. Sinon, vous commandez quelque chose ?

La jeune femme déposa un grand papier plié en plusieurs fois. Damian eu l'impression de se retrouver devant la carte de la cafétéria de l'Abri. Il parcouru du regard et son visage se décomposa lorsqu'il lut les différents plats proposés.

« Ragoût d'iguane »

« Ragoût d'écureuil »

« Brochette d'iguane et fruits mutants »

« Brochettes d'écureuil »

« Steak de brahmine avec accompagnement »

Il manqua pousser un soupir de soulagement lorsqu'il vit « Bol de nouilles » inscrit au bas de la carte. Il en commanda un, essayant de ne pas imaginer à quoi pouvez bien ressembler un écureuil sur une brochette. Il prit également de l'eau. Quelques minutes plus tard, la jeune femme lui apporta son plat et le déposa face à lui, ainsi qu'une bouteille d'eau.

Damian regarda attentivement la bouteille d'eau. Il approcha discrètement son Pip-Boy et quand il constata que l'aiguille de son compteur Geiger ne bougeait pas, il déboucha la bouteille et la vida d'un seul trait.

- 25 capsules s'il vous plaît.

Damian attrapa la petite boite dans son sac et l'ouvrit. Il avait pu récupérer 400 capsules chez la jeune femme à Springvale. Moins les 300 qu'il avait donné à Moriarty, et en ajoutant celles que Simms lui avait donné il lui en restait 200. Il compta minutieusement l'argent et les donna à la jeune femme qui les rangea dans une petite bourse.

Pendant qu'il mangeait, Damian ne pouvait s'empêcher de jeter des regards autour de lui. Les gens qui passaient se contentaient de lui lancer des regards curieux, en partie à cause de sa combinaison d'Abri. Les mots « Galaxy News Radio » trottaient en boucle dans sa tête.

Il sentit quelqu'un lui donner une tape dans le dos et il vit une silhouette s'assoir à côté de lui.

- Alors gamin, comment est l'hospitalité des Stahl ?

Damian se tourna vers Simms qui terminait de s'installer. Il leva un sourcil interrogateur avant que le Shérif ne désigne la cabane rattachée au comptoir d'un signe de tête.

- Les proprios du Brass Lantern. Après ce qu'il s'est passé au saloon, la fréquentation du resto va exploser. Se prendre une balle perdue pendant que l'on mange, ce n'est pas du goût de tout le monde.

Damian sourit légèrement. Il hésita quelques secondes avant de s'adresser au Shérif.

- Je peux vous poser une question ?

- Qu'est-ce qui vous tracasse ?

- Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur la région autour de Megaton ?

Le visage de Simms s'assombrit.

- On n'appelle pas ça « Les Terres Désolées de la Capitale » pour rien. Un putain de désert, peuplé de toutes les bandes de tarés possibles et imaginables et de tout un tas d'animaux sauvages. On y trouve quand même des localités civilisées plus ou moins grandes un peu partout. Au Sud-Est, vous avez Rivet City. J'ai entendu dire que c'était la plus grande localité du coin. Mais ne chercher pas à aller à D.C., c'est une vraie zone de guerre.

A ces mots, Damian sentit une boule se former dans son ventre.

- Laissez-moi deviner. Votre père est parti dans le centre de D.C. ?

Damian hocha la tête. Simms soupira et lui lança un regard désolé.

- Si vous compter vous aventurer dehors, il faudra vous équiper un peu mieux que ça.

Il désigna une grosse cabane en hauteur surmontée par le cockpit d'un avion, à l'opposé du Brass Lantern.

- Allez chez Moira, vous devriez trouver de quoi augmenter un peu vos chances de survie dans les Terres Désolées.

Son repas terminé, Damian remercia la serveuse et Simms et se dirigea vers la cabane qu'il lui avait indiqué.

En arrivant devant la cabane, Damian pu voir une inscription à la peinture blanche sur le mur à côté de la porte d'entrée. La même inscription avait été peinte sur le cockpit de l'avion et sur un autre mur.

« Les Réserves de Craterside ».

Damian trouva que le nom était assez original et poussa la porte. Il était à peine entré qu'une détonation résonna dans le magasin. Il s'aplatit sur le sol et, sans s'en rendre compte, posa la main sur son pistolet. Il releva la tête.

La cabane comportait deux étages. Le niveau où se trouvait Damian était occupé par deux comptoirs, l'un directement à droite de l'entrée, où s'entassait des piles de papiers et le second dans le fond de la pièce, entre un établi et une rangée de casiers et de classeurs à tiroirs. Sur la gauche, une ouverture donnait sur un escalier. En levant encore la tête, Damian pu voir des étagères remplies d'objets en tout genre, installées sur une passerelle.

De la fumée noire s'échappait d'une pièce à l'étage. Damian entendit quelqu'un tousser. Il vit un homme portant un pantalon et un blouson en cuir avec des genouillères et épaulières blindés en métal, descendre de l'escalier en toussant. Il s'adossa contre le mur et se laissa glisser. Entre deux quintes de toux, Damian l'entendit insulter et maudire quelqu'un.

Le jeune homme se releva et s'avança vers l'homme qui était toujours en train de tousser. Une silhouette féminine passa devant lui et se dirigea vers le comptoir près de l'entrée. Portant une combinaison bleu pâle, estampillée du mot « RobCo » dans le dos, la jeune femme s'arrêta devant le comptoir. Les cheveux d'un rouge foncé que Damian n'avait jamais vu, attaché en queue de cheval, la femme retira une grosse paire de lunettes de ses yeux et un morceau de tissu qui faisait office de masque de son visage, et commença à écrire plusieurs lignes sur un papier tout marmonnant des paroles inintelligibles.

- Euh… Excusez-moi…

- J'étais pourtant sûre qu'ajouter un mélange de détergeant aux autres produits chimiques présents dans le…

- Excusez-moi !

Damian haussa un peu la voix pour attirer l'attention de la femme. Elle releva la tête. Un peu plus âgée que Damian, elle regarda le jeune homme comme si ce dernier venait d'apparaître devant elle.

- Oh, bonjour, je suis Moira Brown ! Bienvenue aux Réserves de Craterside ! C'est moi qui gère le magasin, même si en ce moment, je suis très occupée par mes recherches et mes expérimentations !

D'un naturel un peu trop enjouée voire excentrique, Damian ne sut pas trop quoi répondre au départ, déstabilisé face à cette femme qui venait apparemment de faire exploser un produit chimique dans sa maison et qui n'avait pas l'air de grandement s'en soucier. Il allait répondre lorsque ses yeux se posèrent sur une chose qu'il n'aurait jamais imaginé voir ici.

Accrochée à un cintre sur le mur derrière le comptoir, une combinaison de l'Abri 101. Cette dernière était un peu différente de celle Damian. Des plaques de cuir et de métal avaient été cousue et attachées sur les épaules et les genoux.

- Où vous avez eu cette combinaison ? demanda Damian les yeux toujours rivés sur le vêtement.

Moira se retourna et regarda la combinaison. Elle se retourna vers Damian et lui sourit.

- Ça ? Oh, elle appartenait à une femme qui est venue en ville il y a peut-être 10 ou 12 ans. Comme elle n'avait pas l'air de beaucoup connaitre les Terres Désolées, je lui ai proposée de renforcer sa combinaison. Malheureusement, je ne l'ai pas revue après. Elle a dû mourir en explorant les Terres Désolées.

Damian avait sous les yeux la preuve que l'Abri avait été ouvert avant que son père et lui ne s'enfuient. Le Superviseur leur avait menti sur le véritable état du monde à la surface mais il leur avait aussi caché que l'Abri avait été ouvert pour envoyer des résidents à la surface.

- Dîtes-moi, poursuivit Moira. J'écris un livre sur les Terres Désolées. Sur comment survivre dehors, où trouver de la nourriture, comment se soigner, comment gérer les bêtes sauvages. J'aimerai beaucoup connaitre votre avis. Vous aussi vous venez d'un Abri et j'aimerai que vous m'aidiez dans mes recherches en commençant par une préface. Si vous pouviez me parler de votre vie dans l'Abri, ça serait super !

Si Damian devait reconnaitre une chose à Moira, c'était qu'elle était directe. Le jeune homme hésita un peu avant d'accepter. Il raconta brièvement comment s'organisait l'Abri 101, sa vie avec son père jusqu'à son départ. Moira l'écouta religieusement et sembla même très attristée d'apprendre les raisons qui avaient poussées Damian à quitter l'Abri.

- Un père en fuite, hein ? J'en ai vu plein, croyez-moi, mais aucun avec un gros « 101 » cousu dans le dos. Vous savez quoi ? Pour vous remercier de votre aide, je vous offre la combinaison.

Avant que Damian ait pu répondre, Moira avait décroché le cintre, plié la combinaison et l'avait tendu vers le jeune homme. Le large sourire qu'affichait la jeune femme empêcha Damian de refuser.

- Vous avez une cabine juste là si vous voulez essayer ! Maintenant, que diriez-vous de continuer à m'aider pour à la suite des recherches ?

- Attendez… J'aimerai vraiment vous aider mais… Retrouver mon père est la priorité pour moi et… Je venais juste pour voir si vous aviez des choses à vendre.

Moira afficha une moue et un regard de chien battu. Embarrassé, Damian regarda la combinaison. Il ignorait tout de ce monde, et aider Moira, serait pour lui l'occasion idéale d'en apprendre plus et de peut-être survivre assez longtemps pour retrouver son père.

- Bon… Je suppose que je peux vous aider un peu, soupira-t-il.

Moira failli sauter de joie. Elle fouilla rapidement dans les papiers sur le comptoir et en attrapa un petit carnet sur lequel une liste avait été gribouillée au crayon.

- Super ! s'écria la vendeuse. Vous allez voir, ça va être super marrant ! Et je vais vous payer, bien évidemment. Le premier chapitre s'intitule « Survivre ». Pour cela, j'ai trois thèmes à aborder.

Damian commençait à regretter sa gentillesse. Il l'ignorait encore mais ce « Guide des Terres Désolées » allait lui donner bien des sueurs froides.


J'espère que ce chapitre vous a plu. J'ai toujours trouvé qu'il était un peu trop simple de convaincre Silver dans la petite quête pour trouver l'argent pour Moriarty, et que voir quelqu'un entrer chez elle sans crier gare pourrait l'amener à réagir comme je l'ai présenté dans ce chapitre, surtout si l'on considère qu'elle devait être sous Psycho ou Jet. Dans tout les cas, à la prochaine et n'hésitez pas à me faire part de vos remarques/commentaires.