5. 2022/2023 Retour à Poudlard

La rentrée scolaire arriva vite. Dans la Grande Salle, les élèves de la deuxième à la septième année s'étaient installés à leurs tables, dans un joyeux brouhaha, avant que les professeurs ne leur imposent le silence. Les nouveaux entrèrent alors, attirant tous les regards. À la table de Gryffondor, Ailis tentait de rassurer à distance sa sœur Moira, qu'elle sentait tendue. Amalric Vaughn faisait le pitre pour distraire sa cadette Siobhan, qui se trouvait aussi parmi les Première année. Lily fit un signe d'encouragement à Lorcan et Lysander Scamander, les jumeaux de sa marraine Luna. Elle fut particulièrement attentive lorsque leur tour arriva. Le premier fut réparti à Serdaigle et le second à Poufsouffle. Moira et Siobhan rejoignirent, elles, la table rouge et or, sous les acclamations habituelles, particulièrement de leurs aînés, ravis de les voir dans la même Maison qu'eux.

Le discours de la directrice de Poudlard, juste après le dessert, était beaucoup plus grave qu'à l'ordinaire. Eileen Brown souhaita d'abord la bienvenue aux nouveaux puis un bon retour aux autres. Elle rappela ensuite aux élèves les événements qui s'étaient déroulés vingt-cinq ans plus tôt. La fameuse et terrible Année des Ténèbres, qui fit tant de morts. La Bataille de Poudlard, si décisive, à laquelle beaucoup de leurs parents ou grands-parents avaient participé. Bataille qui avait permis la victoire sur Voldemort et ses Mangemorts. Le monde sorcier tout entier allait commémorer cela. Les professeurs en reparleraient durant toute l'année. Et, en mai, une cérémonie du souvenir se déroulerait à Poudlard même, avec les anciens combattants et les personnalités importantes de la communauté sorcière. Elle serait suivie d'un bal, pour célébrer sur une note plus joyeuse vingt-cinq années de paix.

Les cours reprirent dès le lendemain. Suite à l'annonce du professeur Brown, Lily se fit souvent accoster, en ce début d'année.
— Hé, Potter, comment il a fait, ton père, pour tuer Voldemort ?
— Hé, Potter, il faisait quoi, ton père, pendant l'Année des Ténèbres ?
— Hé, Potter, il n'a jamais été tenté de rejoindre Voldemort, ton père ?
— Hé, Potter, ton père, il a vraiment tué Voldemort d'un simple Expelliarmus ?
— Hé, Potter, c'est vrai que c'est ta mère qui a dirigé la Résistance de Poudlard avec le professeur Londubat ?
— Hé, Potter, il va venir, ton père, en mai ?
Aux premières questions, elle répondait en indiquant la zone de la bibliothèque où se trouvaient les livres concernant cette période, avec un regard flamboyant. Aux questions du dernier type, elle suggérait sur un ton sarcastique :
— Tu n'as qu'à aller lui demander, si tu veux savoir !

La jeune fille menaçait aussi les plus collants de leur lancer le sortilège de Chauve-Furie. Albus se heurtait au même problème, ainsi que, dans une moindre mesure, leurs cousins Weasley. Ils en étaient tous profondément exaspérés et avaient hâte que les curieux se lassent.

— Hé, Potter...
— Ah non, tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi ! s'exclama la jeune fille en se retournant, des éclairs dans les yeux.
Le Serpentard la regarda, interloqué. Elle se calma en l'observant.
— Désolée, Scorpius, je n'aurais pas dû m'énerver contre toi... Je suppose que tu voulais me parler de tout autre chose.
— Merlin... Tu es assaillie de crétins qui cherchent à apprendre de ta bouche ce que ton père a fait il y a vingt-cinq ans, c'est ça ? J'ai vu ton frère subir la même chose, tout à l'heure...
La jeune fille opina, poussa un soupir exaspéré et leva les yeux au ciel.
— Ils n'ont pas pensé à aller plutôt voir à la bibliothèque ?
— Je suis rassurée de voir qu'il reste des gens intelligents, dans ce château !
Il lui sourit, complice.
— Alors, tu voulais me parler de quoi, en fait ?, reprit-elle, détendue.
— Je voulais simplement savoir si ça te disait de reprendre les entraînements avec moi.
— Bien sûr ! Tu sais bien que je n'aime pas faire prendre la poussière à mon balai, Malefoy, répondit-elle avec un sourire en coin, tandis que son cœur se mettait à battre la chamade, alors qu'elle se souvenait de ce que lui avait dit sa mère.

Eamon Finnigan annonça rapidement les sélections de l'équipe de Quidditch et invita tous les candidats au poste de gardien à s'inscrire. Une dizaine de Gryffondor de toutes les années se présentèrent. Après avoir écarté les Première année, le capitaine et son équipe testèrent les autres. À la fin de la matinée, c'est Michael Crivey, un Troisième année, qui fut retenu. Les joueurs passèrent leur après-midi à s'entraîner ensemble. Les anciens retrouvaient avec plaisir leur complicité. Michael était un garçon ouvert et sympathique et se fit vite sa place dans l'équipe. Ils rentrèrent tous à leur Salle Commune très satisfaits, prêts à remporter une nouvelle fois la Coupe.

En se dirigeant vers l'un de leurs entraînements d'attrapeurs, Lily demanda à Scorpius :
— Au fait, qui est votre capitaine, cette année ?
— C'est moi, répondit-il avec un clin d'œil.
Elle le regarda, surprise qu'il ne le lui ait pas dit avant.
— Je suis curieuse de voir ça, lui dit-elle avec un sourire carnassier. Je sens que je vais aller assister à l'un de vos entraînements.
Il se mit à rire.

La jeune fille vint effectivement. Comme c'était encore le début de l'année, elle n'était pas la seule spectatrice à ne pas être de Serpentard. Elle s'installa dans les gradins et observa son ami. Debout au milieu de ses joueurs, il leur donnait ses instructions. Alors qu'il allait monter sur son balai, elle croisa son regard et lui fit un sourire en coin. Il lui répondit de la même manière. La Gryffondor le trouva très à l'aise dans son nouveau rôle et prit grand plaisir à le regarder évoluer sur son balai. Elle se réjouit d'observer que la qualité de l'équipe Serpentard n'avait pas changé avec les nouveaux arrivants. Les matchs contre eux resteraient donc toujours aussi intéressants.

Cette année-là, les cours de Défense contre les Forces du Mal avaient un air de cours d'Histoire moderne. Le professeur Glenmavis leur parla des Mangemorts, des Sortilèges Impardonnables, des Détraqueurs, de la Bataille finale... Elle leur fit particulièrement travailler les sortilèges de défense, mais une bonne partie des cours visait à leur faire prendre conscience du danger des Forces du Mal et de l'importance de lutter contre elles. Lily et ses deux amies, dont les parents avaient aussi combattu lors de la Bataille de Poudlard, le comprenaient parfaitement.

Lors des cours de Botanique, le professeur Londubat était fréquemment invité à montrer son faux gallion de l'Armée de Dumbledore. Neville avait toujours été apprécié des élèves pour sa gentillesse et son impartialité vis-à-vis d'eux. Son statut de héros de la guerre les impressionnait beaucoup. On savait qu'il avait été l'un des principaux chefs de la Résistance de Poudlard. Il fut amené à en témoigner à plusieurs reprises, en dehors des cours, faisant salle comble. Les Gryffondor étaient très fiers de l'avoir comme directeur de Maison. Ils n'hésitaient pas à raconter comment il avait sorti l'épée de leur fondateur du Choixpeau magique, avant de décapiter grâce à elle le serpent de Voldemort sous les yeux de celui-ci.

Quelques temps après Halloween arriva le premier mach de Quidditch de l'année. Les Gryffondor et les Serpentard s'étaient entraînés avec acharnement. Lily et Scorpius avaient multiplié les piques à chaque fois qu'ils en avaient eu l'occasion. Toute l'école, dans les gradins, se préparait avec délices au spectacle.

Eamon Finnigan et Scorpius Malefoy se serrèrent vigoureusement la main, se défiant du regard. Lorsque le professeur Davies siffla le coup d'envoi et libéra les balles, les joueurs s'envolèrent. Julia Blentwitch, Anwenn Kendal et Eamon, les poursuiveurs Gryffondor, n'arrêtaient pas de se passer le Souafle dès que l'un d'eux l'attrapait et marquaient autant de buts que possible. Le gardien Serpentard, Julian Brices, en arrêtait encore plus. Lorsque le Souafle passait dans le camp adverse, c'est Drenka O'Reilly, Judy Goyle et Emily Harper qui ne cessaient de se le passer jusqu'aux buts de Gryffondor, tenus par Michael Crivey. Celui-ci ne laissait passer que très peu de buts. Les batteurs rouge et or, Albus Potter et Walter Vaughn, s'en donnaient à cœur joie avec les cognards, comme leurs homologues vert et argent, Michael Nott et Hugh Boot.

Au-dessus de la mêlée, Lily et Scorpius scrutaient attentivement le stade afin de trouver le Vif d'Or. À chaque fois que leurs regards se croisaient, ils se défiaient avec un sourire carnassier. Leurs duels étaient encore plus intéressants lors des matchs entre leurs deux Maisons, la rivalité entre celles-ci ajoutant du piment à la leur. Le match durait depuis environ deux heures. Plusieurs fois, les attrapeurs avaient vu le Vif et tenté de s'en saisir. Mais ils n'avaient pu se départager avant que la petite balle ailée ne disparaisse à nouveau.

Lily repéra un éclat doré vers le milieu du terrain, sous la mêlée. Un rapide coup d'œil vers Scorpius lui apprit qu'il venait aussi de le voir et qu'il la guettait du coin de l'œil. Dans ces cas-là, leur seule chance de gagner était d'arriver en premier. Ils démarrèrent en même temps leur course, descendant en piqué au milieu de leurs camarades. En approchant du Vif d'Or, ils tendirent tous deux leurs mains vers lui. Mais cette fois-ci, c'est celle du jeune homme qui se referma dessus. Il remonta aussitôt en chandelle, un immense sourire aux lèvres. Lily lui tira la langue.
— Hé hé, ce coup-ci, c'est Serpentard qui remporte le match, Potter !
— Pour la première et dernière fois, Malefoy, crois-moi !
— Je serais toi, je n'en serais pas si sû...
La jeune fille l'interrompit en se mettant brusquement à crier, les yeux agrandis par la panique :
— Scorpius !

Il se retourna brusquement. Un cognard fonçait sur lui à toute allure. Le jeune homme ne fut pas assez rapide pour l'éviter totalement et le reçut violemment dans l'épaule gauche. Il grimaça et vacilla dangereusement sur son balai. Les joueurs de Serpentard, qui arrivaient vers lui pour le féliciter, se précipitèrent en direction de leur capitaine, espérant arriver à temps pour l'aider. Le professeur Glenmavis et le professeur Kent ralentirent sa descente et lancèrent un sort de coussinage au sol sous lui. L'attrapeuse de Gryffondor s'aperçut qu'elle avait retenu sa respiration jusqu'à ce qu'il atterrisse. Elle tenta de reprendre contenance et mit pied à terre pour rejoindre son équipe et se changer.

Lily faisait les cent pas dans le couloir, inquiète. Lorsque les coéquipiers de Scorpius furent partis, elle entra doucement dans l'infirmerie et s'approcha de son lit. Dès qu'il la vit, il se mit à sourire et lui dit :
— Alors, Potter, tu viens fêter ma victoire ?
— Non, je viens juste vérifier si le cognard a laissé suffisamment de morceaux de toi pour que je puisse prendre ma revanche, la prochaine fois, Malefoy, lui répondit-elle sarcastiquement, tout en s'asseyant sur le lit du jeune homme.
— Tu craignais de ne plus pouvoir affronter ton adversaire favori ?
— Et surtout le seul du même niveau que moi, ici ! Avec les autres c'est moins amusant, lui répondit-elle d'un ton badin, cherchant à cacher son inquiétude.

Il hocha la tête puis dit sur un ton sérieux :
— Merci, Lily. Sans toi, je n'aurais pas pu essayer de l'éviter.
— Il t'arrivait en pleine tête. J'ai vraiment eu peur, Scorpius... glissa-t-elle en baissant les yeux.
Il retint sa respiration et vit la jeune fille redresser la tête et s'animer avant d'avoir eu le temps de lui dire quoi que ce soit.
— Mais on n'a pas idée, aussi, de laisser des balles pareilles en liberté quand des joueurs volent sur leurs balais ! C'est vraiment dangereux, je ne sais pas ce qui a pris au sorcier qui a imaginé ça !
Elle continua sa diatribe contre les cognards pendant un moment, très remontée. Il l'observait, l'air amusé.

— Tu es vraiment jolie, quand tu es en colère, la coupa-t-il avec un sourire malicieux.
Elle s'arrêta net, le cœur battant à tout rompre, haussa les sourcils, le fixa dans les yeux et lui demanda :
— Ah oui ? Et seulement quand je suis en colère ?
Il se cala plus confortablement contre ses oreillers et fit mine de réfléchir.
— Eh bien, ça dépend des moments. Parfois tu es ravissante, parfois tu es jolie, parfois tu es belle...
Elle rougit et baissa à nouveau les yeux.
— Je parie que tu ne sortirais jamais avec un Serpentard... glissa-t-il, mi-provocateur, mi-désolé.

Elle le regarda, interloquée, avant de lui rétorquer :
— C'est un défi ?
— Peut-être... souffla-t-il, subitement mal à l'aise.
Pleine d'espoir, Lily observa soigneusement Scorpius. Il lui semblait qu'il partageait le même trouble qu'elle.
— Tu crois vraiment que tu as besoin de me mettre au défi pour que j'accepte de sortir avec toi ? s'étonna-t-elle.
— Remarque, un pauvre blessé a besoin de réconfort, continua-t-il vivement, quelle que soit sa Maison, n'est-ce pas, Lily ? Donc... Euh... attends... tu as dit quoi, exactement ?
— Tu n'as pas besoin de me mettre au défi pour que j'accepte de sortir avec toi, Scorpius, répondit-elle doucement.
Il la regarda d'un air émerveillé et s'écria :
— Béni soit l'inventeur des cognards, c'était certainement un sorcier génial !
Elle se mit à rire puis, des étoiles dans les yeux, se pencha vers lui pour lui souffler : "Crétin !" et l'embrasser.

Lily entra dans la Salle Commune de Gryffondor. Ailis et Erin travaillaient dans un coin avec Hugo et Amalric. Après avoir vu la tête que faisait leur amie, elles se consultèrent du regard et s'excusèrent auprès des garçons. Elles encadrèrent la jeune fille et lui dirent qu'elles avaient besoin d'elle dans leur dortoir. Celle-ci les regarda avec surprise mais les suivit sans rien dire. Les deux conspiratrices vérifièrent que le dortoir était vide et firent asseoir leur amie sur son lit, s'asseyant face à elle sur celui d'Erin.

— Tu as l'air bien rêveuse, Lily, attaqua celle-ci avec un sourire complice.
La jeune fille rougit mais fixa ses amies sans répondre.
— Il y a un garçon là-dessous ou je ne m'appelle plus Ailis MacGuire.
— Et je me demande s'il ne s'agit pas de celui dont on a parlé cet été...
— Tu te souviens de ta promesse, Lily, de tout nous raconter si tu sortais avec lui ?
Lily se mit à rire.
— Décidément, les filles, vous n'abandonnez jamais !
Ses amies lui firent un grand sourire et se mirent en position d'écoute.
— Oui, vous avez vu juste, je sors avec le garçon auquel je pensais cet été... continua-t-elle rêveusement.
Ailis et Erin s'exclamèrent joyeusement.

— Alors, qui c'est ? On veut savoir, maintenant !
— Eh bien... euh... euh... ce n'est pas... euh... un Gryffondor !
Erin et Ailis s'entre-regardèrent, surprises que leur amie leur réponde ainsi, mais rentrèrent dans son jeu.
— Un Serdaigle ?
Lily secoua la tête en signe de dénégation.
— Un Poufsouffle ?
Elle réitéra son geste.
— Ah, tiens, un Serpentard...
Elle hocha la tête avec un sourire rêveur, sans voir les regards surpris de ses amies.

— Mais dis-moi, Lily... Tu ne reviendrais pas de l'infirmerie, par hasard ? demanda Ailis malicieusement, après quelques instants de réflexion.
Ce fut au tour de celle-ci d'être surprise. Elle se mit à observer le plafond tout en rougissant.
— L'infirmerie ? L'infirmerie... Oh ! Tu sors avec Scorpius Malefoy ! s'exclama Erin, visiblement très étonnée.
— Oui, c'est lui, répondit Lily avec un large sourire.
— Scorpius Malefoy ! répéta Erin, éberluée. Vous n'arrêtez pas de vous lancer des piques !
— Avec une complicité évidente, et ils se retrouvent toutes les semaines pour s'entraîner ensemble... Je me disais bien qu'il y avait strangulot sous roche, remarqua Ailis avec un sourire malicieux.
Lily rougit. Cédant à l'insistance de ses amies, elle leur raconta tout. Les jeunes filles se récrièrent lorsqu'elle leur avoua qu'il lui avait écrit durant leur séjour et qu'elle n'avait rien voulu dire à ce moment-là, n'étant pas sûre des sentiments du jeune homme.

— Mais, j'y pense... Mes parents étaient en classe avec les vôtres, dit Erin. Si je me souviens bien de ce qu'ils m'ont raconté, son père et le tien étaient ennemis, non ?
Lily se rembrunit.
— C'est vrai, nos pères se détestaient. Et alors ?
— Et puis ça fait plus de vingt ans, souligna Ailis.
— Ils risquent quand même de faire une drôle de tête, en l'apprenant ! s'esclaffa Erin.
Lily fit la moue et se mit à réfléchir.
— J'aimerais autant voir leur réaction, plutôt qu'ils l'apprennent par lettre...
— C'est vrai qu'ils seraient surpris, s'ils vous voyaient aller au bal ensemble !
Les trois jeunes filles s'amusèrent de cette idée.
— Bon, j'en toucherai un mot à Albus et aux cousins.
Elles parlèrent encore de Scorpius pendant un grand moment, puis retournèrent à la Salle Commune pour finir leurs devoirs.

Lily passa un moment avec le Serpentard avant le repas. Il devait quitter l'infirmerie le lendemain matin. Entre baisers et tendres piques, elle lui raconta ce qu'elle comptait faire et pourquoi. En entrant dans la Grande Salle, elle commença par aller saluer Rose et Lucy à la table des Serdaigle. Elle leur chuchota quelques mots à l'oreille. Elle fit ensuite de même avec Albus, Roxanne, Louis et Hugo, assis à la table des Gryffondor, avant de s'installer entre Ailis et Erin.

La benjamine des Potter fut la première à arriver devant la tapisserie du septième étage représentant Barnabas le Follet tentant d'apprendre à danser à des trolls. Elle passa trois fois devant en pensant très fort à ce dont elle avait besoin et ouvrit la porte apparue sur le mur. La Salle sur Demande ressemblait à un salon, avec plusieurs fauteuils confortables et une élégante table basse, posés sur un épais tapis. Des tapisseries racontant l'histoire de son père et des amis de celui-ci recouvraient tous les murs. Elle sortit sept bièraubeurres de son sac et les déposa sur la table basse. Roxanne arriva peu après. Louis et Albus entrèrent en même temps. Rose et Lucy ne tardèrent pas à les rejoindre, suivies de peu par Hugo. Les cousins commencèrent par discuter de choses et d'autres, confortablement installés dans les fauteuils, tout en sirotant leur boisson.

— Bon, Lily, s'exclama tout à coup Roxanne en se redressant, je suppose que ce n'est pas simplement pour le plaisir de discuter que tu as réuni le Conseil des Cousins, n'est-ce pas ?
— Tu as raison, répondit celle-ci avec un sourire.
— Rien de grave, je suppose, sinon tu aurais commencé par ça, lui dit Lucy avec un clin d'œil.
— Non, en effet, rien de grave ! confirma-t-elle. Rien de plus qu'un petit service que je voulais vous demander.
Tous se firent attentifs.
— J'aimerais que vous ne parliez pas de mon nouveau petit copain à la famille pour le moment.
Ils la regardèrent avec des yeux ronds.
— Mais pour quelle raison voudrais-tu qu'on aille leur raconter ta vie privée ? s'étonna Louis.
— Même moi, je ne leur en parle pas ! s'exclama Albus.
— À votre avis ? demanda la jeune fille.

Ils l'observèrent, sourcils froncés.
— Ils connaissent ce petit copain, ou du moins ses parents ? interrogea Lucy.
— Ils connaissent une bonne partie des parents de nos camarades ! rappela Hugo.
— Mais ils ont un lien spécial avec ceux-là, c'est ça, sœurette ?
— En quelque sorte, dit-elle.
Tous la regardaient perplexes, sauf Rose, qui semblait avoir compris.
— Ce ne serait pas le fils de quelqu'un qu'ils détestaient à l'époque ?
— Tu brûles, Rosie !
Les autres réfléchirent et proposèrent quelques noms, mais Lily secoua la tête en signe de dénégation à chaque fois.
— Serait-ce un Serpentard ? demanda Louis.
La jeune fille opina.
— Euh... Il y en a, dans notre année, dont ils détestaient les parents... se mit à réfléchir Hugo.
— Il n'est pas de notre année...
— Dis donc, Lily, il ne ferait pas du Quidditch, par hasard, ton amoureux ? l'interrogea Rose.
— Si...
— Et il ne serait pas capitaine, comme notre chère Rose, par hasard ? demanda Albus en se mettant à rire.
Lily opina et Hugo s'écria :
— Malefoy ? Tu sors avec Malefoy ?

La jeune fille confirma en rougissant légèrement.
— Ah oui, en effet ! s'exclama Louis.
— Je comprends mieux la réunion du Conseil des Cousins, pouffa Lucy.
— Mais vous n'arrêtez pas de vous lancer des piques ! s'étonna Hugo.
— Et alors ? rétorqua sa sœur.
— J'ai toujours aimé les joutes verbales, tu le sais. Alors avec son répondant, je me régale.
— En tout cas, intervint Albus, il est plutôt sympa, comme gars.
— Évidemment, poursuivit Lily malicieusement, sinon je ne sortirais pas avec lui.
— D'accord, j'avoue, dit Roxanne avec un grand sourire, si tu n'avais rien demandé, j'en aurais certainement parlé.
— Oh, je suis curieuse de voir la tête que feront oncle Harry et oncle Ron ! glissa Lucy avec un sourire malicieux.
— Quand je pense que Papa a toujours eu peur que Rosie sorte avec lui, ricana Hugo, ses propos faisant rire l'assemblée.
— C'est vrai que lorsqu'on les entend parler du père de Malefoy... remarqua Louis avec un sourire en coin.
— Oh, arrêtez, dit Lily, un peu énervée, en levant les yeux au ciel. On est dans la réalité, pas dans Roméo et Juliette !
Tous se mirent à rire.
— Tu comptes leur dire à Noël ? demanda Albus.
— Mmmmh... à vrai dire, je pensais que leurs têtes seraient encore plus intéressantes à regarder s'ils nous voyaient ensemble...
— Tu veux attendre le bal ? présuma Lucy.
— C'est une idée intéressante ! rétorqua sa cousine avec un sourire machiavélique. Je peux compter sur vous pour que ça ne sorte pas de Poudlard d'ici là ?
Ils opinèrent volontiers mais Rose remarqua :
— Dans ce cas, il vaudrait mieux que tu en touches un mot à Neville aussi, à mon avis...
— C'est vrai, je n'y avais pas pensé... Bon, ça tombe bien, lundi j'ai Botanique, je pourrai lui parler juste après.

Le lendemain, contrairement à ses habitudes, Lily se leva tôt et se dépêcha de faire sa toilette et d'aller déjeuner. Elle emporta avec elle sa sacoche de cours. Lucinella Wellings, qui était assise dans son lit et se frottait les yeux, la regarda, éberluée.
— Ben tu fais quoi, Lily ? On est dimanche !
— Je sais, je vais travailler.
— À la bibliothèque ?
— Par exemple...
Sa camarade la fixait encore de ses yeux ronds tandis qu'elle sortait du dortoir à toute vitesse. Ailis et Erin éclatèrent de rire.
— Vous y comprenez quelque chose, vous ?
— Oui, oui, ne t'inquiète pas...

Le ventre plein, la jeune fille se dirigea vers la bibliothèque. Scorpius était déjà là, adossé contre un mur, les bras croisés. Il sourit béatement et se dirigea vers elle. Après un regard circulaire, pour vérifier qu'il n'y avait personne aux alentours, il la prit dans ses bras et l'embrassa. Il lui proposa ensuite d'aller s'installer dans une salle de classe désaffectée, quelques couloirs plus loin. Ils entrèrent dans celle-ci et, pour ne pas être dérangés, scellèrent la porte d'un Collaporta. Ils décidèrent de faire leurs devoirs plus tard et déposèrent leurs sacs de cours sur une table. Lily se concentra et métamorphosa alors une chaise en canapé à deux places.

— Des rayures vertes et rouges ? Aurais-tu hâte d'être à Noël ? lui demanda le jeune homme avec un sourire amusé.
— Tu l'aurais préféré rouge et or, mon petit serpent chéri ? lui demanda-t-elle en haussant les sourcils.
Ils s'installèrent sur le canapé, dans les bras l'un de l'autre, pour s'embrasser et se dire des mots tendres.

Le temps s'écoula sans qu'ils ne s'en rendent compte. La matinée touchait déjà à sa fin. Lily était blottie dans les bras de Scorpius, qui lui embrassait les cheveux. Il se racla la gorge et lui demanda d'un ton qui se voulait dégagé :
— Le conseil de famille s'est bien passé ?
La jeune fille se mit à rire.
— Ce n'était que le Conseil des Cousins, et encore, seulement ceux de Poudlard ! Le Conseil de Famille, c'est autre chose, crois-moi, tu sais combien j'ai d'oncles et tantes, lui dit-elle avec un regard malicieux.
Il fit un petit sourire crispé et continua :
— Comment ont-il réagi ?
— Ils ont été surpris, répondit-elle. Mais ils m'ont promis de tenir leur langue pour l'instant.
— Ça... ça ne leur pose pas de problème que tu sortes avec Scorpius Malefoy ?
Elle l'embrassa.
— Non, ça ne leur en pose pas, ils te connaissent suffisamment pour ça, tu sais. Et de toute façon, même si c'était le cas, quelle importance ? Je fais ce que je veux de ma vie. Et ce que je veux, là, c'est être avec toi, dit-elle avant de l'embrasser fougueusement.

— Je sais que ta famille est importante pour toi, Lily. C'est pour cela que leur avis m'importe, continua-t-il ensuite.
— Les connaissant, je me doutais qu'ils le prendraient bien. C'est la génération du dessus qui risque d'avoir plus de mal...
— Je sais que mon père détestait le tien et que c'était réciproque... dit-il dans un soupir.
— Oui, ils risquent de ne pas voir notre relation d'un très bon œil... mais je pense que ma mère sera de notre côté.
— Ah oui ?
— Elle aime mon père depuis qu'elle a dix ans, mais il a mis cinq ans pour découvrir qui elle était et s'apercevoir qu'il l'aimait aussi, dit-elle. Alors cela m'étonnerait fort qu'elle ne nous soutienne pas.
— En effet... Je ne pense pas que ma mère s'oppose à nous, elle non plus.
Et il lui raconta l'histoire de ses parents.

Ils étaient à nouveau en train de s'embrasser lorsque l'on entendit un estomac gargouiller. Ils se mirent à rire, gênés, et Lily regarda sa montre.
— Quoi ? Déjà !
— Quelle heure est-il ?
— Presque 14 heures ! Je n'ai pas vu le temps passer !
— On dirait que je te fais perdre toute notion du temps... dit-il avec un large sourire.
— Parce que tu veux me faire croire que tu te doutais de l'heure, toi, peut-être ? lui répondit-elle de même.
Il en convint volontiers.
— Bon, tu crois qu'il reste encore quelque chose à grignoter, à l'heure qu'il est ?
— Dans la Grande Salle, j'en doute, mais on n'a qu'à aller aux cuisines.
— Aux cuisines ? Tu sais où c'est ? Et on a le droit ?
Elle éclata de rire.
— Je ne sais pas si c'est interdit, mais je ne connais personne qui ait reçu une retenue pour ça. Et oui, je sais parfaitement bien où elles sont situées. Dois-je te rappeler que je suis la sœur de James Potter ? lui demanda-t-elle, mutine.
— Je ne m'étais jamais aperçu que tu lui ressemblais, sur ces points-là.
— Question d'hérédité, lui dit-elle avec un clin d'œil. Nous sommes les petits-enfants de l'un des quatre Maraudeurs et ce sont nos oncles Fred et George qui ont créé le marécage du troisième étage et le magasin Farces pour Sorciers Facétieux, tu sais, précisa-t-elle solennellement.
— Les Maraudeurs ?
— Oh, attends, je vais te raconter ! lui dit-elle en souriant énigmatiquement.

Ils sortirent en laissant leurs affaires et protégèrent la porte par un mot de passe. Elle l'entraîna vers les cuisines tout en lui parlant des Maraudeurs. Le jeune homme fut très surpris en découvrant la pièce et le grand nombre d'elfes de maisons qui y travaillaient. Il ne s'aperçut pas que Lily surveillait discrètement ses réactions vis-à-vis d'eux et ne remarqua pas plus le sourire satisfait de sa petite amie à la fin de cette inspection. Ils leur demandèrent un panier pique-nique et du jus de citrouille et repartirent vite vers leur petite pièce, aussi discrètement que possible.

Après avoir mangé, les deux jeunes gens se mirent à faire leurs devoirs, assis côte à côte à une table, se frôlant sans cesse. De temps en temps, ils parlaient de telle ou telle matière. Plus tard dans l'après-midi, Scorpius voulut aller faire un tour en balai avec elle au stade de Quidditch mais la jeune fille refusa, lui intimant l'ordre de se reposer tant qu'il ne serait pas complètement remis. Elle ne rendit son apparence à la chaise métamorphosée en canapé qu'à l'heure du dîner, lorsqu'ils rejoignirent leurs camarades dans la Grande Salle.