6. 2022/2023 Neville Londubat
Le lundi matin, les Gryffondor de quatrième année commençaient toujours par un cours de Métamorphose. Suivait ensuite une heure de Défense contre les Forces du Mal. Sur le chemin entre les deux cours, Julia Blentwitch s'approcha de sa camarade.
— Lily, je peux te parler deux minutes ?
— Oui, bien sûr, à propos de quoi ?
Julia attendit que les autres élèves les aient devancées.
— Dis-moi... Je voulais savoir si... enfin... S'il y a encore quelque chose entre Amalric et toi ?
Lily l'observa et son sourire s'élargit.
— Tu veux savoir s'il est vraiment libre ?
— Ben... euh... Oui, en quelque sorte...
— Alors oui, à ma connaissance, Amalric est vraiment libre. Mais tu peux demander à mon cousin Hugo, il est davantage au courant que moi.
— Super ! s'exclama Julia avec un sourire rayonnant, avant de se dépêcher de rejoindre le reste de la classe.
Lily la regarda partir. Elle s'amusa de voir sa compagne de dortoir s'asseoir à côté d'Amalric, en cours de DCFM. Elle se dit qu'ils formeraient un joli couple.
La matinée se terminait par deux heures de Botanique. Les Gryffondor et les Poufsouffle entrèrent dans la serre numéro trois à l'invitation du professeur Londubat. Une fois ceux-ci installés, il leur dit :
— Nous allons étudier le Bubobulb, aujourd'hui. Qui peut me parler de cette plante ?
Plusieurs mains se levèrent dont, ce qui était rare dans cette matière, celle de Lily.
— Oui, miss Potter ?
— Les Bubobulbs ressemblent à des limaces noires et épaisses qui se tortillent, professeur. Ils sont couverts de vésicules remplies de pus qui brûle mais, dilué, peut faire un excellent remède contre l'acné.
— Tout à fait, 5 points pour Gryffondor ! Nous allons donc extraire ce pus. Mettez vos gants en peau de dragon et soyez très attentifs à ce que vous faites, je m'attends à ce qu'il n'y ait pas d'accident.
Après avoir écouté les explications de leur professeur, les élèves se mirent à l'ouvrage. Ailis et Lily observèrent les gestes d'Erin, qui collectionnait les Optimal et les Effort exceptionnel en Botanique, avant de l'imiter. À la fin du cours, Lily dit à ses amies de partir devant et rangea lentement ses affaires.
— Vous vouliez me voir, miss Potter ?
— Oui, j'ai besoin de parler...
À ces mots, Neville Londubat ferma la porte de la serre par un sort et lança un Assurdiato.
— Un souci, Lily ?
— Non, pas vraiment, Neville. Je voulais juste savoir si tu écris à mes parents, parfois ?
— Ça m'arrive, oui, mais je ne leur parle pas spécialement de toi, si c'est ce que tu veux savoir.
Elle lui fit un grand sourire.
— Mais si c'est un problème de discipline, ce n'est pas parce que tu es ma filleule que je serai plus indulgent, tu le sais, continua-t-il, les sourcils froncés.
— Non, pas du tout ! dit-elle en riant. C'est juste que je ne voudrais pas qu'ils apprennent le nom de mon nouveau petit copain par lettre.
Il la regarda avec surprise.
— Ce n'est vraiment pas le genre de chose dont je me vois leur parler.
— Oui, mais tu changeras peut-être d'avis en sachant qui c'est.
Il la fixa, perplexe.
— Je sors avec l'attrapeur des Serpentard, qui est aussi leur capitaine, d'ailleurs...
— L'attrapeur des Serpentard... Eh bien... Qui est-ce, déjà ? Voyons... Non... Lui ? Excellent ! dit-il en éclatant de rire.
Lily blêmit et le regarda d'un air courroucé, puis elle croisa ses bras.
— Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle...
— Si ! Oh si ! dit-il en continuant à rire. Merlin ! La fille de Harry Potter et le fils de Drago Malefoy ! et il se mit à rire de plus belle.
— C'est parce qu'ils étaient ennemis que ça te fait rire ?
— Oui ! Si tu savais à quel point ils se détestaient, à l'époque ! Oh oui ! Merlin, si quelqu'un leur avait dit ça ! s'exclama-t-il, son fou rire reprenant de plus belle.
La jeune fille s'assit sur sa chaise en le regardant, dans l'expectative. Il précisa :
— J'imagine leurs têtes, Merlin ! Si quelqu'un leur avait annoncé ça, à l'époque, dit-il en se remettant à rire de plus belle, Merlin, leur réaction aurait certainement été très explosive !
— Tu... tu... tu crois qu'ils vont le prendre si mal que ça ?
Il l'observa en tentant de calmer son fou rire. Sa filleule semblait vraiment inquiète. Il posa une main sur son bras et lui dit :
— Ils n'ont plus 15 ans depuis longtemps, Lily, ils ont mûri tous les deux, crois-moi. Je doute qu'ils prennent la nouvelle avec enthousiasme mais ça, je pense que tu l'avais compris. Cependant, je suis certain que vous n'avez rien à craindre, ni l'un, ni l'autre.
— Merci, Neville !
— Vous comptez leur en parler quand ?
— Eh bien... probablement les mettre devant le fait accompli au Bal de la Victoire... Tu trouves que c'est une mauvaise idée, peut-être ?
Il réfléchit quelques instants.
— Non, elle me paraît plutôt bonne. Mais le père de Scorpius l'apprendra plus tard, dans ce cas.
— Non, en même temps, puisqu'il devrait être invité aussi, dit la jeune fille, avant de lui expliquer pourquoi.
Elle remercia ensuite son parrain, avant de rejoindre la Grande Salle pour le déjeuner.
Lily retrouva ses amies à la table de Gryffondor. Après le repas, elle passa quelques instants avec Scorpius, avant que chacun ne reparte en cours. Le soir même, il avait entraînement de Quidditch, avec son équipe, auquel il avait refusé que la jeune fille assiste, craignant d'être distrait. Ils s'étaient donné rendez-vous dans la même salle que la veille, après celui-ci, et commencèrent par s'embrasser passionnément. Le jeune homme pesta contre l'heure, le couvre-feu n'étant pas loin.
— Finalement, il y a un gros avantage, à sortir avec un Gryffondor, lui dit Lily, mutine.
— Comment ça ? lui demanda-t-il d'une voix blanche.
— Ça tient en deux mots... répondit-elle avec un sourire en coin.
— Vraiment ? Lesquels ? interrogea-t-il en la serrant davantage contre lui.
— Salle Commune...
Il grogna et enfouit son visage dans les cheveux de la jeune fille.
— C'est vrai, ça, quel dommage que tu n'aies pas été répartie à Serpentard ! lui dit-il sarcastiquement.
— Ou plutôt toi à Gryffondor ! lui rétorqua-t-elle sur le même ton.
Ils échangèrent un sourire et s'embrassèrent à nouveau.
— Mais je suis bien trop Serpentard pour aller dans une autre maison...
— Et moi bien trop Gryffondor...
Ils se regardèrent avec malice.
— Mais ça ne va pas être facile de nous voir, on n'a pas un seul cours commun...
— Et j'ai comme l'impression que nous croiser par hasard ou nous entraîner ensemble une fois par semaine ne nous suffit plus, dit Lily avec un sourire en coin.
— Tu veux bien m'apporter ton emploi du temps demain soir, s'il te plaît ?
— Euh d'accord, mais pour quoi faire ?
— Tu verras bien ! dit-il avec un air malicieux.
Ils se séparèrent peu après, pour ne pas être découverts dans les couloirs après l'heure du couvre-feu.
Le lendemain, comme tous les mardis, les deux jeunes gens se retrouvèrent après les cours pour s'entraîner ensemble. Scorpius se disait complètement rétabli mais Lily refusa qu'il en fasse autant que les autres fois et garda le Vif d'Or d'entraînement dans sa poche, après l'avoir attrapé. Ils rentrèrent donc plus tôt qu'à leur habitude au château et retournèrent s'installer dans la salle qu'ils s'étaient attribuée, pour discuter et s'embrasser.
— Lily, tu as pensé à prendre ton emploi du temps ?
— Oui, le voilà, mais que comptes-tu faire avec ?
En guise de réponse, il le posa sur un bureau, lui fit un sourire en coin et sortit un parchemin vierge de la même taille qu'il posa à côté. Il lança alors un sort pour reproduire le premier sur le second. Il sortit ensuite son propre emploi du temps et un autre parchemin vierge et réitéra l'opération. Il tendit ensuite à sa petite amie l'emploi du temps de celle-ci et la copie du sien.
— Et voilà, comme cela il nous sera plus facile de provoquer le hasard pour nous voir !
Elle l'embrassa puis lui dit avec un air machiavélique :
— Ton idée est géniale, Scorp, mais je crois qu'on peut l'améliorer...
Elle prit les deux copies et les posa l'une à côté de l'autre. Elle sortit sa baguette et lança un sort sur les deux parchemins. Aussitôt, ce qui était inscrit sur celui de droite en disparut pour apparaître sur celui de gauche, en surimpression. L'emploi du temps du jeune homme étant écrit en vert sapin et le sien en bordeaux, le résultat était parfaitement lisible.
— Et voilà, tu n'as plus qu'à faire une copie et il nous sera encore plus facile de savoir quand nous pouvons nous voir facilement ! lui dit-elle avec une lueur de triomphe dans le regard.
Il fixait encore les parchemins, éberlué, et releva la tête vers elle. Au bout de quelques instants, il reprit contenance et lui demanda :
— Euh... c'est au programme de quatrième année, ça, maintenant ?
— Non, pas vraiment, répondit-elle, souriant en coin.
— Même en sixième année, je n'ai pas encore vu ça...
— Mmmm... à vrai dire, ce n'est pas non plus au programme de la septième année, dit-elle en observant ses ongles, mine de rien.
— Pardon ? Mais... mais... comment as-tu appris ce sort, alors ?
— Aurais-tu déjà oublié que je suis la petite-fille d'un Maraudeur et la sœur de James Potter ? continua-t-elle de la même manière.
— Je crois que tu n'as pas fini de me surprendre... Je suppose que tu as appris ce sort avec James, qui l'a trouvé je ne sais où...
— En effet... Il a toujours été très fier d'être un héritier des Maraudeurs. Et il cherche à reproduire un certain nombre de leurs hauts faits...
— Je me demande bien à quoi a pu leur servir ce sort, franchement...
— Ça, c'est un secret que les WPL ne dévoilent pas à la légère, crois-moi.
— Les quoi ? Les WPL ?
— Les Weasley-Potter-Lupin, précisa-t-elle en souriant.
— D'accord ! Weasley et Potter, je situe, mais Lupin ?
— Remus Lupin était l'un des quatre Maraudeurs : Lunard. C'est lui qui était un loup-garou. Il a épousé Nymphadora Tonks, une auror métamorphomage, durant la dernière guerre. Malheureusement, leur fils n'a pas connu ses parents, qui sont morts durant la Bataille Finale. C'est sa grand-mère qui l'a élevé et on les a toujours considérés comme des membres de la famille, Teddy étant le filleul de mon père. Il est un peu comme un grand frère pour James, Albus et moi. Et il a épousé notre cousine, Victoire Weasley, avec laquelle il a maintenant une petite Maud.
Scorpius se mit à rire et dit :
— Décidément, tu as une sacrée famille !
— Oui, et j'en suis fière ! lui rétorqua-t-elle, les poings sur les hanches et le menton en avant.
Grâce au parchemin reproduisant leurs deux emplois du temps, le Serpentard et la Gryffondor purent se voir plus facilement durant la journée. Ils continuaient à se lancer des piques dès qu'ils se voyaient et s'embrassaient lorsqu'ils étaient seuls. Le jeudi de la semaine suivante, Rose se glissa à côté de sa cousine à la fin du repas de midi. Elle lui tendit un livre avec un clin d'œil tout en lui disant :
— Tiens, Lil, tu devrais lire le chapitre que j'ai marqué par un signet.
— Ça parle de quoi ? demanda-t-elle tout en commençant à ouvrir le livre.
— Ne regarde pas ça ici ! C'est pour t'aider à éviter que votre histoire sorte de Poudlard avant que vous ne l'ayez décidé.
— Merci, Rosie, tu es géniale ! dit sa cousine en la serrant dans ses bras.
— Tu sais, je pense que j'aurais fait pareil si c'était moi qui sortait avec un Serpentard, chuchota la jeune fille en souriant. Surtout si celui-ci s'était appelé Malefoy !
Le soir venu, Lily et Scorpius se penchèrent sur le livre prêté par Rose. Le chapitre marqué par celle-ci présentait un sortilège de Tabou. Ils découvrirent que celui-ci pouvait leur permettre d'empêcher quiconque de parler de leur couple en dehors de Poudlard, ou bien d'écrire à leur sujet. En effet, lorsque quelqu'un désirait évoquer le sujet rendu tabou, cela faisait le même effet qu'un sortilège de Confusion. La personne se mettait aussitôt à penser à tout autre chose et à oublier ce qui ne devait pas être mentionné.
Les jeunes gens suivirent donc soigneusement les indications du livre et mirent en place le Tabou. Après avoir scrupuleusement noté les instructions permettant de lever celui-ci, ils refermèrent le livre pour le rendre à la capitaine des Serdaigle et se tournèrent l'un vers l'autre. Suite à la mise en place de ce sortilège, ils n'hésitèrent plus à se promener main dans la main, ne craignant plus une indiscrétion par lettre. Ils préféraient cependant éviter de s'embrasser en public, par pudeur.
Les semaines passèrent tranquillement, entre les cours, les amis, le Quidditch et les moments que Lily et Scorpius prenaient pour être ensemble. Ils passaient tous leurs dimanches dans la même salle de classe désaffectée, ou une autre s'ils trouvaient celle-ci occupée. Bientôt arriva le match Serdaigle contre Poufsouffle.
— Je sens que je vais aimer ce match, déclara Lily, mutine.
— Ah oui ? Parce que tes cousines jouent ?
— À vrai dire, je ne pensais pas à elles.
— Tu pensais encore à un beau blond aux yeux gris ? lui demanda-t-il sur un air faussement vaniteux.
— On dirait bien... répondit-elle juste avant de l'embrasser. Et surtout, au fait que c'est le seul match de l'année où aucun de nous deux ne jouera.
— C'est vrai, ça va être presque aussi bien que de jouer l'un contre l'autre ! dit-il en riant. Tu vas voir, on a une vue superbe, depuis les tribunes des Serpentard.
— Tu rigoles ? Je n'ai aucune intention d'aller m'asseoir là-bas !
— Tu ne veux pas être avec moi ? l'interrogea-t-il, désappointé.
— Tu aimerais t'installer au milieu des Gryffondor, mon petit serpent ? demanda-t-elle avec un sourire en coin.
— Mmmmh non, je comprends ce que tu veux dire... Mais j'ai vraiment envie de passer le match à tes côtés, ma petite lionne chérie.
— C'est bien mon intention aussi, rassure-toi, Scorpius, dit-elle entre deux baisers. Je suis sûre que les tribunes des Serdaigle seront un très bon compromis...
— S'ils veulent bien de nous, ce sera parfait.
Tendrement blottis l'un contre l'autre sur un gradin d'où ils pouvaient voir tout le terrain, les deux jeunes gens commentaient le match.
— On dirait qu'il a fait des progrès, Carmichael, depuis l'an dernier.
— En effet, ça va devenir plus intéressant de le battre.
Ils échangèrent un sourire carnassier. Jake Carmichael, l'attrapeur de Serdaigle, un grand blond à lunettes, était en cinquième année. Il maîtrisait parfaitement son balai et cherchait attentivement le Vif d'Or, mais l'œil exercé de ses adversaires remarquait sans peine qu'il n'avait pas leur aisance.
— Bon, en revanche, les Poufsouffle les prennent toujours au berceau, leurs joueurs. Tu as vu leur nouvelle attrapeuse ?
— J'avais l'air aussi jeune et naïve que ça, il y a deux ans, Scorp ?
— Naïve ? Franchement, Lil, il n'y a que Mary Since pour s'être laissée prendre à ton jeu !
— Je pensais pourtant avoir mieux joué mon rôle que ça...
— Vis-à-vis des Poufsouffle, c'était parfait, et tu aurais sans doute pu avoir les Serdaigle. Mais pas la Maison où la ruse est maîtresse !
Ils rirent de concert.
— Aucun sens de la compétition, ce Cauldwell, pesta Malefoy.
— Qui ça ?
— Joshua Cauldwell, le nouveau capitaine des Poufsouffle. C'est ce grand batteur blond. Regarde comment il mène son équipe !
Lily observa le jeu tout en écoutant la diatribe de son petit ami. Au bout d'un moment, elle intervint.
— Tu réagis en Serpentard, Scorpius, mais les Poufsouffle n'ont pas votre ambition.
— Ça, j'avais déjà remarqué, ricana-t-il.
Elle lui donna un coup d'épaule et reprit :
— Leur but n'est pas de gagner à tout prix, mais de s'amuser. Si tu les regardes bien, tu verras que c'est le cas.
— Parce que vous, les Gryffondor, et nous, Serpentard, nous ne nous amusons pas, sur le terrain, peut-être ? s'indigna-t-il.
— Oh si, tu le sais aussi bien que moi ! répondit-elle en souriant. Mais vous comme nous avons l'esprit de compétition, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons.
— Satanés lions, il vous faut toujours prendre la défense des faibles et des opprimés, la taquina-t-il.
— Et vous, fichus serpents, hors l'ambition et la ruse, point de salut ! rétorqua-t-elle sur le même ton.
Après plusieurs échanges de piques du même genre, tout en surveillant le jeu, ils en vinrent à parler à nouveau de l'équipe bleu et bronze.
— Les Serdaigle ont l'air de vraiment bien se débrouiller, cette année, et d'avoir une belle cohésion.
— Oui, j'ai l'impression que ta cousine est un bon capitaine. Et ton autre cousine et elle sont de sacrées poursuiveuses, tu as vu comment elles jouent ?
— C'est normal, on a le Quidditch dans le sang, dans la famille ! affirma Lily en riant.
— C'est vrai que ta mère était poursuiveuse chez les Harpies de Holyhead...
— En effet, mais ce n'est pas la seule de la famille qui soit douée en la matière. Mon oncle Charlie aurait pu devenir joueur professionnel lui aussi, s'il n'avait pas préféré les dragons. C'est un attrapeur de génie. Mon oncle Ron, le père de Rose, est un très bon gardien. Mon oncle George et son défunt jumeau Fred étaient des batteurs redoutables. Mon grand-père James était un excellent poursuiveur...
— Et ton père et le mien se disputaient le Vif d'Or aux mêmes places que nous.
— Oui, mais ils s'entendaient beaucoup moins bien !
Et ils se mirent à rire ensemble, heureux et complices.
L'hiver approchait à grands pas, en ce mois de décembre 2022. Un midi, les deux jeunes gens se retrouvèrent dans un couloir vide pour s'embrasser avant de se rendre dans la Grande Salle pour manger.
— Je n'arrive pas à y croire ! s'exclama une voix indignée.
Ils se retournèrent vivement pour faire face à l'intruse.
— Doraleen ! Qu'est-ce que tu fais là ? s'exclama Scorpius.
— Alors tu n'as rien trouvé de mieux, pour me rendre jalouse, que de sortir avec cette Gryffondor !
Le jeune homme éclata de rire.
— Je te rappelle que c'est moi qui ai rompu, Higgs ! Je ne vois pas ce qui pourrait te fait penser que je voudrais te rendre jalouse, remarqua-t-il sur un ton glacial.
La Serpentard poussa un cri de rage. Elle sortit sa baguette et lança un sort à Lily. Avant même que Scorpius n'ait pu réagir, celle-ci avait lancé un Protego puis répondu avec un Chauve-Furie. Doraleen se mit à hurler furieusement, tout en tentant de chasser les chauves-souris de son visage. Le professeur Londubat arriva à ce moment-là.
— Que se passe-t-il, ici ? dit-il avec un air sévère.
Se débattant toujours contre les chauves-souris, la jeune fille criait des mots incompréhensibles tout en désignant sa rivale. Scorpius fit un pas en avant pour se placer devant celle-ci, qui regardait son parrain calmement, sans baisser les yeux. Après avoir observé les trois jeunes gens, il lança un Finite Incantatem qui fit disparaître les chauves-souris. Il demanda aussitôt d'un ton glacial :
— Dois-je lancer un Priori Incantatum sur vos trois baguettes ?
Doraleen, qui allait accuser Lily, baissa alors les yeux et sembla se faire toute petite, tandis que les deux autres ne bougeaient pas, visiblement prêts à tendre leurs baguettes pour que le professeur de Botanique vérifie le dernier sort jeté avec.
— Je vous rappelle qu'il est formellement interdit de faire de la magie dans les couloirs. Et encore plus de se battre entre élèves, particulièrement si l'on s'attaque à un plus jeune que soi. Est-ce clair ?
Les trois élèves opinèrent silencieusement.
— Miss Higgs, la prochaine fois, évitez de vous envoyer vos propres Chauves-Furies à la figure.
Les deux Serpentard tressaillirent mais ne dirent rien. Neville Londubat reprit :
— Pour cette fois-ci, vous ne ferez perdre que vingt points à votre Maison, miss Higgs. Mais la prochaine fois, ne comptez pas sur mon indulgence, dit-il avec un regard sévère à la ronde, avant de tourner les talons.
Dès que le directeur des Gryffondor se fut suffisamment éloigné, Scorpius siffla à sa camarade :
— Tu n'as pas intérêt à tenter à nouveau quoi que ce soit contre Lily. Comme tu l'as vu, elle sait très bien se défendre. Et si tu lui cherches des noises, tu auras aussi affaire à moi — et pas seulement, à mon avis. Alors je te conseille vraiment de te tenir à carreau.
La jeune fille avait pâli au fur et à mesure de son discours. Elle opina faiblement de la tête et partit en courant presque. Le Serpentard se tourna alors vers sa petite amie et l'embrassa tendrement tout en la serrant contre lui.
— C'était vraiment un beau Chauve-Furie, tu es décidément une sorcière redoutable ! Heureusement que le professeur Londubat a cru que c'était Higgs qui se l'était lancé à elle-même !
Lily se mit à rire et passa ses bras autour de son cou.
— Tu le connais mal, il n'y a pas cru une seconde !
— Comment ça ?
— Tu te souviens que Neville Londubat était l'un des chefs de la Résistance de Poudlard ?
— Oui, eh bien ?
— Aurais-tu oublié qui en étaient les autres chefs ? dit-elle avec un petit rire.
Il réfléchit quelques secondes.
— Oh ! Ta mère, c'est vrai ! Et Luna Scamander, si je me souviens bien.
— Oui, c'est ça. Il était aussi l'un des camarades de dortoir de mon père. D'ailleurs, Luna est ma marraine et lui mon parrain.
— Je ne m'en serais pas douté. Mais quel est le rapport avec ce qui s'est passé ?
— Eh bien le Chauve-Furie a toujours été le maléfice préféré de ma mère...
Il se mit à rire.
— Donc c'était signé ! Mais pourtant, il ne t'a pas accusée, comme s'il avait compris qu'elle t'avait attaquée en premier...
— Mais il l'a compris, sinon c'est Gryffondor qui aurait perdu des points. Il sait que toi et moi sortons ensemble. Et il sait aussi que je ne suis pas du genre à attaquer quelqu'un sans raison.
— Et il a certainement remarqué que Higgs n'avait pas envie de montrer sa baguette, elle a dû t'envoyer quelque chose d'au moins aussi offensif...
— Oui, je le pense, et Neville en est certainement venu aux mêmes conclusions.
Dans les jours qui suivirent, une rumeur bruissa chez les Serpentard. Les meilleurs amis de Scorpius, Hugh Boot et Michael Nott, contribuèrent largement à la répandre. On racontait en effet qu'il valait mieux éviter de se frotter à la petite amie du capitaine, qui avait ridiculisé une sorcière de deux ans son aînée. Doraleen Higgs rageait mais faisait profil bas. Elle détestait être ainsi raillée dans sa propre Maison et ne voulut pas prendre davantage de risques. En attendant que l'orage passe, elle se plongea dans ses cours et passa plus de temps qu'elle n'en avait jamais passé jusque-là à la bibliothèque.
