12. 2022/2023 Le bal de la Victoire

Ron Weasley était ravi de la soirée qui commençait tout juste. Le monde sorcier fêtait vingt-cinq ans de paix, lui fêtait surtout vingt-cinq ans de tranquillité. Il était bien content que les épreuves qu'ils avaient dû traverser, Hermione, Harry et lui, soient bien loin derrière eux. Même les conflits qu'il avait eus à gérer, en tant que Maître de Guilde, lui semblaient presque une récréation, en comparaison avec leur adolescence tourmentée.

Il observa à nouveau Hermione, assise à sa gauche, qui discutait passionnément avec Terry Boot d'un récent décret d'application du Département de la Justice. Ron avait toujours aimé la voir s'enflammer ainsi. Il était fier d'être marié à une telle sorcière. Elle lui semblait de plus en plus belle au fil des années. Et dire que leurs enfants approchaient déjà de la fin de leur scolarité à Poudlard ! Merlin merci, ils n'avaient pas eu d'épreuves terribles à traverser, eux, et leur père en éprouvait une grande satisfaction. C'était notamment pour cela qu'ils s'étaient battus, après tout, et que Harry, son meilleur ami, presque son frère, s'était engagé comme Auror.

Ron ressentit pourtant à nouveau une légère pointe de culpabilité en repensant à la première rentrée de sa fille. Il ne l'imaginait tellement pas aller ailleurs qu'à Gryffondor qu'il n'avait pas pensé aux conséquences de ses plaisanteries sur le sujet. Or Rose, elle, l'avait pris au sérieux. Et lorsqu'Hermione, furieuse, lui avait lu la lettre que leur fille n'avait osé adresser qu'à elle, où elle avouait avec tristesse avoir été répartie à Serdaigle, et demandait timidement si son père l'aimerait toujours, il s'était senti mal. Très mal. Aussi mal, peut-être, que lorsqu'il avait abandonné les deux personnes qu'il aimait le plus au monde, en plein milieu de leur quête des Horcruxes.

Il s'était aussitôt traité d'imbécile et de crétin devant sa femme et son fils qui, lui, n'y comprenait pas grand chose. Pour se faire pardonner et éviter de faire davantage de bêtises, il avait demandé conseil à Hermione pour l'aider à rattraper les choses. Il avait donc choisi, dans une bijouterie du Chemin de Traverse, un très bel aigle en argent monté en pendentif, avec sa chaîne. Il l'avait ensuite envoyé à sa fille, avec une lettre où il s'excusait platement et lui assurait qu'il était fier d'elle, qu'elle était dans une excellente Maison et qu'il était sûr qu'elle ferait une Serdaigle remarquable et que, correction apportée sur suggestion de son épouse, quoi qu'elle fasse, le plus important pour lui était qu'elle soit heureuse.

Rose avait été complètement rassurée et, aux vacances de Noël, avait sauté au cou de son père dès sa descente du train. Elle s'était par la suite montrée une élève brillante, bien que pas aussi douée que sa mère. Ron s'était toujours montré très fier de sa petite Serdaigle. Il la trouvait particulièrement ravissante, ce soir-là, et surveillait attentivement mais discrètement Alec McKinnon. Il connaissait le petit ami de sa fille et avait toute confiance en lui, mais ne pouvait s'en empêcher. Bien moins sérieux, Hugo avait choisi une cavalière dont les parents, Moldus, étaient forcément absents, ce soir-là.

Une seule ombre gâchait le tableau de cette soirée, aux yeux du marchand de farces et attrapes. En effet, il avait vu, avec horreur, Drago Malefoy s'asseoir avec eux. L'ancien Serpentard ne semblait pas plus ravi que ses vieux adversaires de partager la même table. Ron avait failli lui demander méchamment ce qu'il faisait là, mais un coup de coude d'Hermione dans les côtes l'en avait dissuadé. Ron crut voir un sourire malicieux sur le visage de Neville, qui les observait, mais se reprit. Celui-ci avait beau avoir énormément évolué, depuis le garçon timide et balourd qu'il avait été, il restait un ami loyal et sympathique qui ne leur ferait certainement pas de coup bas.

Harry et Drago échangèrent quelques politesses, avant de se tourner vers les autres convives pour discuter. Heureusement, ceux-ci étaient davantage au goût de Ron Weasley. Outre Hermione et lui-même se trouvaient Harry et Ginny Potter, les deux personnes dont ils étaient le plus proche. Neville et Hannah Londubat, qu'ils appréciaient beaucoup, se tenaient en face d'eux. Le Maître de Guilde connaissait aussi Terry Boot, qui était de la même année qu'eux et avait été à Serdaigle, mais pas sa femme, Orla, qui était en train de discuter avec Astoria Malefoy.


Ron porta un verre à ses lèvres, tandis que ses yeux dérivaient vers la porte de la Grande Salle, où apparaissait une chevelure rousse. Il reconnut avec plaisir sa nièce Lily quand, brusquement, il remarqua le cavalier de celle-ci. Le fils de Malefoy ! Ron recracha aussitôt ce qu'il était en train d'avaler, horrifié. Lily Potter entrait dans la salle de bal au bras de Scorpius Malefoy ! Espérant avoir la berlue, le commerçant se pinça, mais la vision ne changea pas. Il vit les deux jeunes gens se diriger vers l'une des tables rondes destinées aux élèves et dit alors, d'une voix blanche, à son entourage qui lui demandait ce qui lui arrivait :
— Vous... vous... vous les avez vus ?
— Qui ça ? demanda sa femme.
— Lily... Lily et... et...

Il lança alors un regard torve en direction de Drago Malefoy puis de la table où allaient prendre place les jeunes gens. Tous les regards de ses voisins de table convergèrent aussitôt vers Lily et Scorpius. Harry sembla stupéfixé et Drago blêmit. Ron fit mine de se lever mais Ginny le retint.
— Toi, tu as intérêt à laisser ta nièce tranquille, lui dit-elle d'une voix calme, tout en le menaçant du regard.
— Mais... mais... elle...
Hermione lui redonna un coup de coude.

Harry et Drago se fixaient furieusement, comme ils ne l'avaient plus fait depuis Poudlard. Neville avait beaucoup de mal à garder son sérieux. Terry et Orla Boot ne semblaient pas comprendre grand chose à ce qui se passait. Quant à Hannah Londubat, elle souriait discrètement, comprenant quel était le spectacle divertissant que son mari lui avait annoncé. En observant leurs époux, Astoria, Ginny et Hermione secouèrent la tête d'un air navré.

— Si vous voulez mon avis, ils ne sortent pas ensemble, glissa cette dernière pour calmer le jeu.
— Comment peux-tu savoir ça ? lui demanda Ron, les yeux écarquillés, tandis qu'Hannah était la seule à remarquer les efforts de plus en plus importants que son mari devait fournir pour ne pas rire.
— Regarde la distance entre eux. En entrant, elle avait simplement posé sa main sur son bras. Ils se tiennent beaucoup plus loin l'un de l'autre que ne le font des amoureux, vous pouvez comparer, expliqua-t-elle, avant de désigner d'autres couples.
Les messieurs observèrent mais restèrent dubitatifs.

— Scorpius joue au Quidditch ? demanda poliment Ginny à Astoria.
— Oui, il est attrapeur.
Mrs Potter retint difficilement un large sourire et se força à dire d'un ton détaché :
— Oh, comme Lily. Sans doute est-ce ce qui les a incités à aller au bal ensemble.

Les trois hommes semblèrent respirer mieux. Cependant, Harry et Drago continuaient à se fusiller du regard, tandis que Ron fixait les jeunes gens d'un œil torve. Hannah sortit discrètement sa baguette sous la table et lança un sort informulé vers son mari. Celui-ci put reprendre contenance, tout signe extérieur d'hilarité disparu. Neville remercia sa femme en posant tendrement sa main sur la sienne.

— Lily est très jolie, glissa Astoria Malefoy avec un sourire.
— Scorpius est très élégant, lui répondit Ginny en lui souriant à son tour.
— Rose m'a raconté que c'étaient les deux meilleurs attrapeurs de Poudlard, intervint Hermione.
Leurs mères ne purent retenir un sourire de fierté. Drago intervint alors, de sa voix traînante :
— Elle est à Gryffondor, n'est-ce pas ? Ça me rappelle quelque chose, Potter contre Malefoy...

Astoria posa sa main sur le bras de son mari et lui dit fermement :
— Mais ils ne sont pas vous, Drago. Laisse-les vivre leur vie.
Ginny, Hermione et les Londubat approuvèrent avec le sourire, tandis que les Boot n'osaient prendre parti.


Lily et Scorpius s'étaient attablés avec Rose et Alec, Hugh Boot et Drenka O'Reilly, sa cavalière, ainsi que quelques autres. Ils n'avaient rien manqué de la tension régnant à la table de leurs parents.

— J'avais failli oublier que nos pères n'ont jamais vraiment été amis, fit Lily sur un ton sarcastique.
— J'ai cru comprendre qu'ils étaient plutôt rivaux, à Poudlard, poursuivit Scorpius de la même manière.
— Enfin bon, soupira Lily d'une manière affectée, ce n'est pas comme s'ils s'étaient détestés, non plus.
— En effet, répondit Scorpius en roulant exagérément des yeux vers le plafond magique. Et tu imagines si, en plus, il y avait eu un mage noir qui avait tenté de recruter l'un des deux pendant que l'autre essayait de le mettre hors d'état de nuire...
— Ça aurait probablement été problématique, si ça avait été le cas.
— Ils auraient sans doute été contrariés de nous voir ensemble.
Ils poursuivirent ainsi pendant quelques instants, sous les rires de leurs camarades.
— Mon père semble au bord de l'apoplexie, intervint Rose, que la situation amusait beaucoup. Qu'est-ce que ce serait si j'étais à la place de ma cousine !
— Et encore, ils n'ont rien vu ! répliqua Scorpius. Pour l'instant, ils savent seulement que Lily est ma cavalière...


Le repas fut, évidemment, délicieux. Trois hommes, cependant, mangeaient sans faire attention à la saveur du contenu de leurs assiettes, ni à la conversation des autres convives. Trop obnubilés par deux élèves qui, eux, semblaient beaucoup s'amuser avec leurs camarades. Ginny et Hermione, quant à elles, discutaient aimablement avec Astoria, les Boot et les Londubat.

Les professeurs ouvrirent ensuite le bal, rapidement suivis par la plupart des adultes. Les élèves mirent un peu plus de temps à se lancer, intimidés par la danse ou leurs cavaliers. Lily et Scorpius avaient patiemment attendu que la piste de danse soit suffisamment investie par leurs camarades pour se lancer à leur tour. Lorsque la musique devint un slow, les deux jeunes gens firent attention à calquer leur attitude sur celle de leurs camarades qui étaient allés au bal entre amis, plutôt que de ceux qui étaient venus en couple.

— On dirait que ton oncle s'approche, Lily, déclara Scorpius, amusé, au bout de quelques instants.
— Effectivement, répondit la jeune fille. Ma tante ne semble pas apprécier plus que cela.
— Non, effectivement. Mais elle a un sourire en coin.
— Elle doit avoir une idée, alors, répondit Lily en riant.
— Elle l'a envoyé au buffet ! s'exclama le Serpentard, abasourdi, en voyant Ron Weasley se diriger vers l'autre bout de la pièce. Elle l'a juste envoyé au buffet, et ça a marché ?
— Avec oncle Ron, oui. Elle va sûrement le rejoindre d'ici peu, engager la conversation avec untel ou unetelle, intégrer oncle Ron à la discussion et l'empêcher de revenir danser, fit-elle d'un ton badin.

L'orchestre avait changé de registre et jouait un morceau de rock. Lily et Scorpius dansaient en rythme, le jeune homme s'amusant à la faire tournoyer autour de lui. Du coin de l'œil, il aperçut son père qui se déhanchait sur la piste avec sa mère et se rapprochait de plus en plus d'eux. Fort heureusement, il avait hérité des talents de danseur d'Astoria et cette dernière avait exigé qu'il les entretienne. Le jeune homme se mit à remercier intérieurement tous les professeurs de danse qu'il avait subis jusqu'alors, en voyant sa mère entraîner son père d'un côté tandis que Lily et lui se dirigeaient vers un autre côté en se trémoussant.

— Tu as vu mon père, Lily ?
— Non...
— Il a tenté de nous rejoindre. Ma mère l'a fait danser jusqu'à l'autre bout de la salle.
— C'est pour ça que tu m'entraînais par ici, alors !
— Exactement ! Et... Oh !
— Qu'y a-t-il ?
— Et bien... Tu avais raison ! Ton oncle est maintenant en grande discussion avec Mr Shackelbolt, notre précédent Ministre de la Magie !
Lily se mit à rire. Elle connaissait bien sa tante.

Après avoir fait une pause pour se rafraîchir au buffet, Scorpius entraîna à nouveau sa petite amie au milieu des danseurs. L'orchestre avait opté, cette fois-ci, pour une valse. Chacun d'eux observait aux alentours, l'air de rien, pour voir si l'un des trois hommes tentait à nouveau de les aborder en musique. Et effectivement, Harry s'approchait, accompagné de Ginny qui levait les yeux au ciel et chuchotait rapidement des directives à son mari. Que ce dernier ne semblait pas écouter le moins du monde.

— Ah, Lily, ma chérie ! s'exclama Harry alors qu'il approchait du jeune couple.
— Oui, Papa ? fit celle-ci en notant qu'il avait provisoirement abandonné sa mère.
— Tu passes une bonne soirée, ma puce ?
— Oui, oui, et...
— Aaaah, Harry ! s'exclama une voix bourrue.
Harry se retourna et découvrit Hagrid, le regard plus pétillant que jamais. L'espace d'un instant, il crut avoir à nouveau onze ans et se trouver dans un phare perdu dans la tempête.
— Ça fait bien longtemps que tu n'es pas passé me voir.
— Oui, Hagrid, mais je...
— Allons par ici, Harry, il ne faut pas gêner les jeunes danseurs, continua le demi-géant sur un ton débonnaire.

Les deux jeunes gens regardèrent celui-ci entraîner le Survivant à l'écart. Ginny passa à proximité d'eux sans les regarder. Toutefois, ils l'entendirent clairement dire que son époux était bon pour une série de gâteaux trop cuits et une tasse de thé géante, ce qui les fit rire.

— Ta mère est géniale, Lily !
— Merci. Je lui dirai, répondit la jeune fille, rayonnante.
— Merlin, les femmes sont tout de même dangereusement efficaces, autour de nous ! Je commence à avoir peur pour mon avenir personnel... déclara Scorpius sur un ton malicieux.
— Comme si ça te surprenait vraiment, Scorp !
— Certes. Certes... Lily ?
— Oui ?
— J'ai envie de t'embrasser.
— Moi aussi. Mais c'est trop tôt. Je préfère attendre qu'ils soient tous réunis. Vraiment.
— Oui. Moi aussi...

Et il l'entraîna dans une nouvelle danse.


Bien plus tard, il ne restait quasiment plus que des élèves parmi les danseurs, les adultes étant en grande majorité retournés à leurs tables. Lily et Scorpius faisaient une pause et discutaient avec Michael Nott et sa cavalière, June Belby, gardien de l'équipe de Serdaigle et en sixième année comme les deux garçons. Le capitaine de Serpentard remarqua que sa petite amie tapotait machinalement sur la table au rythme de la musique. Il se leva alors et, un sourire au coin des lèvres, se pencha très cérémonieusement vers elle pour l'inviter à danser.

Après quelques tours sur la piste, elle lui sourit nerveusement et lui dit :
— Je crois que l'on peut passer à l'étape suivante, Scorpius, ils ne nous quittent pas des yeux...
— Vu la joie et l'enthousiasme qui se lisent sur le visage de nos pères et de ton oncle, je sens qu'ils vont être encore plus ravis...
— Bah, ils finiront bien par s'y faire... On ne va pas se cacher éternellement.
— Tu sembles prendre cela avec tant d'insouciance ! Tu ne crains pas leur réaction ?
— Et toi ? Tu as peur ?
— Peur, moi ? Non ! Mais je ne dirais pas que je n'appréhende pas un peu... Cependant, quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, Lily, je m'en contre-fiche, ça ne changera rien pour moi.
Sans cesser de danser, le Serpentard s'interrompit un moment, tout en la fixant droit dans les yeux d'un air grave.
— Ça ne changera rien pour moi, ma Lily, parce que je t'aime...

Et, sur cet aveu, qu'il avait fini presque dans un souffle, Scorpius se pencha vers Lily pour l'embrasser.


— On dirait bien qu'ils sortent ensemble, finalement, déclara Ginny sur un ton badin, tandis que Harry et Drago recrachaient leurs verres simultanément.
— Cela ne semble pas dater d'aujourd'hui, intervint Hannah avec un sourire, tandis que Neville cachait sa bouche avec sa serviette.
— En effet, opina Astoria. Ça ne ressemble pas à un premier baiser.
— Je me demande depuis combien de temps ils sortent ensemble, s'interrogea Hermione. Plusieurs semaines ? Plusieurs mois ?
Trois paires d'yeux les avada-kedavrisèrent aussitôt du regard. Elles ne s'en émurent pas et échangèrent un regard complice.

À la table du professeur Brown, en revanche, on pouvait apercevoir un sorcier tout ému. Hagrid sortit de l'une de ses poches un mouchoir à carreaux de la taille d'une nappe, avec lequel il se tamponna les yeux. Il repensait à la visite que les deux jeunes gens lui avaient faite, à Pré-au-Lard, et se félicitait intérieurement d'être à l'origine de leur relation.

— Al ! Albus ! Viens donc un peu par là ! s'écria Harry d'une voix altérée, en apercevant son cadet qui passait non loin de là.
Anwenn à son bras, il s'approcha aussitôt, un sourire aux lèvres. La jeune fille fronça les sourcils en remarquant les expressions arborées par les personnes assises à cette table. Elle suivit alors leur regard.
— Je te laisse en famille, Al... Surtout, n'hésite pas à m'appeler, si tu as besoin de moi, lui souffla-t-elle, avant d'aller s'asseoir avec sa meilleure amie, Juliet Thomas, une petite brune métisse.