14. 2022/2023 Séparation
Ailis, Erin et Lily passaient moins de temps ensemble qu'auparavant. En fait, elles se retrouvaient essentiellement à l'heure des repas et au moment des cours et, surtout, le soir, pour papoter à l'abri des oreilles indiscrètes dans le lit de l'une d'entre elles. Le reste du temps, elles préféraient profiter de la présence de leurs petits amis.
— Vous n'allez jamais y croire, les filles, c'est tout bonnement incroyable ! s'était exclamée Erin le lendemain du bal, en prenant ses deux amies à part.
— Tu sors avec O'Brien ? lui avait demandé Ailis avec un sourire narquois.
— Oui ! Mais ça, vous l'avez vu hier soir !
Les deux jeunes filles avaient opiné en riant.
— Ce n'est pas ça qui est incroyable ! En fait, Lucas en pinçait pour moi comme j'en pinçais pour lui !
— Ah bon ? s'était étonnée Lily, qui se souvenait que le Serdaigle était venu l'aborder à la fin d'un cours, peu avant que Scorpius ne l'embrasse dans la Grande Salle.
— Il m'a avoué qu'il avait voulu te demander si j'irais bien au bal avec lui.
— Mince ! Et Scorpius qui l'a rembarré ! Nous pensions qu'il voulait m'inviter moi ! s'était exclamée la fille des Potter, horrifiée, en mettant ses mains devant sa bouche.
— Oui ! Du coup, il n'a plus osé aborder aucune d'entre nous...
— C'est lui qui a eu l'idée de proposer au couple de troisième année de vous prendre tous les deux pour cavaliers ? avait supposé Ailis, franchement amusée.
— Tout à fait ! avait admis Erin. Il s'est dit que ce serait le seul moyen pour lui d'aller au bal avec moi, et qu'en plus ça leur rendait service !
Les trois amies avaient ri ensemble.
— C'était ingénieux, comme idée, et je suis ravie pour vous deux que ça se termine comme ça, avait conclu Lily, vigoureusement approuvée par Ailis.
Lorsque Lily avait raconté cette histoire à son petit ami, il avait apprécié l'ingéniosité du batteur de Serdaigle.
La jeune fille était en train de discuter Histoire de la Magie avec Amalric Vaughn et Julia Blentwitch, sa petite amie, dans la Salle Commune. Ailis intervint en détournant la conversation vers le dernier cours d'Astronomie, leur demandant où ils en étaient de leur devoir sur les satellites des planètes du système solaire, et Erin se joignit à la discussion. Prise d'un doute, Lily se leva pour aller chercher dans son dortoir le livre d'Astronomie qu'elle avait emprunté à la bibliothèque.
Albus s'interposa sur son passage et lui glissa, un air contrarié sur le visage :
— Ah, je te retiens, toi, à laisser les explications aux autres pendant que tu batifoles !
— Ils ont été si durs que ça avec toi ? lui demanda-t-elle malicieusement.
— Tu as vu le temps que j'ai dû passer à leur table, à les écouter s'échanger des amabilités ? Tiens, d'ailleurs, l'histoire de Mrs Malefoy les a beaucoup surpris, mais je suppose que tu étais au courant, toi.
Sa sœur lui répondit par un sourire amusé.
— Enfin bon, vous auriez pu aller vous expliquer directement vous-mêmes !
— Tu es vexé et contrarié que ce soit tombé sur toi ?
— Même ! Je n'impose pas à ma famille de subir ce genre d'interrogatoires, moi !
— En même temps, Al, tu sais très bien que les parents ont toujours apprécié et Anwenn, et les Kendal.
Le jeune homme retint un sourire, en pensant à sa petite amie. Après le bal, elle avait voulu revenir à la discrétion dont elle faisait auparavant preuve en public, vis-à-vis de lui. Il ne l'avait pas laissée faire, lui susurrant que, si elle semblait s'éloigner de lui maintenant, une autre fille chercherait peut-être à prendre sa place. La poursuiveuse s'était mise à rire, appréciant in petto la rouerie du garçon qu'elle aimait.
— Mais ne crois pas t'en tirer avec une telle pirouette, Lil, ne put-il s'empêcher de grogner.
— Ok, ok, j'y penserai, la prochaine fois que je leur annoncerai que je sors avec un garçon qui risque de ne pas leur plaire ! fit-elle dans un éclat de rire.
— Oh non, Lily, pas la prochaine fois que tu sors avec un garçon qui risque de ne pas leur plaire. La prochaine fois que tu leur fais une annonce qui risque de ne pas leur plaire.
— Si tu veux, grand frère...
— Ne te moque pas de moi. Parce que tels que vous êtes partis, tous les deux, j'imagine bien quel genre de nouvelle pourrait ne pas plaire du tout à Papa. Alors n'espère pas compter sur moi pour, un jour, aller leur annoncer ton mariage avec Malefoy !
La jeune fille le regarda, interloquée. Elle rougit ensuite légèrement, tira la langue à son frère et s'enfuit chercher son livre.
La fin de l'année scolaire approchait. Contrairement à la plupart de leurs camarades, Lily et Scorpius n'avaient pas du tout hâte d'être en vacances. Bien au contraire, ils appréhendaient celles-ci, et craignaient de ne pas pouvoir se voir durant deux longs mois. Ils savaient heureusement pouvoir compter sur leurs Miroirs à Double-Sens, qu'ils utilisaient fréquemment le soir avant de s'endormir.
Encore deux matchs de Quidditch et les examens seraient là. Particulièrement stressants pour les Cinquième et les Septième année. Lily ne voyait quasiment plus sa cousine Lucy, qui préparait ses BUSE. Quant à Roxanne, Louis ou les jumeaux Londubat, elle voyait bien plus souvent leurs cheveux que leurs visages, occupés qu'ils étaient à réviser leurs ASPIC. C'est de manière bien plus décontractée que Lily et Scorpius révisaient leurs examens, juste tous les deux ou bien avec leurs amis respectifs. Le jeune homme n'hésitait pas à rappeler à sa petite amie, avec un sourire sarcastique, que c'était sa dernière année avant les BUSE.
De tous les Gryffondor de septième année, Eamon Finnigan semblait le moins concerné par ses ASPIC. Il s'était remis à entraîner plus intensément son équipe et continuait à élaborer des stratégies et faire de nombreux calculs. Sa sœur Erin lui faisait parfois la morale, lui prédisant qu'il se ferait scalper par leurs parents s'il ratait ses examens — mais le jeune homme lui assurait gaiement qu'elle n'avait aucun souci à se faire.
Le match Poufsouffle contre Serpentard eut lieu le samedi suivant le bal.
— Ne les laminez pas trop, Scorp, ces pauvres Poufsouffle.
— Tss, tss, tu t'en fiches complètement, que nous les écrasions, petite lionne. Tout ce que tu veux, c'est que nous ne prenions pas trop de points d'avance.
— Exactement ! répondit Lily en riant.
Malheureusement pour les Gryffondor, l'équipe de Scorpius fit un excellent match et termina avec une avance de points considérable. Eamon en avait verdi et intensifia davantage encore l'entraînement. Un soir où Lily en était rentrée particulièrement éreintée, Erin était allée voir son frère, furieuse, pour lui rappeler qu'il n'y avait pas que le Quidditch dans la vie, et que ce n'était pas en épuisant ses joueurs qu'il avait le plus de chances de leur faire remporter la Coupe.
Les Quatrième année de Gryffondor et Serpentard sortaient de deux heures de Potions avec le professeur Cook. Comme d'habitude, ils croisèrent les Sixième année des deux mêmes Maisons qui arrivaient. Lily salua Albus et Anwenn, qui se tenaient par la main, avant de se rapprocher de Scorpius.
— Alors, vous avez fait quelle potion, aujourd'hui ? lui demanda-t-il.
— Celle d'Aiguise-Méninges.
— Ah oui, délicieuse invention !
— Tes recherches ont bien avancé, à la bibliothèque ?
— Oui, mon travail sur les Animagi avance bien. Pour celui d'Études des Moldus, en revanche, j'aimerais bien te faire relire mes notes.
La jeune fille opina et ils se séparèrent peu après.
Lily rattrapa ensuite rapidement ses amies, qui avaient commencé à se diriger vers le cours de Sortilèges, après avoir salué le frère d'Ailis, Duncan MacGuire. Le professeur Flitwick commença par féliciter la classe pour leurs progrès durant l'année. Il leur rappela ensuite que les BUSE les attendraient l'année suivante, et qu'ils devraient démontrer leurs capacités et leurs compétences auprès d'un jury extérieur. Il leur fit ensuite réviser, jusqu'à la fin du cours, les sortilèges étudiés durant l'année, leur précisant quels étaient ceux sur lesquels il pourrait les interroger durant leurs examens, et quels étaient ceux qui pourraient leur être demandés durant les BUSE.
C'était déjà la dernière sortie de l'année à Pré-au-Lard. Lily et Scorpius y étaient allés main dans la main, crânement. Ils avaient commencé par se diriger vers la boutique de Hagrid, celui-ci les ayant invités. Avant de rentrer, ils regardèrent à travers la vitrine.
— Joli serpent, fit le jeune homme d'un ton appréciateur.
— Je ne verrais pas ça chez moi, c'est l'un des plus dangereux qui soient. Hagrid a toujours eu une passion pour les animaux très dangereux.
— C'est vrai. Moi, ça ne me déplairait pas d'avoir un serpent. Surtout si je deviens vétérimage. Ça te dérangerait tant que ça de cohabiter avec ? lui demanda-t-il, espiègle.
— Eh bien, si nous vivions ensemble et que tu avais un serpent, je pense que j'adopterais un lion, à défaut d'un griffon, lui répondit-elle, mutine.
— Mais tu as déjà un félin.
— Il existe d'autres reptiles que les serpents, rétorqua-t-elle en tirant la langue à son petit ami. Et je n'ai pas parlé de prendre une mangouste !
Ils échangèrent un regard complice.
Après leur visite au demi-géant, qui les avait affectueusement couvés, les deux jeunes gens étaient repartis à travers le village. Ils avaient prévu de ne visiter les Farces pour Sorciers Facétieux qu'en dernier, juste avant de rentrer au château, au cas où les choses se passeraient mal. Ils mangèrent dans un petit restaurant, un peu à l'écart du village et peu fréquenté par les élèves. Vint le moment où ils avaient fait le tour de tous les magasins qu'ils voulaient voir, et reconstitué leurs réserves de bonbons, plumes, parchemins et autres choses utiles. Les amoureux se dirigèrent donc, toujours main dans la main, vers le magasin de farces et attrapes.
Les sourires que firent Ron et George, en voyant entrer leur nièce, se fanèrent lorsqu'ils virent que son petit ami l'accompagnait. Ils se saluèrent poliment et le cadet des deux frères se dirigea vers l'arrière-boutique, tandis que James s'approchait d'eux pour leur dire bonjour. Ron revint avec des chocolats, qu'il proposa aux amoureux, en signe de paix, dit-il avec un sourire.
Lily jeta un regard soupçonneux à ses oncles et à son frère, digne de sa mère et sa grand-mère. Ceux-ci lui répondirent avec le regard innocent qu'ils avaient appris à développer vis-à-vis d'elles.
— C'est un philtre de haine, n'est-ce pas ? les interrogea-t-elle, sceptique.
George se mit à rire.
— Ah non, quand même pas, je ne tiens pas à avoir des soucis avec ma sœur !
— Eh bien, goûtons ça, fit le Serpentard, un large sourire plaqué sur son visage.
— Dois-je te rappeler, mon chéri, intervint sa petite amie en appuyant sur les deux derniers mots, qu'il n'est jamais très prudent de manger un produit des Farces pour Sorciers Facétieux, surtout si l'on ne sait pas ce qu'il contient ?
Scorpius la regarda en cachant soigneusement son amusement : elle ne l'avait encore jamais appelé ainsi.
— Je t'assure, Lily, que ce n'est pas un produit que nous commercialisons ! précisa Ron sur un ton trop détaché pour être honnête.
— C'est pire, alors, c'est un produit en phase de test, dont les effets secondaires ne sont pas forcément connus... rétorqua sa nièce, qui savait très bien à quoi s'en tenir, avec les produits de la boutique familiale.
George attrapa l'un des chocolats et le tendit à sa nièce en disant :
— Tu peux manger ce chocolat sans crainte, il ne comporte aucun produit à tester, c'est la saveur du chocolat lui-même sur laquelle nous recherchons un avis.
Méfiante, elle le prit, mais ne put s'empêcher de demander :
— Et celui qu'a pris Scorpius ?
— Oh, mais je suis sûr que tes oncles et ton frère ne feraient pas de mal à ton petit ami, ma chérie, glissa onctueusement le jeune homme.
Défiant les trois hommes du regard, il dégusta le chocolat. Après quelques secondes d'hésitation, Lily fit de même.
Un peu en retrait, James observait la scène. Il n'avait pas vraiment envie de prendre parti. D'un certain côté, il se méfiait de Scorpius : c'était un Malefoy et un Serpentard. À Poudlard, il ne s'était jamais intéressé à celui-ci, qui avait deux ans de moins que lui. Il savait que Lily avait l'habitude de s'entraîner au Quidditch avec le jeune homme, mais n'avait jamais pensé que leurs piques pouvaient cacher autre chose qu'une rivalité.
D'autre part, il connaissait sa sœur et savait pouvoir lui faire confiance. Lily avait l'air parfaitement heureuse et semblait avoir une belle complicité avec son petit ami. Il reconnaissait sans peine qu'elle ressemblait plus à Albus qu'à lui, en ce qui concernait les histoires de cœur. L'aîné des Potter avait d'ailleurs interrogé leur frère sur le fils Malefoy, après le bal. Ce que celui-ci avait raconté lui avait semblé plutôt rassurant, le garçon semblait très loin de ce que son père avait été au même âge.
L'air parfaitement tranquille, Scorpius observait Lily en souriant, tandis que la jeune fille échangeait des nouvelles de la famille avec ses oncles. Ils venaient juste de parler de la grossesse de Victoire lorsqu'elle lui lança un regard amoureux, qui se transforma en regard horrifié au moment où elle laissa échapper un cri de rage. Le jeune homme sursauta, tandis que les trois hommes en face d'eux se mettaient à ricaner, sous les imprécations de la rouquine.
— Lily... qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il sur un ton volontairement flegmatique.
— Il se passe que... il se passe que... Rha, donnez-lui un miroir !
Narquois, George en conjura obligeamment un. Le Serpentard s'observa attentivement. Ses cheveux étaient devenus drus et partaient dans tous les sens en larges pointes. Et, surtout, ils étaient devenus bleus, d'un bleu vif qui jurait parfaitement avec la cravate de son uniforme. Il éclata aussitôt de rire.
— C'est génial, votre nouvelle invention ! Ça va avoir un succès fou ! En plus, le chocolat est vraiment bon.
Lily parut rassurée que la blague ne soit pas plus grave et de le voir réagir ainsi. Ron et George firent un petit sourire tandis que James se rapprochait, pour préciser que c'était lui qui avait créé ce nouveau produit. Scorpius lui fit un sourire appréciateur.
— Vous lui avez déjà trouvé un nom ? demanda la jeune fille.
— Oui, on va l'appeler Chocomanga, répondit son frère. Parce que j'en ai eu l'idée en lisant des mangas, dont ma petite amie raffole.
— Des mangas ? Qu'est-ce que c'est que ça ? s'étonna le Serpentard.
— C'est moldu, ce sont des bandes dessinées, c'est à dire des histoires racontées en images. Dans le manga, les dessins sont très typés, et les personnages ont souvent des coiffures de ce genre, expliqua James avec un geste vers la tête du jeune homme.
— Ça vient du Japon, termina George sur un ton désinvolte tout en regardant Scorpius d'un air satisfait.
— D'accord. Et ça dure combien de temps, l'effet de ce Chocomanga ?
— Oh, eh bien ça, c'est ce qu'on ne sait pas encore... intervint Ron avec une fausse bonhommie.
— Eh bien soit, je vous tiendrai au courant, fit Scorpius en affichant un sourire angélique, avant de discrètement remuer sa baguette.
Les frères Weasley et leur neveu virent aussitôt leur peau devenir verte. À leur tour, ils éclatèrent de rire.
— Je vois que vous êtes tous aussi crétins les uns que les autres, constata Lily, pince-sans-rire. C'est bien, au moins, je ne suis pas dépaysée avec toi, Scorpius...
Peu avant les examens eut lieu le match Gryffondor contre Serdaigle. Les deux équipes se battirent vaillamment, refusant de se faire le moindre cadeau. De l'avis de tous, ce fut le plus beau match de l'année. Les deux Septième année, Eamon Finnigan, qui était poursuiveur, et Walter Vaughn, batteur, reçurent des propositions de plusieurs équipes professionnelles de Quidditch.
Cependant, c'est l'équipe de Serdaigle qui remporta le match, au grand dam du capitaine de Gryffondor. Celui-ci désespérait d'autant plus que le décompte des points de tous les matchs donnait, du coup, la victoire à l'équipe de Serpentard.
Scorpius souriait triomphalement, lorsqu'il vint recevoir la coupe des mains d'Eileen Brown, la directrice. Juste à côté de celle-ci, Aurora Sinistra, la directrice de Maison des Serpentard, affichait un sourire discret mais très satisfait.
— J'espère que cette Coupe ne va pas trop faire enfler tes chevilles, Scorp ! lui dit Lily sur un ton sarcastique, le lendemain du match.
— Surtout, ne répète jamais à personne ce dégoulinant accès de sentimentalisme, Lily, mais je suis encore plus heureux d'avoir gagné ton cœur que la Coupe de Quidditch.
— Êtes-vous bien Scorpius Malefoy ?
— Oui, et tu sais très bien que je suis ravi d'avoir gagné, petite lionne ! s'exclama-t-il en la serrant dans ses bras et en la faisant tournoyer autour de lui.
— Profites-en bien, Malefoy, l'an prochain la Coupe sera à nous ! le nargua-t-elle en lui tirant la langue.
C'était la dernière journée à Poudlard, la dernière soirée, même. Lily et Scorpius ne s'étaient quasiment pas quittés depuis le matin. Juste après le dîner, ils s'étaient retrouvés dans leur salle de classe vide, pour prendre le temps de se dire au revoir à l'abri des oreilles indiscrètes.
La jeune fille poussa un long soupir.
— C'est bientôt l'heure du couvre-feu, il faut déjà rejoindre nos salles communes...
— Je n'ai aucune envie de te laisser partir, rétorqua-t-il en l'enserrant davantage entre ses bras.
— Mais il va bien falloir, pourtant, tu sais bien qu'on n'a pas le choix.
— Attends, je croyais que je parlais à la petite-fille d'un Maraudeur, nièce des fameux jumeaux Weasley et sœur de James Potter, me serais-je trompé ? De plus, il me semble que tes parents et ton oncle et ta tante n'ont pas toujours été très à cheval sur le règlement non plus, je me trompe ?
— Non, mais eux avaient de bonnes raisons pour cela !
— Oh ! Parce que le fait de ne pas savoir quand et comment nous pourrons nous revoir, ce n'est pas une bonne raison, ça ? demanda-t-il sarcastiquement en enfouissant son visage dans les cheveux de sa petite amie.
La Gryffondor poussa un nouveau soupir.
— Je n'ai jamais eu autant hâte d'être à la rentrée.
— Pour recevoir ton badge de préfète ? demanda-t-il avec une pointe d'ironie, cherchant à la dérider.
— Non ! Je pense qu'Ailis ou Lucinella sont bien mieux placées que moi pour l'être. Et puis, avoua-t-elle dans un souffle, je n'en ai pas très envie...
— Pourquoi ?
— J'ai plutôt envie de consacrer mon temps libre à un beau blond... Surtout que ce sera ta dernière année à Poudlard, finit-elle amèrement, en soupirant à nouveau.
— Raison de plus pour rester ici cette nuit, tu vois, fit-il le plus sérieusement du monde.
— Tu ne lâcheras pas l'idée, n'est-ce pas, Scorpius ?
— Non, confirma-t-il avec un sourire insolent.
Ils renforcèrent alors les sortilèges de protection de la pièce et rendirent au sofa sur lequel ils se tenaient auparavant sa forme initiale de chaise. Ils la métamorphosèrent ensuite en un vaste lit, sur lequel ils s'allongèrent pour continuer à discuter.
— Ça me fait tout drôle, c'est la première fois que je vais dormir avec un garçon... glissa Lily timidement.
— Et moi avec une fille. Et je n'aurais pas pu rêver plus jolie fille, lui déclara doucement Scorpius, presque intimidé lui aussi.
Ils laissèrent passer un moment de silence, avant de s'embrasser tendrement.
— Les vacances vont être vraiment longues, si on n'arrive pas à se voir.
— Heureusement que nous avons ces petites merveilles pour communiquer.
— Surtout si on ne se fait pas prendre, pouffa la jeune fille.
— Certes. Et je viendrai te voir en transplanant... si c'est possible.
— Je crains que nos pères fassent en sorte que ça ne le soit pas...
— Et tu sais que je partage tes craintes, fit-il en l'embrassant.
— Tu penses toujours que le tien pourrait t'emmener faire le tour du monde ?
— Ça me paraît probable, vu que les transplanages internationaux sont impossibles. Et ton père, tu penses toujours qu'il va te garder dans un lieu anti-transplanage ?
— Il n'est pas mon oncle Ron mais... oui, je crois que c'est possible... Sauf, bien sûr, si Maman s'y oppose vraiment...
Les deux jeunes gens passèrent si longtemps à discuter qu'ils s'endormirent très tard, blottis l'un contre l'autre.
Lily émergea tout doucement du sommeil. Elle se sentait vraiment bien, sans confusément savoir pourquoi. Elle ouvrit doucement les yeux et fut toute surprise de rencontrer deux prunelles grises qui la contemplaient tendrement.
— Bien dormi, jolie rouquine ?
— Oh ! J'avais complètement oublié que nous avions passé la nuit ici ensemble ! s'exclama-t-elle tout en s'étirant, puis en se lovant contre son petit ami. Oui, et toi ?
— À merveille, répondit Scorpius avec un sourire charmeur. Malheureusement, il va falloir nous dépêcher de nous préparer, le train part dans deux heures.
Après avoir pris le temps de s'embrasser, les deux jeunes gens se levèrent. Ils rirent en remarquant à quel point leurs uniformes étaient froissés et les défroissèrent d'un sort.
— Tiens, j'ai une idée... Le résultat devrait être sympa à observer, sur le quai de King's Cross, fit le Serpentard avec un sourire en coin.
Ils filèrent ensuite déjeuner dans la Grande Salle, avant de se séparer en direction de leurs Salles Communes.
Durant tout le voyage vers Londres, Lily et Scorpius restèrent très près l'un de l'autre. Hugh Boot et sa petite amie, Drenka O'Reilly, qui n'éprouvaient pas le besoin d'être aussi proches, se moquèrent d'eux. Ailis MacGuire et Jack Newman, qui voyageaient aussi avec eux, appelèrerent les deux Serpentard à l'indulgence.
— Ils ont de bonnes raisons de craindre leur séparation, vous ne croyez pas ?
— Comme s'ils n'allaient pas bientôt se retrouver !
— Deux mois, c'est long...
— Tu penses vraiment que leurs parents vont les empêcher de se revoir durant tout l'été ?
— Ce sera probablement plus subtil que ça... soupira Lily.
— Ils ne vont quand même pas envoyer Scorpius à Durmstrang, railla Michael Nott.
Celui-ci se figea et sa petite amie pâlit.
— Non, je ne crois pas, dit-il en lui serrant la main pour la rassurer. Ma grand-mère a refusé que mon père y fasse ses études et il ne m'a jamais dit de bien de cette école. Mais je doute effectivement que les Malefoy et les Potter aient la moindre chance de se croiser durant l'été.
— Vos mères avaient l'air de bien s'entendre, peut-être auront-elles su les convaincre, rétorqua Ailis d'une voix qui se voulait rassurante.
Le quai 9 ¾ était plein de monde, lorsque les élèves descendirent du Poudlard Express. Beaucoup de Septième année, nostalgiques, tardaient à quitter le train. Lily et Scorpius se firent attendre longtemps. Ils s'approchèrent de leurs mères, qui discutaient tranquillement avec Hermione et Angelina, tandis que Harry parlait avec Ron et Hugo, et que Drago se tenait, raide, à l'écart du groupe. Les deux amoureux se tenaient fermement par la main, traînant de l'autre leurs affaires. En levant les yeux vers eux, Ginny se mit à sourire, amusée.
Lily portait en serre-tête la cravate vert et argent de Scorpius, qui avait négligeamment noué autour de son cou, comme une écharpe, celle rouge et or de la jeune fille. Harry et Drago se figèrent. C'était de la pure provocation. L'ancien Serpentard fut le premier à se ressaisir. Il s'avança vers les deux jeunes gens, les salua puis siffla de sa voix traînante :
— Bien, maintenant que vous avez fait votre petit effet, vous pouvez reprendre vos cravates respectives. Il est temps de rentrer à la maison, Scorpius.
— Oh, ne t'inquiète pas pour ça, Papa. Nous ferons à nouveau l'échange à la rentrée, lui rétorqua le jeune homme, gouailleur.
Il fut impossible aux deux pères de les convaincre, d'autant plus que ni l'un ni l'autre ne voulait prendre le risque d'un scandale à King's Cross. Finalement, cédant aux soupirs exagérés de leurs femmes, ils abandonnèrent. Ils ne voulaient pas non plus prendre le risque d'essuyer une scène à la maison. Harry lança un regard venimeux à Ron, lui reprochant silencieusement de ne pas l'avoir davantage soutenu. Celui-ci se contenta de lancer un regard appuyé vers son épouse, qui se tenait toujours aux côtés de Ginny et d'Astoria.
Lily et Scorpius finirent donc par se séparer, se promettant silencieusement de s'appeler très vite, à travers leurs Miroirs, pour se raconter ce que leurs parents avaient prévu pour les vacances.
