15. 2023/2024 Loin des yeux
Lily n'avait jamais été aussi belle. Scorpius en eut le souffle coupé. La jeune fille s'approcha de lui. Elle noua ses bras autour de son cou et lui murmura des mots qui le troublèrent. Elle voulait plus que les baisers et les sages caresses qu'ils avaient échangés jusque-là.
Le jeune homme plongea sa tête dans le cou de sa petite amie et s'enivra de son odeur. Elle le rendait fou, complètement fou. Le Serpentard sursauta sous l'effet de la surprise puis soupira de bien-être lorsqu'il la sentit glisser ses doigts sous sa chemise pour le caresser. Il s'enhardit et commença à lui rendre la pareille. Que sa peau était douce ! Lily se blottit davantage contre lui pour l'embrasser fougueusement. Le cœur de Scorpius battait à tout rompre.
— De toute façon, tu ne seras jamais assez bien pour elle, jeta alors une voix calme, d'un ton supérieur. C'est un garçon comme lui qu'il faut à Lily.
Les jeunes gens se figèrent instantanément et se retournèrent ensemble. Harry Potter était nonchalamment appuyé contre un mur. Il avait posé sa main sur l'épaule d'un jeune homme beau et particulièrement élégant. Celui-ci se dirigea alors vers Lily.
— Il y a des milliers de jolies sorcières de par le monde, Scorpius. Ne te prends pas la tête avec celle-ci, elle n'en vaut pas la peine, déclara alors une voix traînante.
Non loin de Harry Potter se tenait maintenant Drago Malefoy. Il était entouré de quatre très jolies jeunes filles. Il leur fit un signe de tête et elles se dirigèrent vers le jeune Malefoy.
Lily avait attrapé la main du beau jeune homme. Elle s'éloigna avec lui sans même un regard en arrière. Ignorant la cohorte de jeunes filles, Scorpius se retourna vers leurs pères, désespéré. Les deux hommes affichaient un sourire de connivence particulièrement satisfait. Le jeune homme voulut s'énerver contre eux, mais préféra partir à la poursuite de sa petite amie.
Celle-ci était déjà loin et ne semblait même plus se préoccuper de lui. Il courut dans sa direction en criant son prénom, sans succès. Alors qu'il pensait se rapprocher d'elle, il trébucha et tomba.
Scorpius se réveilla en nage. Il se redressa dans son lit, passa la main sur ses yeux et jeta un regard circulaire à la chambre où il se trouvait. La même et élégante chambre d'hôtel dans laquelle il s'était endormi la veille au soir. Il secoua la tête pour dissiper les dernières bribes de son rêve, non, de son cauchemar. Et plongea aussitôt la main sous son oreiller, pour en retirer son Miroir à Double Sens. Il regarda rapidement l'heure sur son réveil et sécurisa la pièce, avant d'appeler Lily.
— Bonjour, jolie fille, fit-il avec un large sourire dès qu'elle répondit.
— Bonjour, Scorp. Tu viens juste de te réveiller, toi, tu as encore la marque de l'oreiller sur la joue ! répondit-elle en riant.
Il se frotta la joue en grimaçant.
— Tu as quelle heure ?
— À peu près quinze heures trente, dit-elle après un regard à sa montre, et toi ?
— Neuf heures et demie.
— Toujours à Salem ?
— Oui, et demain nous visitons Boston, c'est à côté.
— Alors, vous avez fait quoi de beau, pendant que je dormais ?
— Un tour de la cité sorcière. Elle est superbe, de nuit, ils ont une quantité de fées vraiment impressionnante ! Puis mon père m'a incité à accompagner d'autres jeunes sorciers en boîte de nuit.
La jeune fille pouffa.
— Moldue ?
— Non, quand même pas, une boîte sorcière, ricana-t-il. Il espérait peut-être que je t'y oublie mais, dommage pour lui, aucune des sorcières que j'y ai vues ne t'arrivait à la cheville.
— Vil flatteur !
— Et toi, qu'as-tu fait, depuis que tes jolis yeux se sont ouverts, ce matin ?
— Du Quidditch ! Les Anglais contre les Français. Tu as de la chance, d'ailleurs, à l'heure qu'il est c'est la sieste, il fait trop chaud pour sortir. Parce que si tu m'appelles lors d'un match, je ne pourrais vraiment pas te répondre.
— Tu as remporté le Vif, bien sûr ?
— De justesse, leur attrapeuse est une fille redoutable, qui va rentrer chez les Tapesouafles de Quiberon à la rentrée. Ça va me faire un bon entraînement, je doute d'y arriver à chaque fois, là j'ai eu de la chance.
— Et un meilleur balai, peut-être ?
— C'est vrai que mon Galaxie 3500 est toujours aussi bon.
— Et ce terrain de Quidditch, alors, est-il aussi bien qu'il te semblait ?
— Oui ! Mon seul regret, c'est que tu ne sois pas là pour en profiter, soupira-t-elle en triturant machinalement le Vif d'Or qui pendait à son cou.
— Hélas, pas de Quidditch en France pour moi. Mais j'ai emporté mon balai et je compte bien m'entraîner aussi, j'ai une Coupe à conserver à Serpentard, moi.
— Rêve, Malefoy, elle sera pour Gryffondor, la prochaine fois !
— Ça, c'est ce qu'on va voir, Potter !
Ils échangèrent un regard complice.
— Je suis passé à la poste sorcière de Salem et t'ai envoyé une lettre. Tu as bien glissé ton dictionnaire de runes dans tes bagages ?
— Oui, pour faire mes devoirs. Mais tu sais très bien que tu n'as plus besoin de passer par ce biais pour que je te réponde !
— Mon père n'a jamais étudié les Runes et je crois avoir compris que le tien non plus. Ils ne comprendront donc rien au contenu de mon message, rétorqua-t-il sur un ton flegmatique.
— Scorpius, tu es génial ! s'exclama-t-elle avec un large sourire. Ça a du bon, parfois, de réfléchir en Serpentard.
— Ça a toujours du bon, petite lionne.
— N'empêche, j'aurais bien aimé que nos pères n'agissent pas en Serpentard, pour ces vacances...
Les deux jeunes gens savaient que Drago Malefoy était au courant du lieu de villégiature des Potter, et que Harry Potter était parfaitement informé du pays où les Malefoy passaient leurs vacances. En effet, leurs mères les avaient discrètement prévenus dès le début des vacances, avant même qu'ils aient pu s'échanger l'information, s'inquiétant de leurs moyens de communication et prêtes à les aider. Les amoureux les avaient rassurées sur ce point, Lily avait même expliqué à la sienne qu'elle avait offert un Miroir à Double Sens à son petit ami lors du précédent Noël. Ginny avait ri et promis de garder le secret.
— C'est quand même ballot, n'est-ce pas, Lily, que ton père se trouve une mission à accomplir en France et décide de vous y emmener en vacances, juste au moment où mon père décide de m'emmener à un congrès de Magizoologie, qui se trouve très opportunément aux Etats-Unis...
— Oui, le hasard fait quand même bien les choses, n'est-ce pas, Scorpius ? Les raisons de notre séparation sont tellement bonnes qu'il ne nous est même pas possible de râler officiellement !
Ils se mirent à rire, avant de comparer à nouveau les avantages et les inconvénients de leurs vacances respectives.
Ce n'était pas la première fois que Lily passait des vacances en France, pays de sa tante Fleur. Cependant, les Potter n'y étaient jamais, jusque-là, restés aussi longtemps. Bien sûr, c'était tout à fait justifié : son père avait une importante mission à accomplir, en lien avec son homologue français. Mais la jeune fille n'était pas dupe. Cette mission aurait parfaitement pu être remplie par un adjoint, et la justification de son père, leur permettre de passer des vacances agréables, n'était qu'un prétexte. Ginny le lui avait d'ailleurs confirmé en levant les yeux aux ciel.
Les Potter étaient déjà venus plusieurs fois passer des vacances dans la demeure de famille des Charmetant, invités par Gabrielle, la sœur de Fleur, et son mari François. Ayant prévu, cette année-là, d'y rester presque tout l'été, Harry et Ginny avaient insisté pour payer un loyer, à titre de dédommagement, pour l'utilisation des dépendances aménagées de leur mas, situé en pleine Provence sorcière.
Les Charmettes se trouvaient en effet dans une ville sorcière de l'arrière-pays varois, Tarasque en Forêt. Celle-ci tirait son nom des dragons méditerranéens, puisqu'elle était située non loin de la réserve française de Tarasques. Située au cœur du Bois de Malvoisin, non loin de plusieurs villages moldus, la ville leur était totalement inaccessible. En effet, aucune route goudronnée ne pouvait l'atteindre, seulement des petits sentiers, tous dotés de charmes repousse-moldus. Le nom de Malvoisin était le seul vestige de la méfiance des Moldus locaux envers les sorciers, puisqu'ils ignoraient tout, depuis des siècles, de l'existence et de la présence du monde magique si près d'eux.
Lily quitta sa chambre et partit à la recherche de Mathilde, l'aînée de Gabrielle et François. Les deux jeunes filles avaient le même âge et de nombreux points communs. Elles s'appréciaient beaucoup et passaient volontiers du temps ensemble. Mathilde était poursuiveuse, dans son équipe de Beauxbâtons. À Tarasque, Lily et elle avaient décidé de faire partie de la même équipe aussi souvent que possible.
La jeune Française avait les cheveux blond foncé et les yeux noisette. Elle était plus petite que Lily, et un peu plus ronde que la plupart des jeunes filles de son âge. Elle ne semblait cependant pas se soucier de son apparence et était bien dans sa peau. Mathilde avait un caractère gai et extraverti, elle était entière et ne connaissait pas les demi-mesures.
— Raphaël arrive aujourd'hui ! s'exclama-t-elle sur un ton ravi lorsque Lily la rejoignit.
La jeune Anglaise ne put retenir une grimace. Raphaël Maillard était le petit ami de Mathilde.
— Oh, pardon Lily ! Tu sais bien que je suis désolée pour toi que tu ne puisses pas voir ton Scorpius, s'excusa-t-elle en mettant sa main sur sa bouche.
— Ne t'inquiète pas, Mathilde, tu n'y es pour rien, et tu ne vas pas t'empêcher de vivre pour moi ! Comment va-t-il venir ?
— Il ne pourra passer son permis de transplanage que dans un an, donc il viendra par la Poudre de Cheminette. Ses parents, qui sont en vacances dans la région, voulaient l'amener en voiture, mais Maman a dû leur expliquer que Tarasque était une ville entièrement sorcière, et qu'elle est inaccessible par les moyens moldus.
Lily sourit. Elle savait que les parents moldus de sorciers avaient souvent du mal à appréhender leur monde.
— Il y a encore beaucoup de monde, qui va arriver ? En passant, j'ai vu ta mère et ta tante Marguerite qui préparaient des chambres.
— Tu sais, les Charmettes ne désemplissent pas beaucoup de l'été ! répondit la Française en riant. Il y a mes oncles et tantes, les sept autres branches de la famille, nos amis qui vont et viennent... Tiens, on a réservé une place de choix à Victoire et Teddy, cette année. Avec le bébé qui arrive bientôt, il ne faut pas qu'elle se fatigue trop !
Les deux jeunes filles échangèrent un sourire attendri en pensant à leur cousine commune et à la famille de celle-ci.
— De notre côté, Papa a invité tous les Weasley à venir passer quelques jours avec nous à l'Annexe. Mais je ne l'avais jamais vu aussi impatient de voir arriver mes frères !
— Ils arrivent de Londres, c'est ça ?
— James, oui, il travaille au magasin. Albus est aux îles Shetland, dans la famille de sa petite amie, Anwenn, précisa-t-elle avec un léger soupir, bien qu'elle appréçiât vraiment la jeune fille.
— Albus restera avec vous jusqu'à la fin de vos vacances ici, c'est ça ? Et James, tu sais combien de temps ?
— Aucune idée. Je pense qu'il ne voudra pas rester trop longtemps loin de sa petite amie, qui est Moldue. À moins que ce ne soit vraiment sérieux entre eux et qu'il l'emmène, mais j'ai des doutes... D'un autre côté, j'ai cru comprendre que mes oncles lui avaient confié une mission, mais je n'en sais pas plus...
— Tes oncles des Farces pour Sorciers Facétieux ? Il va falloir le cuisiner, ton frère, ça semble alléchant ! s'écria Mathilde avec un large sourire, tout en haussant les sourcils d'un air gourmand, provoquant le rire de son amie.
— Mais dis donc, Lily, tu as pris des couleurs ! Ça te va bien.
La jeune fille porta ses mains à ses joues, ne pouvant vérifier par elle-même les dires de son petit ami.
— C'est vrai que le soleil tape plus fort ici que dans notre douce Albion. Et entre le Quidditch, les promenades, les baignades et le jardinage, je passe beaucoup de temps dehors.
— Heureusement que ça n'a pas rendu ton joli teint écrevisse, la taquina Scorpius.
Elle lui tira la langue.
— Rassure-toi, espèce de petit serpent, les sortilèges des sorciers provençaux pour s'en protéger sont particulièrement efficaces. D'ailleurs, je te les enseignerai, avec ton teint de porcelaine, ça ne pourra pas te faire de mal.
Il leva les yeux au ciel avant de lui répondre.
— Ça va, tu ne t'ennuies pas trop ?
— Crois-moi, je ne peux pas dire que je sois désœuvrée ! Il y a tellement de choses à faire ici ! Et je soupçonne mon père d'avoir chargé les jeunes sorciers français de m'occuper, finit-elle en riant.
— Donc tu ne t'ennuies même pas un tout petit peu du plus beau blond de Poudlard ? glissa-t-il en faisant la moue.
— Attends un peu, que je me souvienne, c'est qui, déjà, le plus beau blond de Poudlard ? fit-elle semblant de réfléchir. Mon cousin Louis, non ?
Ce fut lui qui tira la langue, ce coup-ci, ce qui fit rire Lily.
— Bien sûr que tu me manques, Scorpius, reprit-elle sur un ton plus sérieux. Est-ce que tu en doutes vraiment ?
— Non, fit-il sur un ton mutin, mais j'aime tellement te l'entendre dire. Les Etats-Unis, c'est un beau pays, mais sans toi, je le trouve bien vide.
Elle ne put s'empêcher de sourire.
— Tu sembles bien t'entendre avec Mathilde, continua-t-il.
— Oui, nous avons plein de points communs, c'est une fille géniale. Mais bon, depuis que son petit ami est arrivé, ce n'est quand même pas pareil...
— C'est sûr, elle a de la chance qu'il ne soit pas de l'autre côté de la Terre, renifla-t-il avec une expression dégoûtée. Enfin bon... Il est sympa, au moins ?
— Très. C'est un né-Moldu alors, quand ses parents l'ont amené, par Poudre de Cheminette, ils ont beaucoup observé la maison et ses alentours avec curiosité ! remarqua-t-elle avec un sourire amusé.
— Ah oui ? Qu'est-ce qui les a surpris, par exemple ?
— Ils ont d'abord dit que la clim était particulièrement agréable.
— La quoi ?
— La clim, climatisation, plus exactement, c'est un appareil électrique moldu qui permet de rafraîchir leurs maisons durant l'été.
— OK, je vois. Je suppose que les Charmetant leur ont donc expliqué les charmes de rafraîchissement et de régulation des températures.
— Voilà, tout à fait. Mais ce qui les a le plus impressionnés, c'est la piscine.
— La piscine ? Ils n'ont pas de piscines, les Moldus ? Je croyais pourtant...
— Si ! Justement. Chez eux, ce sont des sortes de grandes boîtes dures ouvertes sur le dessus, et qui empestent — ils mettent dedans des produits dignes d'un cours de potions afin d'empêcher les algues de proliférer, si j'ai bien compris ce qu'a expliqué Raphaël.
— Et ils se baignent dans ces horreurs ?
— Oui. C'est pour ça qu'ils ont tant apprécié la piscine des Charmettes.
Les piscines sorcières, en effet, étaient bien différentes des piscines moldues. Elles ressemblaient à des étangs ou des lacs, dont l'eau était parfaitement purifiée en amont et n'accueillait que des organismes, magiques ou pas, inoffensifs pour les humains. Monsieur Maillard s'était montré particulièrement intéressé par les systèmes de sécurité, qui permettaient d'éviter toute noyade et signalaient tout empoisonnement de l'eau. Son épouse et lui avaient apprécié de s'y prélasser avec leurs hôtes et les Potter.
— Et toi, Scorp, comment se passe ta journée ?
Il se mit à lui raconter des anecdotes sur la ville sorcière de Salem et les différences entre ce pays et le leur. Scorpius avait un vrai don de conteur, et Lily était suspendue à ses lèvres.
