16. 2023/2024 Insouciance

Plus les jours passaient et plus Scorpius Malefoy appréciait son séjour aux États-Unis. Ce vaste pays à la riche histoire sorcière le fascinait. Si Lily ne lui avait pas autant manqué, il aurait profité du voyage sans la moindre arrière-pensée. Et il était ravi à l'idée de visiter la plus grande réserve de dragons d'Amérique et d'assister à ce congrès de Magizoologie. Tout en parcourant les Etats-Unis, il se promit d'y emmener Lily un jour. Il notait donc soigneusement dans un carnet tous les lieux qu'il désirait lui montrer.

Le jeune homme avait décidé de profiter au maximum de ses vacances et de rendre la monnaie de sa pièce à son père. Ainsi, alors que celui-ci lui proposait de passer le maximum de temps possible avec d'autres jeunes, Scorpius lui rétorquait invariablement qu'il était déjà entouré de jeunes à Poudlard et que là, il préférait passer le plus de temps possible avec ses chers parents, qu'il voyait si peu durant l'année. À chaque fois, Astoria cachait soigneusement son amusement à son mari et Drago sa déconvenue aux deux autres membres de sa famille.

Leur fils avait insisté pour visiter aussi bien les États-Unis moldus que sorciers. C'était l'occasion, et cela lui permettait d'éviter de passer trop de temps avec des jeunes sorcières, au grand dam de son père. Et dès que Lily et lui pouvaient se parler dans leurs miroirs, il se faisait un plaisir de lui raconter tout ce qu'il avait vu.

La communauté sorcière des Etats-Unis ne fonctionnait pas du tout comme celle de Grande-Bretagne. Au lieu d'un Ministre de la Magie, ils était gouvernés par un Conseil des Sages, qui représentait des sorciers de toutes les ethnies du pays, à commencer par les Amérindiens.

La capitale sorcière des Etats-Unis se trouvait dans le Wyoming, à Merlinstown, non loin de la petite ville moldue de Newcastle. La plus grande réserve de dragons du continent, Dragon Valley, se trouvait non loin de là. Scorpius était impatient à l'idée d'aller la visiter. Ils passeraient un moment sur place, puisque le congrès se déroulerait dans l'université de Magizoologie, située à Merlinstown même.

Sur la Côte Est du pays, il existait deux villes particulières, la Salem sorcière et la Salem moldue. La première était complètement inaccessible aux Moldus qui n'imaginaient pas sa présence, parallèle à la leur. Cette mesure radicale avait été prise à la fin du dix-septième siècle, peu après le fameux procès des sorcières de Salem, qui marqua tellement les esprits que les Moldus en parlent encore.

En effet, trois fillettes, prises de crises de convulsions, avaient alors accusé plusieurs femmes du voisinage d'être des sorcières. La psychose s'était rapidement installée. De nombreuses personnes, principalement des sorciers, mais aussi quelques Moldus, furent emprisonnées. Très vite, vingt-cinq d'entre elles furent exécutées, et d'autres moururent en prison. Il fallut quelques mois avant que les aurors américains, enfin prévenus, ne puissent intervenir et interrompre le massacre, en laissant croire à une intervention moldue. Leur enquête permit de démontrer qu'un mage noir, Celsius Feadley, était à l'origine de ce drame. Ils ne purent, en revanche, jamais déterminer ses motivations.

L'Institut des sorcières de Salem était l'une des deux écoles de sorcellerie des États-Unis, la plus élitiste. La seconde, Achinawa, se trouvait au cœur du Dakota, dans un lieu tenu soigneusement secret. On racontait qu'au moins la moitié des professeurs d'Achinawa étaient des Amérindiens.

En dehors des quelques villes et villages sorciers du pays, tous soigneusement isolés des Moldus, et de quelques maisons solitaires par-ci, par-là, les sorciers américains vivaient principalement au cœur des grandes villes moldues. Dans chacune de celles-ci, en effet, se trouvait un gratte-ciel spécial. Officiellement, il s'agissait des bureaux de la W.I.T.C.H., pour World International Trade Corporation of Hats.

Si l'on arrivait par le côté moldu, rien ne permettait de penser que l'on n'entrait pas dans une société moldue. Chacun de ces immeubles comportait un grand hall d'entrée où travaillaient quelques secrétaires, derrière des bureaux tous équipés d'ordinateurs et de téléphones. Il s'agissait en réalité de Cracmols, ainsi que de Moldus en lien avec le monde de la magie, par le biais de leur conjoint ou d'un membre de leur famille proche. Leur rôle était d'éloigner les visiteurs indésirables et de faire le lien avec le monde moldu, pour les sorciers qui avaient besoin de s'y procurer une chose ou l'autre.

Au-delà du grand hall se trouvaient des bureaux et des ascenseurs, ainsi qu'une aire de transplanage accolée à un centre de portoloins. C'est en transplanant d'une de ces aires à une autre que les Malefoy voyageaient à travers le pays. Suivant la ville, chaque immeuble était aménagé différemment, mais l'on retrouvait les mêmes constantes. En plus des bureaux se trouvaient des magasins, un ou plusieurs hôtels, des salons de thé et des restaurants, ainsi que des bars.

Au-dessus se trouvaient les habitations. Contrairement à ce que penserait un Moldu, la plupart des sorciers de ces tours ne vivaient pas en appartement. Chaque étage était magiquement agrandi et des maisons y étaient construites, entourées de jardin, le tout avec l'illusion d'être à l'extérieur. Des ascenseurs permettaient de relier les étages mais il était aussi possible de transplaner d'un niveau à l'autre.

Dans la plupart des capitales étrangères, on trouvait un immeuble de la W.I.T.C.H. Conçu de la même manière, il s'agissait alors du Consulat sorcier américain. C'était, bien sûr, de celui de Londres qu'étaient partis les Malefoy pour leur périple.


— Ah, la douce fraîcheur d'une jolie Anglaise ! s'exclama Scorpius avec un sourire charmeur, en voyant apparaître le visage de sa petite amie dans son miroir.
— Les Américaines sont toujours aussi pénibles ? demanda-t-elle malicieusement.
— Toujours aussi exubérantes ! À croire que quelqu'un laisse entendre que mon cœur est à prendre... soupira-t-il amèrement.
— Tu penses encore que ton père est en cause.
— Oui, j'en suis persuadé, Lily. Mon charme naturel, poursuivit-il avec un sourire ironique, n'a jamais eu autant d'effet à Poudlard.
— Mmmmh... Et si tu suggérais à ta mère de laisser entendre que tu sors avec la fille du chef des Aurors de ton pays ?
— Autant dire directement que je sors avec la fille de Harry Potter. Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m'a demandé : "Oh, tu es Anglais, tu connais Harry Potter ?"
— À ce point-là ? soupira la jeune fille. Et... tu leur réponds quoi ? Que tu l'as déjà rencontré ?
— Tss, tss, Lily, je suis un Serpentard, moi, ne l'oublie pas ! J'ai bien mieux. Je rétorque que mon père a fait toute sa scolarité en même temps que lui, à Poudlard, et qu'il le connaît donc bien mieux que moi. Effet garanti, précisa le jeune homme avec un sourire carnassier.
Elle ricana en imaginant la scène.

— Et toi, tu n'es pas trop embêtée par les charmants Français qui, je trouve, commencent à se faire un peu trop nombreux à Tarasque-en-Forêt ?
— Oh, jaloux ? s'enquit-elle avec un sourire.
— Tu es bien trop jolie pour ne pas leur plaire.
— Encore faudrait-il qu'ils m'intéressent. Aucun d'entre eux ne manie aussi bien les joutes verbales que toi. Et de toute façon, je maîtrise moins bien le français que l'anglais ! dit-elle dans une pirouette, son regard malicieux laissant entendre bien plus que ce qu'elle n'osait dire.
— Mais oui, comme si j'allais croire qu'il n'y a que ça qui te plaît chez moi.
— Je ne voudrais pas être la cause d'une explosion de tes chevilles, Scorp... Mais je reconnais que j'ai vraiment hâte de te retrouver et de pouvoir à nouveau me glisser entre tes bras.
— Moi aussi, Lily, pour être franc. Je n'aurais jamais cru qu'une fille puisse autant me manquer, un jour...
— Mais bon, rassure-toi, même s'ils semblent avoir reçu les mêmes informations sur moi que les Américaines sur toi, j'ai toujours mon arme secrète, pouffa-t-elle.
— Ton père ne s'est rendu compte de rien ?
— Il n'en a pas l'air, et je m'en fiche si c'est le cas. Je le laisse à ses illusions, de toute façon il ne sera pas à Poudlard.
— J'aimerais bien voir ça, j'imagine que c'est plutôt comique à voir.
— Il faut croire, ça fait bien rire Albus, en tout cas. Il me raille régulièrement sur la solidarité féminine.

En effet, les jeunes Françaises s'étaient liguées pour aider leur compagne. Elles avaient remarqué que les garçons célibataires tournaient particulièrement autour de Lily, et donc décidé de leur mettre des bâtons dans les roues. Et soit par des sorts, soit par la ruse, voire la franchise si nécessaire, cela fonctionnait à chaque fois. À une exception près, cependant, au grand dam de Lily.


Les jeunes étaient nombreux, l'été, à Tarasque-en-Forêt. Bien plus que pendant l'année scolaire, que la plupart d'entre eux passait à Beauxbâtons. Durant les vacances, ils avaient l'habitude de se retrouver, par petits groupes, dans le Vieux Parc. Situé au cœur de la ville, tout autour d'une vieille source perpétuellement entourée de fées, c'était un lieu particulièrement rempli de magie. Les espaces dégagés alternaient avec les coins arborés et il y avait plusieurs petits étangs. Des bancs en pierre étaient disséminés ça et là et plusieurs zones étaient aménagées pour que les enfants puissent y jouer.

De nombreuses filles avaient le béguin pour Albus Potter ou pour Henri Bachelet, un cousin de Mathilde. Malheureusement pour elles, chacun d'entre eux avait une petite amie. Les deux garçons, qui avaient le même âge, s'entendaient très bien et discutaient souvent ensemble, ainsi qu'avec d'autres jeunes sorciers de leur âge. Le Français, un grand blond aux yeux bleus, avait beaucoup de charme et un caractère aimable et gai. Il voulait devenir auror, pour protéger sa communauté des mages noirs. Cependant, ce n'est que sur l'insistance d'Albus qu'il avait osé parler de son projet avec Harry Potter. Le Chef des Aurors britanniques avait été ravi d'évoquer son métier avec le jeune homme, qu'il sentait sincèrement passionné.

Sa sœur s'apprêtait à entrer en deuxième année, à Beauxbâtons. Douce et très serviable, Jeanne manquait terriblement de confiance en elle. Elle était inséparable de sa cousine Alix Charmetant, la cadette de Mathilde, qui avait le même âge qu'elle. La seconde était aussi exubérante et sûre d'elle que la première était timide et effacée.

Leur mère, Marguerite, était la plus jeune sœur de François Charmetant, le père de Mathilde. C'était une Cracmole. Elle avait cependant épousé un sorcier, ce qui était plus courant en France qu'en Angleterre. Par un curieux effet du hasard, son mari portait le même prénom que son frère. François Bachelet était médicomage et Marguerite l'aidait. Elle avait en effet appris l'art des potions, le seul domaine de la magie qui lui était accessible, et y excellait, fournissant ainsi celles dont son mari avait besoin pour ses patients.

Le problème, pour Lily, c'était le frère d'Henri et Jeanne. Gabriel avait 15 ans, comme Mathilde et Lily. Et, au grand dam des deux jeunes filles, il avait décidé qu'il sortirait avec la fille de Harry Potter. Bien loin de le décourager, le fait d'apprendre qu'elle avait déjà un petit ami ne l'avait que davantage encore décidé. Il aimait les challenges et détestait se voir refuser quelque chose.

Gabriel Bachelet aurait pleinement eu sa place à Serpentard, ne pouvait-elle s'empêcher de penser parfois. Cependant, son caractère était bien loin de celui de Scorpius. Son arrogance et ses agissements évoquaient plutôt à la jeune fille les récits que ses parents et ses oncles et tantes lui avaient fait du comportement de Drago Malefoy à Poudlard. Le jeune sorcier était apprécié par la plupart de ses professeurs et craint par la plupart de ses camarades.

Lily, elle, se refusait à le craindre. Elle se méfiait cependant de lui et restait sur ses gardes depuis qu'il était arrivé. En effet, il avait presqu'aussitôt jeté son dévolu sur elle. Mathilde avait grimacé violemment et immédiatement déclaré à Lily qu'il fallait en parler à leurs parents. Elle connaissait bien son cousin et raconta à la jeune Anglaise que la plupart de ses anciennes petites amies, à Beauxbâtons, avaient beaucoup souffert de leur rupture, mais aussi de leur relation.

— Non mais franchement, Mathilde, c'est bon, j'ai compris ! s'énerva la benjamine des Potter alors que son amie remettait, une fois de plus, le sujet sur le tapis.
— Je te dis que ce n'est pas bon signe, la manière dont il te regarde.
— Et alors ?
— Alors, tu ne veux pas m'entendre, Lily ! Avec Gabriel, tout ça ne suffit pas !
— Mais si, on sait se débrouiller, et de toute façon je ne suis quasiment jamais seule.
— Oui ben si tes parents, ou au moins tes frères, sont au courant, ils peuvent être plus attentifs !
— Mais arrête, on ne va pas les embêter avec une histoire qui ne les concerne pas !
— Je crois qu'ils apprécieraient d'être au courant... et moi, ça me rassurerait pour toi.
— Oh la la, Mathilde, c'est bon, je gère ! OK, il est pénible, ton cousin. Si tu le dis, je veux bien croire qu'il puisse même être dangereux. Mais bon, on ne va pas s'arrêter de vivre pour autant ! Alors pour l'instant, on se débrouille entre nous, je n'ai pas envie que cette histoire remonte aux oreilles des adultes. Pas question de risquer d'avoir mes parents sur le dos.
— Et alors ?
— Je suis sûre que ça ferait trop plaisir à Papa de me surveiller de près, et je n'ai pas envie de ça !
— Oui mais là, Lily...
— Déjà qu'il m'a éloignée de Scorpius, il pourrait aussi être ravi de la situation et encourager Gabriel !
Pas convaincue, Mathilde nia en levant les yeux au ciel. Elle finit par laisser tomber momentanément, prête à revenir à la charge plus tard.