17. 2023/2024 La jeunesse est un état d'esprit

James Potter avait beaucoup de succès auprès des Français. Et ce n'était pas particulièrement pour son nom. Gai luron et boute-en-train de nature, il rajoutait à l'animation de la jeunesse. Il avait organisé quelques soirées, encouragé par ses oncles et, à la surprise de beaucoup, également par son père.

Le jeune homme avait emporté dans ses valises de nombreux produits des Farces pour Sorciers Facétieux, et notamment des nouveautés à tester. Il en offrait généreusement contre un compte-rendu sur leurs effets et proposait des prix sur les produits déjà commercialisés. Il avait aussi emporté de nombreux bons de commande, munis de sorts de dissimulation leur permettant de passer les barrages de Beauxbâtons.

Mais surtout, il avait su s'entourer de jeunes, garçons et filles, aimant plaisanter, et apprenait d'eux toutes les particularités de Beauxbâtons qui pourraient être exploitées par l'entreprise familiale de farces et attrapes. Il avait ainsi noirci plusieurs pages d'idées pour adapter les produits
Weasley au marché français, ainsi que de nouveaux projets de farces, certains pouvant également correspondre au marché britannique.

Cela faisait des années qu'une boutique des Farces pour Sorciers Facétieux avait ouvert à Aix en Provence, la capitale sorcière de la France. Elle ne rencontrait cependant pas le succès des boutiques anglaises, notamment à cause de son principal concurrent français, À vos souhaits. Ron et George avaient donc chargé James de tâter le terrain auprès des jeunes Français, afin de mieux adapter leurs produits. Ils tablaient aussi sur l'effet indirect de publicité que la démarche de James, et notamment les tests de produits, auraient sur eux.

Le jeune homme se sentait comme un poisson dans l'eau et paraissait ne plus vouloir quitter la Provence. Il conciliait travail et vacances de la plus plaisante des manières et en profitait sans arrières-pensées.


— Quand même, James, tu ne crois pas que tu abuses un peu, là, à te prélasser comme ça ?
— Mmmmh, fit-il en ouvrant les yeux et en mettant une main en visière. Il y a largement assez de place dans la piscine pour tes copines et toi, Lily, pas besoin que je me pousse.
— Non mais je ne parlais pas de ça ! Regarde-toi, tu ne penses qu'à t'amuser ! rétorqua-t-elle, indignée.
— Mais non, mais non, je travaille aussi.
— Oh oui, ta vie est vachement dure, je vais en toucher un mot à Oncle Ron, la semaine prochaine, lorsqu'il sera là, ironisa la jeune fille. Histoire qu'il pense à accorder enfin quelques congés au pauvre travailleur que tu es.
Il leva les yeux au ciel sans répondre puis recroisa ses deux mains sous sa nuque pour continuer à flotter.

— Et tu ne t'ennuies pas, ici ? dit-elle en revenant à la charge.
— Honnêtement, Lil, qui pourrait s'ennuyer à Tarasque en Forêt ? rétorqua-t-il dans un petit rire.
— Je ne sais pas, mais je plains la pauvre Jenny, en tout cas, siffla-t-elle sur un ton acerbe.
— Jenny ?
— Ta petite copine moldue, évidemment !
À la grande surprise de la jeune fille, son frère éclata de rire, au point de rapidement se redresser dans l'eau pour se tenir les côtes.

— Non mais oh, je ne te permets pas de te moquer de moi ! cria-t-elle, rouge de colère, vexée.
— J'avais remarqué que tu étais un peu à l'ouest, sœurette, mais pas à ce point ! la nargua-t-il.
— Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui est drôle, Jamesie ?
— Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça !
— Et tu ne crois pas que j'ai passé l'âge d'être appelée sœurette ? renifla-t-elle.
— Mais tu seras toujours ma petite sœur chérie, ma Lilounette, la provoqua-t-il avec un large sourire.
Si la jeune fille avait eu sa baguette entre les mains, son frère se serait probablement retrouvé couvert de chauves-souris, à cet instant, tant elle était énervée.

— Mais tu étais sérieuse, pour Jenny ? reprit James.
— Evidemment ! Ça ne te fait rien qu'elle se morfonde toute seule à Londres, pendant que son petit ami est en vadrouille ici, au soleil ?
Le jeune homme la fixa avec un sourire au coin des lèvres, très amusé.
— Lily... Tu écoutes, un peu, ce qu'on raconte à table ? Ou bien tu penses tellement à ton propre petit ami que tu ne fais plus attention à ton grand frère préféré ?
— Quoi ? J'ai raté quelque chose ?
— J'ai rompu avec elle une semaine avant de venir.
— Attends... vérifia Lily d'une voix glaciale. Tu veux dire que tu as quitté ta copine moldue uniquement pour pouvoir passer des vacances dans le monde sorcier sans qu'elle s'interroge ?
— Pfff... Franchement, Lil, mais qu'est-ce que tu vas chercher ? Non, ce n'est pas à cause de mon séjour à Tarasque que je l'ai quittée. Je l'aurais fait de toute façon, elle est charmante mais elle et moi n'étions pas faits l'un pour l'autre.
— C'est vrai que lorsqu'on sort avec une fille suite à un pari... renifla-t-elle.
— Tu sais, si je l'ai choisie elle, c'est parce qu'elle me plaisait. Je ne suis pas sorti avec Jenny seulement parce qu'elle était Moldue. Mais tu es encore plus dans la lune que je ne le pensais, en ce moment, sœurette, finit-il en ricanant, avant de reprendre plus sérieusement. C'est parce que ton cher et tendre est à l'autre bout de la Terre ?

La jeune fille fit la moue et se glissa dans l'eau à côté de son frère.
— Je n'aurais jamais cru pouvoir dire un jour que je trouverais les vacances trop longues, soupira-t-elle.
— Et si ça se trouve, à la rentrée, vous aurez tellement changé tous les deux qu'il ne t'intéressera plus ! s'exclama-t-il.
— Je ne crois pas, non. Tu vois, quand je suis sortie avec Amalric Vaughn, c'était différent. Il est adorable, comme garçon, mais même si je l'aimais bien, nous n'avions pas grand-chose à faire ensemble. Scorpius et moi, on est sur la même longueur d'ondes, on se comprend. On est à la fois différents et complémentaires, tu vois ce que je veux dire ? Je ne pense pas que Papa ait très envie d'entendre ça, pour l'instant, mais je crois vraiment que Scorpius et moi, on pourrait construire quelque chose de solide.
— Y a pas de justice... soupira-t-il sur un ton faussement navré. Moi, je cours sans succès après la femme de ma vie, et ma petite sœur pense avoir déjà trouvé le bon...
— Tu cours après la femme de ta vie ? C'est marrant, ce n'est pas l'impression que tu donnes ! rétorqua-t-elle sur un ton gouailleur.
— Ah, Lily, Lily, Lily... Regarde autour de nous : nos parents, nos grands-parents, nos oncles et tantes, Victoire et Teddy... Je ne vois que des couples harmonieux — même si parfois ils se disputent. J'ai des amis qui vont se marier et moi, j'ai l'impression que les filles voient mon nom avant de voir ma personne...
— Tu n'as que 19 ans, Jamesie, tu as le temps !
— Papa avait à peu près mon âge quand il a épousé Maman, et nos grands-pères se sont même mariés à 18 ans.
— Et alors ? Tiens, Remus, le père de Teddy, il avait presque la quarantaine, quand il s'est marié, lui !

Le jeune homme grimaça.
— Oui ben quand même, j'espère ne pas avoir à attendre si longtemps ! Non mais tu te rends compte !
— Et alors ? Si tu fais comme lui, ta future épouse doit avoir... attends que je réfléchisse... 7 ans ! Elle n'est même pas encore à Poudlard, si c'est une sorcière ! s'esclaffa sa sœur.
James se redressa dans l'eau et éclaboussa sa cadette.
— Mais non, mais non, je suis sûr que je trouverai avant ! Dommage que Jane Londubat ou les sœurs Kendal soient déjà prises, elles sont charmantes et elles, au moins, ne sont pas éblouies par notre nom !
— Ce ne sont pas les seules, rassure-toi. D'accord, les pimbêches se laissent facilement éblouir, mais il y a des filles très bien qui sont prêtes à te voir tel que tu es, j'en suis persuadée. Peut-être dans la promotion d'Al ?
— Ou tes copines, par exemple. Mais bon, je ne vais quand même pas les prendre au berceau... insinua-t-il avec un air carnassier.
— Dis tout de suite que je suis un bébé ! s'indigna Lily.
— Mmmmh... attends que je réfléchisse...
Elle se jeta sur lui pour tenter de le couler et ils commencèrent une bataille d'eau, à laquelle finirent par se joindre ceux qui se baignaient un peu plus loin.


— Par Merlin ! Qu'est-ce qui t'est arrivé, Scorpius ?
— Ah, ah ! Tu ne t'y attendais pas, n'est-ce pas, Lily ! répondit-il sur un ton triomphant.
— C'est pour cacher une cicatrice ?
— Une cicatrice ? Ben non, quelle idée !
— Je suis curieuse de savoir quelle lubie t'est passée par la tête, remarqua-t-elle en levant un sourcil.
— Mais c'est évidemment pour que les filles ne s'intéressent plus à moi — à part toi, bien entendu.
— Et tu crois vraiment que te faire pousser la barbe va aider ? demanda-t-elle sur un ton dubitatif.
— Bien sûr. Ça fait homme des cavernes.
— Je suis désolée pour tes chevilles, Scorp, mais ça te rend encore plus sexy... Et ça te mûrit, tu risques donc d'attirer non seulement plus de filles, mais aussi des plus vieilles. Comment pourrais-je faire le poids, moi qui n'ai que 15 ans ? feignit-elle de se lamenter.

— Tu n'exagères pas un peu ?
— Sur mon âge ? demanda-t-elle innocemment.
— Non. Je sais que je suis beau, mais je le suis davantage au naturel, j'ai comparé, avant de t'appeler.
— Pauvres, pauvres chevilles... Je t'ai déjà parlé de mon oncle Charlie ?
— L'éleveur de dragons ? vérifia-t-il en souriant.
— Tout à fait. Il est célibataire, mais beaucoup de femmes se battent pour lui et, si j'ai bien compris ce que j'ai entendu dire à mots couverts, il en profite sans vergogne.
— Je me souviens que tu me l'as dit, effectivement.
— Eh bien Oncle Charlie est barbu. Et j'ai entendu des femmes dire que ça lui allait particulièrement bien.

Le jeune homme ricana.
— Bon, en substance, la barbe, j'évite.
— Dans ce but-là, il vaut mieux, oui. En plus, je ne m'y attendais vraiment pas, vu que tu étais rasé de près, ce matin !
— On va dire qu'il est bon de savoir surprendre l'être aimé ! s'amusa-t-il.


À chaque fois que les Malefoy se trouvaient du côté moldu, Scorpius en profitait pour acheter des cartes postales. Il prenait volontairement tout son temps pour les choisir. Il privilégiait des thèmes aussi moldus que possible : des véhicules, des poteaux électriques, des usines... Et racontait derrière à Lily toutes les curiosités qu'il avait visitées. Sans jamais le lui dire directement, il laissait entendre à quel point sa petite amie lui manquait.

Avant d'envoyer chaque carte, Scorpius appliquait dessus un sort qui la rendait lisible seulement par la jeune fille ou lui-même. Et, par provocation, il rajoutait alors en gros, au milieu, une phrase visible par tous : « Nul ne peut séparer ceux qui s'aiment vraiment ». C'était une citation célèbre dans le monde sorcier, qui faisait référence à un très ancien roman.


— Tante Hermione a aperçu une de tes cartes qui venait d'arriver, ce matin.
— Elle a pu lire ce qui était écrit dessus, j'espère ?
— Oui, elle a trouvé ça génial ! Elle a demandé à Maman si toutes tes cartes étaient pareilles, et elles sont parties dans une grande discussion complice.


— Ma maman, elle a un bébé dans son ventre, annonça Maud, sur le ton de la confidence.
Haute comme trois pommes, la petite fille de presque deux ans venait de se hisser sur le canapé où Lily et Mathilde étaient assises et discutaient. Les deux cousines de sa mère se mirent à sourire : même si elles ne l'avaient pas su depuis longtemps, le ventre très rond de Victoire Lupin ne laissait planer aucun doute sur la question.
— Moi, je vais être une grande sœur.
— Comme moi, lui répondit Mathilde sur le même ton.
— Ah bon ? T'es la grande sœur de qui ?
— Ben d'Alix et Faustine.
— Ah ! Et toi, Lily, t'es la grande sœur de qui ?
— Moi je suis une petite sœur, Maud, je suis née en dernier.
— Alors t'es la petite sœur de qui ?
— De James et Albus.

La petite parut satisfaite et continua à babiller.
— Le bébé, il va téter Maman, quand il sera né. Moi aussi je tète Maman parce que je suis encore un peu petite. Alors quand il sera là, on aura un côté chacun.
Les deux jeunes filles sourirent à cette évocation. Comme beaucoup de sorciers, elles avaient elles-mêmes été allaitées plusieurs années et en gardaient un léger souvenir.

Un peu plus loin se tenaient Anwenn Kendal et Albus. La jeune fille venait d'arriver pour quelques jours. Elle semblait un peu intimidée, au milieu de tous ces Weasley et Charmetant, mais son petit ami était fier de parader avec elle à son bras, et tenait à tout lui faire découvrir. Il lui fit ainsi visiter, durant son séjour, plusieurs sites de la Provence sorcière. Au grand regret du jeune homme, plusieurs de ces visites se firent en compagnie de sa sœur et de quelques Français.

Ils virent notamment Draguignan, célèbre même auprès des Moldus pour ses dragons. Au cours de cette visite, Raphaël Maillard, le petit ami de Mathilde, rapporta à celle-ci et à Lily ce qu'il avait entendu Gabriel dire. Celui-ci se targuait d'avoir bientôt la jeune Anglaise, parce qu'il savait comment la faire plier, et que celle-ci ne pourrait pas lui résister. Une fois de plus, la jeune fille minimisa.