18. 2023/2024 Magizoologie
— Quand même, Lily, tout ce temps à parler uniquement en français, ce n'est pas trop pénible ?
— Oh, tu sais, Scorp, grâce à Tante Fleur, nous sommes tous à peu près bilingues. Comme Mathilde et ses sœurs, d'ailleurs. Ça demande parfois une petite gymnastique mentale, mais dans l'ensemble, ça va. Et puis je peux toujours parler anglais avec ma famille, si j'ai envie. Sans oublier mon blondinet préféré...
— Quelque part, je t'envie. Je suis loin de parler cette langue assez bien pour ça, je crois que je serais complètement perdu, à ta place !
— Un Serpentard qui se reconnaît une faille ? Mais il va neiger !
— Ah, ah, ah, très drôle... renifla-t-il. Tiens, pour la peine, tu m'aideras à améliorer mon français, quand nous serons de retour à Poudlard.
— Tu veux que nous utilisions uniquement la langue de Molière au lieu de celle de Shakespeare, entre nous ? lui demanda-t-elle en français, sur un ton faussement candide.
Le jeune homme lui tira la langue.
Dragon Valley. L'excitation de Scorpius était à son comble. La plus grande réserve de dragons d'Amérique, certains disaient même du monde. Des centaines d'espèces différentes y cohabitaient. Certaines étaient tellement rares que les seuls membres connus se trouvaient là. Le jeune homme avait les yeux remplis d'étoiles et écouta religieusement tout ce que les dresseurs et les soigneurs lui racontèrent sur ces sauvages reptiles.
Les Malefoy prirent ensuite leurs quartiers dans un hôtel de Merlinstown, la capitale sorcière des Etats-Unis. Drago usa de ses relations et argua de la passion de son fils pour lui faire visiter l'Académie de Magizoologie. Avec subtilité, il souligna devant le jeune homme tous les avantages de celle-ci pour la poursuite de telles études. Scorpius, élevé à bonne école, voyait cependant tout à fait clair dans son jeu.
Au cours d'une discussion, durant la visite, l'un des professeurs répondit aux insinuations de Drago que l'Ecole de Magizoologie d'Angleterre était très bien aussi. Le professeur précisa que les deux établissements étaient jumelés et avaient des programmes d'échanges, certains au niveau des professeurs, d'autres au niveau des élèves. Scorpius observa son père d'un air triomphant et rit sous cape de sa déconfiture.
Lors de leur coup de miroir suivant, le jeune homme raconta la visite à sa petite amie et l'attitude de son père. Lily évoqua l'Université de Magizoologie française, dont elle avait parlé avec Antonin Sauroque, qui y faisait ses études. Ils s'amusèrent à comparer les deux écoles, avec les éléments dont ils disposaient.
Tranquillement installés au bord de la piscine, Anwenn, Albus et Lily discutaient Quidditch et stratégie avec Ginny et Harry. Les lettres de Poudlard n'étant pas encore arrivées, personne ne savait qui serait le prochain capitaine de l'équipe de Gryffondor. Cependant, il était fort probable que le badge revienne à l'un des deux Septième année, qui étaient les plus expérimentés de l'équipe. Ils se préparaient donc à ce rôle, d'autant plus que les Serdaigle s'étaient montrés redoutables, l'année précédente. Et ils connaissaient suffisamment Rose Weasley pour savoir qu'elle avait bien l'intention de décrocher la coupe pour son équipe, cette année-là.
Les matchs étaient courants, à Tarasque. Ils se déroulaient généralement dans un esprit bon enfant et les équipes se constituaient la plupart du temps à la dernière minute. Celles-ci étaient souvent très mélangées, mais l'un ou l'autre suggérait parfois des équipes à thème, pour le plaisir. Il y avait ainsi eu des matchs France-Angleterre, des matchs d'une génération contre l'autre, des matchs filles contre garçons, etc.
Justement, à la suite d'un de ceux-là, les filles, qui avaient vaincu leurs adversaires grâce à Lily, étaient en train de se rhabiller dans leur vestiaire.
— J'aime mieux quand tu es dans mon équipe que dans l'équipe adverse, Lily ! plaisanta Cécile Morel, une grande brune de 17 ans.
— C'est vrai que tu es très forte, j'ai entendu mes parents dire que tu tenais ça de ton père, intervint Bertille Jacolin, une jolie blonde un peu ronde qui avait 16 ans.
— Je l'ai trouvé impressionnant, l'autre jour, sur son balai, on aurait dit un professionnel, approuva l'aînée du groupe, Eléonore Boissinot, qui allait entrer dans l'équipe des Chevaucheurs de Balais de Crolles, près de Grenoble.
— Oh, vous exagèrez, les filles, je n'ai pas hérité de son talent. C'est juste que j'ai l'habitude de m'entraîner souvent avec Scorpius.
— Ah oui, ton petit copain, c'est ça ? s'intéressa Bertille.
Tout en opinant, Lily ne put retenir un petit soupir.
— Et tu ne peux vraiment pas le voir, pour l'instant ?
— Il n'est même pas resté en Angleterre, ses parents l'ont emmené aux Etats-Unis.
— C'est nul quand les parents se mêlent de nos affaires de cœur, soupira Cécile, aussitôt approuvée par les autres jeunes filles.
— Mais pourquoi vous êtes-vous laissés faire ? Vous auriez pu leur dire zut et n'en faire qu'à votre guise ! s'étonna Alix Charmetant, 12 ans, l'une des sœurs de Mathilde.
— Oui, on aurait pu. Mais on aurait fait quoi ? Je suis mineure et Scorpius vient tout juste d'avoir 17 ans. Les parents ne nous auraient sans doute rien fait — au contraire, nos mères ont plutôt tendance à nous aider — mais bon, ce n'était pas jouable.
Les jeunes filles durent en convenir.
— Et puis comme ça, nous leur montrons notre bonne volonté et une docilité apparente. Ce qui ne nous a pas empêchés de débarquer sur le quai de la gare, au retour de Poudlard, en ayant ostensiblement échangé nos cravates d'uniforme — nous sommes dans des Maisons différentes. Et on ne leur cache pas qu'on s'écrit au moins une fois par jour. Comme ça, ils voient bien que ce n'est pas une lubie passagère.
— En gros, vous espérez qu'ils vous laissent tranquilles, la prochaine fois ? résuma Eléonore avec un sourire complice.
— Exactement ! convint Lily, les yeux pétillants.
— On a parlé de toi, aujourd'hui.
— Avec Mathilde ? Ce n'est pas tous les jours le cas ? demanda-t-il en se passant la main dans les cheveux d'un air faussement vaniteux.
— Avec d'autres filles, qui se demandaient pourquoi on s'était laissés faire par nos parents, au lieu de se rebiffer.
— Ah, je vois, fit-il en levant les yeux au ciel. Bon, je ne vais quand même pas leur souhaiter d'être à notre place, mais...
— Je crois qu'elles ont compris, tu sais. Et elles nous souhaitent d'être vite réunis.
— Que Merlin les entende ! s'exclama-t-il sur un ton comique.
Très attendu dans le milieu, le congrès de Magizoologie se tenait cette année-là à Merlinstown. Les plus éminents spécialistes du sujet allaient divulguer leurs dernières recherches devant un public composé de leurs pairs et d'étudiants. Lily avait demandé à Scorpius de lui envoyer un programme, pour pouvoir le suivre durant ces quelques jours. Il faut dire que c'était le principal sujet de conversation du jeune homme, depuis son arrivée dans la capitale sorcière américaine. Sa petite amie s'amusait beaucoup de son enthousiasme.
— La conférence du professeur Monoceros était encore plus passionnante que les autres !
Lily attrapa son programme et commença à le feuilleter pour rechercher le sujet de ladite conférence.
— Tu sais, c'est la spécialiste mondiale des licornes !
— Ah, d'accord.
— Tu te rends compte, elle a découvert un moyen pour que les hommes puissent les approcher presqu'aussi facilement que les femmes !
La jeune fille leva les sourcils, inquiète.
— Ça ne risque pas d'être dangereux pour elles ?
— Non, justement, c'est ça qui est formidable, c'est que ça n'empêche pas les licornes de reconnaître les intentions de la personne qui s'approche !
Scorpius était intarissable, au point que Lily finit par lui demander :
— Alors, finalement, tu veux toujours être vétérimage, ou bien tu t'es découvert une autre vocation dans la magizoologie, avec ce congrès ?
— Non, la vétérimagie reste la branche qui m'attire, Lily. Je n'ai pas envie de me spécialiser sur telle ou telle espèce, ou bien d'aller à l'autre bout du monde étudier la faune magique locale. Je préfère pouvoir m'occuper de nombreux animaux différents.
La jeune fille lui répondit d'un sourire.
— Tiens, j'ai pu discuter avec ta marraine, aujourd'hui.
— Et vous avez parlé de magizoologie ou de moi ? demanda-t-elle, mutine.
— Les deux, bien sûr, rétorqua-t-il avec un sourire charmeur.
— Est-ce qu'elle a assisté aux mêmes conférences que toi ?
— Celle sur les licornes uniquement. J'ai aussi aperçu son mari qui allait donner une de ses conférences, et elle qui se rendait à celle sur les "Nargoles, joncheruines et autres créatures controversées". Tu as raison, elle est très... originale.
— Oui, Tante Hermione et Luna ont souvent du mal à se comprendre, mais moi je l'aime bien. Elle aide à voir les choses différemment. Maman et elle sont toujours restées très proches, malgré la distance physique. Je t'ai raconté, d'ailleurs, qu'on allait parfois la voir à l'autre bout du monde, elle et moi, lorsque mes frères sont rentrés tous les deux à Poudlard ?
— Oui, tu m'as déjà fait rêver avec certains de tes récits !
— Je pense que c'était une manière pour ma mère de m'aider à ne pas trop regretter de n'être pas encore à Poudlard. Après tout, elle a vécu la même chose, quand Oncle Ron et mon père sont rentrés l'année avant elle.
— Quelque part, je crois bien que j'aurais aimé connaître ça, moi...
Les conversations s'élevaient dans un joyeux brouhaha, tout autour de la table. Ou plutôt des tables, puisqu'une seule ne pouvait suffire à rassembler tous les convives, ce midi-là. En effet, les Londubat étaient venus passer quelques jours à Tarasque en Forêt. Louis Weasley en était absolument ravi, et s'était fait un devoir de faire découvrir la ville et ses alentours à Jane, avec qui il sortait depuis le bal, ainsi que, dans une moindre mesure, à son jumeau Andrew. Ce dernier préférait se faire discret et les laisser seuls la plupart du temps.
En plus des Weasley-Potter-Lupin, quasiment au complet, et de leurs invités, se trouvaient les Charmetant et les Bachelet. Les adultes devisaient gaiement d'un côté, tandis que les jeunes, à un bout de la longue suite de tables, discutaient de tout autre chose. À un moment, la conversation devint générale : Gabrielle Charmetant venait de proposer une visite du Trou des Fées, près des Baux de Provence, qui fut autrefois le domaine de Taven, une très célèbre sorcière dont même les Moldus avaient gardé trace.
— Tu viens avec nous, Lily ? demanda Albus sur un ton d'évidence.
Elle fit la moue.
— Bof, non, je crois que je vais plutôt rester et continuer à travailler sur mes devoirs de runes. Tu veux m'aider ? finit-elle avec un sourire sadique.
Le jeune homme grimaça. C'était une matière qu'il n'avait jamais été tenté d'étudier — et sa sœur le savait très bien.
— Si tu changes d'avis, je serai probablement à la bibliothèque, j'y ai repéré un livre sur le sujet qui semble très intéressant.
— Je verrai en rentrant de la balade, mais je ne te promets pas de m'intéresser à ce sujet-là, rétorqua-t-il avec un clin d'œil.
La bibliothèque des Charmetant était une grande pièce très agréable, lumineuse et chaleureuse, remplie de livres du sol au plafond. Aussi, les Potter et les Weasley avaient vite suivi l'exemple des jeunes Charmetant et y faisaient généralement leurs devoirs. Du moins, lorsqu'ils ne préféraient pas s'installer dans le jardin, directement couchés sur l'herbe. Lily s'était installée à une petite table au milieu de la grande pièce. Elle avait étalé plusieurs livres et ses parchemins autour d'elle, et sorti ses plumes, quand un bruit à la porte lui fit relever la tête.
Gabriel Bachelet venait d'entrer dans la pièce et la fixait d'un air carnassier. La jeune fille sursauta.
— Je savais bien qu'il suffirait que je semble ne plus me soucier de toi pour que tu baisses ta garde, commença-t-il d'un air satisfait.
— Qu'est-ce que tu me veux ? demanda-t-elle d'un ton acerbe, en essayant de ne pas paraître impressionnée.
— Mais toi, bien évidemment... répondit-il onctueusement.
— Il y a plein de filles à qui tu plais, tu peux passer ton chemin et aller les voir, répliqua-t-elle de la même manière.
— Oh, mais d'abord je vais m'occuper de toi, Potter.
— Tu ne crois pas que j'en ai marre qu'on ne voie que mon nom ? soupira-t-elle de manière exaspérée.
— J'ai choisi de m'intéresser à toi, mais pas seulement à cause de ton nom... Aussi parce que tu es une jolie fille, badina-t-il.
— C'est flatteur, mais j'ai déjà un petit ami.
— Et alors ? balaya-t-il d'un geste. Quand je me serai occupé de toi, tu ne penseras même plus à lui, finit-il avec un sourire prétentieux.
— Ah oui ? Et comment comptes-tu t'y prendre, alors que je ne suis pas d'accord ? renifla-t-elle.
— Oh, mais il y a bien des moyens, pour ça, rassure-toi... menaça-t-il doucereusement en portant la main à sa poche, où l'on devinait sa baguette.
— Je te conseille vivement de sortir de cette pièce tout de suite et de me laisser tranquille, rétorqua Lily d'un ton glacé, en tentant de masquer les tremblements de sa voix.
— Sinon quoi ? Tu vas pleurer dans les robes de ton papa ? ricana-t-il. Mais tu n'en auras même plus envie, même plus l'idée, la nargua-t-il.
La jeune fille se tendit.
— Et je parie que tu n'as même pas ta baguette sur toi, se délecta-t-il. Ça va être un vrai plaisir.
— Je te rappelle que nous sommes mineurs.
— Pfff, et alors ? dit-il dans un éclat de rire. Si tu crois que je me plie aux règles crétines que d'autres ont édictées pour nous...
— Les règles sont là pour protéger les autres et nous-même.
— Mais je m'en contrefiche des autres. S'ils me servent, tant mieux, sinon tant pis pour eux.
— Mégalomaniaque.
Il se mit à rire.
— Je ne fais pas que rêver, je commence à construire.
— Et tu as décidé de devenir un mage noir ? Belle ambition, renifla-t-elle sur un ton méprisant.
— Je le suis déjà, confirma-t-il avec un sourire prétentieux. La magie noire est un si bel outil.
Lily frissonna.
— Mais tu verras, je vais t'y initier, quand tu seras à Beauxbâtons avec moi, continua-t-il sur ton doucereux.
— Tu rêves ! Je ne vois pas ce que j'irais faire là-bas !
— Ma chère Lily, quand je me serai occupé de toi, tu me suivras au bout du monde si je le désire... rétorqua-t-il orgueilleusement.
— Pas question ! s'écria-t-elle en se levant et en se dirigeant vivement vers la porte.
Le jeune homme sortit vivement sa baguette de sa poche et la pointa vers la jeune Anglaise en criant : « Impero ! »
Comme il était doux et reposant de se laisser aller, comme il était tentant de se mettre à genoux devant le jeune homme ! Lily se sentait bien, tellement bien, plus besoin de réfléchir, juste se laisser faire... Mais une petite voix en elle lui soufflait que c'était Gabriel, et qu'elle ne voulait pas. Elle tenta de se ressaisir, de lutter, pensa à Scorpius...
