20. 2023/2024 Longue, si longue séparation

Scorpius sentit son miroir chauffer. Il eut une pensée reconnaissante envers Albus qui avait eu raison. Le jeune homme poussa un profond soupir pour chasser le reste de colère et d'inquiétude de la veille, et ouvrit pour répondre.
— Bonjour, beau Serpentard, dit Lily d'une voix douce et en souriant, comme si de rien n'était, lorsque son petit ami lui répondit.
— Beau Serpentard ? Wahou, ce jour est à marquer d'une pierre blanche, rétorqua Scorpius, le pétillement de ses yeux contredisant le sarcasme de ses propos.
— Tu ne te trouves pas beau ? Oh, c'est nouveau, ça, répondit-elle avec le même pétillement dans les yeux.
— Ce qui m'importe, ce n'est pas ce que moi j'en pense, mais que toi tu me trouves beau, continua-t-il avec un faux air vaniteux, la faisant pouffer.

— Al... Albus m'a dit... que tu l'avais appelé, hier soir... commença-t-elle d'une voix hésitante.
— Oui, c'est vrai.
— Tu... tu n'as... pas eu peur... qu'il te dénonce ?
— Pour ?
— Nos Miroirs...
— Je pense pouvoir lui faire confiance mais oui, j'ai pris un risque. J'étais inquiet pour toi, Lily, je n'arrivais plus à te joindre...
La jeune fille baissa la tête.
— Je suis désolée, Scorpius... J'étais en colère, hier...
— Contre moi ? demanda-t-il sur un ton amer.
— Pas seulement. En fait, ça a plutôt été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je m'attendais à ce que tu me réconfortes, et j'ai eu l'impression que tu m'enfonçais !
— Mais ce n'était pas du tout mon intention, Lily ! s'exclama-t-il, surpris.

Elle lui sourit et avoua :
— Oui, j'ai fini par comprendre — à force de ressasser et la situation, et notre discussion. En fait, j'ai été bête, hein ?
À son tour, il sourit.
— Ce n'est pas ce que je dirais. Je crois surtout que tu as été à la fois trop confiante en toi et trop fière pour oser en parler à qui que ce soit.
Lily passa une main sur son visage, gênée.
— Tu as sans doute raison...
— Dis-moi si je me trompe : si j'avais été là, est-ce que tu m'en aurais parlé plus tôt ?
— Oui ! Là, je n'ai pas osé parce que j'ai eu peur que tu veuilles débarquer, et des conséquences — y compris le fait que je n'aurais pas voulu te laisser repartir, je crois...
Le jeune homme ne put retenir un large sourire.

— Une autre fois, si tu penses être en danger, ou qu'on te dit que tu l'es, tu m'en parleras, même si je suis à l'autre bout de la Terre ?
— Oui, assura-t-elle. Histoire qu'on en discute, et que ton côté Serpentard équilibre mon côté Gryffondor, précisa-t-elle malicieusement. Et puis histoire d'être rassurée, aussi, finit-elle à mi-voix, après un temps de silence, n'aimant pas reconnaître sa faiblesse.
Il la remercia d'un sourire tendre.

— J'ai vraiment eu peur pour toi, Lily, quand tu m'as raconté ce qui s'est passé, précisa-t-il sur un ton très sérieux.
Elle grimaça.
— Au fait, je n'ai pas eu le temps de t'en parler, hier. J'ai tenté de lutter contre l'Imperium...
— Heureusement que ta famille était là !
— Oui, ils ont pu intervenir tout de suite. Mais tu sais ce qui m'a aidée à lutter ?
— Non ?
— C'est de penser à toi...
Ému, le jeune homme la fixa avec des yeux brillants.
— Tu sais, je t'aime vraiment, Lily.
— Et je t'aime aussi, Scorpius. Pfff, j'en ai tellement, tellement marre d'être loin de toi !
— Moi aussi, soupira-t-il. Je n'ai jamais vu des vacances aussi longues, et pourtant j'ai trouvé celles de l'an dernier déjà bien longues !
— Tu penses pouvoir faire écourter les tiennes ?
Il lui fit un sourire rusé.
— Probablement, et toi ?
— Je suis quasi certaine que j'arriverai à convaincre Maman, si je m'y prends bien...


— Albus ! Al ! Lève-toi ! Il y a du courrier, et tu ne voudrais pas manquer celui-là ! s'exclama Lily tout en tambourinant à la porte de la chambre de son frère, deux jours plus tard.
Celle-ci finit par s'ouvrir sur la tête ensommeillée et toute ébouriffée du jeune homme.
— Non mais est-ce que tu as une idée de l'heure qu'il est, Lily ? soupira-t-il.
— Oui ! L'heure des lettres de Poudlard ! Fonce ! Les parents veulent que je t'attende !
Elle n'eut pas besoin d'en dire plus, ces quelques mots suffirent à réveiller pour de bon son frère.

C'est un peu moins ensommeillé mais toujours aussi ébouriffé qu'il débarqua à la cuisine. Il salua ses parents et James, qui finissaient de déjeuner, puis s'assit tout en cherchant les lettres du regard. Sa sœur en brandit une sous son nez, qu'il s'empressa de saisir et de décacheter.

— Alors, Al, c'est toi notre nouveau capitaine ? demanda aussitôt la jeune fille.
— En fait, c'est ma lettre qui te rendait impatiente, pas la tienne, n'est-ce pas, Lily ?
— Rho, mais non, tu exagères... Alors ?
— Non, visiblement non, conclut-il après avoir soigneusement contrôlé le contenu de son enveloppe. Ce doit être Anwenn, supposa-t-il.
Sa petite amie, qui rentrait en septième année comme lui, faisait en effet partie des plus anciens de l'équipe.
— Certainement, si ce n'est pas toi, opina-t-elle, avant de s'inquiéter. Pas trop déçu ?
— Tu sais, Lily, j'ai toujours pensé qu'elle ferait un bien meilleur capitaine que moi, rétorqua-t-il avec un sourire.
— Bon, du moment qu'elle me garde...
— Comme s'il y avait le moindre risque qu'elle veuille changer d'attrapeur, se moqua-t-il. On va juste avoir besoin d'un nouveau batteur et d'un nouveau poursuiveur, pour remplacer Walter et Eamon.
La jeune fille opina.
— Et toi, alors, tu es préfète ?
— Oh non, j'en doute ! Ce sera plutôt Ailis, à mon avis, ou alors Lucinella.
— Tu as vérifié ?
— Euh non, je voulais d'abord voir si tu étais capitaine, se justifia-t-elle, confuse.

Leur aîné se mit à rire.
— Il ne faut jamais vendre la peau du dragon avant de l'avoir tué !
— Ouvre donc ta lettre, ma puce, intervint Ginny.
Lily leva les yeux au ciel, attrapa son courrier et le décacheta. Elle en sortit deux parchemins et les regarda rapidement.
— Bon, ben rien de particulier, hein, lança-t-elle à la cantonade avec un sourire.
— Tu n'as pas vérifié au fond de ton enveloppe, sœurette ! s'exclama James.

La jeune fille lui lança un regard blasé et, tout en soupirant, saisit celle-ci par le fond pour la retourner au-dessus de la table. Elle écarquilla aussitôt les yeux : quelque chose venait de tomber dans son thé. Plus prompt à réagir, James dégaina sa baguette et fit voler un petit insigne brillant du fond de la tasse jusqu'à la paume de la main de sa sœur. Toujours stupéfaite, Lily l'observait sans aucune réaction.

Les embrassades et félicitations de ses parents la tirèrent de sa léthargie.
— C'est vraiment moi qui ai été choisie pour être préfète ? s'étonna la jeune fille.
— Certainement un honteux favoritisme de ton parrain, la railla le plus âgé.
— James ! s'exclamèrent ensemble Ginny et Harry sur un ton scandalisé.
— Tu sais parfaitement bien que Neville a toujours été quelqu'un de totalement impartial ! lui rappela Ginny, les poings sur les hanches.

Le jeune homme leva les mains au ciel, l'air faussement contrit.
— Lily cherchait une explication, j'ai simplement essayé de lui en donner une.
— Crétin ! rétorqua celle-ci en lui tapant sur la tête avec son enveloppe vide.
— Heureusement que personne, en dehors de la famille, ne sait que Lily est la filleule de Neville, à Poudlard. Ça évitera que certains ne s'amusent à lancer cette accusation sérieusement, intervint Albus.
Sa sœur lui lança un regard reconnaissant, puis se tourna vers leurs parents, indécise.
— Mais vous en pensez quoi, vous ?
— J'ai bien vu que tu ne t'y attendais pas, toi, Lily, mais je crois que tu étais la seule de la famille, expliqua Harry.
— C'est vrai, tu as de bonnes notes et très peu de retenues à ton actif, approuva Ginny.
— Je ne suis pas la seule ! crut bon de préciser la jeune fille.
— On peut compter sur toi et tu prends tes responsabilités au sérieux, ce qui est important pour ce rôle, indiqua sa mère. Tu n'étais peut-être pas la seule apte à remplir le rôle, mais tu as visiblement été la plus méritante. Il faudra que nous allions te choisir un cadeau, termina-t-elle avec un clin d'œil complice.

Pendant ce temps, Albus avait ramassé la lettre de sa sœur et l'avait parcourue.
— Regarde, Lily, c'est pourtant bel et bien écrit et le rendez-vous dans le train est indiqué. Si tu es si distraite que ça, je viendrai te chercher pour t'accompagner, termina-t-il avec une pointe de sarcasme.
Pour toute réponse, la jeune fille lui tira la langue. Albus était certes préfet, mais elle n'avait plus 11 ans. Elle saurait très bien trouver le compartiment en question toute seule.


— J'ai reçu ma lettre de Poudlard, et toi ? demanda Scorpius en souriant.
— Oui ! Et tu ne vas jamais le croire ! répondit Lily, pas encore tout à fait remise de sa surprise.
— Tu es préfète, affirma-t-il aussitôt.
— Quelqu'un te l'a dit ? s'étonna-t-elle.
— Non, mais ce n'était pas difficile à deviner ! Félicitations !
— C'est fou, mes parents ont dit pareil ! Ma mère m'a même complimentée, comme s'il ne s'était rien passé avec cet espèce de... brrr...
— Ça me fait penser à ma mère. Elle ne revient pas sur les problèmes réglés.
La jeune fille le remercia d'un sourire, avant de soupirer :
— Mais ça nous laissera moins de temps libre...
— Oh, ne t'inquiète pas, on se débrouillera. Déjà, pouvoir te voir tous les jours, te prendre dans mes bras et t'embrasser, ça va être merveilleux.
— Attention, mon petit serpent, tu te ramollis, tu deviens de plus en plus mièvre ! plaisanta-t-elle.


Le congrès de Magizoologie étant terminé, les Malefoy reprirent leur visite des Etats-Unis, côté sorcier comme moldu. Scorpius n'avait plus, cependant, la tête à en profiter, et faisait tout pour convaincre sa mère d'abréger leurs vacances.


— Pfff... Mon père m'agace, il prétend avoir encore plusieurs personnes à voir pour son entreprise, soupira Scorpius.
— Zut ! Tu penses faire quoi ? s'inquiéta Lily.
— Ne t'en fais pas. Pour l'instant, je laisse ma mère tenter de le convaincre.
— C'est déjà ça, si elle, elle l'est.
— À vrai dire, je n'ai pas eu beaucoup de mal, elle m'a dit qu'elle s'y attendait.
La jeune fille sourit.
— Et si elle n'y arrive pas, j'ai encore une carte dans ma manche, je suis un Serpentard, ne l'oublie pas, indiqua-t-il avec un clin d'œil.
— Raconte ! s'impatienta sa petite amie.
— Comme tu le sais, je suis majeur. Donc si mon père ne veut pas rentrer, c'est simple, je rentre tout seul, se rengorgea-t-il.
Elle ricana.
— Simple et efficace, bravo Scorp !
— Et toi, Lily, tu en es où ?
— Je crois que j'ai su trouver les arguments qui font mouche, pour Maman. Bon, il faut dire aussi qu'elle ne m'a pas semblée plus difficile à convaincre que la tienne. Enfin, j'espère que je ne me trompe pas...


— Bien, j'espère que tu as fini de t'amuser avec tes collègues français, Harry, nous rentrons demain.
— Demain ? Déjà ? Mais Ginny...
— Tu sais que Victoire va bientôt accoucher. J'aimerais être présente, pour l'aider — et pour pouvoir admirer ce petit Lupin tout neuf.
— Mais oui, bien sûr, c'est pour Victoire, Teddy et leur bébé que tu veux rentrer, répliqua-t-il ironiquement, pas dupe un instant.
— Évidemment, rétorqua-t-elle sur le même ton. Et puis je sais très bien ce que ça fait que d'être séparée de l'homme que l'on aime. Cinq semaines, c'est largement suffisant — pour ne pas dire trop, mon petit chéri, finit-elle sarcastiquement.
— Mais ce n'est pas pareil !
— Tu as raison. C'est vrai, ce n'est pas pareil, continua-t-elle avec une ironie mordante. J'avais presque deux ans de plus que Lily maintenant, et alors ?
— Non mais ce n'est pas à ça que je pensais... essaya-t-il de se dépêtrer.
— Oh ? Tu veux dire que tu fais allusion au fait que mon petit ami à moi, dont je n'ai pas eu de nouvelles pendant presque un an, était poursuivi par un mage noir qui voulait sa peau ? Raison pour laquelle il avait jugé plus prudent de risquer de me briser le cœur en rompant avec moi ? Sous prétexte de ma sécurité, évidemment, comme si le fait d'être une Weasley et d'être sortie avec lui ne me mettait pas déjà en danger...
— Non mais Gin... Pour Lily ce n'est pas...
— Arrête de t'enfoncer, Harry. Lily et moi rentrons à Godric's Hollow pour ces trois dernières semaines de vacances. Libre à toi de nous accompagner ou pas.
— De toute façon, je sais très bien que je n'ai pas vraiment mon mot à dire dans l'histoire, grommela le Chef des Aurors en s'éloignant. Mais bon, tant qu'elle n'épouse pas ce Malefoy...
Ginny leva les yeux au ciel en secouant la tête.


— C'est gagné ! C'est gagné ! On rentre demain ! s'exclama Lily en sautillant, son miroir à la main.
— Ouh la, Lily, quand tu bouges comme ça, c'est vraiment bizarre à regarder !
— Pardon, j'arrête ! fit-elle tout en se jetant sur son lit. Maman a imposé notre retour, je suis donc montée faire mes bagages.
— Et tu les as déjà finis ?
— Tu rigoles ? Il fallait d'abord que je t'appelle ! rétorqua-t-elle en riant. Et toi, ça en est où ?
— Je vais devoir sortir ma botte secrète.


Assise au milieu du salon de leur suite, Astoria Malefoy feuilletait un livret. Accoudé au dossier de son fauteuil, son fils Scorpius regardait par-dessus son épaule.
— Celui-là ne te fait pas arriver trop tard, qu'est-ce que tu en penses ?
— Oui, c'est pas mal. Ou alors celui-ci.
— Comme tu veux. Après, de toute façon, tu n'auras plus qu'à transplaner jusqu'à la maison. Tu maîtrises le sort pour réduire ta malle ?
— Oui, oui, ne t'inquiète pas.

Drago, qui avait dressé l'oreille et les écoutait, ne put se retenir d'intervenir.
— Euh... puis-je savoir ce que vous faites, là ?
— Nous regardons les horaires des portoloins vers l'Angleterre pour ton fils, puisque tu es obligé de rester ici pour l'instant, lui expliqua sa femme avec un air innocent.
Il soupira, les observa à tour de rôle, avant de capituler.
— Bon, donnez-moi deux jours, et on rentre tous ensemble...
Le regard de reconnaissance que lui lança alors Scorpius le réconforta autant qu'il l'inquiéta : il devinait fort bien ce que le jeune homme avait en tête.


— Et voilà, ça a marché, exactement comme je l'avais prévu ! se rengorgea Scorpius.
— Merveilleux ! s'extasia Lily, un large sourire aux lèvres. Je n'en pouvais plus, de ces vacances !
— Mais les vacances ne sont pas finies, ma chère, il nous reste environ trois semaines avant la rentrée, répliqua-t-il avec un sourire tout aussi large.
— Oui, j'espère qu'on pourra vraiment se voir, là !
— Je crois qu'on peut compter sur nos mères pour nous y aider. Tu penses que tes frères seront de notre côté ?
— James ne rentre pas encore, de toute façon, et ce n'est pas Al qui va nous mettre des bâtons dans les roues.
— Bon, on ne va quand même pas souhaiter que les aurors aient de tels soucis que leur chef n'ait pas une minute pour penser à autre chose...
— Non, quand même, mais je crois que je vais garder l'idée sous le coude, pour en parler à Maman si nécessaire, dit-elle en étouffant un rire.