21. 2023/2024 Musique moldue
Lorsque Lily répondit à Scorpius, ce matin-là, elle fut surprise par son air contrarié.
— Quelque chose ne va pas ? Vous avez raté votre portoloin ?
— Non, non, on est bien arrivés à Falmouth ce matin, rassure-toi !
— C'est ton père qui te met encore des bâtons dans les roues ? s'inquiéta-t-elle.
— Non, ma mère, soupira-t-il.
— Ta mère ? Qu'est-ce qui lui arrive ?
— Une visite qui ne peut pas attendre, et à laquelle il faut impérativement que je sois présent, soupira-t-il en levant les yeux au ciel.
— Zut ! Chez quelqu'un de sympa, au moins ?
— Probablement chez la vieille tante Yselda, soupira-t-il. Je l'aime bien, ce n'est pas le problème, mais j'aurais vraiment préféré retrouver mon attrapeuse préférée...
La jeune fille fit un demi-sourire, mi-figue, mi-raisin.
— Bon, demain alors ?
— Oui, peu importe ce que ma mère a prévu demain, je transplane à Godric's Hollow et je viens te voir !
— Je t'attendrai, répondit Lily avec un sourire.
La jeune fille referma son miroir en soupirant. Que ces vacances étaient longues ! Elle était déçue de devoir attendre un jour de plus pour enfin revoir son petit ami. Elle enfila un bermuda et un T-shirt des Farces pour Sorciers Facétieux qu'elle avait piqué à Albus lorsqu'il était devenu trop petit pour lui. Elle aimait bien traîner dans ces vêtements confortables, surtout lorsqu'elle savait qu'elle ne verrait personne de spécial. Lily brossa rapidement ses cheveux et les attacha en queue de cheval avec un chouchou, pour ne pas avoir trop chaud à la nuque — même si les températures étaient bien plus douces en Angleterre qu'en Provence. Elle descendit quatre à quatre les escaliers et se dirigea vers la porte de derrière.
— Tu fais quoi, ma puce ? lui demanda Ginny.
— Je vais prendre mon balai et voler un peu, Maman.
— Tu n'as rien prévu de spécial, aujourd'hui ?
— Non, Scorpius ne peut pas venir, soupira-t-elle.
— Ah ?
— Sa mère l'emmène en visite, il ne peut pas y couper, grommella la jeune fille.
— OK, répondit Ginny avec un sourire compréhensif. Va voler, mais je compte sur toi vers onze heures.
— Euh... pourquoi ? Papa rentre manger, ce midi ?
— Non, il mange au bureau, comme d'habitude. Mais, en partant voir Anwenn ce matin, Albus m'a dit que les Kendal passeraient peut-être.
— Bon, d'accord, je serai là... soupira-t-elle.
— Tu penseras à te changer, ma chérie ? lui rappella sa mère.
— Pour les Kendal ? Je ne pense pas qu'ils se formalisent de me voir comme ça, ils sont sympas et cools.
— Si tu ne le fais pas pour eux ou pour toi, tu peux peut-être le faire pour ton frère, suggéra Ginny.
— Pfff, ce n'est vraiment pas ma journée... grogna Lily en sortant.
Astoria et Scorpius venaient de transplaner dans un bois. Mrs Malefoy observa les alentours puis se dirigea vers le petit sentier le plus proche. Elle consulta rapidement le morceau de parchemin qu'elle tenait à la main pour choisir sa direction. Tout en marchant avec elle vers l'orée du bois, Scorpius interpella sa mère, intrigué.
— On ne va pas chez Tante Yselda ?
— Non, pourquoi ? C'est ce que tu avais compris ?
— Ben oui. On va voir qui ?
— Oh, une vieille connaissance de Poudlard, expliqua-t-elle évasivement.
— Et ma présence était vraiment indispensable ? s'indigna-t-il.
— Évidemment, répondit-elle tranquillement. Tu y retournes très bientôt, elle ne pourra donc plus te voir à ce moment-là.
Le jeune homme grogna et fit la tête, fixant le sol à ses pieds avec humeur, ce qui amusa beaucoup sa mère. Ils approchaient d'un village, dont on commençait à apercevoir les premières maisons. Astoria consulta une fois de plus son parchemin. Elle s'arrêta enfin devant une grille et posa sa baguette dessus, ce qui la fit s'ouvrir. Son fils traînant toujours des pieds derrière elle, Mrs Malefoy grimpa les marches du perron et attrapa le heurtoir pour annoncer leur arrivée.
— Tu pourrais faire un effort et sourire un peu, Scorpius, lui souffla-t-elle en attendant qu'on leur ouvre.
Toujours de la même humeur, il lui répondit d'un grognement. C'est seulement lorsque sa mère s'exclama : « Bonjour Ginny ! », une fois que la porte fut ouverte, que le jeune homme releva brusquement la tête. Et, en effet, à sa grande surprise, il se retrouva face à l'une des dernières personnes qu'il s'était attendu à voir.
— Bonjour, Mrs Potter, coassa-t-il.
— Bonjour, Astoria, bonjour, Scorpius, répondit celle-ci cordialement.
On entendit alors des bruits de pas précipités et une tête rousse jaillit dans l'encadrement d'une porte. Lily Potter était interloquée.
— Tu peux fermer ta bouche, ma chérie, et venir saluer nos invités, lui signala sa mère avec un sourire en coin. Tu ne croyais quand même pas être la seule à avoir écrit aux États-Unis, cet été ?
Les oreilles rouges, la jeune fille s'approcha presque timidement, tout en dévorant son petit ami des yeux. Un discret raclement de gorge de sa mère lui fit retrouver la parole et elle salua poliment Mrs Malefoy et Scorpius.
— Bon, si vous avez envie de vous dégourdir les jambes, tu sais où est la remise à balais, Lily. Je pense que tes frères ne t'en voudront pas si Scorpius emprunte l'un des leurs, et sinon il y a le mien, indiqua Ginny, avant d'inviter Astoria à la suivre au salon.
Leurs mères n'avaient pas encore quitté le hall que la jeune fille avait attrapé la main de son petit ami et l'entraînait en courant vers le jardin, chacun d'entre eux arborant un sourire jusqu'aux oreilles.
Ils foncèrent tout droit vers le petit abri en bois, situé près de la maison. À peine entré dedans, Scorpius se tourna vers Lily pour lui dire :
— J'ai l'impression que ça fait des siècles que j'attendais ce moment.
Et il l'entoura de ses bras pour la rapprocher de lui et l'embrasser fougueusement. La jeune fille noua ses bras autour de son cou et se coula dans son étreinte, répondant à son baiser avec la même passion. Ils échangèrent ensuite de nombreux mots tendres dénués de la moindre pique, entrecoupés de baisers, blottis l'un contre l'autre. Malgré leurs miroirs, la séparation imposée leur avait semblé infiniment longue.
Les deux jeunes gens ne pensèrent à sortir de la remise à balais qu'au moment où la cloche sonna pour le déjeuner.
— Je n'aurais jamais cru que nos mères nous feraient un coup pareil, renifla Scorpius.
— Ça a dû bien les amuser de nous berner aussi facilement, remarqua Lily en levant les yeux au ciel.
— Et le pire, c'est qu'elles savent qu'on ne leur en tiendra même pas vraiment rigueur...
Ils furent bien moins pressés pour rentrer dans la maison qu'ils ne l'avaient été pour en sortir. Aucun d'entre eux ne fit vraiment attention au contenu de leurs assiettes ni à la conversation de leurs mères. Ils s'éclipsèrent dès la fin du repas et, cette fois-ci, sortirent deux balais de la remise afin de retrouver le plaisir de voler ensemble.
Le soir venu, Lily demanda à Ginny :
— Mais dis donc, Maman, ils devaient vraiment passer, les Kendal ?
— Oh, j'ai dit ça ? éluda celle-ci.
— Tu m'as menti ? s'indigna sa fille.
— Hum... Eh bien, je ne me voyais pas recevoir les Malefoy avec ma fille portant de vieux vêtements confortables qu'elle n'aurait probablement pas voulu arborer devant eux...
— Euh... euh... Mais tu aurais pu me dire, aussi, qu'ils allaient venir ! Je n'aurais pas hésité une seule seconde à me changer !
Ginny éclata de rire.
— Et risquer que ton père prenne inopinément sa journée, pour voir ce qui rendait sa fille si joyeuse ?
— Bah, il se doutait bien que Scorpius et moi avions prévu de nous voir, rétorqua la jeune fille. Et de toute façon, quand tu me l'as dit, il était déjà parti au bureau !
— Peut-être que je ne voulais pas gâcher ta surprise ?
— Ah ça oui, vous nous avez bien eus, Scorpius et moi ! pesta Lily.
— Mais ça en valait le coup, non ?
— Mouais... grommella la jeune fille. Pourquoi faut-il toujours que tu aies réponse à tout ?
— L'expérience, ma chérie, l'expérience...
La jeune fille ne se plaignit pas trop. Il faut dire que non seulement Astoria et Ginny les avaient laissés tranquilles, en dehors du temps du repas, mais surtout qu'elles avaient comploté. Comploté pour eux. Et leur avaient finalement proposé, à Scorpius et elle, un programme de fin de vacances où ils pourraient se voir quasiment tous les jours, quoiqu'en pensent leurs pères. Et heureusement pour les deux amoureux, ceux-ci ne s'y opposèrent pas, se contentant de soupirer et de lever les yeux au ciel à la moindre mention du sujet.
La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre, chez les Weasley et les Potter. Le petit Paul Lupin venait de naître. Dans toute la famille, c'était l'effervescence. Pour ne pas trop fatiguer Victoire ou perturber Maud et son petit frère tout neuf, Teddy organisait les visites de manière à ce qu'il n'y ait pas trop de monde à la fois chez eux. D'autant plus que, contrairement au moment de la naissance de leur fille, c'était encore les vacances. Aucun des cousins ne se trouvait donc ni à Poudlard, ni à Beauxbâtons.
Molly, qui avait vingt ans, était en grande discussion avec Victoire sur un coin du canapé où celle-ci s'était installée. Percy, son père, la couvait d'un regard soupçonneux. Il avait l'impression que sa fille commençait à avoir envie de bébé, et cela ne lui plaisait pas du tout. Elle sortait pourtant avec Jack Crivey depuis longtemps, mais le Chef du Département des transports magiques ne concevait même pas que leur relation puisse être sérieuse.
Un peu plus loin, Ginny et Lily étaient tout attendries devant le petit Paul, qui dormait bien consciencieusement sur l'avant-bras de son père, la tête vers l'intérieur de son coude.
— C'est tellement mignon de le voir dormir comme ça, sur ton bras, Teddy ! s'extasiait Lily.
— Harry vous a beaucoup portés comme ça, tes frères et toi, lorsque vous étiez bébés. On appelait ça vous porter sur la branche.
— C'est vrai, je me souviens, dit le jeune papa. Quand tu es née, Lily, j'avais même demandé à essayer, et Harry m'avait montré avant de me laisser faire.
— Oui, tu avais déjà dix ans, précisa Ginny. J'avais été très émue de te voir faire, et je me rappelle que tes cheveux ont pris la couleur de ceux de Lily à ce moment-là, sans que tu t'en rendes compte.
Il changea alors la couleur de ses cheveux, tout en souriant à Lily que cela fit rire. Surpris par le bruit, Paul gigota et commença à chouiner.
— Ah, il a besoin de sa maman ! s'exclama Teddy, tout en se dirigeant vers sa femme pour que le bébé puisse téter.
Bill et Harry, qui étaient en train de discuter ensemble un peu plus loin, observaient la scène d'un air complice. Lorsque le jeune métamorphomage déposa son fils entre les bras de Victoire, les deux beaux-frères échangèrent un regard.
— Il a l'air bien mélancolique, remarqua l'aîné des Weasley en grimaçant. Je vais aller lui parler un peu.
— Laisse, j'y vais. Je crois que je sais ce qu'il ressent...
Bill serra affectueusement l'épaule de Harry tandis que celui-ci se levait pour rejoindre son filleul.
Il l'entraîna à l'extérieur et les deux hommes s'assirent sur un banc, dans un coin calme du jardin des Lupin. Ils contemplèrent un moment le paysage, avant que Harry ne prenne la parole.
— Elle a de la chance, Maud, hein ?
Teddy resta sans voix. Son parrain venait de mettre des mots sur quelque chose qu'il ressentait confusément sans oser se l'avouer.
— J'aurais bien aimé avoir des frères et sœurs, continua le chef des aurors.
— Oui, moi aussi, soupira le jeune père.
— C'est dans ce genre de moments que mes parents m'ont le plus manqué, avoua Harry.
Le jeune métamorphomage lui raconta alors à quel point les siens lui manquaient aussi, et qu'il n'osait pas en parler à Victoire, de peur de gâcher sa joie.
— Tu sais, Teddy, je crois qu'elle peut comprendre que tu souffres, même si elle n'a pas vécu les mêmes choses. Elle t'aime suffisamment pour cela.
— Peut-être, mais c'est à moi de la protéger, pas le contraire ! s'insurgea-t-il.
— L'un n'empêche pas l'autre. Ginny m'a beaucoup fait parler de mes sentiments, de ma tristesse, et finalement ça m'a fait beaucoup de bien, reconnut l'aîné des deux hommes. Et puis, je pense que cela lui a aussi fait du bien. Elle se faisait moins de souci pour moi...
Teddy se mit alors à parler de ses parents avec Harry. C'était une discussion qui revenait régulièrement entre eux, depuis le plus jeune âge du métamorphomage. Là, ils parlèrent plus particulièrement de la fuite de Remus Lupin, lorsqu'il avait appris qu'il allait être père, et de la réaction qu'avait eue Harry. Et, une fois de plus, celui-ci rassura Teddy : ce n'était pas par lâcheté que son père avait fui, mais par crainte pour sa mère et pour lui. La joie du loup-garou, lorsqu'il était venu annoncer la naissance de son fils, en était une preuve éclatante.
— C'était important, pour moi, d'avoir une grande famille, confia le chef des aurors après un temps de silence. Une manière de conjurer le sort, je crois.
— Oui, je te comprends. Je crois que c'est pareil pour moi...
— Et puis, en épousant une Weasley, c'est un peu une évidence, aussi, d'avoir plusieurs enfants ! plaisanta-t-il pour détendre l'atmosphère.
Teddy sourit à cette idée. Il savait que, comme Harry, il avait une place à part dans cette famille, ayant été adopté de cœur par eux bien longtemps avant qu'il ne s'intéresse à l'une de leurs filles.
— Tu crois que mon père aurait voulu d'autres enfants ?
— Franchement, Teddy, je ne sais pas. Mais je pense que Tonks aurait su le convaincre. Elle était vraiment très persuasive, ta mère ! remarqua-t-il en riant. Surtout que la condition des loups-garous s'est considérablement améliorée, depuis la guerre.
— Oui, grâce à Hermione, notamment.
— Et grâce à ton père, aussi, tu le sais. C'est l'un des meilleurs hommes que j'ai jamais connu, et je comprends très bien pourquoi mon père et mon parrain étaient amis avec lui.
Les deux hommes échangèrent un sourire complice teinté de nostalgie.
Lily et Scorpius faisaient leurs courses de rentrée sur le Chemin de Traverse. La jeune fille était venue avec son frère Albus, qui l'avait aussitôt laissée aux bons soins du jeune Malefoy pour rejoindre quelques-uns de ses amis. Ils s'étaient donné rendez-vous au Chaudron Baveur en fin d'après-midi.
En sortant du magasin de Quidditch, Scorpius se tourna vers Lily.
— Je crois qu'on a fait le tour, là. Tu as tout ce qui était sur ta liste ?
Elle vérifia rapidement et opina.
— On a encore du temps devant nous. Tu veux faire quelque chose de particulier ?
— Et si on allait de l'autre côté ? proposa-t-elle avec un sourire malicieux.
— De l'autre côté ?
— Chez les Moldus. Tu y es déjà allé, non ?
— Euh... à Falmouth, oui, bien sûr, puisque les quartiers sont imbriqués, mais à Londres, jamais vraiment.
— Oh ! Tu n'as jamais pris l'Underground ? s'étonna-t-elle.
Il fronça les sourcils.
— Tu sais, ce train souterrain qui permet aux Moldus d'aller d'un point à un autre de la capitale.
— Ah oui, on en a parlé en cours ! Tu crois qu'on a le temps d'y faire une balade maintenant ?
— Non, pas vraiment, reconnut-elle. Mais il y a un magasin que j'aimerais beaucoup te faire découvrir...
Elle l'entraîna alors vers le Chaudron Baveur, où il métamorphosa ses vêtements d'un coup de baguette, puis, de là, vers le magasin de disques situé juste à côté. Juste avant d'entrer, elle lui demanda :
— Vous avez un gramophone enchanté ?
— Oui, mais c'est surtout ma mère qui s'en sert, on n'a rien de bien transcendant à écouter dessus.
— Parfait, je vais te faire découvrir la musique moldue !
— Oh, je connais un peu, on a vu Bach, Beethoven, Chopin et plein d'autres, en cours.
— Mais c'est de la musique classique, tout ça ! OK, c'est sympa, mais tu vas voir les trésors que recèle cette boutique ! Ah, ça, c'est du Michael Jackson ! précisa-t-elle, une fois entrée, en désignant les hauts-parleurs. Viens, ses disques sont par là ! Alors ça, c'est sur quel album, déjà... réfléchit-elle tout en faisant défiler les vinyles.
— Ce n'est pas moi qui pourrais t'aiguiller, plaisanta Scorpius tout en regardant le bac d'à côté.
— Ah, si Mary Kendal était là, elle nous le dirait en deux secondes, c'est une spécialiste de ce chanteur !
— Mary Kendal ?
— La mère d'Anwenn.
— C'est vrai, Mrs Kendal est une excellente cliente, intervint la patronne des lieux. Quand je mets la main sur un disque rare de Michael Jackson, je l'appelle la première... Et la chanson, c'est Man in the Mirror, sur cet album, Bad.
Lily la remercia, tandis que Scorpius sortait la pochette du bac. Après avoir observé le recto, il la retourna et interpella sa petite amie.
— Mmmh, j'aime beaucoup le titre de la chanson suivante.
Elle se retourna pour le rechercher sur l'album.
— C'est I just can't stop loving you, précisa-t-il avec un sourire charmeur, tandis qu'elle rougissait légèrement.
Ils continuèrent à fouiller dans les bacs, chacun de son côté. De temps en temps, Lily proposait à Scorpius un album à écouter absolument, de chanteurs ou groupes plus ou moins récents.
— Les Beatles ? Quel drôle de nom, pour un groupe de musique !
— Et alors ? Nous avons bien Les Hippogriffes Sauvages ou Les Dragons Déchaînés, lui souffla-t-elle discrètement.
— Certes, mais tu reconnaîtras que ça a plus d'allure que des scarabées !
Elle en convint, amusée.
— Ils chantent bien, au moins ?
— C'est un groupe mythique, ils ont eu un succès fou, leurs chansons sont quasiment toutes des succès.
— Parfait, je prends donc ce disque sans hésiter ! s'exclama-t-il en brandissant le single de She loves you.
Lily ne retint pas un sourire.
— En plus, le morceau de l'autre côté du disque est parfait aussi, remarqua-t-il avec un sourire carnassier.
Elle leva les yeux au ciel, se retenant de le traiter de gamin, avant de lui demander :
— Et c'est ?
— I'll Get You, répondit-il en la regardant très sérieusement.
Lily rougit, avant de pouffer de rire.
— Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
— Oh, j'imaginais surtout la tête de nos pères si tu leur faisais écouter ce disque en expliquant que tu l'as acheté en pensant à moi...
Scorpius joignit son rire au sien. Ils réglèrent leurs achats puis retournèrent sur le Chemin de Traverse, pour rejoindre Albus et ses amis.
Lily avait profité de son retour en Angleterre pour voir ses meilleures amies, Ailis MacGuire et Erin Finnigan. Elle les avait d'ailleurs invitées à passer l'avant-dernière semaine des vacances à Godric's Hollow. Le premier soir, Ailis et Erin voulurent tout savoir des vacances de Lily. Les trois filles, en pyjama, s'étaient vautrées sur le lit de la benjamine des Potter pour mieux discuter.
— Alors Lily, ces vacances en France ?
— Eh mais on peut aussi parler de vos vacances, les filles !
— Ah oui, les miennes étaient pas-sion-nan-tes ! commença Erin sur un ton désabusé. Comme d'habitude, chez mes grands-parents. Je vais vous sortir un scoop : le fin fond de l'Irlande n'a pas changé et ne changera pas. Et les farfadets, c'est d'un original ! soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
— Oui mais il y avait Lucas pas très loin, si j'ai bien compris, remarqua Lily.
La jeune Irlandaise ne put s'empêcher de rougir, à l'évocation de son petit copain.
— C'est vrai... J'ai eu tellement de chance qu'il passe ses vacances dans le village voisin ! Et comme nos grands-parents se connaissent et s'aiment bien et bien euh...
Elle bredouilla et s'interrompit, Ailis lui faisant les gros yeux. Lily soupira.
— Je sais bien que toutes les histoires d'amour ne sont pas comme la mienne — et heureusement. Et rassurez-vous : nos mères ont promis qu'elles ne nous laisseraient plus subir une telle séparation. D'ailleurs, Ailis, tu as pu le voir, toi, Jack ?
— Pas quand nous étions sur l'Etna, mais nous n'y avons passé que quinze jours. Heureusement j'ai pu le voir avant son départ en Allemagne ainsi qu'à son retour.
— Et alors, l'Etna, c'était comment ? demanda Erin.
— Fascinant ! Ce volcan en activité, c'était... wahou ! Et il y a une quantité d'énergie magique impressionnante ! Mais il y a beaucoup de Moldus, aussi, qui visitent. Du coup, les cyclopes sont dans une réserve bardée de sorts de protection. On est allés les voir, heureusement qu'ils sont pacifiques, ils sont immenses !
— Ils sont plus ou moins apparentés aux géants, je crois, remarqua Lily.
— Euh oui, il me semble.
La jeune Écossaise leur raconta son voyage en détail, ses deux amies, pendues à ses lèvres, lui demandant parfois quelques éclaircissements.
— Ça doit être vraiment chouette de faire un tel voyage, soupira Erin. J'aimerais tellement que mes parents soient moins casaniers !
— Oh et je ne vous ai pas raconté, à propos de parents, j'ai vu un truc excellent ! Il y a plein de salamandres qui vont et viennent dans les fumerolles du volcan. Elles sont naturellement invisibles aux yeux des Moldus... Eh bien, il y avait un gamin qui assurait à ses parents qu'un lézard courait dans la fumée ; ses parents ne l'ont pas écouté plus que ça. Celui-ci, je suis prête à parier qu'il recevra un jour une lettre particulière...
Les jeunes filles échangèrent un sourire complice.
— Bon, et toi, Lily ? Tu vas bien nous raconter la France !
Elle soupira avant de s'exécuter :
— Ces vacances auraient pu être géniales... si mon père ne les avait pas décidées pour me séparer de Scorpius. J'ai trouvé le temps long, long... Mais sinon, c'était très chouette, c'est vrai. Vous avez vu les tarasques sur les cartes postales que je vous ai envoyées ?
Ses amies opinèrent tandis qu'elle leur donnait une foule de détails sur les dragons provençaux. Elle leur raconta la gentillesse des Charmetant, la beauté des paysages et la chaleur, qui incitait au repos une bonne partie de la journée. Malgré toutes ces confidences, Lily ne put se résoudre à parler de l'agression dont elle avait été victime quelques semaines plus tôt. Elle espérait même pouvoir l'oublier complètement.
Scorpius les rejoignait chaque jour, généralement pour jouer au Quidditch puis goûter avec les trois jeunes filles, ainsi qu'Albus et Anwenn lorsqu'ils étaient présents.
Le jeudi, ils allèrent tous passer la journée dans le Londres moldu, guidés par les deux Potter et Anwenn, qui étaient les seuls à être à l'aise dans ce monde. Un autre jour, les Charmetant, qui étaient venus rendre visite aux Lupin, vinrent les voir. Mathilde glissa à Lily qu'elle comprenait qu'elle se soit autant languie de son petit ami, mignon comme il l'était. Il faut dire que celui-ci s'était montré particulièrement charmant, ce jour-là, afin de faire bonne impression à la jeune Française.
Très vite, les derniers jours d'août furent là, et la rentrée se profila. Tandis que Lily préparait sa malle, Ginny lui rappela, en passant devant sa chambre :
— N'oublie pas ta cravate, ma puce. Enfin quand je dis la tienne... termina-t-elle avec un clin d'œil complice.
