22. 2023/2024 Premier septembre
Jamais les Potter ne s'étaient trouvés autant en avance sur la voie 9 ¾. Lily s'était levée aux aurores, ce qui avait fait prédire à Albus un déluge avant la fin de la journée, sa sœur n'étant habituellement pas particulièrement matinale. À neuf heures, prête à partir, la jeune fille houspillait ses parents et son frère pour les inciter à se dépêcher. Et bien que Harry ne se soit pas du tout montré coopératif, ils étaient arrivés juste avant dix heures à King's Cross.
À peine passée la barrière magique, la jeune fille avait sorti la cravate de Scorpius de sa poche et se l'était nouée en serre-tête de la même manière qu'avant les vacances. Évidemment, cela avait déplu à son père, mais elle savait très bien qu'il ne se risquerait pas à lui faire une scène devant le Poudlard Express. Elle répondait donc à ses reproches par de grands yeux innocents.
Enfin, Lily aperçut son petit ami, qui venait d'arriver sur le quai. Elle sourit en le voyant nouer négligemment sa cravate rouge et or autour de son cou et se précipita aussitôt vers lui, ne laissant pas son père finir sa phrase. En voyant la jeune Potter sauter dans les bras que son cher fils lui ouvrait, Drago Malefoy se décomposa. Il lui semblait qu'il ne s'y habituerait jamais. Un regard désabusé vers le groupe d'où venait la jeune fille lui fit rencontrer l'œil torve de son ancien rival de Poudlard, tout aussi ravi que lui.
Lily salua cordialement la mère de Scorpius, qui venait d'attraper le chariot de celui-ci, et poliment son père, avant d'entraîner le jeune homme vers sa propre famille. Ginny fut aussi chaleureuse que Harry fut distant. Celui-ci ne s'en rendait pas compte, mais il se comportait comme un vrai miroir de Drago. Ginny souffla à Astoria qu'on aurait presque pu les prendre pour des jumeaux et les deux femmes eurent du mal à masquer leur hilarité.
Ron et Hermione, qui accompagnaient leurs enfants, arrivèrent plus tard. Hermione se joignit aussitôt à la conversation entre Ginny et Astoria, tandis que Ron, compatissant, se rapprochait de son beau-frère et meilleur ami. Tout en discutant, les deux hommes s'éloignèrent un peu du groupe.
— Tiens, il ne vient pas de passer ses ASPIC, le petit ami de Rose ? s'étonna le chef des aurors.
— Si, si, Alec les a même brillamment réussis, se rengorgea Ron. Je lui ai proposé de nous accompagner ce matin, afin qu'il puisse lui dire au revoir.
— Tu as vraiment changé d'avis sur lui depuis le bal de la Victoire...
— Pas sur lui, sur leur relation... reconnut le commerçant.
— Dire que c'était toi qui craignait une relation de ta fille avec le fils Malefoy, et que c'est à moi que c'est arrivé ! remarqua Harry en levant les yeux au ciel.
— Ne me dis pas que ça ne t'était jamais venu à l'esprit ?
— Si, bien sûr, mais d'abord, ça me paraissait peu probable... Ensuite, je ne pensais pas que ça me dérangerait autant ! Et pourtant, c'est visiblement un jeune homme tout à fait correct, mais... soupira-t-il.
— Tu as peur que ça devienne sérieux ?
— Tu vois, au début, j'ai pensé qu'ils sortaient ensemble par rébellion, pour nous provoquer...
— Et ce n'est pas le cas ?
— Non, Lily semble plutôt sur le thème « je m'en fiche de sa famille, s'il s'appelait Tartempion je réagirais pareil ». Et quand je vois la manière dont lui la dévore du regard...
Ron lui tapota l'épaule avec compassion.
— Et là, alors, tu persistes dans l'idée de les séparer ?
— Pfff... Les vacances que nous avions prévues n'ont malheureusement pas été très efficaces, comme tu peux le voir, soupira-t-il à nouveau. Donc là, j'ai décidé de feindre l'indifférence, et Malefoy aussi, expliqua-t-il en désignant du menton leur ancien condisciple.
— Pour l'instant, ce n'est pas très réussi, on dirait que vous avez plutôt choisi l'option « faire la gueule » !
— Hugo ! s'indignèrent ensemble son père et son oncle, qui ne l'avaient pas vu approcher.
— Ah non, alors, rétorqua celui-ci, vous n'allez pas commencer comme Maman, à me faire des sermons sur mon langage !
Et le jeune rouquin s'éloigna aussitôt, sans demander son reste.
— Faites des gosses ! renifla Ron, ce qui parvint à dérider un peu son meilleur ami.
— Enfin bon, Lily n'a que quinze ans... Et puis, on a une très bonne raison de s'abstenir de les séparer.
— Ah oui ?
— Tu sais en quelle classe il est, le fils Malefoy ? L'an prochain, il ne sera plus à Poudlard, alors que Lily y restera deux ans sans lui... précisa Harry avec un sourire machiavélique.
— Tu as raison, vieux, si leur histoire tient jusque-là, elle n'y résistera sans doute pas ! s'esclaffa Ron.
— Ne criez pas victoire trop tôt, intervint alors Hermione, qui s'était approchée en voyant fuir son fils. Un Moldu français célèbre, François de La Rochefoucauld, a écrit : « L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu. »
— Hum... En clair et en anglais, tu peux nous le résumer ? demanda Harry.
— Si entre eux ce n'est qu'une amourette sans importance, leur séparation la fera s'étioler et disparaître. Mais si leur histoire est vraiment sérieuse, les deux années qu'elle passera à Poudlard sans lui ne feront que renforcer les choses...
Le chef des aurors se retint de dire ce qu'il pensait de la divination en général, et de la divination pratiquée par les Moldus en particulier.
Dans le train, Ailis et Erin avaient réservé un compartiment pour leur meilleure amie et leurs petits amis respectifs. Lucas O'Brien était toujours un peu intimidé face à Scorpius, mais Jack Newman l'accueillit cordialement. Les six jeunes gens saluèrent leurs familles par la fenêtre du train. Le Serpentard avait ostensiblement passé un bras autour des épaules de sa petite amie.
Lorsque le quai ne fut plus en vue, ils s'installèrent tranquillement. Jack proposa une partie de bataille explosive. Comme Lily consultait sa montre, son petit ami lui fit remarquer :
— On a encore largement le temps, avant d'arriver à Poudlard.
— Je sais bien, Scorp, mais il ne faut pas que je rate la réunion des préfets...
— Ah oui, intervint Lucas, ce serait embêtant qu'on soit en retard, surtout que c'est la première.
— Nous allons donc être collègues ? vérifia Lily avec un sourire, et il opina, sous le regard fier d'Erin.
— C'est à quelle heure ? s'informa Ailis.
— 11 h 45. Mais je veux partir à 11 h 30.
— Tu n'as pas besoin d'autant de temps pour te rendre au wagon des préfets, précisa Scorpius sur un ton nonchalant.
— Je sais. Mais il faut absolument que je passe chercher Al avant d'y aller.
— Euh... Je crois qu'il est capable d'y aller tout seul, hein.
— Bien sûr, mais si ce n'est pas moi qui vais chercher mon frère, c'est lui qui viendra, et je n'ai pas envie de lui faire ce plaisir-là, répliqua-t-elle, mutine.
La discussion dévia alors sur les relations entre frères et sœurs. Au bout d'un moment, Lily remarqua que Scorpius paraissait un peu crispé. Elle lui serra tendrement la main et lui glissa à l'oreille :
— Tes parents... ils n'ont pas voulu avoir d'autres enfants ? Enfin, tu n'es pas obligé de répondre, si c'est trop indiscret...
— De ta part, Lily, ça n'a rien d'indiscret. Ils n'ont pas pu, à mon grand regret... lui répondit-il de la même manière.
Compatissante, elle se blottit contre lui et commença à parler de tout autre chose, tout en surveillant l'heure. Brusquement, elle bondit sur ses pieds.
— Il faut que j'aille me changer, avant la réunion ! déclara-t-elle, avant de se précipiter en dehors du compartiment avec un petit sac.
Lorsque la jeune fille revint vers ses amis, Scorpius l'attendait, négligemment adossé du côté extérieur de la porte de leur compartiment, les bras croisés, un fin sourire aux lèvres. Elle laissa tomber son sac par terre et s'approcha de lui.
— Lily... Arrête de stresser... Ce n'est pas un examen et tu es parfaitement capable d'assumer ce rôle.
— Et s'ils s'étaient trompés, en m'envoyant ma lettre ?
— C'est ça, et moi je suis Peeves, rétorqua-t-il très sérieusement, se retenant de lever les yeux au ciel.
Elle pouffa.
— Ah, j'aime mieux t'entendre rire. Et j'aimerais bien savoir où est passée ton habituelle confiance en toi.
La benjamine des Potter fixa son petit ami d'un air un peu perdu.
— Je ne t'ai jamais vue stresser autant avant un match.
— Le Quidditch, c'est un jeu, Scorpius. Là, c'est très sérieux, il faut que je sois à la hauteur.
— Tu le seras, j'en suis certain.
— Tu crois ? vérifia-t-elle, ne demandant qu'à être rassurée. James et Albus semblaient tellement dubitatifs...
— Tes frères t'ont taquinée avec ça ?
— Oui, ils n'ont pas arrêté...
— Bon... C'est vrai, je suis fils unique, Lily. Mais j'ai bien observé la fratrie Potter. Enfin surtout Albus et toi. Tes frères sont fiers de toi, tu sais. Et quand ils te taquinent, c'est parce qu'ils savent que tu seras parfaite. J'ai l'impression que lorsqu'ils en doutent, au contraire, ils cherchent à te rassurer. Est-ce que je me trompe ?
Elle l'observa un instant, bouche bée, tout en réfléchissant à toute allure.
— Scorpius, tu es génial ! s'écria-t-elle en se jetant à son cou et en l'embrassant fougueusement.
— Je sais, je sais, c'est pour ça que tu m'aimes, se rengorgea-t-il. File vite chercher ton frère, si tu veux toujours le surprendre, ma petite préfète préférée !
Lorsqu'elle arriva à la porte du compartiment de celui-ci, Lily ne put retenir un sourire victorieux. C'était encore mieux qu'elle n'avait espéré. Non seulement elle allait surprendre Albus, mais surtout dans la position où lui-même comptait la surprendre. En effet, il était en train d'embrasser Anwenn, sa petite amie. Lily prit un air sérieux avant d'ouvrir la porte du compartiment.
— Ben alors, Al, tu oublies tes responsabilités ? C'est l'heure de la réunion des préfets !
— Quoi, déjà ? s'inquiéta-t-il. Mais... mais non, j'ai encore le temps, je voulais aller te chercher dans dix minutes ! s'exclama-t-il après un regard à sa montre.
— Mmmh... Tu es sûr de toi ? Elle ne retarderait pas un peu, par hasard ? s'enquit-elle innocemment.
— Lily ! Tu as touché à ma montre ! s'indigna-t-il, sous les rires de sa sœur et de ses compagnons de voyage. Rha, les petites sœurs, quelle sale engeance !
— Eh, oh, fit mine de s'énerver Anwenn en mettant ses poings sur ses hanches, moi aussi, je suis une petite sœur, je te rappelle ! Alors surveille ton langage, Potter !
— Ah non, ah non, vous n'allez pas commencer à vous liguer contre moi, toutes les deux ! pesta-t-il en levant les bras au ciel, avant de suivre sa benjamine vers le wagon des préfets.
Après la réunion, Lily retrouva son petit ami, qui était ressorti du compartiment pour l'attendre dans le couloir.
— Alors, comment ça s'est passé ?
— Bien, tu avais raison ! Ils nous ont expliqué notre travail, les règles à suivre et faire respecter, le fonctionnement...
— Qui, un prof ?
— Non, les deux préfets en chef. Tu en connais un, d'ailleurs, souligna-t-elle avec malice.
— Oui, Hugh, je sais. Et qui est son homologue féminine ?
Le jeune Boot, qui était à Serpentard comme lui, était en effet l'un des meilleurs amis de Scorpius.
— C'est Emily Everfield, de Poufsouffle.
— Mmmh... C'est une blonde, c'est ça ? Ou je confonds ?
— Plutôt blond foncé, ses cheveux, précisa Lily. Elle a l'air vraiment gentille, ça me rassure.
— Et ton homologue à toi ?
— Chez les Gryffondor ? C'est Amalric.
— Vaughn ? grimaça-t-il.
— Tu serais jaloux, Scorpius ? vérifia-t-elle.
— Je l'ai été terriblement lorsque tu sortais avec lui, avoua-t-il, se forçant à sourire pour minimiser ce qu'il disait.
— Rassure-toi tout de suite, je n'éprouve plus que de l'amitié pour lui. Il n'y a pas un garçon à Poudlard avec qui j'ai davantage envie de passer du temps que toi, précisa-t-elle avec un sourire malicieux.
— Ça tombe bien, répliqua-t-il en la prenant dans ses bras, la réciproque est tout aussi vraie.
Dans un joyeux brouhaha, les élèves de la deuxième à la septième année prenaient place dans la Grande Salle. Pas pressés de se retrouver aux extrémités opposées du réfectoire, Lily et Scorpius arrivèrent parmi les derniers, se tenant par la main. En passant les portes, le jeune homme jura vivement.
— Scorpius ! s'étonna Lily, qui ne l'avait jamais entendu s'exprimer ainsi.
— Regarde qui est à la table des profs !
Elle y jeta un œil. Elle reconnaissait tous ceux qui y étaient assis, sauf un homme. Grand et large d'épaules, il avait des cheveux noirs et un début de calvitie. La jeune fille se retourna vers son petit ami avec un air interrogatif.
— Tu l'as vu ? C'est mon oncle Marcus ! pesta-t-il.
Marcus Flint était en effet l'époux de sa tante Daphné.
— C'est embêtant qu'il soit là, Scorp ?
— Écoute, je n'ai jamais trop accroché avec lui, et il ne s'entend pas très bien avec mes parents... Mais surtout, je crois que je comprends mieux pourquoi il n'arrêtait pas de me fixer avec son sourire narquois, l'autre jour...
Lily fut particulièrement tendue, durant tout le temps que dura la Répartition. Elle essayait de retenir les noms de tous les nouveaux élèves, particulièrement les Gryffondor. C'est qu'il fallait qu'elle soit à la hauteur de sa tâche ! Pendant le repas, elle commença à faire connaissance avec eux, répondant à leurs questions et les rassurant autant que possible.
Elle ne pouvait s'empêcher, cependant, de tourner régulièrement son regard vers Scorpius, qui se trouvait de l'autre côté de la Grande Salle, à la table de Serpentard. Lorsque leurs yeux se croisaient, il lui adressait un discret signe de connivence. Le reste du temps, le jeune homme discutait tranquillement avec ses amis ou observait la table des professeurs. Il semblait impassible mais Lily n'était pas dupe. Elle le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il était contrarié et nerveux.
À la fin du repas, Eileen Brown, la directrice de Poudlard, se leva et reprit la parole, tandis que les plats disparaissaient. Le silence se fit aussitôt, d'autant plus que les élèves étaient intrigués par la présence d'un inconnu à la table des professeurs. Elle commença par souhaiter la bienvenue aux nouveaux et un bon retour aux autres élèves. Elle se tourna ensuite légèrement vers ses collègues.
— Comme vous l'avez remarqué, il y a quelques changements dans l'équipe enseignante, cette année. Le professeur Filius Flitwick a décidé de prendre sa retraite cet été, après de nombreuses années passées dans notre école. Les cours de Sortilèges seront désormais assurés par le professeur Marcus Flint. Et c'est Meghan Glenmavis, votre professeur de Défense contre les Forces du Mal, qui reprend la direction de la Maison de Serdaigle.
Les discussions reprirent de plus belle, créant un brouhaha important. C'était la première fois, en effet, que les élèves voyaient arriver un nouveau professeur. Ils étaient donc très curieux et essayaient de glaner des informations à son sujet, maintenant qu'ils connaissaient son nom. De sa place, Lily voyait bien que Scorpius, pourtant sans doute le mieux renseigné de l'école à ce sujet, se gardait soigneusement de tout commentaire. Elle respecta son silence et ne répéta pas ce qu'il lui avait dit, pressentant qu'il n'avait pas envie que cela se sache.
Au bout de quelques instants, la directrice rétablit le silence, avant de continuer son discours.
— Cette année verra aussi une nouvelle édition du Tournoi des Trois Sorciers, dont la plupart d'entre vous a déjà dû entendre parler. Elle se tiendra à Beauxbâtons. Tous les élèves qui seront majeurs au plus tard le jour d'Halloween peuvent tenter leur chance. Si vous êtes dans ce cas, je vous invite à en parler avec votre directeur de Maison.
À nouveau s'éleva de la salle un grand brouhaha. Plusieurs exclamations enthousiastes fusèrent à droite et à gauche, essentiellement parmi les Septième année. Lily et ses amies discutèrent de qui pourrait bien être champion de Poudlard, et la jeune fille se demanda si elle avait croisé le futur champion de Beauxbâtons durant l'été.
Le professeur Brown conclut ensuite son discours en rappelant les règles de l'école, soulignant notamment le danger de la Forêt Interdite et rappelant que la liste des objets prohibés se trouvait dans le bureau du concierge.
Tandis que tous les élèves se levaient pour rejoindre leurs quartiers, Lily se joignit aux autres préfets de Gryffondor pour rassembler les Première année de leur Maison et les mener sans encombre à leur tour. Elle leur présenta la Salle Commune et accompagna les filles jusqu'au dortoir où elles passeraient les sept prochaines années. Lorsqu'elle put enfin rejoindre ses amies, elle était soulagée : cela ne lui avait pas semblé aussi difficile qu'elle l'avait craint.
