23. 2023/2024 Favoritisme
Le premier septembre 2023 étant un vendredi, l'année scolaire commençait par un week-end. Les élèves en profitèrent avec joie, particulièrement Lily et Scorpius, qui passèrent pratiquement tout leur temps ensemble. Ils prirent tranquillement le temps de dupliquer et superposer leurs emplois du temps, qui leur avaient été distribués lors du petit déjeuner du samedi matin. Le jeune homme avait fui autant que possible son oncle, qui ne l'avait vu que dans la Grande Salle.
Le dimanche soir, lorsque Lily rejoignit sa Salle Commune, elle fut surprise par des éclats de voix. Albus était en train de se disputer avec Juliet Thomas et Terence Campbell, deux de ses amis de septième année, sous le regard de sa petite amie Anwenn, qui se mordait les lèvres.
— Non ! Jamais ! C'est absolument hors de question ! s'énervait-il.
— Albus, ce serait quand même bête que tu ne tentes pas ta chance, tu as les capacités pour réussir, j'en suis sûre, plaida Juliet.
— Justement ! contra le jeune homme. Je ne veux pas me retrouver champion de Poudlard !
— Mais enfin pourquoi ? s'étonna Terence.
— Tu trouves qu'on ne me compare pas déjà assez avec mon père ? fulmina Albus. Et encore, j'ai de la chance, c'est James qui a hérité de sa myopie...
Le jeune Campbell fronça les sourcils, ne voyant pas le rapport. Anwenn intervint alors :
— Le père d'Albus a participé au Tournoi des Trois Sorciers lorsqu'il avait quatorze ans.
— À quatorze ans ? Mais je croyais qu'il fallait être majeur ? s'étonna le jeune né-Moldu. Comment ça se fait que Harry Potter...
— Un Mangemort avait pris la place d'un prof avec du Polynectar, c'est bien ça, Al ?
Il opina et compléta :
— Et c'est ce Mangemort qui l'a inscrit à l'insu de tout le monde.
— Oui, et c'est suite à ce Tournoi que Voldemort est revenu, soupira Juliet. Mais presque personne ne voulait croire Harry Potter ou Dumbledore.
— Ton père l'a cru, rappela Albus avec un petit sourire.
— Oui, il s'était même fâché avec Seamus, son meilleur ami, à cause de ça !
— C'est pour ça que les Tournois n'ont repris que depuis une dizaine d'années ? demanda Terence.
— Oui. Mais je le répète, il est hors de question que je participe à celui-là !
— N'empêche que ce serait sympa d'aller tous ensemble à Beauxbâtons, argumenta Juliet.
— Peut-être mais je refuse de prendre le risque de faire la couverture des journaux ! grogna le fils Potter avant de rejoindre son dortoir à pas vifs.
Lorsque Lily et Scorpius se retrouvèrent après les cours, le lundi, elle s'étonna de voir son petit ami passablement énervé.
— Quelque chose ne va pas, Scorp ?
Il soupira.
— Tu n'as pas encore eu cours avec mon oncle, toi, si ?
— Non... Ça s'est mal passé ?
— C'est le moins que l'on puisse dire ! grogna-t-il. En septième année, le cours est commun aux quatre Maisons, parce que nous ne sommes plus très nombreux. Eh bien figure-toi qu'il a honteusement favorisé les Serpentard !
— Comment ça ?
— Des points supplémentaires pour des broutilles, et retirer des points aux autres Maisons pour d'autres broutilles. J'ai d'ailleurs l'impression qu'il a été encore plus vache avec les Gryffondor qu'avec les autres ! s'emporta-t-il.
— Mais il a le droit ?
— Pfff... Tu crois que quelqu'un va lui demander des comptes ? En plus, quand je vois comment il s'en est pris à ton frère à cause de son nom, je n'ose pas imaginer ce qu'il va te sortir...
— Eh bien, on va dire que ça change des personnes en admiration devant ce même nom, rétorqua-t-elle d'une voix qui se voulait insouciante.
— Euh oui, ça pour changer, ça va changer... Mais d'une manière qui ne me plaît pas du tout ! Je crois que j'avais raison de mal sentir sa venue à Poudlard !
— Bah... J'éviterai de me faire remarquer dans ses cours, rassure-toi, répondit-elle en posant sa main sur son bras.
— Je ne voudrais pas qu'il soit injuste avec toi à cause de moi, avoua-t-il à voix basse en la serrant dans ses bras.
Le mardi commençait par un double cours de Sortilèges, pour Lily et ses camarades. Scorpius n'avait pas exagéré. Le professeur Flint fut effectivement horriblement injuste, aux yeux des Gryffondor et des Poufsouffle de cinquième année.
— Miss Potter... Ainsi, c'est vous... avait-il lâché d'un ton dédaigneux à Lily, au moment de l'appel. J'espère que vous avez un peu plus de jugeotte que votre père...
Lily, qui s'attendait à une attaque de ce genre, se retint soigneusement de toute répartie en pensant très fort à Scorpius. Le nouveau professeur de Sortilèges avait ensuite semblé oublier la jeune fille. Il ne se priva cependant pas de retirer des points aux Gryffondor, particulièrement à Lily ou son cousin Hugo.
— Tenez votre baguette un peu plus intelligemment que ça, Miss Potter ! Moins un point pour Gryffondor ! Miss Blentwitch, ce n'est pas en ricanant bêtement que vous parviendrez à un résultat correct, je retire deux points à Gryffondor. Mr Weasley, on ne vous a jamais appris à jeter un sort ? Concentrez-vous mieux que ça, par Merlin, ou je retire encore des points à Gryffondor !
Mais le plus désagréable, finalement, aux yeux des élèves, était la manière méprisante dont il leur parlait. Certes, il maîtrisait sa matière. Mais il n'avait malheureusement aucune pédagogie, et semblait considérer comme des crétins les élèves qui ne parvenaient pas à réussir rapidement le sortilège demandé. En sortant du cours, ils se mirent à récriminer entre eux contre le successeur du professeur Flitwick. Tous regrettaient le vieux sorcier, tellement différent dans sa manière d'enseigner.
— Alors, Lily, comment ça s'est passé ? lui demanda Scorpius.
— Pfff... Tu avais hélas raison... soupira-t-elle.
Il la serra dans ses bras.
— C'est à vous dégoûter des Sortilèges, renifla-t-elle.
— Ce n'est pas une de tes matières préférées, pourtant ?
— Ça l'était, soupira à nouveau la jeune fille. Franchement, Scorp, je comprends pourquoi tu n'apprécies pas les repas de famille avec ton oncle !
— J'aurais préféré que tu le comprennes plutôt lors de l'un de ces repas...
— Tu oserais emmener une Potter à un repas de famille ? Finalement, tu dois avoir un peu de Gryffondor en toi, mon petit serpent, lui rétorqua-t-elle malicieusement, pour détendre l'atmosphère.
Lorsque Scorpius lui avait proposé de reprendre leurs entraînements de Quidditch ensemble, Lily lui avait répondu :
— Et comment ! Il faut bien que je sois à la hauteur, si je veux continuer à te battre, Malefoy !
Il lui avait répondu avec un clin d'œil :
— Aucune chance, Potter, tu as bien vu l'an dernier, je suis trop fort pour toi.
— C'est cela ! répondit-elle en riant. Comme si je ne l'attrapais pas autant que toi lors de nos entraînements, justement !
Les deux jeunes gens avaient vite retrouvé leurs marques, sur le terrain de Quidditch de l'école. Ils n'avaient même pas attendu les premiers essais de leurs équipes respectives pour reprendre leurs balais et leurs affrontements aériens, où ils pouvaient oublier tout ce qui n'était pas eux et le Quidditch. Ils en profitaient d'autant plus qu'ils savaient bien que c'était leur dernière année ensemble à Poudlard, et qu'ils ignoraient de quoi l'avenir serait fait...
Lily prenait très à cœur son rôle de préfète, surtout en ce qui concernait les plus jeunes élèves à aider ou rassurer. Elle se fit donc rapidement apprécier d'eux, et ils n'hésitaient pas à aller la voir en cas de problème. Un soir, alors que la jeune fille se dirigeait vers la Grande Salle pour le dîner, elle entendit certains d'entre eux qui se disputaient.
— Mais si, je suis sûr que c'est vrai !
— Attends, n'importe quoi, des profs ne peuvent pas avoir fait ça à un élève !
— Mark a raison, c'est impossible, il a dû se blesser autrement.
— Tous les grands de Gryffondor le disent, que ça s'est passé comme ça, moi je les crois !
Intriguée, Lily s'approcha. Elle reconnut trois de ses Gryffondor, qui faisaient face à une Serdaigle et un Poufsouffle, tous les cinq visiblement de première année.
— Qu'est-ce qui se passe ? intervint la jeune préfète.
Les élèves se consultèrent du regard, avant qu'Amy Carter, une petite brune de sa Maison, ose répondre :
— On parlait du professeur Londubat, Lily. Ils ne veulent pas croire qu'il a reçu sa balafre à cause de profs qui enseignaient les forces du mal.
— Vous avez entendu parler de la guerre ? demanda la jeune fille.
— Ben... Pas vraiment, non, avoua du bout des lèvres Mark Johnson, le Poufsouffle.
— Euh... Je sais que ma mère a vécu la guerre, intervint Jane Bennet, de Gryffondor. Elle est née-Moldue, tout ce que je sais c'est qu'elle a beaucoup souffert à cause de ça, mais elle ne veut pas en parler...
Voyant les autres élèves frissonner, Lily leur demanda :
— Vous êtes tous des nés-Moldus ?
Ils opinèrent tous les quatre.
— C'est vrai, il y a eu une guerre, terrible, commença-t-elle à expliquer. Un puissant mage noir, qui se faisait appeler Voldemort, voulait prendre le pouvoir sur la communauté sorcière. Il était de sang-mêlé et détestait les Moldus parce que son père, qui en était un, avait abandonné sa mère enceinte.
Les enfants s'exclamèrent, choqués.
— Il faut dire cependant, à la décharge de celui-ci, qu'elle n'avait réussi à l'épouser que grâce à un philtre d'amour. Vous voyez, il ne faut pas faire n'importe quoi avec la magie, précisa-t-elle avec un sourire.
— Et donc, il détestait aussi les nés-Moldus, c'est ça ? demanda Jane d'une toute petite voix.
— Oui, tout à fait, soupira Lily. Beaucoup de sorciers de sang pur les considéraient alors comme inférieurs, voire des usurpateurs — ce qui est évidemment n'importe quoi, indiqua la jeune fille avec un sourire rassurant, face aux regards horrifiés de ses jeunes vis-à-vis.
— Alors le professeur Londubat, il a reçu sa balafre parce que c'est un né-Moldu ? vérifia Brian O'Sullivan, de Gryffondor.
— Non, la famille Londubat est une vieille famille de sorciers. Mais ils n'ont jamais partagé ce genre d'idéologie ! Durant la guerre, Voldemort a pris le pouvoir. Y compris ici, à Poudlard. Enfin c'est ce qu'on croyait, à l'époque. En réalité, le directeur qu'il croyait à sa solde était du bon côté. Toutefois, il y avait aussi deux de ses fidèles, des Mangemorts, qui étaient professeurs... Le professeur Londubat a été l'un des chefs de la résistance menée par les élèves, et il a reçu cette blessure, et d'autres, en se dressant pour rappeler l'ineptie de cette idéologie et protéger les autres élèves.
L'admiration se lisait désormais dans les yeux des cinq jeunes élèves.
— N'empêche, on ne m'avait pas dit qu'il valait mieux ne pas être né-Moldu... soupira Fiona Curtis, la jeune Serdaigle.
— Vous n'avez plus rien à craindre, de nos jours, rassurez-vous, reprit Lily avec un sourire encourageant. La guerre est finie et bien finie depuis longtemps, et les aurors font en sorte d'empêcher de nouveaux mages noirs de devenir trop puissants.
— C'est quoi, les aurors ? s'enquit Amy.
— Mmmh... En quelque sorte, des sorciers policiers, qui s'occupent de tout ce qui a trait à la magie noire. On a aussi la Brigade de police magique, qui se charge du reste.
— Et vu que le chef des aurors est Harry Potter, les apprentis mages noirs n'ont qu'à bien se tenir !
— Scorpius ! s'exclama Lily, en se retournant vers son petit ami, arrivé sans qu'elle s'en rende compte. Tu n'as pas besoin non plus de parler de lui !
— Harry Potter, j'ai déjà entendu son nom, c'est un héros, n'est-ce pas ? demanda Brian.
— C'est lui qui a tué Voldemort, non ? vérifia Jane.
— Oui, soupira Lily, c'est lui...
— C'est quoi, le problème ? s'enquit Fiona.
— Harry Potter est le père de Lily, mais elle n'a pas envie qu'on l'embête avec ça, précisa Scorpius. Et pour son frère Albus, qui est en septième année, c'est pareil. Alors je compte sur vous, ok ?
Impressionnés par lui, les cinq enfants s'empressèrent d'opiner et prirent rapidement congé.
— Tu avais vraiment besoin de parler de lui ? soupira Lily en tournant le dos au jeune homme.
— J'aurais pu aussi parler de ta mère et des Weasley en général. Tu n'as pas à en rougir, tu sais.
— Bien sûr que non, je n'ai pas à en rougir ! Mais on parlait du professeur Londubat, à la base !
— Et tu es toujours sur la défensive lorsque le sujet de tes parents arrive sur le tapis.
— Oui. Les fans, j'ai déjà donné, merci bien ! Alors je n'ai pas envie d'en avoir de nouveaux à cause de toi ! s'énerva-t-elle en commençant à s'éloigner.
— Eh ! s'exclama-t-il en la rattrapant par la taille. Tu m'aimes quand même ? chuchota-t-il dans ses cheveux.
La jeune fille se retourna vers son petit ami, une moue sur les lèvres.
— Bien sûr que je t'aime quand même, Scorpius !
— C'est parce que je suis tellement... commença-t-il.
— Chut ! s'exclama Lily en posant son doigt sur ses lèvres. Tu n'as pas besoin de te vanter. Je t'aime tel que tu es, avec tes qualités et tes défauts.
Il la serra contre lui et lui murmura :
— Moi aussi, je t'aime telle que tu es... ma petite tête de mule préférée.
Un midi, à la fin du mois de septembre, Lucy Weasley passa voir chacun de ses cousins, dans la Grande Salle. Elle glissa à l'oreille de Lily : « Rendez-vous ce soir à dix-huit heures, Conseil des Cousins... » La Gryffondor opina, intriguée.
