24. 2023/2024 Conseil et dragons
Lorsqu'Albus passa la porte de la Salle sur Demande, ce soir-là, il fut surpris. En effet, Lucy s'était aussitôt jetée sur lui pour le mener vers un fauteuil, tout en lui fourrant une bouteille de Bièraubeurre dans la main.
— Ah, enfin, ce n'est pas trop tôt, le Conseil des Cousins va pouvoir commencer ! s'exclama-t-elle en se jetant dans le fauteuil qui lui faisait face.
— Euh... Ça va, Lucy ? Non parce que, attends, fit-il en consultant sa montre, je n'ai même pas cinq minutes de retard !
— Minutes pendant lesquelles Lucy a trépigné tant et plus, fit remarquer Hugo sur un ton moqueur.
— Oh, ça va, hein, vous deux ! grogna la jeune fille en croisant les bras. Bon, maintenant qu'on est tous là, on peut parler, non ?
— On est tous là ? s'étonna Albus
— Ben oui, Al, répondit Lily, tu sais bien qu'on n'est plus que cinq, à Poudlard, puisque Roxanne et Louis ont réussi leurs ASPIC.
— Et l'an prochain, c'est Rose et toi qui allez nous lâcher honteusement ! soupira théâtralement Hugo.
— Vous ne pouvez pas avoir un peu pitié de cette pauvre Lucy ? intervint sa sœur. Elle va finir par nous faire une crise d'apoplexie, là !
Lily, Albus et Hugo se mirent à rire, tandis que Lucy ouvrait la bouche, l'air choquée.
— Allez, vas-y, Lucy, on t'écoute, temporisa Rose.
— Bon, ce n'est pas trop tôt ! Je veux vous parler du Tournoi des Trois Sorciers.
— Ah non alors ! s'indigna Albus, prêt à se lever et partir.
— Quoi ? s'étonna sa cousine.
— C'est le sujet principal de mes amis, en ce moment. Ils comptent y aller et veulent à tout prix m'emmener, soupira-t-il.
— Tu n'as pas envie ? Eh bien reste, alors ! lui répondit Rose.
— Moi, j'ai très envie d'y aller... expliqua alors Lucy.
— C'est vrai que ton anniversaire est le 14 octobre, tu peux, remarqua Lily. Mais qu'est-ce que le Conseil des Cousins peut faire pour toi ? C'est plutôt à ta Directrice de Maison qu'il faut en parler, non ?
— En fait, je voulais vous demander conseil par rapport à Papa... Et même Maman... Lui ne veut jamais qu'on prenne de risques et Maman risque de beaucoup s'inquiéter à cause des épreuves...
Hugo se mit à ricaner.
— Je sens qu'Oncle George et Papa vont beaucoup aimer la tête que va faire Oncle Percy ! Déjà qu'ils se moquent de lui en disant qu'il surprotège ses « petits trésors » !
— Oh, ça va, hein ! rouspéta Lucy. Je ne suis pas en sucre et je suis bientôt majeure !
— Justement, intervint Lily. Tu seras majeure, si tu as envie d'y aller, tes parents ne peuvent pas t'en empêcher.
— Je crois que j'ai un peu peur que Papa fasse tout pour ça, même venir me rechercher...
— Tu peux en parler à ta Directrice de Maison, mais je ne pense pas qu'on le laisse faire. Et ta mère, tu crois vraiment qu'elle ne te soutiendra pas ?
— Tu sais bien que Maman est Moldue, Albus. L'idée que j'affronte des épreuves magiques comme celles du Tournoi, je pense que ça va vraiment l'effrayer... Vous avez bien vu comment elle est lorsqu'Oncle Harry, Tante Hermione et Oncle Ron racontent leurs aventures...
— Mais toi, tu as besoin de prouver qui tu es et ce dont tu es capable, n'est-ce pas, Lucy ?
— Oui, Lily, souffla Lucy après un temps de réflexion, c'est exactement ça...
— Est-ce que tu dois les prévenir avant d'être à Beauxbâtons ? s'enquit Hugo. Ou avant que la Coupe de Feu choisisse les champions ?
— Euh non... Ah tiens, c'est une idée, en effet, vous en pensez quoi ?
Ses cousins approuvèrent, estimant que c'était le moins risqué, en l'état.
— Et toi, Rose, tu y vas aussi ? demanda alors Lily.
— Oh non alors, j'ai mieux à faire, cette année ! s'exclama la jeune fille.
— Ah oui, les ASPIC, répondit son frère d'un ton sarcastique, en levant les yeux au ciel.
— Eh, tu ne vas pas t'y mettre, Hugo ! Déjà que Maman m'a bassinée tout l'été avec ça !
— Je sais, répondit-il avec une grimace, dans le même temps elle me bassinait avec les BUSE...
Leurs cousins sourirent, visualisant parfaitement la situation — surtout que leur tante Hermione ne s'était pas privée non plus de leur rappeler l'importance de ces examens durant l'été.
— Les ASPIC, on peut aussi les préparer de Beauxbâtons avec le reste de la délégation, alors ce n'est pas un problème, reprit la jeune fille. Non, j'ai une Coupe de Quidditch à gagner pour Serdaigle, moi !
— Mais non, Rose, mais non, va donc au Tournoi, Gryffondor s'occupe de la Coupe ! s'empressa d'intervenir Albus en riant.
— Tu voudrais bien, hein ? Mais tu peux toujours rêver, c'est ma dernière année ! lui rétorqua-t-elle avant de lui tirer la langue. Tiens, votre capitaine, c'est bien Anwenn Kendal, cette année, non ?
— Oui, c'est ça.
— Elle va au Tournoi des Trois Sorciers ?
— Oui... soupira Albus, visiblement contrarié.
— Et Scorpius Malefoy, Lily, il y va aussi ?
— Tu fais le tour des capitaines adverses ? répondit celle-ci, amusée. On n'en a pas encore parlé, mais je doute qu'il quitte Poudlard cette année.
Les cousins parlèrent encore Quidditch un moment, puis la conversation dériva sur leur nouveau professeur, Marcus Flint. À nouveau, Lily se retint de dire qu'il était l'oncle de Scorpius. Albus se souvint avoir déjà entendu parler d'un Flint au Terrier, lorsque les adultes évoquaient leurs souvenirs de Poudlard. À défaut d'en savoir plus, les jeunes gens se promirent d'interroger leurs parents sur le sujet, à l'occasion.
L'année démarrait sur les chapeaux de roue, pour Lily. La jeune fille avait l'impression de ne plus savoir où donner de la tête. Elle aurait presque été tentée d'envier le Retourneur de Temps que sa tante Hermione avait utilisé autrefois. Entre les cours, le grand nombre de devoirs que les professeurs leur donnaient, ses devoirs de préfète et les entraînements de Quidditch avec l'équipe de Gryffondor, elle avait l'impression de ne presque pas voir son petit ami. Pourtant, Scorpius et elle s'arrangeaient pour se croiser aussi souvent que possible, en fonction des lieux où ils avaient cours, et continuaient à s'entraîner ensemble à attraper le Vif d'Or. Ils se retrouvaient aussi régulièrement dans la salle de classe désaffectée qu'ils s'étaient attribuée, mais étaient tellement submergés de travail qu'ils ne pouvaient guère faire plus que de travailler côte à côte.
— Pffffff... Est-ce que les profs se rendent compte de la quantité astronomique de devoirs qu'ils nous donnent ? se plaignit la jeune fille.
— Et ils vous martèlent les BUSE à chaque cours, c'est ça ? répondit Scorpius.
— Oui ! Comme si on risquait d'oublier !
— Rassure-toi, Lily... En septième année, c'est pire, bien pire ! grimaça-t-il.
— Génial... Me voilà vraiment rassurée, là, ironisa-t-elle. On va passer une année formidable... Je me demande comment vont faire ceux qui partent à Beauxbâtons...
— Normalement, ils auront suffisamment de temps pour travailler leurs ASPIC, et notre champion sera de toute façon assuré de les avoir. Et je crois qu'ils auront des cours communs avec les Français.
— Quand je pense que mes cousins imaginaient que tu voudrais participer au Tournoi ! observa Lily.
— Comme si on n'avait pas passé assez de temps séparés, cet été... Sans compter que c'est ma dernière année à Poudlard, alors qu'il t'en restera encore deux à faire, soupira Scorpius.
Sa petite amie se serra contre lui.
— Et puis, honnêtement, même si nous avions passé l'été ensemble, même si nous devions passer l'année prochaine ensemble, je ne voudrais pas partir sans toi. Mais si tu pouvais venir, alors oui, c'est vrai, je me serais inscrit. Comme ça, j'aurais pu prouver que je suis digne de toi, termina-t-il malicieusement.
— Mais tu n'as rien à prouver, Scorpius ! Je t'aime, tu m'aimes, c'est suffisant ! Ceux à qui ça ne plaît pas finiront bien par s'y faire...
Un soir, peu avant le couvre-feu, Neville Londubat pénétra dans la Salle Commune de Gryffondor. Surpris, ses élèves se turent rapidement et se tournèrent vers lui. Leur Directeur de Maison venait rarement ainsi, et ils se demandaient tous quelle pouvait en être la raison. Le professeur de Botanique arborait un air sévère, qui ne lui était pas habituel.
— Bien, j'aimerais savoir qui, parmi vous, s'amuse à faire perdre des points à Gryffondor, depuis le début de l'année.
Il y eu alors comme un bruissement à travers toute la Salle Commune. La plupart des élèves se mirent à gigoter sur leurs chaises, fauteuils ou canapés, s'entre-regardant, plus ou moins gênés.
— Je vois que vous comprenez très bien de quoi je parle. J'attends des explications.
Le même manège recommença mais Neville n'obtint pas davantage de réponses.
— Bien. Je vais devoir interroger un préfet. Miss Thomas ?
— Euh...
— Les Gryffondor n'ont jamais aussi peu de points, à cette période de l'année, habituellement. J'aimerais donc savoir lequel d'entre vous, ou lesquels, s'amuse à faire perdre des points à notre Maison comme ça.
— Eh bien... Je ne pense pas que quelqu'un ici s'amuse à ça, Professeur...
— Alors comment expliquez-vous ce phénomène, Miss Thomas ?
— Ben... C'est délicat, Professeur...
— C'est un élève en particulier qui a fait perdre tous ces points à Gryffondor ? Un groupe, peut-être ?
— Non, pas vraiment, c'est un peu tout le monde, en fait...
— Comment ça ?
Comme personne ne répondait, le professeur demanda :
— Qui a perdu plus de trente points cette semaine ?
Une bonne partie des Gryffondor leva alors la main. Neville fut aussi surpris que la plupart d'entre eux de voir autant de mains se lever. Il n'eut pas beaucoup à insister pour que ses élèves osent lui parler des brimades du professeur Flint. Il les écouta avec intérêt et un calme apparent, mais quelques élèves attentifs purent voir les jointures de ses mains blanchir. Le Directeur des Gryffondor les quitta en leur promettant qu'il ferait tout pour que cela ne se reproduise pas.
Lily et Scorpius se séparèrent à l'entrée de la Grande Salle, pour rejoindre leurs tables respectives. Ailis et Erin, ses deux meilleures amies, avaient gardé une place à la jeune fille, qui s'assit avec elles. Elles se mirent aussitôt à parler du dernier cours de Défense contre les Forces du Mal. En l'entendant soupirer bruyamment, Lily se tourna vers son frère. Albus était en train de discuter avec sa petite amie Anwenn Kendal et ses amis Terence Campbell et Juliet Thomas.
— Tu sais très bien que tes arguments ne tiennent pas la route, Terence, assena-t-il. Si Anwenn devait me quitter pour un autre, cela voudrait dire que nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre. Et le fait que je sois ou non présent n'y changera rien.
Celle-ci lui fit un large sourire.
— N'empêche, on ne m'enlèvera pas de l'idée que les Français sont des dragueurs, maintint son ami.
— Je te rappelle que j'ai passé presque tout l'été en France, à cotoyer des élèves de Beauxbâtons. Ils ne sont pas plus dragueurs que nous ne sommes flegmatiques.
— Laisse tomber, Terence, soupira Juliet. Je crois que nous n'arriverons jamais à convaincre cette tête de mule.
— Je sais bien que vous avez envie que je vienne avec vous. Et c'est vrai que ça a l'air sympa. Mais je n'ai pas envie d'être encore et toujours comparé à mon père.
— Tu sais, Albus, tu as aussi le droit de faire tes choix sans tenir compte de lui, lui rétorqua Juliet.
— Je sais, affirma-t-il tranquillement.
À la fin d'un cours d'astronomie, le professeur Sinistra fit signe à Scorpius de rester. Il rangea donc lentement ses affaires et attendit.
— Je n'ai pas encore eu votre dossier de candidature, Mr Malefoy.
— C'est normal, professeur, répondit-il, je n'ai pas l'intention de partir.
— Pas à cause de votre nom, j'espère.
— Non, du tout. Je n'ai pas honte de mon nom.
— Vous êtes un bon élève, vous représenteriez dignement Serpentard.
— Je crois que notre Maison n'a pas besoin de moi pour être correctement représentée, professeur.
— Je sais pourquoi vous ne voulez pas partir, Mr Malefoy.
— Vous avez raison, professeur. Le rôle de capitaine de l'équipe de Serpentard, que vous m'avez accordé avec tant de confiance, est bien plus important qu'une hypothétique sélection en tant que champion de Poudlard.
Sa Directrice de Maison ne cacha pas son amusement. Certes, elle savait que le jeune homme aimait le Quidditch, mais elle se doutait bien que ce n'était pas la seule raison.
— Eh bien, si vous changez d'avis, Mr Malefoy, sachez que j'accepterai votre candidature jusqu'au moment du départ.
— Merci, professeur.
