25. 2023/2024 Beauxbâtons
En entendant frapper à la porte de son bureau, Neville Londubat leva les yeux vers son horloge, avant de dire : "Entrez !" Il vit alors Marcus Flint passer la porte, l'air renfrogné. Celui-ci jeta un regard aux plantes et aux gants en peau de dragon, ternis de terre, dans un coin de la pièce, sans dissimuler son mépris. Le professeur de Botanique lui désigna la chaise de l'autre côté de son bureau, l'invitant à s'asseoir face à lui.
— Alors, Marcus, cette rentrée, comment ça se passe ?
Celui-ci leva un sourcil en toisant son collègue, avant de lui répondre :
— Tout va bien, évidemment.
— Et avec les élèves, pas de difficultés particulières ?
— Ils ne sont pas toujours très coopératifs, mais bon, ça finira bien par rentrer dans leur caboche, les Sortilèges.
— Mmm... Et tu crois que passer ton temps à leur enlever des points va les y aider ?
— Ah, je vois, il y en a qui sont allés se plaindre dans les robes de leur directeur ! ironisa l'ancien Serpentard.
— Détrompe-toi, Marcus, personne n'est venu se plaindre à moi. Tu te souviens des sabliers ?
— Évidemment, confirma son vis-à-vis avec morgue.
— En général, ils se vident ou se remplissent de manière à peu près stable sur la durée. Parfois, il y a un gros gain ou une grosse perte mais, globalement, leur observation ne surprend pas. Or là, depuis la rentrée, celui des Gryffondor semble vraiment peiner à se remplir. Alors que celui de Serpentard, au contraire, se remplit plus aisément que d'habitude.
— Eh bien ! Il y a sans doute de fortes têtes chez tes lionceaux, Londubat, suggéra le professeur de Sortilèges en haussant les épaules.
— J'ai commencé par regarder du côté des nouveaux élèves, mais ni nos collègues, ni moi-même n'avons rien de spécial à reprocher aux Première année.
— Il faut croire que les anciens se dévergondent, remarqua Marcus, goguenard.
— Ou bien que certains professeurs s'amusent à les pénaliser, asséna froidement Neville, en vrillant son regard dans celui de son collègue.
Celui-ci se renversa sur sa chaise.
— Je vois où tu veux en venir. Écoute, ce n'est pas de ma faute s'ils ont la comprenette difficile !
— Marcus ! s'exclama Neville, scandalisé.
— Bien, bien, je ferai un effort, mais ne viens pas te plaindre s'ils ratent leur BUSE ou leur ASPIC de Sortilèges parce qu'ils n'ont rien compris à ma matière.
— Si Eileen t'a recruté, c'est parce que tu es excellent en cette matière, justement. Mais si tu n'es pas plus pédagogue, tu risques de ne pas faire long feu à Poudlard.
— Le professeur Rogue n'était pas davantage apprécié des Gryffondor, il est pourtant resté à Poudlard jusqu'à la fin.
— Les circonstances ne sont pas les mêmes, Albus Dumbledore avait besoin de lui.
— Eileen Brown a besoin de moi.
— Pas de la même manière. Des experts en sortilèges, il y en a d'autres.
— C'est une menace ? Tu n'es rien, pour me dire ça !
— Je te rappelle que je suis directeur-adjoint de Poudlard, et...
— Les Gryffondor font de bons toutous, marmonna l'ancien Serpentard.
— Très bien. Je te rappelle toutefois que, comme nous l'avons déjà évoqué en réunion, c'est moi qui tiendrai les rênes de Poudlard pendant que la directrice sera à Beauxbâtons, remarqua le professeur Londubat sur un ton glacial.
Marcus Flint sortit à grandes enjambées, sans prendre congé.
Scorpius entra prestement dans la salle de classe désaffectée et referma vivement la porte, essoufflé. Lily se leva de sa chaise et vint vers lui.
— Ça ne va pas, Scorp ?
— Je déteste mon oncle, je déteste mon oncle, je déteste mon oncle... marmonna-t-il.
— Il était encore en train de te suivre ?
— Oui, et toujours avec ses remarques sur la pureté du sang ou la priorité à accorder aux devoirs, gnagnagna !
La jeune fille se blottit contre son petit ami et prit une voix apaisante.
— Il finira bien par se lasser.
— Je l'espère, Lily, je l'espère ! Franchement, je devrais demander au professeur Londubat une dérogation pour que tu puisses aller à Beauxbâtons, et nous irions passer une merveilleuse année ensemble là-bas !
— Scorpius ! Arrête ! s'exclama-t-elle en se détachant de lui, avant de se mettre à tourner en rond dans la pièce. Tu le sais que j'aimerais bien y aller, mais c'est impossible. Il n'y aura pas de dérogation pour les élèves mineurs, les profs l'ont suffisamment répété.
— Parfois, tu manques vraiment de fantaisie, Lily.
— Je manque de fantaisie ? Puisque c'est comme ça, tu n'as qu'à y aller tout seul, à Beauxbâtons ! Comme ça tu seras sûr de ne pas regretter !
Elle attrapa ses affaires et sortit en claquant la porte. Abasourdi, Scorpius mis quelques secondes à réagir, avant de quitter la pièce à son tour en hélant sa petite amie.
Le départ pour Beauxbâtons était imminent, en cette veille d'Halloween. Lily se jeta au cou du jeune homme et lui dit :
— Tu m'écriras ?
— Mais oui ! Et on pourra aussi utiliser nos miroirs.
— Tu penseras à moi, là-bas ?
— Bien sûr !
— Pfff, j'aurais bien aimé avoir dix-sept ans, pour partir aussi...
— Et si la Coupe de Feu te choisissait, Lily ?
— Eh bien Poudlard aurait une championne ! rétorqua-t-elle crânement.
— Surtout, tout le monde t'aurait comparée au grand Harry Potter...
— Et alors ? Je m'en fiche, moi. C'est ce qui te fait peur ?
— Tu le sais bien...
— M'enfin, Albus, ce n'est pas parce que tu lui ressembles que tu dois construire ta vie en te basant sur Papa ou, plutôt, sur l'image que les gens ont de lui, ou ce qu'ils peuvent penser de toi ! Tu es libre de tes propres choix, de mener ta barque comme tu l'entends !
Le jeune homme fit une moue dubitative. Ce n'était pas la première fois que sa sœur lui faisait ce genre de remarques, mais il n'arrivait pas à vraiment lui donner raison.
— Regarde James : il fait ce qu'il a envie de faire, n'est-ce pas ?
Albus opina.
— Alors Al, profite de Beauxbâtons, et si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi !
— D'accord, c'est promis, Lily ! lui répondit-il, amusé par sa demande. Enfin, si ma charmante petite sœur me laisse partir, parce que sinon je vais devoir rester à Poudlard, continua-t-il avec un sourire malicieux.
— Mais euh ! râla-t-elle. Tu te rends compte que c'est la première fois que je ne te verrai pas pendant aussi longtemps ?
Le jeune homme ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil vers Anwenn Kendal, sa petite amie.
— Je sais. Mais bon, on s'écrira, et il y a les miroirs, aussi. Et prends soin de ce que je t'ai confié, lui glissa-t-il en clignant de l'œil.
Après une tendre accolade fraternelle, les deux jeunes gens se séparèrent. Scorpius se glissa derrière Lily et la prit dans ses bras, pour la réconforter. Elle posa sa main sur la sienne, pour le remercier, le cœur serré, tout en regardant le départ des candidats au Tournoi des Trois Sorciers, dans le train spécialement affrété par le Ministère de la Magie pour eux.
Le soir d'Halloween, l'excitation était palpable, à Poudlard : en effet, les champions étaient sur le point d'être désignés, à Beauxbâtons, et leurs noms seraient connus presque immédiatement. Plusieurs élèves discutaient des mérites comparés des différents candidats britanniques. Le banquet fut joyeux et animé, malgré l'absence d'une bonne partie des Septième année et de quelques Sixième année. Les conversations s'éternisèrent sur le dessert, l'impatience se faisait sentir dans toute la Grande Salle. Tout à coup une grande enveloppe, blanche avec des liserés dorés, apparut devant le directeur-adjoint, qui présidait la table des professeurs.
Le silence se fit. La tension était à son comble. Neville Londubat prit l'enveloppe et se leva. Il était conscient du fait que tous étaient suspendus à ses lèvres et retint un sourire en songeant qu'un tel silence était bien plus difficile à obtenir en classe. Il s'éclaircit la voix et ouvrit l'enveloppe. Le professeur de Botanique en sortit un parchemin qu'il parcourut rapidement du regard, avant de le lire enfin à voix haute.
— La championne de Durmstrang est... Zva... Zdravka Kowalska !
De nombreux élèves applaudirent.
— Le champion de Beauxbâtons est Henri Bachelet !
À nouveau, des applaudissements retentirent, tandis que Lily pâlissait. Elle connaissait bien le jeune homme, c'était un cousin de son amie Mathilde Charmetant, mais surtout le frère aîné du fameux Gabriel.
— Et Poudlard a une championne !
Ménageant ses effets, le professeur de Botanique parcourut du regard les élèves, qui spéculaient sur l'identité de leur championne dans un brouhaha surexcité, avant de reprendre la parole.
— Il s'agit d'Anwenn Kendal !
Aussitôt, les Gryffondor acclamèrent joyeusement leur camarade, mollement suivis par quelques autres élèves. Lily pensa que son frère devait être soulagé de ne pas avoir été choisi mais que, tel qu'elle le connaissait, il devait être inquiet pour sa petite amie.
— Hum, hum. Je vous rappelle que miss Kendal est la championne de tout Poudlard, précisa le directeur-adjoint fermement mais en souriant.
Des applaudissements s'élevèrent alors des autres tables, au milieu de commentaires un peu déçus.
— La première tâche aura lieu le 24 novembre, à la veille du match de Quidditch entre Poufsouffle et Serdaigle. Vous en aurez un compte-rendu. Je vous rappelle que le match Gryffondor/Serpentard aura lieu le 18.
Les élèves quittèrent la Grande Salle en spéculant sur le Tournoi des Trois Sorciers, essayant de deviner ce que serait cette tâche. Lily se promit d'écrire à Anwenn pour la féliciter, ainsi qu'à Albus, Lucy et Mathilde.
Ailis et Erin avaient échangé un regard, en voyant le trouble de leur amie, durant l'annonce des champions. Aussi, une fois revenues à leur dortoir, la prirent-elles à part.
— Tu le connais, ce Henri Bachelet ?
— Euh... oui, oui, je le connais, oui !
Les deux jeunes filles échangèrent un regard soupçonneux, Lily semblait éluder bien vite.
— C'est l'un de ceux qui a cherché à te séduire, cet été ?
La mâchoire de la benjamine des Potter se crispa, tandis qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser à Gabriel.
— Non, pas lui...
— Lily, il y a quelque chose que tu nous caches...
Celle-ci leva les yeux au ciel puis leur tourna le dos. Cependant, elle réfléchit, soupira et se retourna vers ses amies.
— Oui, c'est vrai, je ne vous ai pas tout raconté, de mes vacances à Tarasque en Forêt.
Elle leur raconta alors ce qu'il s'était passé avec le jeune frère de Henri, leur arrachant des cris indignés et obtenant sans peine leur compassion.
Le lendemain, Scorpius l'interrogea à son tour sur sa réaction, que lui non plus n'avait pas manquée, et elle lui expliqua. Il pinça les lèvres et serra l'épaule de sa petite amie en lui disant :
— Je suis désolé que sa désignation te rappelle ces mauvais souvenirs.
Deux jours plus tard, Lily reçut plusieurs lettres de Beauxbâtons. Elle en partagea la lecture avec Ailis et Erin puis avec Scorpius.
« Le trajet a été fascinant, écrivait Albus. D'accord, ça ressemblait pas mal au Poudlard express, mais nous avons voyagé beaucoup, beaucoup plus vite. Heureusement, je n'ose pas imaginer le temps qu'il nous aurait fallu, sans cela... Nous sommes passés par le fameux tunnel sous la Manche, entre deux trains moldus. J'ai cru comprendre que notre train avait un sort d'invisibilité. Les Moldus auraient certainement été très surpris d'apercevoir un train à vapeur dans leur tunnel ! »
Mathilde lui écrivait pour lui raconter l'arrivée des Anglais. Le majestueux train à vapeur, sorti de nulle part, avec des rails posés sur la mer, avait beaucoup impressionné les Français. La jeune fille regrettait aussi dans sa lettre que son amie n'ait pas eu l'âge de venir.
Quant à Anwenn, elle remerciait Lily pour ses félicitations et lui souhaitait bon courage pour gérer l'équipe de Quidditch en son absence. Bien que capitaine en titre, elle n'avait pas vraiment transmis les informations nécessaires à sa coéquipière, puisque c'était Albus qui devait prendre sa place en son absence. Lily sentit à travers les lignes que la Septième année était heureuse que son petit ami ait finalement décidé de l'accompagner.
Lily était en train d'afficher un parchemin sur le tableau de la Salle Commune de Gryffondor. Son cousin Hugo s'approcha avec curiosité pour regarder de quoi il s'agissait.
— Tiens, tu annonces de nouvelles sélections, c'est toi qui reprends l'équipe de Quidditch ?
— Oui, et d'ailleurs je t'y attends. Je n'avais pas vraiment prévu de rajouter ça à mon emploi du temps cette année mais Anwenn me l'a demandé, et c'est vrai que je suis maintenant la plus vieille de l'équipe. On va dire que ça fait un défi de plus.
— Bon courage pour gérer tout ça ! répondit-il malicieusement.
— Oui, je crois que l'année prochaine va me sembler super calme, en comparaison. Mais bien trop morne.
— Tu n'en veux pas à Albus de t'avoir lâchée ?
— Oh non, je le comprends tout à fait. Et je ne trouve pas qu'il m'ait lâchée. J'ai même des compensations à son départ, finit-elle avec un sourire machiavélique.
Hugo mit sa main devant sa bouche.
— Il t'a laissé la carte ? Quand même pas la cape, je suppose... chuchota-t-il.
— Les deux, si, si, rétorqua-t-elle triomphalement mais à voix basse. Et avec Flint qui nous flique, on peut dire que ça tombe à pic.
— Euh... Je ne suis pas sûr que ton père apprécie que tu les utilises avec ton petit ami, Lily, lui fit remarquer son cousin.
— Et moi, je suis sûre que, de toute façon, il n'apprécie pas que je sorte avec Scorpius. Alors son avis, hein... rétorqua la jeune fille.
— Bon, si on me demande, de toute façon, je ne suis au courant de rien, conclut-il avec un clin d'œil.
Anwenn avait déjà recruté un batteur et une poursuiveuse dans l'équipe pour remplacer les joueurs qui avaient passé leurs ASPIC à la fin de l'année précédente. Mais l'absence d'Albus et d'elle-même nécessitait de trouver un autre batteur et un nouveau poursuiveur. Lily obligea Hugo à se présenter aux sélections. Elle savait, en effet, qu'il se débrouillait bien en tant que batteur, mieux en tout cas que la plupart des concurrents de la première session. Certes, il avait toujours refusé jusque-là, arguant qu'il y avait trop de Weasley dans les équipes de Quidditch de Poudlard. Lily lui fit donc remarquer qu'il ne restait plus que sa sœur et elle et lui fit promettre de tenter sa chance.
Il se montra effectivement meilleur que les autres candidats et sa cousine fut ravie de l'intégrer à ses joueurs, où il formait un duo de batteurs prometteur avec Lucretia MacMillan. Michael Crivey était toujours gardien et Julia Blentwitch avait conservé sa place de poursuiveuse, rejointe par Moira MacGuire et Siobhan Vaughn, qui se débrouillaient remarquablement bien malgré leur jeune âge. Lily restait attrapeuse et allait devoir concilier son poste avec le rôle de capitaine.
La jeune fille était bien consciente des faiblesses de Gryffondor. Quatre des sept joueurs étaient nouveaux, même s'ils avaient déjà plus ou moins pratiqué le Quidditch en famille. Plusieurs ne se connaissaient pas vraiment. Deux de ses poursuiveuses avaient seulement douze ans. Elle allait devoir créer une vraie cohésion d'équipe et monter une stratégie efficace face aux équipes adverses, plus aguerries — même si eux aussi avaient perdu des joueurs. Un sacré challenge.
Après avoir sélectionné ses joueurs, Lily avait longuement réfléchi. Allait-elle tenter de se débrouiller seule, à ce poste de capitaine, ou demanderait-elle conseil à ses parents ? La première option la tentait davantage. Cependant, elle sentait bien qu'elle allait avoir besoin d'aide. Surtout que le tout premier match aurait lieu seulement deux semaines plus tard. Et ce n'était pas Scorpius ou Rose, capitaines eux aussi, mais ses rivaux, qui allaient l'aider. Quant à Anwenn, elle allait avoir suffisamment à faire avec son rôle de championne, aussi ne voulait-elle pas la solliciter. De plus, elle n'avait pas plus d'expérience que Lily à ce poste. Il y avait bien James, certes, et elle pourrait lui en parler à l'occasion. Mais autant demander l'avis de ses parents qui, elle en était sûre, seraient ravis de l'aider.
La jeune fille prit donc sa plume et leur écrivit une longue lettre, leur décrivant la situation, ce qu'elle savait de ses joueurs ainsi que des autres équipes. Elle leur demandait aussi comment faire pour diriger l'équipe, au cours des matchs, sans risquer de laisser échapper le Vif d'Or. Ils lui répondirent qu'ils étaient honorés de sa confiance et prirent le temps d'une réponse très détaillée, lui proposant de les joindre par miroir si elle avait besoin de davantage de détails ou d'informations.
Scorpius avait deviné sans peine que c'était sa petite amie qui reprenait l'équipe de Gryffondor. Elle lui interdit cependant de venir voir leurs entraînements, lui laissant entendre qu'il pourrait la troubler. En réalité, c'est parce qu'elle ne voulait pas qu'il voie quoi que ce soit de la stratégie qu'elle mettait en place.
D'autant plus qu'ils allaient bientôt s'affonter sur le terrain...
