26. 2023/2024 Voler de ses propres ailes
Le jour du match Serpentard contre Gryffondor arriva enfin. Déjà serait, en réalité, un mot plus juste pour rendre compte de l'état d'esprit de Lily Potter. Elle avait fait tout son possible pour cacher son stress à Scorpius, qui avait eu la délicatesse de ne pas sembler le remarquer. Il avait aussi résisté à la tentation de laisser un Serpentard espionner les entraînements de Gryffondor, malgré sa curiosité. Il préférait lui laisser faire ses preuves à la loyale.
Tout en prenant son petit déjeuner à la table de Serpentard, ce matin-là, Scorpius regardait Lily. Il finit par froncer les sourcils : elle picorait, ce qui ne lui ressemblait pas du tout, même avant un match. Il attrapa alors ses affaires et traversa toute la Grande Salle pour rejoindre sa petite amie et s'installer à côté d'elle. Celle-ci tourna la tête vers lui, surprise, car il ne s'était jamais encore assis à la table de Gryffondor.
— Tu me laisses le Vif, aujourd'hui ? la provoqua-t-il.
— Tu peux toujours rêver ! lui rétorqua-t-elle, reprenant des couleurs sous le coup de l'indignation.
— Alors mange, tu as besoin de prendre des forces. Je veux gagner, mais ce ne sera pas aussi intéressant si tu n'es pas au meilleur de ta forme pour te battre contre moi.
Elle leva les yeux au ciel. Elle n'était ni une enfant, ni une petite chose fragile !
— Je n'ai pas faim.
— D'accord. Mais si tu tombes d'inanition à proximité du Vif, je l'attraperai avant de t'aider, affirma-t-il sur un ton insouciant.
— Scorpius ! Je ne vais pas m'évanouir !
— J'espère bien, rétorqua-t-il d'un ton léger et calme. Qu'est-ce que tu manges, d'habitude, avant un match ? continua-t-il sans se laisser démonter.
La jeune fille soupira face à l'obstination de son petit ami.
— Du porridge avec de la mélasse.
Il lui en prépara une assiette et la glissa devant elle.
— Allez, mange, Lily. Ça va être le seul match où nous nous affronterons en étant tous les deux capitaines de nos Maisons, alors je veux que nous en profitions à fond.
Elle se redressa alors, tandis qu'un sourire malicieux fleurissait sur son visage.
— Prends garde à toi, Malefoy, je ne vais pas te faire de cadeau !
— Mais j'espère bien, Potter. Bon, je vais m'occuper de mes joueurs, rendez-vous sur le terrain !
Lorsqu'ils se retrouvèrent, au milieu du stade de Quidditch, la jeune fille avait retrouvé ses couleurs et sa combativité naturelle. Ils se serrèrent la main vigoureusement tout en se défiant joyeusement du regard, un sourire carnassier aux lèvres. Tous deux prêts à donner le meilleur d'eux-mêmes, stimulés par leur vieille rivalité.
Au final, le jeune homme ne fut pas déçu, sa petite amie avait bien travaillé. Elle avait créé une stratégie innovante, tentant de tenir compte des particularités de son équipe. Elle avait fait s'entraîner ses joueurs d'arrache-pied, sur le terrain et en dehors, afin de créer une vraie cohésion. Sans pour autant les épuiser, afin que ce ne soit pas contre-productif. Une vraie prouesse, en si peu de temps.
Côté Serpentard, Scorpius avait dû recruter deux nouveaux batteurs. En effet, ses deux meilleurs amis, Hugh Boot et Michael Nott, étaient partis à Beauxbâtons pour le Tournoi des Trois Sorciers, abandonnant leurs postes dans l'équipe. Il avait sélectionné deux élèves de troisième année, Eurydice Vaisey et Oliver Grant. Son équipe était malgré tout davantage rôdée que celle de Gryffondor. Il avait aussi davantage d'expérience que Lily, pour diriger ses joueurs.
Le match fut très disputé et les Gryffondor se battirent honorablement, galvanisés par leur jeune capitaine. On sentait que les joueurs avaient du potentiel et s'étaient entraînés. Malgré tout, si Lily n'avait pas, une fois de plus et de justesse, attrapé le Vif d'Or avant son adversaire favori, Serpentard l'aurait emporté très largement.
Scorpius était très satisfait. Lily s'était largement montrée à la hauteur du challenge, et il ne manqua pas de le lui dire, avant de l'embrasser fougueusement au milieu du terrain, peu après qu'ils se soient tous deux posés. Elle remarqua malicieusement qu'il valait mieux qu'elle attrape le Vif, afin qu'aucun d'entre eux ne finisse à l'infirmerie. Il lui rétorqua qu'il était bien content de s'y être retrouvé, un an plus tôt, parce que cela leur avait permis de sortir ensemble.
Du haut des tribunes, Marcus Flint fulminait. Comment son neveu osait-il s'afficher ainsi avec cette fille ? Il aurait cru que s'opposer sur le terrain de Quidditch aurait plutôt éloigné les jeunes gens l'un de l'autre, or il semblait que cela soit tout le contraire. Certes, la donzelle se débrouillait bien sur un balai et n'avait pas usurpé sa place sur le terrain, mais une Gryffondor n'avait rien à faire dans les bras d'un Serpentard, et une Potter encore moins dans les bras d'un Malefoy !
Neville Londubat, non loin de là, était trop absorbé par ce qui se passait sur le terrain pour faire attention à son collègue. Il se félicitait d'avoir emporté son appareil photo. Par Merlin, les capitaines de Gryffondor et Serpentard en train de s'embrasser après un match, cela allait valoir son pesant de cacahuètes ! Certes, ces deux Maisons s'entendaient nettement mieux qu'à son époque, et Lily et Scorpius n'étaient pas le premier couple rouge et vert.
Néanmoins, de par leurs noms, leur appartenance à leurs équipes de Quidditch et leurs personnalités respectives, c'était le plus connu de toute l'école. Le professeur de Botanique réalisa, d'ailleurs, que c'était à la suite du précédent match entre leurs Maisons qu'ils avaient commencé à sortir ensemble. Ils se fréquentaient donc depuis un an et, de toute évidence, n'avaient pas l'intention d'arrêter de si tôt.
Détachant son regard des deux jeunes gens, le directeur-adjoint de Poudlard remarqua alors un phénomène inhabituel. En effet, après un moment de flottement, les deux équipes rivales avaient suivi l'exemple de leurs capitaines, dans une moindre mesure évidemment. Non seulement les joueurs se serraient la main, comme c'était l'habitude depuis quelques années, mais ils se mettaient aussi à discuter ensemble. Il en vit qui se donnaient des tapes cordiales dans le dos, d'autres bras dessus, bras dessous. Autour d'eux, les élèves descendus sur le terrain pour rejoindre leur équipe commençaient à suivre le mouvement.
Neville reprit son appareil en main afin de les photographier. Il allait vraiment falloir qu'il en affiche une dans son bureau ! Et d'autant plus que c'était Gryffondor contre Serpentard. Réflexion faite, il faudrait d'ailleurs qu'il envoie quelques clichés à plusieurs de ses amis. À commencer par Minerva McGonagall. Elle n'allait pas en revenir, mais serait ravie !
Lily et Lucy s'échangeaient fréquemment des lettres. La fille de Percy était vraiment ravie de passer l'année à Beauxbâtons. Elle regrettait un peu de ne pas avoir été sélectionnée par la Coupe de Feu, mais s'en consolait en remarquant que, du coup, ses parents étaient moins inquiets pour elle.
Elle décrivait avec enthousiasme à sa cousine l'Académie de Magie française. Cette école était tellement différente de la leur ! Elle lui avait aussi détaillé leur installation, dans leur train spécial. Une sorte de grande salle commune, aux couleurs des quatre Maisons, se trouvait au centre. C'était là qu'ils se retrouvaient pour faire leurs devoirs et discuter entre eux, les cours et les repas étant pris avec les Français et les élèves de Durmstrang. D'un côté de cette salle se trouvaient les quartiers des garçons. De l'autre les quartiers des filles — et il fallait passer devant ceux de la directrice pour les atteindre. Elles disposaient de trois dortoirs, chacun doté d'une salle de bains. Elle en avait discuté avec Albus qui lui avait dit que c'était disposé de la même manière de leur côté.
Lucy ne tarissait pas d'éloges sur leur tante Fleur. Enfin, plus exactement, sur les cours de français que celle-ci leur avait imposés depuis leur plus jeune âge. La jeune fille reconnaissait qu'elle les appréciait enfin, et que l'idée de leur tante était bonne. En effet, non seulement c'était beaucoup plus pratique que les sortilèges de communication, pour parler avec les élèves de Beauxbâtons, mais un certain Clément Borel l'avait complimentée sur son français. Lily n'avait pu s'empêcher de sourire, en lisant ces lignes.
La jeune Weasley avait bon caractère et se liait facilement. Elle eut ainsi l'occasion de faire connaissance avec la plupart des filles qui avaient cotoyé sa cousine à Tarasque. Elle put donc dire à Lily que celle-ci était regrettée et que plusieurs auraient souhaité qu'elle ait déjà 17 ans pour venir.
La première tâche du Tournoi des Trois Sorciers eut lieu le 24 novembre, à la veille du match entre Serdaigle et Poufsouffle. Les élèves durent cependant attendre le 25 pour en savoir plus : la Gazette du Sorcier décrivait en long, en large et en travers ce qui s'était passé. On y trouvait aussi un portrait de chacun des trois champions. Lily sourit en lisant qu'Anwenn était seulement présentée comme une camarade de classe d'Albus, non comme sa petite amie. Elle se doutait qu'ils avaient préféré être discrets, face aux journalistes. En plus de la Gazette, la jeune fille avait reçu une lettre de son frère et une autre de Lucy.
Albus se félicitait d'avoir montré des tarasques à sa petite amie durant l'été. Elle n'avait, ainsi, pas été trop surprise de se retrouver face à l'une d'elles — contrairement à la championne de Durmstrang, Zdravka Kowalska. Comme c'était un dragon amphibie, chaque champion devait trouver le moyen de traverser une rivière et d'atteindre une grotte sur la rive opposée, sans être blessé ni blesser la tarasque. Anwenn s'en était bien sortie — presque aussi bien qu'Henri Bachelet, le champion de Beauxbâtons. Comme le père de Lily en son temps, elle avait récupéré dans la grotte un objet qui devait l'aider pour sa prochaine tâche, mais ni Albus, ni Lucy ne savaient de quoi il s'agissait.
Lily replia son courrier et rejoignit Scorpius. Ils parlèrent du Tournoi pendant une bonne partie de leur trajet vers le stade et les tribunes de Serdaigle, avant d'orienter leur conversation vers le Quidditch. Ils étaient tous les deux curieux de voir ce que donneraient ces équipes remodelées. Rose avait trouvé une remplaçante tout à fait correcte à Lucy. La jeune fille était parfaitement à l'aise dans son rôle de capitaine, tout en tenant pleinement sa place de poursuiveuse. Du côté des Poufsouffle, c'était Abby Cauldwell, la gardienne de l'équipe, qui avait repris le rôle de capitaine. Elle avait visiblement motivé ses troupes et les avait bien entraînées. Les deux équipes se défendirent vaillamment, mais les Serdaigle étaient nettement meilleurs et remportèrent le match haut la main.
Sur le chemin du retour, le capitaine de Serpentard et la capitaine de Gryffondor par interim analysèrent la partie en long, en large et en travers. Tous deux arrivaient à la même conclusion : il allait falloir travailler dur pour battre Serdaigle, cette année-là.
Les vacances de Noël furent bientôt là. Ou plutôt déjà là, s'étonna Lily. Elle était tellement occupée, entre les cours et les devoirs, son rôle de préfète, le Quidditch et, bien sûr, Scorpius, qu'elle n'avait pas vu le temps passer. Son petit ami et elle décidèrent de ne pas provoquer leurs pères plus que nécessaire et se contentèrent d'échanger leurs cravates, comme avant les grands vacances, ainsi que leurs écharpes, elles aussi aux couleurs de leurs Maisons respectives. Leurs pères, qui s'y attendaient, se contentèrent d'échanger un regard résigné tandis que Ginny, sur un ton enjoué, faisait remarquer que le vert rendait très bien dans les cheveux de sa fille.
Lily était impatiente de voir arriver Teddy, Victoire et leurs enfants, Maud et Paul, au Square Grimmaurd. Mais ce n'était pas tant pour pouponner le bébé que parce qu'elle voulait parler à son grand frère de cœur. La jeune fille ne réussit pas tout de suite à lui parler à l'écart tant il était sollicité par le reste de sa famille. Elle y parvint finalement le lendemain, après le petit déjeuner.
— Teddy, j'ai besoin de toi... lui glissa-t-elle discrètement.
— Euh oui, pourquoi ?
— Pas ici, viens...
Elle entraîna le jeune homme à l'écart. Le salon à la tapisserie se trouvant vide, elle y vit un signe. Elle le fit entrer et referma la porte derrière eux.
— Eh bien, que de cachotteries, Lily ! Tu cherches des idées de cadeau pour Victoire ou les enfants ?
— Oh non, ça c'est déjà fait. En fait... je voulais ton avis.
— Sur ?
— Comment on pourrait, euh... organiser une... une rencontre entre... entre... Granny et... Scorpius.
La jeune fille avait soufflé les derniers mots en regardant ses chaussons.
— Hein ? Une rencontre ? Entre qui et qui ? Je n'ai pas bien entendu.
Lily releva la tête et, fixant Teddy, dit à tout allure tout en rosissant.
— Je voulais savoir comment tu penses qu'on pourrait faire se rencontrer Granny et Scorpius.
Il la fixa, perplexe.
— Tu veux que Granny rencontre ton petit ami ? Mais... pour quoi faire ?
— Ben pour qu'ils fassent connaissance, évidemment ! Depuis qu'il sait, il a envie de la rencontrer.
— Depuis qu'il sait quoi ?
— Que c'est sa tante.
— Sa tante ? répéta le jeune homme, éberlué.
— Enfin sa grand-tante, si tu préfères. Euh... Teddy... Tu ne le savais pas non plus ?
— Tu es sérieuse, Lily ?
Elle s'approcha alors de la tapisserie, se contentant de lui indiquer de regarder. Elle partit de son nom et remonta à sa grand-mère, en passant par ses parents.
— Tu sais qu'elle avait deux sœurs.
— Oui, qui l'ont reniée, mais auxquelles elle ne voulait pas ressembler. La mangemort, la femme du mangemort... Granny n'aime pas en parler.
— Regarde sa petite sœur, Narcissa. Elle a épousé Lucius Malefoy, qui était effectivement un mangemort. Ce sont les grands-parents de Scorpius.
Bouche bée, il observa soigneusement.
— Mais... mais... Ça veut dire que nous sommes cousins, alors !
— Ben oui.
— Wahou... Je ne savais pas que j'avais un cousin... Bon, pour Granny, je pense qu'elle aura besoin d'être préparée à leur rencontre, à cause de sa sœur.
Lily opina, c'était aussi ce qu'elle avait pensé.
— Mais moi, déjà, j'aimerais bien le rencontrer. Et on pourra préparer ça ensemble. C'est quand, votre prochaine sortie à Pré-au-Lard ? demanda-t-il en souriant.
Les conversations allaient bon train, au Terrier. Les jeunes parlaient de leurs études ou de leur métier, les parents de leurs enfants, des groupes commentaient la politique de l'actuelle Ministre de la Magie, Hestia Jones, d'autres parlaient Quidditch. L'ambiance était globalement chaleureuse et détendue, malgré quelques tensions ponctuelles. Mais tous faisaient des efforts pour que cela se passe bien. Noël était l'une des rares occasions où Molly et Arthur parvenaient à réunir toute leur famille autour d'eux. Ou du moins quasiment toute. On remarquait cette année-là l'absence notable de Lucy et d'Albus.
Le jeune homme avait d'ailleurs été cité dans un numéro récent de La Gazette du Sorcier. Il avait en effet ouvert le bal de Noël de Beauxbâtons au bras de sa petite amie Anwenn, la championne de Poudlard. Le journal avait sauté sur l'occasion pour rappeler que Harry Potter avait été champion, et de quelle manière cela s'était déroulé et, surtout, terminé. L'article n'avait pas été très apprécié, au Terrier...
La présence de Lucy au Tournoi y était à peine évoquée. Son père, cependant, ne s'en était toujours pas remis. Il était justement en train de s'en plaindre :
— Quand je pense que Lucy était si sage, petite ! Je n'aurais jamais cru qu'elle me fasse un coup pareil. Si j'avais su qu'elle envisageait d'aller à ce maudit tournoi, je le lui aurais interdit.
— Mon bon vieux Perce, tu n'as vraiment rien compris, le railla George. L'interdit a sur les jeunes un très fort attrait.
— Oui, je sais, tu en as fait ton fond de commerce, opina celui-ci sur un ton pincé. Mais enfin, ma petite fille n'était pas obligée d'aller courir des risques aussi loin.
— Elle n'a pas été sélectionnée par la Coupe, remarqua Fleur. Et je te rappelle qu'elle se trouve à Beauxbâtons, pas n'importe où ! Mon école, continua-t-elle en appuyant sur ces deux mots, est un lieu au moins aussi sûr que Poudlard. Tout ce qu'elle risque, c'est de découvrir un nouveau monde et de bien s'amuser.
— Peut-être estimait-elle avoir quelque chose à prouver, suggéra Ron, faisant grimacer son frère.
Harry intervint pour calmer le jeu :
— Et Molly, ses études se passent bien ?
— Oui ! Les études elles-mêmes, très bien ! Elle est enchantée et je pense qu'elle fera une excellente médicomage. Il faudrait juste qu'elle s'ôte certaines lubies de la tête.
— Des lubies ?
— Moui... Elle voudrait s'installer avec son petit ami...
— Jack Crivey ? Le fils de Dennis ?
— C'est ça.
— Il fait quoi, dans la vie ? Il travaille ou il étudie ?
— Il travaille sur le Chemin de Traverse. Je ne sais même plus dans quoi, il faudrait le lui demander.
— Et où est le problème ? s'étonna George.
— Mais elle n'a que 20 ans ! Et en plus, ils parlent de s'installer ensemble, même pas de se marier !
— Je crois que les mœurs changent, remarqua Bill. De plus en plus de jeunes font comme ça maintenant, comme les Moldus.
— Elle est adulte, maintenant, elle fait ses propres choix, temporisa Harry.
— Tu peux parler, Potter, ton aîné a beau avoir quitté le nid, il n'a toujours pas fondé de famille.
— Je sais quand même de quoi je parle.
— Par ailleurs, James est un garçon. Et Molly une fille.
— Oui, merci, j'avais remarqué.
— Et donc, ce n'est pas du tout pareil, ergota Percy.
— Ben si, c'est un enfant qui quitte le nid.
— Et tu diras quoi, le jour où Lily t'annoncera qu'elle veut s'installer avec son petit copain ?
Soufflé, Harry ne répondit rien. Il n'avait jamais vraiment voulu penser à cette éventualité et se rendit compte qu'elle l'horrifiait. Arthur, qui n'avait encore rien dit et semblait somnoler, intervint :
— Non mais là, ça n'a rien à voir, c'est un Malefoy, son copain !
Le chef des aurors approuva son beau-père vigoureusement.
— Ah, enfin, tu me comprends, déclara Percy avec satisfaction.
Une joyeuse cacophonie régnait dans le vaste salon du Terrier. Installés à proximité de l'immense sapin qu'ils avaient tous contribué à décorer, les Weasley, les Potter et les Lupin déballaient leurs cadeaux. La petite Maud, qui avait un peu plus de deux ans, en profitait vraiment pour la première fois et s'extasiait devant ses jouets, notamment un balai magique à sa taille.
Lily avait gardé pour la fin le gros paquet carré portant à l'encre verte le prénom de son petit ami en guise d'expéditeur. Il lui avait dit qu'elle pouvait ouvrir son cadeau en public, qu'il n'en serait même que plus savoureux. Aussi attendit-elle que l'excitation générale retombe un peu avant de l'ouvrir. Elle s'aperçut alors qu'il s'agissait de disques vinyle — et que leurs titres étaient franchement explicites. Elle se fit donc un plaisir de les lire à voix haute, en prenant une pochette après l'autre entre ses mains.
— Oh ! Love Me Do, des Beatles. Tiens, l'autre face c'est P.S. I Love You... Ah, ça c'est de Michael Jackson, I just can't stop loving you et The girl is mine, en duo avec Paul McCartney.
— À croire que Mary Kendall l'a conseillé ! intervint Ginny en souriant.
Les hommes la regardèrent, interloqués, se demandant ce que la mère de la petite amie d'Albus avait à voir avec ces disques.
— Elvis Presley ? Mmm, j'aime beaucoup aussi. Love me tender d'un côté, Any Way You Want Me de l'autre... Oh, c'est très varié, il m'a offert aussi Believe in Love et You and I de Scorpions et tiens, du U2, All I Want Is You. Et puis Queen avec A Kind of Magic / A Dozen Red Roses For My Darling, les Rolling Stones et Miss You / Far Away Eyes, David Bowie qui chante Without You I'm Nothing avec Placebo, Tina Arena et Marc Anthony pour le magnifique I Want To Spend My Lifetime Loving You...
Harry poussa un soupir exaspéré et sa fille interrompit son énumération, levant un regard faussement ingénu vers lui.
— Ben alors, Papa, qu'est-ce qui ne te plaît pas ? C'est de la bonne musique, pourtant !
— Bonne musique, peut-être, mais c'est un peu trop sirupeux pour moi...
— Il a très bon goût, pourtant, ce jeune homme, fit remarquer Angelina malicieusement.
— Et ses choix ne sont pas du tout orientés, non, non, ironisa Ron.
— Les filles aiment les garçons romantiques, affirma Dominique avec un sourire innocent.
Les cousines approuvèrent joyeusement. Lily était absolument ravie et profita bien de toute la scène, qu'elle se promit de raconter à Scorpius.
Vous trouverez une belle illustration de leur baiser, juste après le match, sur Deviantart. Elle est réalisée par Meides-Cross et intitulée Quidditch Pitch Kisses.
