Je me réveille en sursaut en plein milieu de la nuit, le souffle court, le cœur battant comme un tambour et un filet de sueur froide coulant désagréablement le long de mon dos. Je les ai encore sentis en moi. Je me demande si un jour je serais délivré d'eux. Probablement pas. Mon regard se pose sur le paisible visage endormi de Kazuya et à le voir sans défense comme ça, j'ai envie de retourner mes angoisses contre lui. Parce qu'il est ce que j'étais quand ils s'en sont pris à moi même si nos âges sont différents : innocent. Mais il a pas mérité ça. Pas après ce qu'il a fait pour moi hier. Et je suis pas comme eux. Je dois m'éloigner de lui avant de lui faire du mal. Je descends du lit, mais mon mouvement le réveille.
- Jin ? qu'il fait d'une voix endormie. Qu'est ce que tu fous ?
- Rien du tout. Dors, je dis un peu plus sèchement que j'aurais voulu.
- T'as l'air agité. Qu'est ce que t'as ?
- Je suis pas agité.
- Si. Et ta voix est tendue en plus. Jin parles-moi, reste pas seul avec tes angoisses.
Il s'est assis dans le lit d'hôpital et grâce à la lueur de la lune dans la chambre, je vois clairement. Je détourne la tête et soupire.
- Ce serait quand même plus facile si t'étais pas si per… persi… enfin si tu remarquais pas tout à mon sujet.
- Change pas de sujet. Tu... T'as encore revécu ça pas vrai ? Et ça te travaille. Tu te dis que tu pourrais faire pareil si tu relâchais ta vigilance.
Halluciné parce que là c'est même plus de la perspicacité, c'est carrément de la télépathie, je le regarde de nouveau, les yeux écarquillés.
- Fais pas cette tête, je lis pas dans tes pensées. C'est juste que maintenant je te connais et je sais comment tu pense, qu'il dit en rigolant, avant d'ajouter sérieusement : Tu me ferais rien sans que je sois consentant, Jin, t'es pas comme eux. Et si ça peut t'aider à exorciser ces affreux souvenirs, je suis prêt à te laisser me faire ce que tu voudras quand tu voudras.
- Dis pas de conneries... je fais d'une voix sourde en détournant les yeux une deuxième fois. Tu sais pas de quoi tu parles...
- Jin... Jin regarde-moi...
Comme je le fais pas, il pose la main sur ma joue et appuie doucement pour me forcer à le faire.
- Tu crois que je suis pas conscient de la portée de mes paroles... mais je le suis. Je sais à quoi je m'engage. Et to-san serait le premier à dire qu'il faut parfois combattre le mal par le mal.
A la lumière de la lune, son regard décidé est magnifique mais j'ai un minimum de morale et de respect pour lui… et pour moi aussi.
- Nan je peux pas faire ça.
- Jin...
Il dit rien d'autre mais je le vois s'allonger et prendre une pose en se léchant les lèvres, remontant sa blouse d'hôpital. Il... essaye de m'allumer pour me faire céder ? Sérieusement ? C'est quoi ce mec ? Ca a que seize ans ça ? Je détourne les yeux pour pas craquer parce qu'il est super bien foutu même si un peu trop mince.
- Fais pas ça Kazu...
- Je te plais pas ?
- C'est pas la question. Je sais ce que t'essaye de faire mais t'y arriveras pas. Dors maintenant, t'es censé te reposer avec ce qui t'es arrivé aujourd'hui, je dis en me dirigeant vers la porte.
- Tu vas où au milieu de la nuit ?
- Faire un tour.
- Fais pas de connerie, ne.
Je réponds pas et quitte la chambre. J'arrive pas à croire que j'ai failli craquer. Dans un hôpital et avec lui. En plus j'ai jamais... Enfin depuis qu'ils m'ont violé, il s'est jamais rien passé à ce niveau-là, alors je suis même pas sûr que je saurais faire. Et lui je sais même pas s'il a déjà eu ne serait-ce qu'une seule expérience de ce genre. Si c'est pas le cas... bah je sais pas trop quoi en penser...
Je traverse les couloirs déserts, dépasse l'accueil et sort dans la fraîcheur de la nuit. Ca me calme un peu mais je suis pas plus avancé. Je sais que maintenant que Kazuya a ça en tête il va me relancer dès qu'il me sentira pas dans mon assiette et je sais honnêtement pas comment je réagirais. Là j'ai pu le repousser, mais est ce que j'y arriverais systématiquement s'il tente d'autres fois ? Rien est moins sûr. Je soupire et regarde la lune. Je devrais rentrer chez les Kamenashi. Ou plutôt non je devrais carrément me barrer tout court. Pour pas être un danger pour lui. Après tout à part à lui je manquerais à personne et Yuichiro serait trop content d'être débarrassé de moi. Mon seul regret... ce serait lui. Lui seul. Je me dirige donc vers le hall avec l'intention de me casser sans retour, mais au dernier moment, quelque chose me retient : j'ai l'impression d'entendre sa voix me supplier de rester, de pas l'abandonner. Je me retourne pour voir s'il a quitté sa chambre pour me rejoindre, mais nan, je suis seul. Ca y est je vire déjà dingue.
- Aaaaaah qu'est ce que je dois faiiiiiire ?! je m'exclame tout fort en me frottant le crâne.
Je soupire de nouveau et regagne sa chambre dans laquelle il dort comme un ange. Je m'assois sur la chaise près du lit et dégage de son front une mèche qui a glissé.
- Qu'est ce que je vais faire de toi, Kamenashi Kazuya ? je murmure en le regardant. Et qu'est ce que je vais faire de moi ?
J'arrive pas à m'éloigner, même pour son propre bien. Je crois qu'il m'a jeté un sort avec son visage, sa voix, sa personnalité, ses attentions… et son amour. Je suis pas amoureux de lui, mais connaitre ses sentiments pour moi me rassure un peu sur moi-même : si je suis capable de faire en sorte qu'il m'aime, c'est peut-être qu'au fond je vaux quelque chose, que je suis pas le déchet que Yuichiro voit en moi.
Un nouveau frisson me secoue alors et j'interromps là mes réflexions pour me glisser de nouveau près de lui dans ce lit d'hôpital que la chaleur de son corps a chauffé comme un cocon douillet et tarde pas à me rendormir.
- … t'avais dis que c'était une mauvaise idée, to-san ! Qui sait ce qu'il aurait pu faire à Kazuya !
- Mais non, tu dramatise.
- Ca ne t'inquiète pas alors ?! Regarde ! Regarde-le ! Tu le crois vraiment innocent ?!
- Pas si fort, tu vas les réveiller.
Ce dialogue, je l'entends dans un demi sommeil et j'en pige pas un mot. Du coup j'ouvre péniblement les yeux pour apercevoir le doc et Yuichiro. Qui a l'air furieux pour pas changer.
- Skisspass ? je marmonne.
Mais avant que le doc puisse répondre, son fils aîné se précipite sur moi, bouge mon bras gauche tellement vite que je capte rien et m'arrache violemment au lit en m'attrapant par mon t-shirt.
- Ne t'avise plus jamais de toucher mon frère, tu entends ?! qu'il me crache.
Sa violence termine de me réveiller. Son contact aussi.
- De quoi tu parles, je peux savoir ?! je fais sur le même ton en m'arrachant à sa poigne. Et me touche pas !
- Je parle de Kazuya que tu as enlacé et collé indécemment cette nuit !
He ? J'ai fais ça ? Ca explique pourquoi j'ai bien dormi s'il m'a servi de coussin toute la nuit. En y pensant, un petit sourire fleurit sur mes lèvres.
- Ca te fait sourire ?! C'est ton frère je te signale, espèce de dépravé ! Je savais que tu…
- Yuichiro, ça suffit maintenant, intervient finalement le doc. Tu dépasse les bornes avec Jin et tu fais une montagne d'une taupinière. Ton frère a probablement voulu se réchauffer un peu, il n'y a aucun mal à ça.
- Mais…
- Je te l'ai déjà dis de nombreuses fois mais ton manque d'indulgence, voire ta méchanceté vis-à-vis de lui me déplait, alors tu ferais bien de te calmer à son sujet.
Je me retiens de justesse de sourire d'un air vainqueur mais je suis bien content que le doc me défende. Surtout que j'ai vraiment rien fait de mal.
- Skisspass ?
La voix endormie de Kazuya qui vient de se redresser dans le lit clôture la conversation et son père se désintéresse de son aîné pour reporter son attention sur lui.
- Rien, mon garçon, ne t'inquiète pas, qu'il lui répond en souriant. Prépares-toi, nous allons rentrer à la maison, le médecin nous a donné l'autorisation. Koji a mit les petits plats dans les grands pour ton retour, alors j'espère que tu feras honneur à sa cuisine.
J'observe ma brindille de petit ami et nos regards se croisent. Je pense qu'il a pigé ce que je pense sans que je parle.
- Bon bah sortez… que je m'habille.
- D'accord. Allez viens Yuichi, fait le doc en entraînant son aîné hors de la chambre.
En fait je devrais sortir aussi pour laisser de l'intimité à Kazuya, mais je m'attarde malgré moi alors qu'il se lève du lit et mon regard se pose alors… sur son cul non couvert par la blouse d'hôpital. Je me dis qu'il est quand même très bien foutu. Impression confirmée quand il retire complètement la blouse en question et se retrouve à poil. Je déglutis alors que mes yeux suivent chaque courbe de son corps un peu trop mince et, malgré moi encore, je me sens réagir.
- Le spectacle te plait ? qu'il me demande alors à mi voix pour pas être entendu de sa famille.
Ce qui me fait capter qu'il a vu ma réaction physique. Embarrassé, je détourne la tête mais la vision de son corps nu s'est comme imprimée sur ma rétine et dans ma tête.
- Jin… Jin regarde-moi… Je suis heureux de te plaire, tu sais…
L'entendre dire ça me fait réagir et je pose ma main sur sa bouche pour lui faire fermer sa gueule.
- T'es pas dingue de me dire ça ici alors que ton père et ton frangin sont juste derrière la porte ? je souffle. S'ils t'entendaient…
- Jin… Touche-moi… qu'il m'implore quand je retire ma main.
- Nan. Sois gentil, me tente pas plus que je le suis déjà et fringue-toi. Moi je sors.
- Ca veut dire que t'as envie de me toucher.
- Fringue-toi, Kazu. S'te plait.
Sur ces mots, je quitte la pièce à mon tour pour entrer dans la salle de bain attenante. Je vais pas sortir dans cet état, c'est aller droit dans le mur avec le doc et son fils dans le couloir. Faut que je me calme d'abord. Mais le fait que je sois capable de bander avec ce qui m'est arrivé est peut-être une preuve que je commence à guérir. Peut-être.
Dans la voiture de retour, pendant que le doc et Yuichiro discutent, Kazuya et moi on reste silencieux et j'évite soigneusement de le regarder, alors je regarde la ville par la fenêtre. Je sursaute en sentant sa main se poser sur la mienne sur la banquette, mais je la retire pas. Je me l'explique pas, mais physiquement, son contact me provoque plus de flashbacks cauchemardesques et je ressens plus le besoin de le repousser. Mentalement c'est autre chose. En fait je peux pas accepter ses avances ni être complètement détendu quand je suis avec lui, parce qu'il m'aime alors que moi non. Et non seulement je me sens coupable d'être attiré par lui qui est mon frère aux yeux de Yuichiro et Koji (et même aux yeux du doc qui m'a présenté comme tel même si c'était faux) mais aussi d'être attiré par lui alors que j'en suis pas amoureux. Les sentiments c'est quand même un sacré bordel et je suis de plus en plus paumé.
Le lendemain, comme tous les jours depuis mon "adoption" pour être peinard et que le doc et sa marmaille me fassent pas chier, je fais genre que je vais en cours mais en fait j'y vais évidemment pas. Pour quoi faire ? Je suis déscolarisé depuis tellement longtemps que je suivrais que dalle, alors pourquoi m'emmerder avec profs, cours et devoirs ?
Du coup, comme cette fois j'ai pas envie d'aller au gymnase, je vais juste m'esquiver sur le toit pour faire une sieste pour essayer de récupérer. Ca me parait un bon programme.
Le calme absolu quand j'y arrive, ça fait plaiz. Bon, faut dire que le fait que l'accès soit normalement interdit avec chaine et cadenas joue pas mal pour le calme. En fait, pour y accéder j'ai du forcer le cadenas en question avec l'épingle que j'ai toujours sur moi. Un reste de mon "lourd passé de délinquant" pas si lointain.
Je referme soigneusement la porte et m'étire longuement. Il fait super beau, y'a un peu de vent… Cette sieste va être super cool.
Je pose donc mes béquilles par terre et m'allonge à côté, les bras repliés derrière la tête et ferme les yeux. Au bout d'un quart d'heure, je sens sans la voir une ombre au dessus de moi et capte sans mal à quoi ou plutôt à qui elle appartient. Même pas besoin d'ouvrir les yeux pour ça.
- Kazu, bouge, tu me cache le soleil…
- T'aurais pu me dire que t'étais là, je t'ai cherché partout.
- A ton avis pourquoi je me suis isolé ?
- En tant que petit ami, t'es censé rester près de moi, ne.
- Sortir avec quelqu'un, ça veut pas dire être collé l'un à l'autre H24…
- Depuis quand t'es un expert en la matière ?
- Pas besoin d'être un expert pour savoir ça, c'est du bon sens, rétorqué-je sans ouvrir les yeux.
- Mais…
Comprenant qu'il va encore dire des trucs et que ça va me gonfler, je me redresse sur un coude et le fixe en portant la main à mes yeux pour le voir sans contrejour.
- T'es déjà avec moi en permanence à la maison, Kazu. Ici ce serait cool que tu me laisse respirer.
- Tu veux dire… que je suis de trop et que je te dérange ?
Cette peine dans sa voix… J'ai l'impression qu'il va chialer.
- Dramatise pas. C'est juste que de base je suis un solitaire, alors être à ce point collé à toi est pas facile pour moi.
- Mais je te dérange pas ? Pas vrai Jin ? Pas vrai ?!
- Mais nan… que je cède en réprimant difficilement un soupir.
C'est vrai dans un certain sens en plus. Mais bon ce qui est vrai aussi, c'est qu'il est encore plus collant que Yuya, ce qui est pas peu dire.
Un sourire apparait immédiatement sur ses lèvres et il s'installe d'autorité à côté de moi. Adieu calme et tranquillité.
- Si on séchait les cours cet aprèm ?
Lui non plus c'est pas l'archétype du bon élève comme Yuya, mais je le voyais pas se rebeller à ce point.
- Moi je m'en tappe, je vais jamais en cours de toute façon, mais toi, t'es sérieux ?
- Très. J'ai envie de passer du temps seul à seul avec toi et dans la maison c'est pas possible avec tout le monde.
- Ok, je fais. On fait quoi ?
- Hum… On a qu'à aller à la salle d'arcade. C'est marrant.
- Ca me va. Par contre… je te signale qu'il y a des pions un peu partout dans le bahut et que je suis pas spécialement discret avec mes béquilles, donc comment tu propose qu'on s'esquive au juste ?
- Je vais faire diversion pendant que tu sortiras, c'est aussi simple que ça.
- T'es au courant que si Yuichiro apprend qu'on a séché, on est morts tous les deux ?
- Il en saura rien.
- T'es bien sûr de toi.
- Oui. Je sais ce que j'ai dis, nii-chan saura jamais qu'on a séché et to-san non plus.
Je l'ai déjà dis, mais j'aime bien quand il a autant confiance en lui et qu'il prend les devants, il est vraiment cool. Je le laisse donc faire sa diversion et attends son signal, planqué derrière un angle de mur, à l'extérieur du bâtiment.
Au bout de dix minutes, je l'entends siffloter, ce qui est le signal en question et je me mets à béquiller aussi vite que possible pour sortir de l'enceinte du bahut. J'ai déjà fais le mur plein de fois pour sécher, mais jamais dans ces conditions et surtout, jamais accompagné, ça fait bizarre.
Il me rejoint cinq minutes plus tard et il a une telle tête de conspirateur, que je peux qu'éclater de rire, ce qui entraine le sien.
- Allez on y va. T'es bon en jeux vidéos ?
- Ca dépend lesquels mais ouais je gère pas mal.
- Ah ouais ? Alors on va voir ça ! qu'il me dit dans un grand sourire joyeux.
Il est tellement à fond, que je suis sûr qu'il demanderait pas mieux que partir en courant vers le Taito Station le plus proche, mais comme il dépend de moi et mes maudites béquilles, il se contient. Mais je vois bien qu'il sautille intérieurement. Il est marrant. Du coup, après un long moment, on arrive à la salle d'arcade et il se précipite vers une borne.
- C'est quoi celui-là ?
- Course de voiture. J'aime bien. Tu veux essayer ?
- Ok.
- Fais juste gaffe à ta jambe.
Je me suis donc installé dans la voiture… et me suis lamentablement loupé. Et s'il y avait que ça… mais en fait je me rappelais pas que j'étais nul à ce point en jeux vidéos. Je me suis foiré à tous les types de courses (voiture, moto, snowboard, ski…), j'ai encaissé dix buts au air hockey, je me suis fait tuer aux jeux de guerre et à ceux de Star Wars et même aux jeux musicaux j'ai pas été meilleur. Le seul intérêt de cette totale foirade, ça a été d'entendre le rire de Kazuya à intervalle régulier. Parce que bon, moi, en dehors du fait que toutes ces défaites c'est frustrant, bah je suis pas super à l'aise, parce qu'on joue avec le fric du doc et que j'aime pas ça vu que je voulais rien lui devoir. Mais Kazuya est content alors je suppose que ça fait rien.
- J'aime vraiment t'entendre rire, Jin, c'est agréable, qu'il me dit alors qu'on sort de la salle après un peu plus de deux heures.
- Tu me l'as déjà dit…
- Je sais.
- Alors tu…
- Je quoi ?
Je soupire. Ca servirait à rien de lui dire, à part être désagréable. Et comme j'ai quand même passé une bonne aprèm grâce à lui, ça ferait un peu de moi un connard. Ce que je suis pas. Du moins je crois pas.
- On fait quoi maintenant ?
Je lui pose la question parce que comme c'est lui qui a décidé qu'on séchait, je me dis qu'il a sûrement prévu un truc pour après.
- Heu…
- T'en sais rien ?
- Bah pour être honnête, j'ai rien prévu de particulier en fait.
- Si on rentre à cette heure-là, on va se faire défoncer par ton "adorable" frangin, je lui fais remarquer.
- Je sais. Enfin j'ai une idée mais elle est pas réalisable parce qu'on est mineurs.
La raison m'alerte : quel plan d'occupation de notre temps pourrait nécessiter qu'on soit majeurs ? Il m'inquiète…
- Toi t'as une idée tordue en tête, je fais.
- Pas tordue mais…
- Mais quoi ? C'était quoi ton idée, accouche.
Il marmonne un truc. J'aime pas trop quand il fait ça. Ca veut dire que ce qu'il a en tête, c'est une connerie de taille impressionnante.
- Parle plus fort. Aie le courage de tes idées.
- Un love hôtel.
- He ?
- Mon idée c'était d'aller dans un love hôtel.
Je soupire. Visiblement il a pas désarmé avec ça. Je vais vraiment finir par croire que c'est un pervers et qu'il pense qu'à baiser avec moi.
- Alors déjà A) T'arrête avec ça, t'es gonflant. B) Effectivement on est mineurs donc personne nous louerait la moindre chambre. Et C)… Sérieux Kazu, t'es un nympho ou quoi ? Pourquoi t'en parles tout le temps comme si t'étais en manque ? Et me dis pas que c'est pour m'aider, je te croirais pas.
- Bah… disons que c'est moitié moitié. Jin, j'ai vraiment envie que ce soit toi.
- Et au risque de me répéter, y'a aucune chance que ça arrive avant une éternité alors sois sympa, renonce.
- Pourtant tu avais envie de moi à l'hôpital.
- C'est pas pour autant qu'on fera quoi que ce soit. Franchement Kazu, je commence à me poser des questions à ton sujet.
Il me regarde d'un air d'incompréhension.
- Quelles questions ?
- Bah déjà… tu… tu l'as déjà fais ?
- He ? Bah non, je viens de te dire que je voulais que ce soit toi qui le fasse.
- Alors je capte pas ton obsession pour le sexe. Du coup, je serais même pas étonné que tu planques des magazines porno dans ta chambre.
Son absence de réponse est plus parlante que n'importe quels mots, du coup je le fixe, halluciné.
- Sans déconner, t'en as ?
- Bah il fallait bien que je me documente pour pouvoir le faire avec toi.
- Et le doc et tes frangins ont jamais rien grillé ?
Il secoue la tête et là, je me demande s'il est vraiment si au courant que ça finalement, parce que baiser avec une nana ou un mec, y'a quand même une "légère" différence. Mais encore une fois, en parler changera rien, alors je me contente de soupirer.
- T'as souvent l'air gavé quand je te parle, c'est pas super agréable.
- Parce que t'es souvent gavant faut dire.
- Ah bah merci, ça fait plaisir.
- Bah je suis honnête. Si ça te plait pas…
- Nan nan, c'est bon, ça ira. Tu peux être honnête.
- J'attendais pas ta permission pour ça de toute façon. Si tu me veux comme petit ami, tu me prends comme je suis.
- Je demanderais pas mieux, tu sais.
- He ? je fais sans piger, avant de réaliser le sens de sa phrase et de lever les yeux au ciel. C'est bon, là tu m'as soulé, je rentre.
Sur ces mots, je me mets à béquiller vers la station de métro, mais il me rejoint en deux enjambées.
- Nan nan pardon, je le dirais plus, désolé, mais reste avec moi. Si tu rentre maintenant, tu te feras défoncer par Yuichiro nii-chan de toute façon.
- J'en ai rien à foutre de tes excuses, Kazu ! C'était la fois de trop, tu fais chier !
Cette fois, je suis vraiment vénère. Je sais bien qu'à notre âge, le sexe, ça travaille, mais là c'est trop et en plus vu mon état d'esprit, je suis pas franchement dans ce trip et je risque pas de l'être avant longtemps. Alors si c'est pour l'entendre parler de cul sans arrêt, merci mais non merci.
Un mois plus tard
Ca y est on m'a enfin retiré cette saloperie de strap et j'ai plus de béquilles non plus, mais putain, j'aurais jamais cru que la rééducation après une simple entorse serait si longue et surtout si chiante. J'en ai bien bavé, mais je suis de nouveau valide et donc à même d'échapper à Kazuya et Yuya quand ils me gonflent. Ce qui est fréquent.
- JIIIIIIN ! RAMENE-TOI ! me crie mon petit ami alors que je suis peinard dans le grenier.
Fait chier…
- POUR QUOI FAIRE ?
Il se déplace pas pour me parler, alors je vois pas pourquoi j'en ferais pas autant.
- Y'A DES GLACES MAIS T'EN AURAS PAS SI TU TE MAGNES PAS DE DESCENDRE !
Les glaces, mon truc préféré en bouffe après le tonkatsu et le meilleur moyen de me faire quitter mon sanctuaire. Et il le sait très bien le petit salaud.
- OK JE VIENS MAIS SI C'EST DES CONNERIES, JE TE PREVIENS QUE T'ES MORT !
Je saute donc de ma poutre fétiche et dévale presque l'escalier pour arriver à la cuisine.
- Elles sont où les glaces ? je fais.
- Désolé, j'ai un peu menti, mais tu t'étais enfermé dans le grenier et je voulais te voir alors…
- Tu te fous de ma gueule ?! Je t'ai dis quoi il y a pas trente secondes ?!
- Je sais, mais je préfère que tu m'engueule, au moins tu me vois.
Je soupire et lève les yeux au ciel.
- Je peux savoir de quoi tu parles encore ?
- Jin, je… Depuis qu'on est ensemble, est ce que rien qu'une fois, tu m'as vraiment regardé comme un mec, comme ton petit ami ou est ce que je suis juste le confortable et décoratif Kazu ?
- He ?
- Réponds-moi, Jin…
- Non.
- Non quoi ?
- Non je veux pas répondre, parce que t'es trop impatient malgré tes promesses. Merde Kazu, qu'est ce que tu as pas compris dans la phrase "j'ai été violé toutes les nuits pendant deux ans" ?! Tu crois que ça va s'effacer en quelques mois juste parce que t'en as envie ?!
- Jin… c'est vrai ?
La voix, familière mais inattendue vu qu'on était seuls dans la maison, me fait sursauter. Le doc. Qu'est ce qu'il fout là à cette heure-ci celui-là ? Immédiatement sur la défensive, je me retourne et le fusille du regard.
- Ca vous arrive souvent d'écouter les conversations qui vous sont pas destinées ?!
- Réponds à ma question, mon garçon, qu'il m'ordonne. Est-ce que ce que tu viens de dire à Kazuya est la vérité ?
- Qu'est ce que ça peut vous foutre ?!
- Cette question répond à la mienne… et explique nombre de tes réactions.
- Arrêtez de faire ça !. Arrêtez de me voir que comme un cas psychiatrique, je suis une personne ! Je sais très bien pourquoi vous m'avez fait sortir de l'orphelinat ! Je sais que c'est juste pour m'étudier et que vous avez jamais eu l'intention de m'adopter ! Je sais tout !
Complètement dégoûté, je m'enfuis hors de la maison sans écouter ni l'un ni l'autre. Cette ambiance, les mensonges, la haine, la tension sexuelle, j'en peux vraiment plus. Faut que je mette de la distance entre cette famille et moi. Le plus de distance possible pour qu'ils me retrouvent jamais.
