- Kazuya ? fais-je, n'arrivant pas réellement à croire que c'est lui.
- Oh tu te souviens de moi ? Je suppose que je devrais en être flatté vu que tu m'as largué comme une merde sans un mot ni un regard, ironise-t-il.
- Nii-chan… fait alors Yuya, réprobateur.
- Quoi ?! C'est pas vrai peut-être ?! Non seulement il m'a largué comme une merde mais en plus il t'as abandonné !
- Je sais mais… tu avais dis que tu t'en fichais…
- Ah mais je m'en tape complètement. Par contre, qu'est ce qu'il fout ici ?
Agacé qu'on parle de moi comme si j'étais absent, je décide enfin de réagir.
- IL est dans la pièce, je te signale. Et IL avait pas l'intention d'y être, c'est un concours de circonstances, fais-je en fronçant les sourcils. Pas besoin d'être aussi agressif.
- J'en ai rien à foutre et je fais ce que je veux. Casse-toi.
Ebahi du ton et des mots employés, je le regarde comme si je l'avais jamais vu de ma vie. Je sais bien que Yuya a dit qu'il avait changé après mon départ, mais là, à part physiquement, je le reconnais plus du tout.
- J'ai dis tire-toi ! Tout de suite !
Encore ahuri de sa transformation radicale (à ce stade on parle plus de changement à mon avis), je pense même pas à répliquer quoi que ce soit.
- D'accord, je me tire puisque je suis indésirable.
J'avoue que les retrouvailles sont pas exactement comme j'avais imaginé. Et c'est ma faute. C'est moi qui ai métamorphosé le garçon joyeux, enthousiaste et plein d'amour en homme dur, cynique et plein de colère.
Je quitte donc l'appartement, penaud, mais la voix de Yuya me retient à la moitié des escaliers.
- Nii-chan !
- Je suis plus ton frère, Yuya, dis-je dans un soupir en me tournant vers lui. Je l'ai jamais été en fait. Appelle-moi juste Jin.
- D'accord… Jin… corrige-t-il en me rejoignant. Ecoute… n'en veux pas à Kazu nii-chan, il…
- Je lui en veux de rien, le coupé-je, il a totalement raison de me détester pour la façon dont j'ai coupé les ponts. D'ailleurs t'aurais le droit de penser comme lui et je pige pas pourquoi ça a pas l'air d'être le cas.
- Disons que je t'en ai voulu sur le moment mais… avec le recul, je crois que tu devais te sentir prisonnier chez nous.
Il est pas si loin de la réalité mais je me vois pas tout lui déballer comme j'avais pu le faire à son frère.
- Merci Yuya. A un de ces jours.
- Jin, attends. Je… Cette fois, je voudrais qu'on garde le contact si tu es d'accord.
- OK, fais-je parce que j'ai rien contre le gosse.
Je lui file donc mon numéro de portable, vu que j'en ai un depuis l'année dernière.
- Merci.
Et avant que j'ai le temps de l'en empêcher, il se penche, me vole un baiser et se casse. J'entends la porte de leur appartement se refermer et je reste comme un con dans l'escalier. Après Kazuya, Yuya ? C'est quoi le problème des Kamenashi avec moi au juste ?! Bon… après j'ai pas trouvé ça désagréable et j'ai pas eu cette angoisse qui m'étreint en général dès que quelqu'un m'approche. Ca faisait la même chose avec Kazuya, c'est ça qui est bizarre. Mais bon je suis pas désespéré et en manque au point de me taper un gosse.
Je soupire et tente de les chasser de mes pensées tous les deux : j'ai d'autres chats à fouetter maintenant que j'ai plus de boulot. Faut que j'en retrouve un en vitesse sinon je vais perdre mon appart en plus. Ce serait le bouquet.
Deux semaines. Ca fait deux putains de semaines que je tape à toutes les portes de tous les commerces imaginables dans l'espoir qu'on m'embauche, mais peine perdue : ou ils ont besoin de personne, ou ils sont au complet niveau effectif, ou je conviens pas parce que j'ai jamais bossé dans le secteur… Et mon proprio me réclame les deux semaines de loyer. Or j'ai plus un rond. Si ça continue, je vais de nouveau finir à la rue et je meurs franchement pas d'envie de redevenir SDF. Ma vie qui était devenue à peu près simple est en train de repartir en vrille, j'aime pas ça.
Et en prime, Yuya me noie sous les mails sans intérêt du style "je pars pour mon baito, tu fais quoi là ?" ou "j'espère que tu as bien dormi, moi je suis en forme ce matin". Je réponds jamais, mais exactement comme quand j'habitais chez les Kamenashi, ça semble pas le décourager puisqu'il m'en envoie dix comme ça par jour. Et ça commence déjà à me gonfler. Je crois que je suis pas fais pour avoir des potes. Je pense même que je suis pas fait pour côtoyer des gens. J'aime pas les gens. Je crois qu'on appelle ça un asocial. Et bah voilà, je suis asocial, les gens me soulent. Donc il me faudrait un boulot… où y'en a pas. Ce qui est quasiment impossible ou alors je vois pas du tout quoi.
Finalement, après un mois supplémentaire de recherches infructueuses… je me suis fait virer de mon appart dont je pouvais plus payer le loyer (six semaines de retard de paiement, ça se rattrape pas) et j'ai pas un rond de côté. Donc me revoilà à la rue et en plus mon portable va bientôt être coupé vu que je peux plus payer mon abonnement, donc de toute façon je serais plus joignable même par d'éventuels employeurs. Ma vie était déjà pathétique, mais elle redevient misérable comme à l'époque où je me suis enfui de chez les Kamenashi. Les Kamenashi… Elle est peut-être là ma solution ! Nan… Nan même si Yuya était d'accord, Kazuya le sera jamais vu qu'il me hait et je doute que le pauvre gosse ait un quelconque poids dans les décisions concernant l'appartement. Mais est ce que j'ai un autre choix ? En dehors du retour aux squats, je crois pas.
C'est donc pas franchement ravi que j'envoie un message au petit pour lui expliquer ma situation désastreuse. Sa réponse est quasi immédiate et aussi positive que je le pensais : il me donne l'autorisation de m'installer chez eux pour aussi longtemps que je le souhaite. Par contre il me met en garde contre la réaction de son frère. Oh ça, je me doute qu'il sera pas franchement ravi de me voir à demeure vu qu'il avait déjà pas apprécié de me trouver chez lui pour quelques minutes l'autre fois. Je me dirige donc vers chez eux avec mes deux sacs de sport contenant toutes mes affaires et sonne à la porte de leur immeuble. C'est Yuya qui vient m'ouvrir, un grand sourire aux lèvres et il prend même un de mes sacs sans me demander mon avis, comme pour me faire emménager plus vite. Il va vraiment falloir que je parle à ce gamin en vitesse, avant qu'il se fasse des idées sur notre relation. Enfin plutôt notre absence de relation.
- Comme je te le disais, Jin, tu peux rester aussi longtemps que tu veux, fais comme chez toi, me dit-il sans cesser de sourire.
- Heu… c'est bien mignon mais… t'habite pas tout seul dans cet appart et comme tu me le disais par mail, je crois pas que Kazuya sera aussi heureux de me voir là que toi.
- Il s'y fera. On peut quand même pas te laisser dormir dehors, ce serait cruel.
J'éclate d'un rire sans joie.
- Etant donné son état d'esprit, je doute qu'être cruel envers moi lui poserait un problème. Il en serait même probablement content, ce serait sa vengeance.
- Pour le moment, nii-chan est sorti, donc installe-toi. On avisera après.
- OK. Je dors sur le canapé je suppose.
- Oui désolé, on a pas de chambre d'ami. Mais tu as l'air d'avoir besoin de sommeil, alors prends mon lit pour le moment et repose-toi, d'accord ?
Je peux pas dire le contraire, je suis claqué et j'ai des cernes grandes comme des armoires, je vais donc me laisser tomber sur son lit en me répétant qu'il faudra vraiment que je lui parle à mon réveil.
Je suis réveillé en sursaut je sais pas combien de temps après, par des éclats de voix provenant de la cuisine. Ah on dirait que Kazuya est rentré, qu'il a découvert ma présence et qu'il s'en prend donc à son frère. Il faut que j'intervienne. Mais je suis à peine assis sur le lit, qu'il fait irruption dans la pièce, l'air franchement furieux.
- Toi, t'as un sacré culot de venir demander l'asile ici ! crache-t-il, ses yeux noisette lançant des éclairs.
- Tu crois que c'est par choix que je vous demande de m'héberger ? Mais c'est ça ou vivre sous les ponts.
- Et bah vas-y, qu'est ce que j'en ai à foutre ?! En quoi c'est mon problème ?!
- Nii-chan, arrête, on peut pas faire ça, intervient Yuya en entrant à son tour dans sa chambre.
- Et qu'est ce qui m'en empêche exactement ?! T'avais pas à le faire venir sans me demander mon avis !
- Et bah… bah… Bah pour une fois c'est moi qui décide ! se révolte alors Yuya à ma grande stupeur. C'est vrai, je suis mineur et plus jeune que toi, nii-chan, mais je paye ma part du loyer avec mon baito, alors il n'y a aucune raison que tu sois le seul décisionnaire concernant l'appartement. Et je décide que Jin peut rester le temps qu'il veut, voilà !
Tout aussi stupéfait que moi par la soudaine rébellion du doux et calme Yuya, Kazuya fixe son petit frère en clignant des yeux, comme s'il était soudain devenu fou, puis il capitule.
- Ok, il peut rester puisque tu y tiens tellement. Mais je te préviens que ce sera à mes conditions.
- D'accord. Tout ce que tu veux tant qu'il peut rester.
Ouh là, ouh là… j'aime pas trop les entendre dire ce genre de trucs sans me demander mon avis. Parce que là, en plus d'avoir déjà une sacrée dent contre moi, Kazuya s'est fait forcer la main, donc les conditions en question peuvent très bien être nawak… et je serais forcé de les accepter si je veux pas me retrouver à la rue pour de bon.
Il s'approche donc de moi, le regard dur.
- Je pense que t'as pigé que si tu veux rester, t'as intérêt à respecter tout ce que je vais te dire.
- Je suis pas con à ce point.
- Alors premièrement, tant que tu seras là, considère-toi comme notre boniche.
- Nii-chan ! proteste alors son petit frère, indigné.
- Ta gueule Yu', je parle, lui répond-il avant de s'adresser de nouveau à moi : Donc ça veut dire que tu fais le ménage, la lessive, les courses et la bouffe. Et t'as intérêt à ce que tout soit bien fait.
- Je ferais de mon mieux… grogné-je, pas franchement heureux.
Mais bon ça, à la limite, je m'y attendais presque et ça paraissait même assez logique. Par contre je suis doué en pas grand-chose dans le domaine des tâches ménagères alors ça va être folklorique.
- Deuxièmement… tu seras mon animal de compagnie.
- Pardon ?! fais-je, interloqué.
- Tu as bien entendu. Tu devras me tenir compagnie si je me sens seul, sortir avec moi si j'en ai besoin etc. comme un chien obéissant.
- Tu t'es cru dans un manga ou un drama ou quoi ? Hors de question. Faut pas déconner non plus. Je sais pas ce que t'as fumé, mais c'était de la bonne.
- J'entends quoi là ? Une plainte ? Si t'es pas content, casse-toi de l'appart, je veux plus te voir.
- Nii-chan arrête…
- Alors Akanishi, tu décide quoi ? reprend-il sans s'occuper de l'interruption de son frère.
- … OK, lâché-je à contrecœur parce que là c'est carrément une humiliation et pourtant j'ai aucune fierté mal placée.
- Parfait alors. Et troisièmement…
- Nii-chan ça suffit peut-être les conditions là, non ? Tu crois pas que ce que tu exige de lui est déjà suffisant ? N'exagère pas non plus s'il te plait.
- Nan, laisse Yuya, dis-je finalement en me levant pour faire face correctement à mon interlocuteur sans le quitter du regard. Apparemment avoir un pouvoir sur moi le fait kiffer, donc laisse-le prendre son pied, je m'en fous. Alors Kazuya, quelle est la troisième condition ?
Il y a un blanc, comme s'il réfléchissait intensément et soudain, un remord de conscience semble le prendre, car il grogne "c'est bon, c'est tout" avant d'aller s'enfermer dans sa chambre.
- Je suis désolé, s'excuse alors Yuya. Je ne sais pas quelle mouche l'a piqué pour dire des trucs pareils, mais ne prend pas ses conditions idiotes trop à cœur. Tu n'es ni une bonne à tout faire ni un chien, alors ne te prend pas la tête.
- Oh non, t'en fais pas, je vais faire exactement comme il a dit. Tu connais l'arroseur arrosé ? Il va se mordre les doigts d'avoir posé ces conditions, crois-moi.
Je rigole d'avance en pensant à ce qui va se passer dans les jours et les semaines à venir.
La porte de la chambre de Kazuya se rouvre deux minutes plus tard et il me jette brusquement :
- Va faire les courses. Le frigo est vide.
Elle se referme et j'entends Yuya soupirer lourdement.
-Je vais t'accompagner, me dit-il. C'est vrai que le frigo est vide, donc tu ne pourras pas tout porter seul.
- Ne me sous-estime pas, répliqué-je, piqué au vif dans ma fierté.
Il doit comprendre qu'il gagnera pas la bataille, parce qu'il soupire de nouveau et va piocher deux billets de dix mille dans un pot que j'avais pas remarqué sur le meuble de l'entrée, puis me les fourre dans la main avec une liste longue comme le bras. Oups, vu la masse de trucs à acheter, j'ai peut-être un peu préjugé de mes forces, je suis pas Hulk. Mais plutôt crever que l'avouer, surtout maintenant que j'ai fais mon bonhomme.
- Tu es sûr que ça va aller ? me demande Yuya, inquiet, avant que je passe la porte. Il y a vraiment beaucoup de choses à ramener.
- T'inquiète, je gère, dis-je encore avant de sortir.
Comment décrire la galère que ça a été… Il m'a fallu deux heures pour tout trouver, le portable vissé à l'oreille parce que Kazuya, comme pour me faire chier, voulait des produits bien précis de marques bien précises et refusait les substituts. Mais j'ai pas perdu mon calme, je me suis surpris moi-même.
Ensuite il a fallu ramener les dix kilos de courses à bout de bras. Heureusement pour moi, les frangins habitent qu'à quelques centaines de mètres d'un Life, sinon je serais mort d'épuisement avant de rentrer. Mais en passant la porte, je fais de nouveau le fier et, à la question de Yuya qui voulait savoir si tout s'était bien passé, je me contente de répondre par un "ouais nickel" nonchalant.
Egalement heureusement pour moi, il ignore royalement son frère qui lui aboie de pas m'aider parce que c'est mon "boulot de boniche" quand il commence à ranger avec moi. J'ai tellement envie de lui en coller une, à Kazuya… mais j'attends, ce sont que les premières heures. Par contre, là il se comporte juste comme un connard et ça me gonfle profondément malgré mes torts passés envers lui.
Après ça il a fallu que je cuisine, donc encore une fois, heureusement que Yuya a pas écouté son frère et m'a donné un coup de main, parce que vu mon niveau en la matière, on aurait pas mangé grand-chose. Du coup, ce que je sers au final est à peu près comestible.
Alors que je fais la vaisselle, épuisé par ma première journée chez eux, j'entends sa voix prononcer mon prénom comme on appelle un chien.
- Jin !
Non seulement ça me gonfle qu'il me parle comme ça (il aurait ajouté "au pied !" que ça m'aurait pas étonné), mais en plus je pige pas ce qu'il fout encore là à vingt-trois heures passées. Un hôte, c'est pas censé bosser le soir et la nuit ?
- JIIIIIIN !
Sa Majesté s'impatiente. Ca me ferait presque marrer si c'était pas aussi casse-couilles.
Je me traine donc jusqu'à sa chambre.
- Ouais quoi ?
- Oi, quand je t'appelle, tu viens tout de suite. Qu'est ce que tu foutais ?
- A ton avis ? La vaisselle pardi vu que c'est pas toi qui vas la faire. Et toi qu'est ce que tu fous encore là à me casser les burnes ? T'as pas du taf à ton foutu club nan ?
Un insupportable sourire en coin étire alors ses lèvres. Reste calme Jin, reste calme, il te provoque, ne rentre pas dans son jeu…
- Ca te fait chier que je sois encore là, ne ? Tant mieux. Alors sache, bien que ça concerne pas ma boniche, que je bosse pas tous les soirs. Maintenant, couché.
- He ?
- Tu m'as bien entendu. Je veux que tu te couche au pied de mon lit et que tu dorme là pour veiller sur moi au cas où, comme un bon chien-chien.
- Va crever, fais-je en serrant les poings de colère.
- Tu dis ?
- J'ai dis : va crever, répété-je durement.
J'ai déjà supporté pas mal de trucs en une seule journée, alors là faut pas abuser. Trop c'est trop.
Ma réponse le satisfaisant visiblement pas, il se lève de son lit pour s'approcher de moi… et c'est là que je remarque qu'il est à poil. Et qu'il est putain de bandant, merde…
- Qu'est ce que tu viens d'oser me dire, Akanishi Jin ?
Je déglutis péniblement. Regarde juste ses yeux, Jin, juste ses yeux sinon t'es foutu.
- Va… Va crever… Je suis… pas ton clebs.
Il se rapproche encore, me déstabilisant encore plus. Son visage est plus qu'à quelques centimètres du mien. Si je voulais, j'aurais quasi rien à faire pour lui rouler la pelle de sa life…
- Tu es ce que je dis que tu es, c'est tout. Depuis quand un esclave se rebelle contre son maître ? me susurre-t-il de sa voix suave.
- Je suis… pas ton esclave, Kazuya.
- Oh si. C'est grosso modo notre accord de ce matin, tu te souviens pas ? Tu m'appartiens, Jin. Corps et âme, jusqu'à ce que tu quitte cet appartement.
- Alors c'est que j'ai vendu mon âme au diable…
- Peut-être bien… Et comme dans un pacte avec le diable, il est impossible de faire marche arrière.
- Vraiment impossible ? soufflé-je à quelques millimètres de sa bouche.
- Et bien… il faut voir de quelle façon tu es prêt à négocier ta libération… murmure-t-il à son tour, tentateur.
- Disons… que je suis ouvert aux propositions…
- Même venant du diable ?
- Ouais…
Je sais que je creuse ma propre tombe en disant ça, mais il est trop sex, je peux pas résister. Et apparemment lui non plus pace qu'il fond soudain sur mes lèvres comme un affamé. Et je le repousse pas, parce que j'en ressens pas le besoin. Au contraire même, je referme mes bras sur lui pour provoquer davantage de contact, tout en répondant au baiser avec une passion et un désir de possession au moins égaux aux siens. Mon souffle se fait précipité, mon cœur bat comme s'il allait sortir de ma poitrine et je meurs de chaud. Bref… j'ai envie de lui à en crever.
Par contre je crois que ce qu'il voulait à la base (m'intimider) s'est retourné contre lui, parce que lui aussi a l'air dans tous ses états. C'est vraiment l'arroseur arrosé, sauf qu'il a fait ça tout seul. Et le pire… c'est que je vais rien faire pour changer ça malgré mon envie dévorante de le posséder. Il lui faut une leçon et il n'y a que moi qui peut lui donner.
Au prix d'un très gros effort sur moi-même, je m'écarte soudain de lui et m'allonge sur le sol au pied du lit, recroquevillé en chien de fusil.
Il lui faut quelques secondes pour réaliser ce qui se passe.
- J… Jin, qu'est ce que tu fais ?
- Je fais ce que tu m'as ordonné, maître. Je me couche au pied de ton lit comme un chien.
- He ? Mais… Non… Jin, touche-moi s'il te plait.
- Ah non, désolé, un chien ne fait pas ce genre de chose.
- Je… Je retire ce que j'ai dis, tu n'es pas un chien ! S'il te plait, relève-toi et touche-moi. J'ai tellement envie de toi, me supplie-t-il en s'agenouillant devant moi qui suis toujours couché sur la moquette.
Moi aussi, si tu savais… mais ce serait trop facile si je te cédais après ton comportement d'aujourd'hui.
Je me relève donc et lui aussi, croyant que je vais me jeter sur lui. Il déchante donc franchement quand il se rend compte que je rebrousse chemin vers la porte.
- Jin, qu'est ce que tu fous ? JIN !
- Crie pas, tu vas réveiller Yuya. Je vais dormir sur le canapé comme c'était prévu.
Je sais qu'il me fixe alors que je me dirige vers le sofa, mais il peut rien faire à part me violer. Et sachant ce qu'il sait, il se risquera pas à me faire quoi que ce soit sans mon accord. Parce qu'il est pas comme eux.
Du coup, ce soir on est deux à se la mettre derrière l'oreille, mais c'est pour son bien que je nous torture tous les deux.
Le problème que j'avais pas prévu… c'est que sa frustration de la veille allait davantage réveiller le démon Kazu. Il a profité que Yuya soit à la fac pour recommencer à jouer les empereurs romains. Au point que, quand il est parti bosser et que son petit frère rentre, j'explose.
- Yuya, je te jure que si ton frère se calme pas fissa, je vais l'emplafonner.
Il soupire, retire ses lunettes et se pince l'arrête du nez, puis me fixe.
- C'est pour ça que j'ai été inquiet toute la journée. Vous avez un tel caractère tous les deux, que je craignais une catastrophe. Qu'est ce qui s'est encore passé ?
Je lui raconte donc tout ce qui s'est passé pendant la journée et il soupire de nouveau.
- Je crois… que les choses vont empirer si tu reste là. Nii-chan va continuer à jouer les tyrans pour se venger de ton départ d'il y a cinq ans et…
- Y a pas que ça… Je l'ai repoussé cette nuit et je crois que ça lui a pas plu du tout.
- He ?
- Il voulait coucher avec moi et je l'ai repoussé.
- Mais vous…
- Je sais ce que tu vas dire. Mais c'était il y a cinq ans, Yuya. Trop de choses se sont passées depuis pour que les choses redeviennent comme elles étaient. Elles ne redeviendront jamais comme avant.
- Alors sors avec moi si nii-chan a plus aucune chance.
- He ?
Il a l'air tellement sérieux en disant ça que je suis sûr qu'il blague pas. Et je suis tenté d'accepter juste pour faire chier Kazuya… mais en fait je suis pas dingue au point de risquer la taule. J'ai déjà donné en la matière.
- Yuya tu sais bien au fond de toi que c'est pas possible. Tu te rends compte des emmerdes que j'aurais si je sortais avec un mineur et que ça se savait ?
- Je suis majeur dans moins de trois mois tu sais.
Merde il a réponse à tout ce petit intello.
- Et bah on verra à ce moment-là alors. Pour le moment c'est niet.
Je sais pas pourquoi je lui laisse un espoir à ce gosse. C'est cruel parce que même majeur je pourrais pas sortir avec un mec qui a été mon "frère", ce serait malsain et je veux pas donner raison à Yuichiro qui m'accusait de vouloir faire des saloperies avec ses petits frères. Mais y'a tellement d'espoir et d'innocence dans ses yeux, que je me vois pas juste l'envoyer bouler. Surtout que c'est à lui que je dois d'avoir un toit et de la bouffe. Même si la cohabitation avec Kazuya le casse-couilles c'est chiant.
Et j'espère que qu'un miracle va se produire avant les trois mois. Genre que je puisse me tirer de leur appart ou alors que le petit flashe sur un mec de sa fac. Ou les deux.
- N'oublie pas tes paroles alors, parce que moi je m'en souviendrais.
Un mois plus tard
J'en peux plus... Ca fait un mois que je ferme quasi pas l'œil parce que Kazuya me fait du harcèlement sexuel toutes les nuits sans exception, avant de passer ses journées à me traiter comme un esclave et très franchement je sais pas comment je fais pour pas avoir encore craqué et lui avoir donné la leçon qu'il mérite. Et le peu de temps que je pourrais avoir pour dormir, j'y arrive pas parce que le canapé est pas du tout confortable. Bref j'ai actuellement une gueule de zombie et j'aime pas ça. En plus de ça je trouve toujours pas de taf... parce qu'avec ses conneries j'ai même pas le temps d'en chercher. Pour un mec qui pouvait pas blairer que je sois chez lui, il fait quand même tout pour que je parte pas. Ah oui et Yuya continue à me couver d'un regard brûlant quand il croit que je le vois pas. Ouais ouais, brûlant. Parce qu'il a beau avoir que dix-neuf ans, je sais très bien ce qu'il veut et ce qui se cachait en réalité sous sa demande d'il y a un mois : lui aussi il en veut à ma bite.
Bref les plus jeunes des frères Kamenashi sont des chaudasses (même si au moins Yuya passe pas son temps à m'allumer) et je suis pas loin d'avoir envie de leur donner ce qu'ils veulent histoire qu'ils me foutent la paix. Mais bon entre ce que voudrait ma tête et ce que peut faire mon corps, y'a un abysse que je suis pas encore prêt à franchir. Et puis merde quoi, je suis pas qu'un corps, c'est hyper vexant à la fin ! Du coup pour pouvoir rester dans l'appart j'en suis à devoir faire des calculs entre l'heure de réveil de Kazuya, celle du départ de Yuya pour la fac, son heure de retour et celle de départ de son frère pour le club. Et c'est compliqué parce que si les horaires de Kazuya sont à peu près réguliers, ceux de son petit frère le sont pas du tout. Je joue donc aux chats et à la souris tous les jours. C'est épuisant, je préférerais encore bosser, au moins je saurais pourquoi je suis crevé le soir.
D'ailleurs ça fait aussi un mois que j'ai pas mis les pieds au bar de Koki, ni revu Junno et Ryo. Je pense que je vais y faire un tour ce soir, ça me permettra d'échapper à Yuya un peu plus longtemps.
Bon je m'étais planté. En fait aller au bar était pas non plus l'idée du siècle parce que Ryo joue toujours les crampons débordant de sentiments dont je veux pas et Junno continue à espérer qu'il va se passer un truc. J'en ai marre. Mais vraiment. Je suis fatigué d'être juste un visage et un corps. Aucun de ces mecs essaye de voir plus loin que l'image de moi qu'ils ont sous les yeux. Même pas Ryo qui prétend pourtant m'aimer. A leur façon ils sont pas mieux qu'EUX. Faut que je trouve une solution avant de vraiment péter un câble.
- Jiiiiiin... susurre à mon oreille la voix sensuelle de Kazuya qui s'est installé à cheval sur moi.
Nan mais c'est pas vrai...
- Pitié Kazuya, laisse-moi tranquille... fais-je, lassé, en gardant les yeux fermés.
Mais je parle à un mur parce que non seulement il se barre pas mais en plus il se met à frotter son bas-ventre contre le mien. Quand est ce qu'il est devenu nympho à ce point ?!
- Kazuya, tu m'emmerde. Casse-toi...
- Menteur... Tu as pas du tout envie que je parte, puisque tu bande... sourit-il triomphalement (je le sais sans même le voir).
Vénère je rouvre les yeux, inverse nos positions d'un mouvement de bassin, bloque ses poignets dans mes mains et le fixe d'un regard noir.
- Evidemment que je bande vu comment tu te frotte contre moi comme une pute ! T'as cru que j'étais en bois ou quoi ?! Tu commence sérieusement à me faire chier Kazuya !
- Oui insulte-moi et viole-moi. J'attends que ça...
Je le fixe, interloqué. Il vient bien de dire ce que je crois ? Que lui entre tous utilise ce mot...
- Tu te fous de ma gueule ?! Comment tu peux parler de ça ?! COMMENT TU PEUX OSER ME PARLER DE ÇA EN SACHANT TOUT ?!
- Je voulais juste te faire réagir. Fais-moi l'amour Jin. Mes sentiments n'ont pas disparu en cinq ans tu sais. Je t'aime toujours et...
- Tu m'aime ? Te fous pas de moi, Kazuya, tu aime que toi, le coupé-je en libérant brusquement ses poignets avant de me relever. Quand on aime quelqu'un on se comporte pas comme tu le fais depuis un mois.
- Depuis quand t'es devenu un expert en la matière toi ?
- Y'a pas besoin d'être un expert pour savoir ça, c'est de la logique. Compétence dont t'as l'air de manquer complètement. Nan Kazuya, t'aime personne, même pas ton propre frère. En fait t'es juste devenu une petite diva capricieuse et égoïste qui pense avec sa bite.
- Et à qui la faute si je suis devenu comme ça ?! m'accuse-t-il alors, à son tour vénère en se relevant.
- Pardon ?! fais-je en me tournant lentement vers lui.
- Fais pas ton étonné, je sais que Yu' t'as tout raconté ! Si tu t'étais pas barré comme un putain d'enfoiré il y a cinq ans, je serais sûrement pas devenu "comme ça" comme tu dis, alors prends tes responsabilités !
Je suis halluciné qu'il ose m'accuser et surtout qu'il ose attendre de moi une solution au fait que ce soit un nympho. On se fait face en se fusillant du regard dans la semi pénombre et nos deux regards lancent des éclairs. Aucun de nous cédera sur aucun plan.
- Qu'est ce qui se passe ? fait alors la voix endormie de Yuya. Pourquoi vous vous disputez au milieu de la nuit maintenant ?
- C'est pas tes oignons, Yu' retourne te coucher, ordonne durement son aîné sans me quitter du regard.
- Oi nii-chan dis pas ça comme si j'étais un gosse, râle le plus jeune de nous trois. Vous m'avez réveillé alors je pense avoir le droit de savoir pourquoi.
- Apparemment je suis responsable du fait que ton frère est nymphomane, ironisé-je sans quitter ledit frère du regard.
- He ?
- Laisse tomber. Retourne te coucher, on fera plus de bruit parce que Kazuya va aller dormir.
- Dans tes rêves, Akanishi.
- Moi en tout cas c'est ce que je vais faire, dis-je en retournant m'allonger sur le canapé. Et je te conseille pas de recommencer comme tout à l'heure.
- Ouh là je veux rien savoir, dit alors Yuya en battant en retraite dans sa chambre.
Et comme j'ai pas l'air motivé à lâcher l'affaire vis à vis de Kazuya, c'est lui qui finit par abandonner et retourner dans sa chambre. Mais je sais que j'ai juste gagné une bataille. Le problème, là, c'est qu'il m'a vraiment donné envie ce con... Du coup je vais à la salle de bain pour me branler et malgré moi, des gémissements étouffés passent mes lèvres. Franchement j'ai vraiment envie de baiser parce que j'ai les couilles pleines mais si je cède à Kazuya, il aura gagné et il comprendra pas qu'il peut pas obtenir tout ce qu'il veut rien qu'en pétant des câbles et en tyrannisant son monde. Mais putain ça devient vraiment dur de lui résister. A chaque nuit qui passe, c'est plus dur…
