55. Réflexions
C'était la première fois que Scorpius se rendait seul au coffre des Malefoy, dans les sous-sols de Gringotts. Moment d'autant plus solennel qu'il s'agissait d'y retirer bien autre chose que de l'argent... Raison pour laquelle il avait eu besoin de la permission de son grand-père. En effet, comme la plupart des vieilles familles sorcières, les Malefoy avaient de nombreuses sécurités magiques sur leurs biens les plus précieux. Le fait d'en être le seul héritier ne suffisait pas à y accéder, tant que vivait au moins l'un de ses ascendants.
Bien sûr, devant les gobelins, le jeune homme s'était montré très calme, très Malefoy. Mais une fois parvenu au coffre familial, lorsque le gobelin l'avait laissé avec l'artefact permettant de le rappeler lorsqu'il voudrait repartir, ça avait été autre chose. Il n'avait plus caché sa fébrilité. Sa mère comme sa grand-mère avaient des bagues de fiançailles qui provenaient de ce lieu, et il savait qu'il y en avait d'autres.
La chambre-forte était très bien rangée et organisée, aussi Scorpius n'eut aucun mal à trouver à quel endroit se trouvaient les bijoux. Aidé en cela par le registre magique dédié à ce lieu. Son grand-père lui avait expliqué que celui-ci indiquait l'emplacement de chacun des éléments du coffre mais aussi, pour chaque objet déposé ou emporté, la date et le nom de la personne qui l'avait fait.
C'était donc là que le jeune homme devait déposer la permission signée par le patriarche. Permission signée à contre-cœur, en formulant le vœu que la fille Potter refuse, mais Scorpius s'en fichait. Grâce au registre, il avait tout de suite su où chercher les bijoux, particulièrement ceux qui l'intéressaient. Le jeune homme ouvrit le coffret de bois sculpté qui contenait les bagues et les observa soigneusement.
« Voyons voir, se dit-il. Bon, déjà, on va éliminer les émeraudes... Ça ne dérangerait sûrement pas Lily, mais certains risquent d'y voir une affirmation de mon côté Serpentard... Ah, il y a des bagues avec des rubis ? Non, regardons plutôt les autres pierres. Mmmh... Qu'est-ce que Grand-Mère m'a dit, déjà ? Ah oui, le livret qui indique leurs caractéristiques. Alors... »
En effet, les bijoux sorciers, surtout ceux fabriqués par des gobelins, étaient généralement dotés de pouvoirs. Basés en partie sur les composants, en partie sur des sortilèges. Le tout étant généralement renforcé par des runes, gravées à l'extérieur ou à l'intérieur des bijoux. Heureusement pour Scorpius, la famille Malefoy avait fait les choses correctement et consciencieusement noté tout ce qui concernait chaque bijou dans un ouvrage spécial.
En feuilletant le livret, le jeune homme fut interpellé par l'une d'entre elles. D'après le dessin la représentant, elle était très originale. Sur une monture en or blanc se trouvait un gros saphir étoilé bleu, taillé en cabochon. Tout autour se trouvaient des formes évoquant des feuilles. Elles étaient recouvertes de petits diamants. Il y avait encore sur chaque côté latéral un petit saphir bleu taillé en cabochon et, sur chaque face, un saphir violet taillé en poire.
Mais ce qui avait attiré l'œil de Scorpius, c'était plutôt la description de cette bague. En effet, il y était indiqué que les saphirs protégeaient très efficacement des ondes négatives. Surtout, que les saphirs étoilés protégeaient tout particulièrement des attaques de la magie noire. La bague était, de plus, dotée de nombreux sorts de protection. L'un d'entre eux permettait de faire reconnaître la personne qui la portait comme membre de la famille Malefoy, notamment par leur Manoir.
D'après le livret des bijoux, c'était la bague de fiançailles de l'une de ses ancêtres du dix-huitième siècle, prénommée Arabella. Et, à en croire tout ce dont ce bijou était doté, le mari d'Arabella avait particulièrement tenu à la protéger... Le jeune homme se demanda si leur histoire avait été transcrite quelque part. Ce serait une question à poser à sa grand-mère : la vieille dame saurait sûrement où chercher.
Lily et Scorpius se retrouvèrent à Pré au Lard après la fin de leurs cours. C'était bientôt Noël, et ils devaient aller ensuite passer quelques jours dans leurs familles respectives, loin l'un de l'autre. Bien que le jeune homme se soit rendu chez les grands-parents de la jeune fille, un peu par inadvertance, deux ans plus tôt, ils n'avaient pas réitéré l'expérience... Ils s'étaient cependant vus lors du mariage de Rose Weasley et Alec McKinnon, quelques jours après le Noël précédent.
Mais là, ils n'avaient pas de vrai prétexte pour être ensemble à Noël. Heureusement pour eux, comme le fit remarquer la jeune fille, ils pouvaient désormais se voir au moins plusieurs fois par semaine, parfois tous les jours. Et ils ne s'en privaient pas. Les deux jeunes gens profitèrent donc ensemble des rues de Pré au Lard. Il faisait froid et celles-ci n'étaient donc parcourues que de rares personnes, pressées de faire leurs derniers achats pour Noël.
Le seul magasin dans lequel Lily et Scorpius voulaient vraiment aller était celui des accessoires de Quidditch. Cela faisait des années qu'ils y avaient leurs habitudes, seuls ou ensemble. La vendeuse, qui les connaissait donc très bien, les accueillit avec plaisir et leur demanda des nouvelles de leurs équipes en Ligue des Jeunes. Ils lui répondirent très volontiers, détaillant notamment toutes les différences avec le Quidditch à Poudlard.
Un peu plus tard, en passant devant l'animalerie, les deux jeunes gens se décidèrent à entrer dire bonjour à leur vieil ami Hagrid. Celui-ci leur demanda évidemment des nouvelles de la chouette effraie de Scorpius et du chat gris de Lily. Ils lui en donnèrent volontiers, mais déclinèrent le thé et les gâteaux que le demi-géant tenait absolument à leur offrir.
En ressortant de là, ils marchèrent quelques instants sans but à travers les rues du vieux village sorcier. Ils n'avaient pas envie de déjà se séparer, pas envie de retourner chez leurs parents respectifs. Tout à coup, Lily montra à son petit ami une façade qu'ils connaissaient bien. Le Café de la Pierre Noire avait été fondé après la guerre.
Situé dans une rue tranquille de Pré au Lard, il était assez peu fréquenté, du moins par rapport aux Trois Balais. Les deux jeunes gens en avaient donc rapidement fait l'un de leurs lieux de rendez-vous préférés, aussi bien lorsqu'ils étaient tous les deux à Poudlard qu'après les ASPIC du jeune homme. Ils n'y étaient pas encore retournés depuis que la jeune fille avait quitté, à son tour, l'école de sorcellerie.
Scorpius y vit un signe. C'était le bon moment. Le moment qu'il cherchait vainement à mettre en place, ces derniers temps. Il lui fallait se jeter à l'eau. Et ce, quel qu'en soit le résultat...
Le café était quasiment désert. Ils saluèrent la serveuse, qui se montra ravie de les revoir, et lui commandèrent deux chocolats chauds, avant de grimper à l'étage. Celui-ci était totalement désert, ce qui conforta le jeune homme dans son idée. Lily ne se doutait absolument pas de ce qui le préoccupait. Toute à sa joie de ce retour en des lieux où ils avaient passé tant de temps, elle évoquait quelques-uns de leurs meilleurs souvenirs.
Tandis qu'ils sirotaient leurs chocolats, le jeune homme resta plutôt silencieux. Quelques onomatopées par-ci, quelques onomatopées par-là, histoire de montrer à sa petite amie qu'il l'écoutait. Mais c'était à peu près tout. Celle-ci finit par tenter d'évoquer d'autres sujets, mais n'obtint pas davantage de succès. Elle finit par lui demander franchement ce qui le perturbait autant.
— Il faut qu'on parle, commença Scorpius sur un ton grave.
La jeune fille fronça les sourcils.
— Je dois m'inquiéter ?
— Hein ? Oh euh non, ma Lily ! Enfin je ne crois pas... Tu sais que je t'aime, précisa-t-il en prenant une de ses mains dans la sienne.
Elle lui sourit, plutôt rassurée, et il reprit :
— Lily... Est-ce que tu as déjà pensé à l'avenir ? Notre avenir...
Elle se mordit les lèvres. Entre leur jeune âge et les réactions excessives de certains membres de leurs familles, elle s'était toujours refusée à y penser sérieusement.
— Non, pas vraiment...
— Moi, j'y pense beaucoup, surtout en ce moment et... Oh, je ne sais même pas par où commencer !
Lily observa son petit ami. Il ne lui avait jamais semblé aussi nerveux qu'à présent. Ni avant un match, ni même avant de passer ses ASPIC. Elle leva la main pour lui caresser la joue. Il sursauta, ferma brièvement les yeux et les rouvrit en lui faisant un petit sourire crispé.
— D'accord. Et si tu commençais par le commencement, Scorpius ? proposa-t-elle.
Il passa une main sur son front, fermant à nouveau les yeux un court instant, avant de se jeter à l'eau.
— Oui, tu as raison, c'est sans doute le plus simple... Bon... Tu sais que ça se passe bien, pour moi, à l'École de Vétérimagie ?
Elle opina, ne comprenant pas où il voulait en venir.
— Eh bien en fait, ça se passe tellement bien qu'on me propose quelque chose pour l'an prochain qui semble vraiment chouette, continua-t-il d'une voix grave.
— Ah mais c'est génial ! s'enthousiasma la jeune fille.
— Attends, Lily ! temporisa-t-il aussitôt. On me propose de participer à un programme d'échange... avec l'Université de Magizoologie française.
— Ah. Ça veut dire aller là-bas, hein ? Toute l'année scolaire ?
— Oui. C'est exactement ça, confirma-t-il.
— J'imagine que tu pourras rentrer en Grande-Bretagne régulièrement ? demanda-t-elle aussitôt sur un ton faussement enjoué, pour cacher sa déception.
— En effet. Je me suis renseigné sur les portoloins, je pense pouvoir rentrer sans problème une à deux fois par mois.
Elle opina à nouveau, la gorge trop serrée pour répondre.
— Mais voilà, justement, moi ça me pose problème, l'idée d'être à nouveau encore séparé de toi.
— Je ne veux pas t'empêcher de rater une telle opportunité ! se récria-t-elle aussitôt.
— Je le sais bien, lui répondit-il avec un sourire tendre, en lui caressant le visage. Et du coup, depuis, je n'ai pas arrêté d'y réfléchir. Ma Lily, j'ai envie de te voir tous les jours. J'ai envie de vivre avec toi. J'ai envie de vieillir à tes côtés. Je... Je voudrais qu'on se marie, et qu'on parte ensemble en France. Je me suis renseigné, il y a un Centre de Sortilèges qui propose une formation de météomagie là-bas, tu pourrais tout à fait y continuer tes études. Et comme ça, plus rien ni personne ne pourra jamais nous séparer. Je sais bien qu'on est jeunes, toi et moi, et qu'il y a de moins en moins de couples qui se marient si peu de temps après Poudlard mais... si tu veux bien de moi, je suis sûr que nous deux, ça va marcher pour de bon.
Le jeune homme avait débité tout cela à toute vitesse, en bafouillant un peu, cherchant à bien faire comprendre à sa petite amie tout ce qu'il ressentait. Lily ouvrit la bouche avec surprise puis ferma les yeux un instant, cherchant à assimiler ce qu'il venait de dire. Elle les rouvrit presque aussitôt, mue par une inquiétude subite et un peu irrationnelle.
— Scorpius, tu sais que je suis une Sang-Mêlée ? lui rappela-t-elle d'une voix hésitante.
Il sursauta.
— Ben oui, mais je ne vois pas le rapport ? s'étonna-t-il.
— Il me semble que c'est important, dans ta famille... Ça ne risque pas de poser problème ?
Il éclata d'un rire nerveux.
— Franchement, Lily, tu me vois épouser une femme que je n'aimerais pas juste parce qu'elle serait une Sang-Pure ? Être malheureux avec elle, au lieu de passer ma vie aux côtés de la seule femme qui compte pour moi ?
Elle laissa échapper un petit soupir de soulagement.
— Plus sérieusement, Lily, ça m'est complètement égal que le sang des Malefoy ne soit plus « pur ». La valeur d'une personne ne tient pas à ses ascendants. Et j'ai suffisamment vu à quel point ces idées ont fait de dégâts, y compris chez mon père et mes grands-parents, termina-t-il en grimaçant.
Émue, la jeune fille serra ses mains dans les siennes en opinant.
— Cela fait plus de quatre ans que nous sortons ensemble, ma petite lionne, alors j'ai largement eu le temps d'y réfléchir, tu sais. Je suis certain de vouloir partager ma vie avec toi, et toi seule. Et mon grand-père Malefoy a eu beau crier et tempêter, il ne risquait pas de me faire changer d'avis !
— Ton grand-père ? Comment ça, ton grand-père ? s'insurgea-t-elle. Tu lui en as parlé avant même de m'en parler à moi ?
— Oh euh oui, j'oubliais !
Il sortit un écrin de sa poche.
— Il fallait bien que je lui en parle, parce que j'avais besoin de lui pour accéder au coffre des Malefoy. Je tenais à t'offrir une bague de famille, pas n'importe quel bijou. Je reconnais que cela n'a pas été facile, il m'a fallu plusieurs semaines pour le faire céder. Il n'approuve toujours pas l'idée, d'ailleurs, mais je m'en fiche.
Scorpius ouvrit l'écrin et le tourna vers la jeune fille.
— Me feras-tu l'honneur de devenir ma femme, Lily ?
Vous savez désormais de quoi son professeur a parlé avec Scorpius. Celui-ci est finalement parvenu à faire céder son grand-père. Mais que va répondre Lily ? Surtout qu'elle ne semble pas apprécier le fait de ne pas avoir été sondée en premier...
Le prochain chapitre verra la révélation d'un élément important de l'histoire... et les prémices de la révélation d'un autre.
