57. Les amants maudits

Face à la réaction vive de son mari, Molly était d'abord restée figée, bouche bée.

— Alors là, Lily, toutes mes félicitations ! s'exclama George joyeusement. Personne n'avait jamais réussi à obtenir un tel effet chez Maman et Papa, pas même Fred et moi !

Cette interruption, bienvenue de la plupart des convives, permit de détendre un peu l'atmosphère. George provoqua de nombreux rires, sincères, nerveux ou un peu jaunes, mais pas chez ses parents, même si sa mère avait refermé sa bouche. Elle le fixa en pinçant les lèvres pendant quelques instants, et tout le monde s'attendait à la voir s'énerver sur lui.

Finalement, la maîtresse de maison soupira profondément et se tourna vers l'une de ses invitées.
— Andromeda, tu en dis quoi ? lui demanda-t-elle sur un ton pressant.

En entendant son prénom, Mrs Tonks avait sursauté puis grimacé. Elle hésita quelques instants à répondre, avant d'ouvrir la bouche à contre-cœur.

— C'est le petit-fils de Narcissa... souffla-t-elle.
Teddy ouvrit aussitôt la bouche pour protester, mais ne fut pas le plus rapide.
— Mais tu l'as déjà rencontré, et trouvé charmant, Granny ! s'insurgea Lily en se tournant vers sa grand-mère de cœur.
— Oui, mais...
— On s'en fiche que ce soit le petit-fils de Narcissa ! s'interposa vivement Arthur. Sans vouloir t'offenser, Andromeda, bien sûr.
— Parfait, il n'y a donc pas de problème ! s'écria Rose sur un ton tranchant, afin de soutenir sa cousine.

— Bah, ce ne sera pas le premier Serpentard de la famille, Papa, tenta de temporiser Charlie. Pas la peine de se mettre dans des états pareil. Je ne comprends même pas pourquoi cette inimitié, avec les Malefoy.
— Parce que ce sont tous des mages noirs, bien sûr, asséna Arthur avec une mauvaise foi évidente.
— De toute évidence, ce n'est pas le cas de Scorpius, remarqua James. Le problème, ce n'est pas lui, c'est le nom Malefoy, en fait, hein Grandpa ?

Arthur grommela.
— C'est une sale engeance, les Malefoy, de toute façon. Mon père aussi l'a toujours répété.

Lily soupira.
— Tu sais, Grandpa, ce n'est pas parce que les générations précédentes ne s'entendaient pas avec les Malefoy que l'on est obligés de répéter l'histoire. Si ça se trouve, ils seraient même ravis de la réconciliation entre nos deux familles.
— Abraxas, sûrement ! cracha-t-il d'un air méprisant. Mais mes pauvres parents, je pense plutôt qu'ils doivent se retourner dans leur tombe.
— Mais non, voyons Grandpa, sûrement pas, tenta Victoire pour calmer la situation.
— Ah oui ? C'est pourtant à cause d'Abraxas Malefoy que ma pauvre mère a été déshéritée et reniée par sa famille ! tempêta Arthur.

Des exclamations de surprise fusèrent des rangs de la jeune génération, et plusieurs voix s'élevèrent en même temps pour lui demander des explications.

— Votre oncle parlait de Serpentard tout à l'heure, je pense qu'il faisait justement allusion à ma mère. Parce que c'était une Black, et que les Black sont toujours allés à Serpentard. Enfin sauf Sirius, bien sûr, précisa-t-il en regardant Harry puis Andromeda, qui hochaient la tête.

À nouveau, la plupart des plus jeunes s'étonnèrent de ce qu'ils apprenaient.
— Mais qu'est-ce qui s'est passé, alors ? demanda Rose.

C'est Molly qui répondit, prenant Arthur de court.
— En fait, Cedrella Black était fiancée à un autre Serpentard. Et pas n'importe lequel : Abraxas Malefoy. Oui, le père de Lucius, et donc le grand-père de Drago et l'arrière-grand-père de Scorpius.
Un petit silence se fit, à ces paroles.

— Non, sérieusement, la mère de Grandpa était fiancée à un Malefoy ? s'écria Hugo, très surpris. Mais alors... que s'est-il passé ?
— Oh, c'est assez simple, répondit Molly avec un petit sourire. Elle a rencontré votre arrière-grand-père, Septimus Weasley, à Poudlard. Qui lui, bien sûr, était à Gryffondor. Évidemment, à l'époque, c'était loin d'être l'entente cordiale, entre les deux Maisons, soupira-t-elle. Mais comme ils sont devenus préfets tous les deux, les rondes leur ont permis de faire plus ample connaissance.
— Les Black et les Malefoy n'ont pas dû vraiment apprécier, lorsqu'elle leur a annoncé qu'elle ne voulait pas épouser son fiancé mais un autre... présuma Dominique en se penchant en avant.
— En effet, ils se sont même attaqués à mon père, grommela Arthur, puisqu'ils le considéraient comme un traître à son sang. Heureusement, il n'était pas seul. Ma mère et lui ont fini par s'enfuir ensemble pour se marier, et les Black l'ont déshéritée et reniée. Comme Andromeda plus tard, d'ailleurs, termina-t-il en la regardant.
— Oui, sauf que moi, je n'étais pas fiancée, remarqua-t-elle, souriant à ses propres souvenirs. En tout cas, Cedrella a été un vrai soutien pour moi, lorsque j'ai voulu épouser Ted.

De nombreuses exclamations s'élevèrent, provenant principalement des cousines de Lily, qui s'extasiaient à l'idée de cette histoire d'amour romantique.

— Oh, en fait, si j'ai bien compris, Grandpa, reprit pensivement Lily qui était restée silencieuse jusque-là, tu veux m'empêcher de faire un mariage d'amour justement parce que tes parents en ont fait un ?

Totalement décontenancé, Arthur la regardait avec des yeux ronds, tandis qu'une bonne partie de la famille s'était mise à rire. Il tenta de nier, maladroitement.
— Non mais ce n'est pas ça du tout, Lily, non, non...
— Ah ben si, s'exclama Roxanne joyeusement. En fait, si l'on veut faire honneur à nos arrières-grands-parents Cedrella et Septimus, il faut que Lily suive son cœur et épouse Scorpius !
Plusieurs exclamations joyeuses s'élevèrent de toute part pour approuver.

Harry se tourna vers Ginny pour lui demander à mi-voix sur un ton résigné s'il avait voix au chapitre. Elle lui rétorqua joyeusement que ses arguments à lui n'étaient pas plus fondés et n'auraient certainement pas plus de succès.
— J'espère qu'elle ne regrettera rien, soupira-t-il.
Ginny soupira à son tour et entraîna son mari un peu à l'écart.

— Tu sais, Harry, je pense vraiment que ce qui risque d'être le plus dur pour elle, c'est la désapprobation de son père.
— Elle est si jeune ! remarqua-t-il sur un ton inquiet.
— Pfff... Tu te souviens quel âge j'avais quand nous nous sommes mariés ? Un an seulement de plus que ce qu'elle aura. Et tu avais exactement l'âge de Scorpius. Tu regrettes ? Trouves-tu que nous nous sommes mariés trop jeunes ? Que nous aurions dû réfléchir davantage ? demanda-t-elle sur un ton conciliant.
— Non, bien sûr que non, Ginny, je ne regrette pas. Nous étions si jeunes que ça ? s'étonna-t-il. Mais remarque, c'est différent, pour nous, il y avait la guerre.
— Elle était terminée, rappela Ginny sur un ton sec.
— Peut-être, mais tu reconnaîtras qu'elle nous a fait mûrir plus vite ! argua Harry.
— D'accord, d'accord. Et tes parents, c'était en pleine guerre qu'ils se sont mariés. Mais les miens aussi se sont mariés en sortant de Poudlard, et ce n'était pas la guerre, je te signale ! s'exclama-t-elle vivement.
— Certes, mais... tenta-t-il.
— Et avant que tu ne m'interrompes en me rappelant que c'était il y a très longtemps, permets-moi de te rappeler, mon chéri, qu'il y a toujours eu et qu'il y a encore des couples qui se marient à la sortie de Poudlard. Alors ce n'est qu'un prétexte, Harry, ce n'est pas ça qui t'inquiète.

Surpris par la clairvoyance de sa femme, il émit un borborygme.

— Je sais ce qui t'inquiète, reprit Ginny sur un ton conciliant. Et crois-moi, connaissant notre Lily, connaissant son Scorpius, je suis absolument convaincue qu'ils n'ont pas pris cette décision sur un coup de tête, ni à la légère. Je suis persuadée qu'ils ont bien réfléchi et qu'ils sont parfaitement conscients des freins qu'ils peuvent rencontrer dans leurs deux familles. Mais que leur amour est suffisamment fort pour passer outre. Harry, tout ce dont Lily a besoin, c'est que l'on soit avec elle, pas contre elle.

Il soupira et regarda sa fille, qui tourna les yeux vers lui. Le sourire de celle-ci se fana un peu. Harry se leva alors et alla enlacer Lily, en lui assurant qu'il lui souhaitait tout le bonheur du monde et serait toujours là pour elle. La jeune fille le remercia en souriant, et lui dit timidement qu'elle espérait qu'il finirait par apprécier réellement Scorpius. Il lui répondit qu'il n'en doutait pas, parce qu'il avait pu voir que c'était un garçon sérieux et parce que, elle, elle l'aimait. Lily embrassa son père joyeusement, avant d'être assaillie par ses cousines, qui voulaient toutes voir sa bague.

Lorsque la curiosité de celles-ci fut un peu retombée, Bill demanda à Lily la permission d'analyser la bague. Celle-ci hésita. D'un côté, elle n'avait pas envie de la retirer à nouveau, surtout si rapidement. D'un autre... elle était un peu curieuse. Et c'était sans doute un bon moyen de prouver à toute sa famille que les intentions de Scorpius étaient parfaitement honnêtes.

La jeune fiancée ne put s'empêcher de soupirer en la faisant glisser de son doigt et en la déposant sur la paume de son oncle. Il la rassura d'un sourire bienveillant et sortit sa baguette, avant de jeter quelques sorts d'analyse. En plus de Lily, une bonne partie de la famille observait avec intérêt les volutes de lumières et de couleur qui s'élevaient du bijou. Mais en dehors de Bill, seul Fred, briseur de sorts lui aussi, savait les analyser.

— C'est une bague gobeline de belle facture, remarqua celui-ci sur un ton appréciatif. Elle date du dix-septième ou du dix-huitième siècle, non ?
— Tout à fait, confirma son oncle. Elle est pourvue de sorts très classiques pour un bijou de ce genre : un charme de mise à la taille, bien sûr, savoir reconnaître sa propriétaire, fidélité à celle-ci tant qu'elle vit. Elle a toujours été dans la famille Malefoy, d'ailleurs.
— Elle a toujours servi de bague de fiançailles, ce qui est assez rare, s'étonna Fred.
— C'est sans doute parce qu'elle permet de faire reconnaître sa propriétaire comme membre à part entière de la famille Malefoy, remarqua Bill sur un ton pensif. C'est plus rare, comme sort, mais ça peut être très utile... notamment dans certains manoirs...

À ces mots, Hermione, Ron et Harry ne purent s'empêcher de grimacer.

— Tiens, tiens, un sort particulier... reprit Bill, tandis qu'Arthur se penchait en avant, soudain très attentif. Elle est charmée pour aider les sentiments négatifs à s'exprimer.
— Ah ! le coupa le patriarche avant la fin de sa phrase. Quand je disais que les Malefoy sont une sale engeance... Tous des mages noirs !
— Ce n'est pas de la magie noire, Grandpa, intervint Fred vivement.
— Il faut quand même être porté sur la magie noire pour utiliser un sort qui aide les sentiments négatifs !
— À s'exprimer, Papa, simplement à s'exprimer. C'est simplement pour éviter que les mots ne dépassent la pensée et n'enveniment les disputes normales au sein d'un couple. Il est parfaitement inoffensif. En tout cas, Scorpius a choisi un très beau bijou, et je ne parle pas que de la forme, conclut-il en le rendant à sa nièce.


Le soir-même, Harry et Ginny étaient dans la chambre de jeune fille de celle-ci, se préparant à aller se coucher. Il grommelait dans sa barbe et sa femme finit par lui demander ce qu'il avait.

— Lily Malefoy... Lily Malefoy... non mais qu'est-ce que ça sonne mal ! pesta-t-il.
— Harry ! s'exclama Ginny, scandalisée.
— Non mais c'est vrai, ma chérie. Lily Malefoy, c'est mou, ça manque de peps, ça ne va pas du tout ensemble, argumenta-t-il avec conviction.
— Tu n'avais qu'à appeler ta fille autrement, remarqua-t-elle malicieusement, le provoquant délibérement.
— Non mais ce n'est pas ça ! se défendit-il. Lily est un très joli prénom. Et notre fille l'a toujours très bien porté.
— Lily et Scorpius, ça sonne très bien. Et il faudra bien que tu te fasses à l'idée qu'elle va devenir Mrs Malefoy.

Harry la regarda d'un œil torve.
— Mrs Malefoy ? Ah non. Ça sonne encore moins bien que Lily Malefoy, s'insurgea-t-il.
Ginny leva les yeux au ciel.

— De toute façon, tu continueras à l'appeler Lily, remarqua-t-elle sur un ton exaspéré.
— Encore heureux ! Parce que qu'est-ce que ça sonne mal, Lily Malefoy ! s'entêta-t-il.
— Non mais tu vas arrêter ce manège, Harry ! s'énerva Ginny. Heureusement qu'elle ne t'entend pas, je crois qu'elle serait bouleversée ! Tu ne vas quand même pas la faire pleurer pour des bêtises !
— Non mais Ginny ! Tu ne comprends pas ! Ce ne sont pas des bêtises, assura-t-il.
— C'est ça. Après mon père, mon mari. Mais laissez-les tranquilles, bon sang !
— Oui mais Malefoy...
— Et alors, Malefoy ? demanda Ginny, agacée. Je te rappelle que Narcissa Malefoy t'a sauvé la vie. Et c'est la grand-mère de Scorpius.
— Oui mais Drago... enfin c'est peut-être idiot... mais son fils lui ressemble tellement !
— Comment ça, il lui ressemble ? demanda Ginny en levant à nouveau les yeux au ciel.
— Attends, ne me dis pas que tu n'as pas fait attention. Les mêmes cheveux, les mêmes yeux, le même menton...
— Oh, physiquement, tu veux dire ? D'abord, ses yeux ont la même forme que ceux d'Astoria. Pour le reste, d'accord, il ressemble à son père. Et alors ? Moi je me souviens qu'à Poudlard, Drago était du genre suffisant, il prenait des airs supérieurs et aimait embêter les autres. À l'époque, je ne l'ai jamais vu aussi heureux que lors de la Brigade inquisitoriale.
Harry opina vigoureusement.
— Eh bien franchement, mon petit chéri, si tu crois encore que Scorpius est comme ça, c'est que tu n'as pas encore passé assez de temps avec lui. Et crois-moi, je compte bien y remédier.


De son côté, le jeune homme en avait déjà parlé à ses parents et à ses grands-parents Malefoy, mais pas à la famille de sa mère. Ses grands-parents Greengrass allaient sûrement être ravis pour lui, mais il appréhendait un peu la réaction de son oncle Marcus Flint. Quant à son grand-père Lucius, il n'allait d'ailleurs pas apprécier du tout de savoir que Lily avait accepté, et allait devenir la prochaine Mrs Malefoy...


Nouveau coup de théâtre, n'est-ce pas ? Comment réagira Scorpius, en apprenant cela ? Vous comprenez maintenant pourquoi Lucius a été si réticent, et qu'il ne voulait surtout pas que son petit-fils épouse l'une des descendantes de Cedrella et Septimus...

Je suis désolée, je vais devoir espacer provisoirement les publications, car c'est une période très chargée pour moi. Vous aurez donc un chapitre début juillet, le suivant début août, puis début septembre, et je devrais pouvoir reprendre un rythme normal à ce moment-là.