59. L'organisation du mariage

Discuter du lieu où allait se dérouler leur mariage était l'un des points que Lily et Scorpius redoutaient, et à raison. À peine le sujet fut-il évoqué que leurs pères semblèrent commencer un duel de regards, qui devint très vite verbal.

— Évidemment, il est hors de question de faire ça au Manoir Malefoy, attaqua Harry sur un ton sans appel.

Drago serra les poings et grimaça. Scorpius était certain que son père ne voudrait surtout pas le faire là : c'était un lieu qu'il fuyait autant que possible. Le jeune homme se doutait, cependant, que celui-ci ne le reconnaîtrait jamais devant son vieil ennemi. En effet, à la place, il contre-attaqua.

— Pas question non plus de le faire chez tes beaux-parents, Potter. J'ai cru comprendre qu'ils vivaient dans une vieille baraque toute branlante.

À ces mots, Ginny bondit, rouge de fureur. Elle ouvrit la bouche et la referma brusquement, se mordant les lèvres pour ne rien dire et enfonçant ses ongles dans la paume de ses mains. Harry s'était redressé, visiblement énervé et prêt à en découdre. Elle-même touchée, Lily avait rougi et s'apprêtait à répondre à son futur beau-père.

— Tu dépasses les bornes, là, Papa ! s'insurgea Scorpius sans leur laisser le temps d'intervenir. Les grands-parents de Lily ont eu la gentillesse de me recevoir à plusieurs reprises. Ce sont des gens tout à fait charmants et leur maison est loin d'être telle que tu la décris !

La jeune fille serra sa main tendrement et Ginny lui lança un regard reconnaissant.

— Bon, bon, mettons que je n'ai rien dit, reprit Drago, visiblement à contre-cœur. Mais je doute que ce soit le lieu le plus adapté.
— Effectivement, rétorqua Ginny avec un air préoccupé, il vaudrait mieux éviter que nos pères se retrouvent chez l'un d'entre eux...

Drago lui jeta un regard horrifié, réalisant brusquement que Lucius et Arthur allaient se retrouver face à face pendant un certain temps, et sûrement plus d'une fois.

— Il y a plein d'autres possibilités, fit remarquer Lily pour tenter de calmer les esprits et de recentrer la discussion.
— Ni notre maison de Londres, ni celle de Godric's Hollow ne me semblent adaptées ! s'empressa d'indiquer Harry.
— Notre maison est située à Falmouth et elle a un grand jardin, intervint Astoria. Elle pourrait faire l'affaire.
— On pourrait peut-être trouver un lieu neutre ? demanda Harry sur un ton un peu trop brusque pour être réellement diplomate.

Malgré la rudesse de la demande, cette proposition fit rapidement l'unanimité. Restait à trouver un lieu adapté, ce qui nécessita de nouvelles discussions animées...

— Au fait, demanda Astoria dans une tentative désespérée de trouver une solution qui convienne à tous, où comptez-vous vous installer, après le mariage ? On pourrait le faire dans la même région, ce serait symbolique.

Lily et Scorpius échangèrent un regard consterné, réalisant brusquement qu'ils avaient complètement oublié d'indiquer à leurs parents qu'ils partaient s'installer en France.

— Eh bien... hum... autour d'Aix en Provence, a priori, répondit la jeune fille après un temps d'hésitation.

Suite aux vives exclamations de surprise de leurs parents, les fiancés s'empressèrent donc d'expliquer que le jeune homme allait pouvoir bénéficier d'un programme d'échange afin d'aller poursuivre ses études pour devenir vétérimage à l'Académie de Magizoologie française, ce qui était une très belle opportunité et allait lui permettre de développer davantage d'aspects pour sa thèse.

Ils indiquèrent aussi qu'ils avaient vérifié, et que Lily allait pouvoir continuer à apprendre la météomagie en France. Au même endroit que son amie Mathilde Charmetant, d'ailleurs.

— Alors c'est pour cette raison que vous avez prévu de vous marier aussi rapidement... présuma Drago d'une voix traînante.
— Cela fait déjà plus de quatre ans que nous nous fréquentons, objecta Scorpius, je ne trouve pas cela rapide !
— Lily était encore à Poudlard l'an dernier, remarqua Harry d'une voix docte. Vous n'êtes pas obligés de vous précipiter, vous savez, vous pouvez prendre votre temps.

Les deux jeunes gens échangèrent un regard blessé et se serrèrent la main par-dessus la table.

— Ce n'est pas une question de temps, rétorqua Lily fermement. Nous sommes sûrs de nous, et nous avons bien pris le temps d'en discuter. C'est une nouvelle étape, mais elle est totalement dans la continuité de notre relation.

Scorpius hocha vigoureusement de la tête, après lui avoir fait un tendre sourire.

— Ma fiancée, commença-t-il en appuyant bien sur ces deux mots, a totalement raison. Nous nous marions et nous partons nous installer en France. Mais si ce mariage vous semble trop compliqué à organiser, on peut s'en occuper seuls, vous savez.

Sans surprise, leurs parents se récrièrent et leur assurèrent qu'ils allaient forcément trouver un terrain d'entente afin que le résultat convienne aux futurs époux. Astoria finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis un moment, leur demandant à mi-voix s'ils pourraient rentrer souvent en Grande-Bretagne. Les deux jeunes gens la rassurèrent aussitôt en lui expliquant qu'ils pourraient sûrement rentrer au moins une fois par mois.

— Mais au fait... sembla brusquement s'interroger Harry, de quoi comptez-vous vivre durant la fin de vos études ?
— J'ai mis de l'argent de côté avec mes stages, indiqua Scorpius, et je pourrai travailler en dehors de mes cours, si c'est nécessaire.
— Il me reste aussi une bonne part de ce que j'ai gagné au magasin de farces et attrapes, compléta Lily, et ça ne me dérangera pas non plus de travailler.
— Chez nous, tu ne payes ni le gîte, ni le couvert, rétorqua Drago à son fils, et nous avions prévu de te payer tes études jusqu'à leur terme. Il est hors de question que tu risques de les rater en étant obligé de travailler ! assura-t-il vivement.
— Il est évident que nous payerons aussi tout pour Lily jusqu'à la fin de ses études, affirma aussitôt Harry sur le même ton.


Ce repas avait tellement éprouvé Lily et Scorpius que leur premier mouvement, dès qu'il s'était terminé, fut de fausser compagnie à leurs parents. Ils s'empressèrent d'aller chercher leurs balais puis se dirigèrent vers un coin protégé où ils aimaient à se retrouver à l'occasion. Ils passèrent un long moment dans les airs à voler ensemble. D'abord sans but, puis avec un de leurs Vifs d'Or d'entraînement, pour le plaisir de s'affronter.

Une chose était certaine : leurs chers balais allaient les suivre en France !


Ginny et Astoria avaient proposé aux jeunes fiancés de prendre en main l'organisation du mariage, afin de les décharger du plus gros du travail. D'autant plus qu'ils avaient aussi leurs études à gérer ainsi que leurs entraînements avec leurs équipes respectives de Quidditch amateur. Les deux mères se chargeaient des démarches et leur posaient régulièrement des questions sur leurs préférences sur tel ou tel point.

Le lieu n'avait pas encore été décidé mais, avec l'accord des deux jeunes gens, elles avaient sélectionné trois endroits qui leur semblaient intéressants. Il allait falloir trouver le temps d'aller les visiter. Lily et Scorpius appréhendaient un peu de faire ça avec leurs pères... Aussi Ginny et Astoria avaient-elles suggéré de se passer d'eux pour ces visites et de les emmener seulement dans le lieu que les fiancés auraient choisi. Du moins, uniquement si Harry et Drago insistaient pour le découvrir avant le jour du mariage.

Cette idée convenait parfaitement aux deux jeunes gens. À vrai dire, elle convenait tout autant à Harry et Drago. Après tout, se reposer sur leurs épouses pour l'organisation leur évitait de devoir se retrouver face à face, dans cette espèce de surenchère, de compétition qu'ils n'avaient pas pu s'empêcher de tenir. Compétition qui agaçait terriblement Lily et Scorpius.

Du coup, il valait mieux que leurs pères se retrouvent le moins possible face à face... même s'ils allaient bien devoir l'être le jour du mariage. Ainsi que leurs grands-parents et tout le reste de leurs familles... Lorsque Ginny et Astoria réalisèrent à quel point le sujet préoccupait les deux fiancés, elles tentèrent tout d'abord de les rassurer. Finalement, elles admirent que leurs craintes étaient fondées, et réfléchirent avec eux à la meilleure manière de gérer les choses.

Au final, le premier des trois lieux sélectionnés par leurs mères enthousiasma tellement Lily et Scorpius qu'ils n'avaient aucune envie de visiter les deux autres. Elles les convainquirent néanmoins de le faire malgré tout, afin d'être sûrs de ne pas regretter. Mais ces autres visites ne firent que confirmer la première impression des fiancés : c'était bel et bien à An Caiseal, au cœur de la montagne Croaghmoyle, qu'ils voulaient se marier ! D'ailleurs, ils virent comme un clin d'œil le fait que ce lieu se trouva en Irlande, tout comme l'Institut des Sortilèges où étudiait la jeune fille.


Lily retrouvait toujours avec plaisir l'équipe de Quidditch de Towerbury. Et tout particulièrement Drenka O'Reilly et Violet Young, ses deux anciennes rivales de Poudlard, devenues depuis des amies. Drenka avait déjà remarqué sa bague depuis un moment, et Lily avait fini par parler de ses fiançailles à Violet aussi, puis quelques temps plus tard au reste de l'équipe.

Elle appréhendait beaucoup ce moment et était vraiment désolée d'expliquer qu'elle ne pourrait pas continuer avec eux l'année suivante, puisqu'elle serait en France. Rufus Gibbs cacha au mieux sa déception de perdre sa meilleure attrapeuse, et lui assura sur un ton fataliste que, de toute façon, la composition des équipes d'amateurs changeait beaucoup d'une année sur l'autre.

Les entraînements continuèrent, et Lily y mettait d'autant plus de cœur que le prochain match était celui contre l'équipe de Scorpius. Il leur restait seulement quelques semaines pour s'y préparer.


Lily et Scorpius ignoraient que l'une des cousines du jeune homme, Hera Flint, avait très mal pris l'annonce de la nouvelle de leur mariage prochain. En effet, elle avait cinq ans de plus que Scorpius et deux de plus que sa sœur Demetria, aussi avait-elle toujours été persuadée qu'elle serait la première à se marier.

Le jour de Noël, face à son cousin, elle était restée froide et silencieuse mais, rentrée chez elle, elle avait d'abord laissé libre court à sa rage et à sa jalousie. La jeune femme avait dès lors consacré les semaines suivantes à convaincre son petit ami, un brave préparateur de potions du nom de John Appleby, qu'elle fréquentait depuis deux ans, de l'épouser aussi.

Elle s'y était pris suffisamment subtilement pour que le jeune homme ait eu l'impression que la demande venait de lui. Hera l'avait aussitôt embrassé avec joie, puis s'était précipitée chez ses parents en le traînant à sa suite pour leur annoncer la bonne nouvelle et commencer les préparatifs. Elle s'était ensuite empressée d'écrire à Scorpius ainsi qu'à sa tante Astoria et à son oncle Drago pour le leur annoncer.

Le jeune Malefoy en avait parlé à sa fiancée dès qu'il avait pu s'isoler dans sa chambre pour ne pas être vu avec son Miroir à Double Sens. Il était un peu surpris mais se réjouissait sincèrement pour Héra. Ce qui l'embêtait un peu, en revanche, était le côté pratique : sa cousine avait réservé le week-end précédent le leur pour son mariage, et avait indiqué qu'elle n'était pas sûre d'être de retour de son voyage de noces pour assister à leur union.

Lily haussa les épaules. Elle ne connaissait pas Hera Flint, même si Scorpius lui avait déjà parlé d'elle. Était-ce si grave si celle-ci et son mari tout neuf étaient absents le jour de leur mariage ?


Mais bien vite, un tout autre sujet préoccupa Lily et Scorpius. Un matin comme les autres de la fin de l'hiver, la jeune fille remarqua, en arrivant à l'Institut des Sortilèges, que ses camarades étaient particulièrement agités. La plupart d'entre eux discutaient vivement, par petits groupes. Mais dès qu'elle s'avança dans l'établissement, ils furent nombreux à se diriger vers elle, à sa grande surprise.

Elle ne tarda pas à en apprendre la cause : il s'agissait d'un article de la Gazette du Sorcier, qui occupait toute la première page. Et dont le titre indiquait en grosses lettres « Harry Potter veut marier sa fille au fils d'un Mangemort ». La jeune fille blêmit en voyant ces mots. Qui avait bien pu écrire un tel article ?

La signature, juste sous le titre, ne la rassura pas. Elle connaissait bien le nom de Rita Skeeter. Lily déglutit et réfléchit aussi vite que possible. Elle demanda à emprunter l'un des exemplaires du journal et s'isola rapidement aux toilettes pour appeler sa mère avec son Miroir à Double Sens, après avoir jeté un sortilège sur la porte pour ne pas être écoutée.


Je n'ai pas pu publier cette histoire depuis cet été, mais voici enfin la suite. J'ai un petit peu d'avance et je publierai les chapitres suivants à raison d'un par mois. Bonne lecture !