60. Scandale

« Harry Potter veut marier sa fille au fils d'un Mangemort »

Le titre du numéro du jour de la Gazette du Sorcier avait fait beaucoup de bruit, et pas seulement à l'Institut des Sortilèges où étudiait Lily. Ginny avait eu la mauvaise surprise de le découvrir au moment du petit déjeuner, peu avant de partir au bureau. L'article qui suivait était écrit sur un ton particulièrement scandaleux, et rempli de détails tout aussi scabreux que faux. L'indignation lui coupa l'appétit et elle fila jusqu'aux locaux du journal.

Ginny venait juste de déposer ses affaires dans son bureau lorsqu'elle reçut un appel sur son Miroir à Double Sens. Les Weasley, les Potter et les Lupin en étaient tous équipés, mais s'en servaient essentiellement en cas d'urgence. Ginny se douta donc que cela concernait la une du quotidien sorcier et ouvrit son miroir pour répondre. Le visage décomposé de sa fille apparut aussitôt et lui serra le cœur.

— Oh Maman ! s'écria la jeune fille d'une voix étranglée. Tu as vu le journal d'aujourd'hui ?
— Oui. Je suis furieuse, je ne comprends pas comment ils ont pu publier un article pareil ! Je viens d'arriver au bureau plus tôt exprès.
— Scorpius doit se sentir tellement mal... reprit la jeune fille sur un ton désolé.

Ginny ne voulait pas en rajouter à ses inquiétudes, et se garda bien de lui dire que Harry devait être passablement ébranlé par l'article lui aussi, même s'il avait presque pris l'habitude qu'on écrive sur lui à tort et à travers.

— Écoute, ma puce, ne t'inquiète pas, va en cours si tu t'en sens capable, sinon rentre à la maison, tu rattraperas plus tard, je suis sûre que tes professeurs comprendront. Au besoin, je leur écrirai un mot, même si tu es majeure.
— Non... Ça va aller, je vais suivre mes cours... J'espère juste qu'on ne m'embêtera pas trop avec ça... Je ne sais pas quoi répondre à toutes ces questions, c'est pour ça que j'ai préféré t'appeler tout de suite...

Ginny soupira. Elle aurait vraiment préféré que sa fille ne soit pas confrontée à ce genre de choses.

— As-tu lu l'article ? Non ? Prends le temps de le faire avant de rejoindre les autres. Rita est malheureusement la spécialiste des ragots et de la déformation de la vérité...

Lily déglutit et fixa sa mère dans les yeux, à travers le miroir.

— C'est si terrible que ça, ce qu'elle a écrit sur nous ? demanda-t-elle avec appréhension.
— Le titre en donne une bonne idée, soupira Ginny, mais il vaut mieux que tu lises l'intégralité de l'article pour savoir à quelles questions t'attendre. Et sinon, tu me demandais quoi répondre, ma chérie. Il y a plusieurs possibilités. Tu peux répondre la vérité, mais tu ne seras pas forcément crue. Tu peux aussi choisir de ne pas répondre, mais les autres en tireront leurs propres conclusions, et pourront notamment croire que tout ce qui a été publié est vrai.
— Alors il n'y a aucune bonne solution ? se révolta Lily.

Ginny haussa les épaules.

— Rétablir la vérité par d'autres que toi peut parfois marcher. Mais le mal qui est fait ne disparaît jamais totalement, malheureusement.

Lily comprit que sa mère faisait référence aux nombreux dénigrements que son père avait subis à cause des journaux, lorsqu'il était adolescent.

— Je comptais justement m'occuper de ça, reprit Ginny. C'est pour ça que je suis arrivée au bureau en avance. Je vais d'abord aller voir Barnabas pour régler ça, puis Rita. J'ai bien réfléchi, je vais exiger tout d'abord un article correctif, puis je vais négocier. Si tu es d'accord, je vais proposer à la Gazette du Sorcier la possibilité de publier un petit reportage sur votre mariage, avec quelques photos, contre la promesse que rien ne paraisse, avant, pendant ou après, sans que je ne l'ai relu et approuvé. C'est malheureux de devoir en passer par là, mais je sais que c'est efficace... Ton père et moi avons dû faire pareil pour notre propre mariage.
— Rita Skeeter avait écrit des horreurs du même acabit ? se scandalisa Lily.
— Oh oui, et pas qu'un article, malheureusement, avant que nous ne réagissions, soupira à nouveau Ginny. Au fait, fais attention aux scarabées, ajouta-t-elle brusquement. Surtout les scarabées verts.
— Les scarabées ? Comment ça, les scarabées ? s'étonna Lily.
— Cornedrue, Patmol... Tu vois ce que je veux dire ?
— Oh... réalisa Lily en mettant une main devant sa bouche. Il faut que je prévienne Scorpius aussi, je suppose.
— Oui, et dis-lui bien de mettre en garde ses parents et ses grands-parents aussi, on ne sait jamais.
— D'accord... Sinon, tu crois que Mr Cuffe sera d'accord pour l'article correctif ? s'inquiéta Lily.
— Il a intérêt ! assura Ginny sur un ton dur, le visage fermé. D'autant plus que ce n'est pas comme à l'époque, là je travaille pour lui. Je ne comprends pas comment Barnabas a pu laisser publier ça sans m'en parler !

Lily avait déjà rencontré plus d'une fois le rédacteur en chef de la Gazette du Sorcier, puisque sa mère travaillait pour lui depuis bien avant sa naissance. Ginny était responsable depuis plusieurs années de la rubrique Quidditch du journal, rubrique qui était très suivie. Elle alliait à son expérience d'ancienne joueuse de vraies qualités d'écriture, une fine analyse et d'indéniables compétences dans la gestion de l'équipe qui travaillait sous ses ordres.

Lorsqu'il vit débarquer Ginny Potter furieuse dans son bureau, Barnabas Cuffe se ratatina inconsciemment sur sa chaise. Il avait déjà vu l'ancienne poursuiveuse vedette des Harpies de Holyhead fâchée, mais c'était la première fois qu'il la voyait énervée à ce point-là. Et clairement, il aurait préféré que ce ne soit pas contre lui.

Fort de sa longue expérience à la tête du journal, il ne se laissa néanmoins pas démonter. Il lui présenta aussitôt ses plus plates excuses, et lui assura que l'article avait été publié à la dernière minute, sans son aval, Rita ayant manœuvré auprès de l'un des responsables de la mise en page pour faire modifier la une du journal. Il accepta volontiers le droit de réponse que réclamait Ginny, même s'il hésita lorsqu'elle lui demanda de la laisser décider de la forme de celui-ci et de la personne qui l'écrirait.

Il ne tiqua pas lorsqu'elle exigea de relire et valider chacun des articles qui concernerait les deux fiancés et leur mariage. En revanche, il tenta de s'opposer à ses exigences lorsqu'elle en vint à réclamer la même chose concernant les famille des futurs mariés, et encore pire tout ce qui serait publié à l'avenir sur l'ensemble de sa famille, pièces rapportées comprises.

Le bras de fer fut court, mais Ginny le gagna haut la main. Le rédacteur en chef avait trop à perdre à la voir quitter le journal avec pertes et fracas.

Sans lui laisser le temps de réagir, Ginny quitta son bureau et se dirigea droit vers celui de Rita Skeeter.

— Ma chère petite Ginny ! s'écria celle-ci sur un ton mielleux.
— Je ne suis pas ta chère petite Ginny, Rita, lui rétorqua sa collègue sur un ton si froid qu'il fissura le parfait sourire de la vieille journaliste spécialiste des ragots.

Rita commença à minauder et proposa un thé à sa collègue, pensant l'amadouer. Celle-ci déclina d'un geste de la main et fixa la plume qui commençait à s'agiter sur un parchemin, sur une table à côté du bureau de Rita.

— Range ta plume à papote, siffla Ginny d'une voix dure. Je t'interdis...
— Comment ça, tu veux m'interdire quelque chose ? s'insurgea Rita en se redressant sur son fauteuil. Et la liberté de la presse, tu en fais quoi ?
— Je te rappelle que je suis journaliste moi aussi, contra Ginny. Et j'ai une éthique, moi. Donc je t'interdis, désormais, d'écrire quoi que ce soit sur Lily et Scorpius, mais aussi sur la famille de Scorpius et sur chacun des membres de ma famille, ainsi que leurs conjoints.
— Je peux quand même faire mon travail, enfin !
— Tu peux cracher ta bave sur les autres, je ne t'en empêcherai pas actuellement. Mais eux, c'est fini.

Rita grimaça et s'apprêtait à répondre lorsque Ginny reprit.

— Oh, tant que j'y pense, je te déconseille vivement de te présenter au mariage de Lily et Scorpius. On ne sait jamais, si l'un des Aurors présents sur place, et tu te doutes qu'il y en aura un certain nombre parmi les invités, trouve un animagus non déclaré, cela pourrait faire désordre... Mais bon, peut-être as-tu envie d'aller faire un petit reportage à Azkaban ?

Sur ces mots, Ginny quitta la pièce la tête haute, sans se retourner.


Le soir même, les cinq Malefoy dînèrent chez les Potter, à l'initiative de Ginny. Le dîner fut assez mouvementé. Lucius, surtout, tempêta un long moment sur l'inconséquence des jeunes gens en général et déblatéra sur la profession journalistique, qu'il voyait parée de tous les maux. Lily et Scorpius, qui étaient très secoués par l'article, furent encore plus ébranlés par sa diatribe.

C'est Drago qui, finalement, se décida à braver la tempête et calmer son père, qui ne lui avait jamais fait peur.

— Pour autant, Papa, c'est vrai que nous avons été des Mangemorts, toi et moi. Je me souviens parfaitement combien j'étais fier de me faire marquer, croyant alors bénéficier d'un grand honneur. J'étais jeune et stupide, et je croyais pouvoir te racheter aux yeux du... de... de Vous-Savez-Qui.
— Mais ce torchon est un tissu de mensonges ! reprit Lucius d'une voix tonitruante en secouant son exemplaire de la Gazette du Sorcier, qui tombait en lambeaux. Comment ce journal a pu oser publier cela ? Comment avez-vous pu les laisser faire, Mrs Potter ?
— Parce que vous croyez vraiment qu'ils m'ont demandé mon avis ? rétorqua Ginny d'une voix froide. Vous croyez vraiment que j'aurais pu approuver une chose pareille ?
— Peut-être voyez-vous un intérêt à nous discréditer publiquement... suggéra Lucius d'une voix traînante, avec une mauvaise foi évidente.
— Êtes-vous sérieux, Mr Malefoy ? intervint Harry d'une voix incrédule. Avez-vous bien lu le titre de ce... ce torchon, comme vous l'appelez ? Comment mon épouse, continua-t-il en appuyant sur ces mots, aurait-elle pu approuver un article dont le titre est « Harry Potter veut marier sa fille au fils d'un Mangemort » ? Êtes-vous en train d'insinuer que cela nous plaît, que c'est notre point de vue sur le mariage de nos enfants ?
— Je suis sûr que mon père ne voulait surtout pas insinuer cela, objecta Drago pour calmer le jeu en lançant un regard appuyé à celui-ci. Franchement, aucun d'entre nous n'a le moindre intérêt à faire publier un tel tissu de ragots, c'est évident.

Sentant tout le monde se liguer contre lui, Lucius se renfrogna et croisa les bras. Au milieu de tout cela, les deux fiancés se tenaient la main, l'appétit totalement coupé par l'article et les réactions de leurs camarades de classe, d'une part, par les réactions de leurs familles, d'autre part.

— Vous... vous croyez qu'on devrait plutôt se marier dans le monde moldu ? demanda Lily d'une petite voix timide qui ne lui ressemblait absolument pas.
— Il n'en est absolument pas question ! s'indigna Astoria. Vous n'allez tout de même pas rompre non plus pour leur faire plaisir !
— Non, bien sûr que non ! s'exclama Scorpius avec véhémence, s'attirant une grimace de la part de son grand-père, à qui cela aurait réellement fait plaisir. Mais finalement, je crois que cela tombe bien que nous partions nous installer en France juste après notre mariage. Là-bas, je suis sûr qu'ils nous laisseront tranquilles avec tout ça.
— J'avoue que je ne m'attendais pas du tout à cela, même si je connais le goût de Rita Skeeter pour les ragots. Mais je me suis assurée que, désormais, plus rien ne paraisse sur le sujet sans mon aval, tempéra Ginny.
— Tu... tu es sûre de toi ? l'interrogea Drago d'une voix hésitante, son inquiétude sur le sujet dépassant sa crainte de voir son père rebondir sur sa question.
— Oui, confirma la journaliste avec un sourire rassurant. Le rédacteur en chef de la Gazette m'a assuré qu'il allait y veiller personnellement. Il était particulièrement énervé contre Rita. J'espère bien que l'article que j'ai demandé en guise de droit de réponse, et qui doit paraître demain, calmera les choses rapidement. J'ai toute confiance en la collègue qui l'a rédigé, et son texte m'a semblé très bien. Vous voulez le lire ?

Évidemment, personne ne refusa, et le texte qu'elle sortit passa de main en main. Il fut longuement discuté mais, au final, il sembla pouvoir contenter chacun des convives.

Astoria chercha ensuite à éclaircir un point qui l'intriguait.

— Au fait, c'est quoi cette histoire de scarabées verts auxquels il faut faire attention ? J'ai demandé à notre elfe de maison d'y veiller tout particulièrement, mais j'avoue que je n'ai pas vraiment compris. Ou alors Scorpius m'a mal transmis le message.
— Non, c'est bien ça, confirma Harry en soupirant. En fait... hum... nous avons découvert un jour, un peu par hasard, que cette femme était un animagus non déclaré, ce qui lui permettait d'avoir accès à de nombreuses informations.
— Un scarabée vert, donc ? comprit Narcissa, qui s'était prudemment gardée d'intervenir jusque-là.
— Exactement, acquiesca Ginny. Toutes les maisons de nos familles sont immunisées contre ce type d'insectes, mais nous n'avions pas pensé qu'elle pourrait s'en prendre à vous aussi...

Lucius se redressa sur sa chaise et s'adressa à Harry :
— Puisque vous le savez, pourquoi n'en profitez-vous pas pour l'arrêter ? J'ai pourtant cru comprendre que vous étiez chef des Aurors, ajouta-t-il sur un ton mordant.

Harry pinça tout d'abord les lèvres, pendant que les autres convives se tendaient, craignant que la situation ne dégénère, suite à cette attaque gratuite. Cependant, il prit sur lui-même pour répondre d'un ton calme et professionnel, ses yeux fixant ceux de son contradicteur.

— Je vous rappelle qu'il y a des lois, et que nous sommes tenus de les respecter. Je ne peux rien faire sans preuve. Et vous comprendrez aisément que, vu tout ce qu'elle a écrit sur moi, sans autre preuve à verser au dossier que ma parole, elle pourrait tout à fait s'en sortir en prétendant un harcèlement auroresque.

Drago opina ostensiblement. Il comprenait ce que voulait dire Harry, et ne voulait surtout pas lui donner l'impression qu'il approuvait les allégations de son père.

— Quoi qu'il en soit, si jamais vous attrapez un scarabée vert qui s'est introduit chez vous sans y être invité, et que vous parvenez à le retenir et le mettre hors d'état de nuire sans violence, n'hésitez pas à me contacter. Je ferai en sorte que cela tombe sous le coup de la loi.

Ils discutèrent ensuite des meilleurs moyens de se protéger de la curiosité des journalistes du type de Rita Skeeter, ainsi que des badauds en tout genre. L'expérience des Potter en la matière différait de celle des Malefoy, mais ils avaient déjà tous eu à y faire face par le passé. Et ils allaient guetter attentivement les réactions au prochain numéro de la Gazette du Sorcier...