62. La malédiction
Plus l'année scolaire avançait et plus le mariage de Lily et Scorpius approchait. Heureusement, d'ailleurs, que leurs mères les aidaient efficacement à le préparer, car les deux jeunes gens étaient de plus en plus pris par leurs études. Avec l'accord de Victoire et Teddy, ainsi bien sûr que de Lily, Scorpius avait demandé à la petite Maud de bien vouloir porter leurs alliances au moment du mariage.
Ce n'était absolument pas conventionnel, puisque ce rôle était habituellement attribué à un petit garçon, et aurait donc dû revenir par exemple à son petit frère, Paul. Mais Scorpius l'avait promis à la fillette trois ans auparavant, lorsque celle-ci, la première fois qu'elle avait rencontré le jeune homme, avait demandé si Lily et lui allaient se marier.
Évidemment, Maud accepta avec enthousiasme. La petite fille fut particulièrement touchée lorsque Scorpius lui indiqua qu'il tenait ainsi sa promesse.
Il arrivait désormais assez fréquemment que Lily dînât chez les Malefoy à Falmouth ou Scorpius chez les Potter à Londres. Ginny et Astoria avaient, en effet, décrété que c'était un excellent moyen d'inciter leurs chers époux à mieux connaître le futur conjoint de leur enfant. Harry et Drago faisaient donc contre mauvaise fortune bon cœur, et s'astreignaient à être aussi polis que possible avec Scorpius et Lily.
Lors de l'une de ces soirées, chez les Malefoy, le sujet des enfants vint par inadvertance alors qu'Astoria et sa future bru discutaient dans le salon. Mrs Malefoy ne put s'empêcher de grimacer et Lily s'excusa.
— Non, ne t'excuse pas pour ça ! se récria aussitôt sa future belle-mère. Après tout tu vas aussi... Euh... Scorpius t'a bien parlé de la malédiction ?
— Oui, répondit la jeune fille. Il m'a expliqué que nous ne pourrions avoir qu'un fils, comme les générations précédentes de Malefoy depuis des siècles.
— C'est cela, confirma Astoria avec un long soupir. La malédiction dit exactement : « Un seul garçon par génération les épouses Malefoy porteront, jusqu'à ce que l'une d'elle défasse la malédiction ».
Lily médita ces mots quelques instants en silence.
— Ne t'en préoccupe pas pour l'instant, reprit sa future belle-mère. Vous êtes jeunes, Scorpius et toi. Vous avez le temps de voir venir.
La jeune fille opina, avant de reprendre :
— Oui, je comprends ce que tu veux dire. De toute façon, nous ne sommes pas pressés. Déjà, nous allons nous installer dans un pays étranger, même s'il est proche d'ici. Ensuite, nous souhaitons d'abord terminer tous les deux nos études. Ce qui nous laisse encore quelques années avant de penser sérieusement à accueillir notre enfant...
— Cela me semble sage en effet, répondit Astoria. Chaque chose en son temps. Tu auras toujours la possibilité de te pencher sur la malédiction après... D'ailleurs, les précédentes épouses Malefoy ont généralement commencé à s'y intéresser dans les années qui suivaient la naissance de leur enfant.
— Je comprends... souffla Lily.
— Bref, ne te prends pas la tête avec ça pour l'instant, reprit sa belle-mère. Profitez de la vie et apprenez à en apprécier chaque instant. Vous vous aimez, et c'est le plus important.
De son côté, Scorpius allait pénétrer dans la pièce lorsqu'il entendit les deux femmes parler. Lorsqu'il comprit de quel sujet il s'agissait, le jeune homme rebroussa chemin et rejoignit son père, qui était en train de mettre le couvert dans la salle à manger.
En voyant l'air préoccupé de son fils, Drago lui demanda :
— Il y a un problème ? Je croyais que tu devais indiquer à ta mère et à Lily que le repas était prêt.
— Non, pas de problème mais... j'ai préféré faire demi-tour et ne pas les déranger, indiqua le jeune homme avec une grimace.
— Ah ? Pourquoi ? s'étonna Drago.
— Eh bien... Je les ai entendues parler de la malédiction. Et notamment des épouses Malefoy. Alors bon... je crois qu'il valait mieux que je ne les dérange pas, tu comprends, Papa...
— Oh... Je vois, opina Drago avec une grimace désolée. Lily ne l'a pas trop mal pris, au fait, lorsque tu lui en as parlé ?
— Elle a d'abord été très surprise, puis elle a cherché à comprendre les tenants et les aboutissants. Je t'avoue que j'ai eu peur qu'elle change d'avis...
— Oui, je comprends. J'ai été sacrément heureux que ta mère accepte de m'épouser tout en sachant qu'elle ne pourrait jamais fonder la famille de ses rêves.
— Moi aussi. Lily m'a fait remarquer qu'il y avait un point positif : au moins, nous sommes assurés de pouvoir être parents.
— Sacrée sagesse, à son âge ! remarqua Drago avec admiration.
— Elle est extraordinaire, assura Scorpius sur le ton le plus sérieux du monde.
— On dirait, oui, lui répondit son père avec un sourire amusé.
Lily avait écrit à Anwenn Kendal pour lui annoncer son futur mariage et l'inviter. Elle avait notamment écrit qu'elle savait que sa rupture avec Albus s'était mal passée, mais qu'elle aimerait vraiment qu'Anwenn soit présente et qu'elle espérait que ça se passerait bien. Celle-ci lui répondit de ne pas s'inquiéter, qu'elle n'avait rien à reprocher à Albus, bien au contraire, et qu'elle n'avait pas l'intention de lui faire du mal. Elle indiqua aussi que l'invitation la touchait beaucoup et qu'elle serait ravie d'être présente ce jour-là.
Une autre lettre, reçue le même jour, plut beaucoup moins à Lily. Elle provenait, en effet, de la vieille tante Muriel de sa grand-mère Molly, qui allait sur ses 136 ans. Celle-ci avait pris le temps de rédiger une missive longue et détaillée... mais tellement remplie de médisances et de perfidies que l'article de Rita, à côté, paraissait être un doux conte pour enfants.
Entre autres choses, la tante Muriel répétait à Lily, tout au long de la lettre, à quel point celle-ci avait mal choisi son fiancé. Et combien elle ferait mieux d'en choisir un dont la réputation familiale ne soit pas souillée. La vieille rombière était même allée jusqu'à établir une liste de noms de jeunes gens qui, d'après elle, conviendraient bien mieux à son arrière-petite-nièce.
Scandalisée, la jeune fille montra aussitôt la lettre à sa mère, qui bondit tout autant qu'elle à sa lecture. Et tiqua en voyant la fameuse liste. D'autant plus que certains de ceux qui y étaient cités étaient plutôt de sa propre génération que de celle de Lily... Cette découverte énerva encore plus la jeune fille. Comment la vieille tante Muriel osait-elle lui envoyer une telle horreur ?
Pour Lily, il était désormais hors de question de voir la vieille dame le jour de son mariage. Et finalement, la lettre de celle-ci tombait au bon moment, puisque les invitations étaient sur le point d'être envoyées, la liste des invités étant enfin finalisée. La future mariée exigea donc de rayer la tante Muriel de cette liste. Pas question de lui donner une occasion supplémentaire de râler sur un événement qui ne lui ferait de toute façon pas plaisir, n'est-ce pas ?
Albus fit remarquer à sa sœur que, du coup, la tante Muriel allait sûrement refuser de lui prêter sa fameuse tiare de mariage.
— Et alors ? rétorqua Lily sur un ton vindicatif. Elle trouve que Scorpius et moi ne devrions pas nous marier ? Elle n'a donc rien à faire avec nous ce jour-là ! Quant à sa tiare ? Eh bien c'est très simple, elle peut se la garder avec son mauvais caractère. On va déjà avoir suffisamment de susceptibilités à ménager comme ça le jour de notre mariage !
Face à la diatribe de sa fille, Ginny resta tout d'abord bouche bée, avant de lui faire un large sourire. Après tout, elle n'avait jamais apprécié sa grand-tante, tant celle-ci était acrimonieuse et désagréable avec tout le monde. Jeune fille, Ginny avait souvent rêvé de rabattre le caquet de la vieille rombière. Tout particulièrement lorsque les Weasley avaient dû se cacher chez la tante Muriel durant la fameuse Année des Ténèbres.
— D'ailleurs, Papa, reprit Lily sans avoir remarqué les états d'âme de sa mère, il y a peut-être une tiare dans notre coffre à Gringotts, non ?
— Oh... euh... sûrement, il y a pas mal de bijoux, là-bas, répondit Harry avec hésitation.
— Ah oui, tiens, j'en ai vu au moins deux, intervint Ginny. On pourrait aller voir ensemble tous les trois, si tu veux.
Lily remercia sa mère et lui fit un câlin au passage.
— Franchement, soupira-t-elle avec un ton découragé sur l'épaule de celle-ci, parfois, je suis tentée de prendre Scorpius par la main et d'aller nous marier entre deux témoins, quand je vois à quel point le jour de notre mariage risque d'être explosif... Mais bon, je ne peux pas lui faire ça, les gens pourraient croire que j'ai honte de sa famille, ce ne serait pas lui rendre service...
— Accessoirement, ma puce, ce ne serait pas très sympa de nous faire ça à nous non plus, remarqua Ginny avec un sourire un peu amer.
Harry grimaça à cette idée et ne put s'empêcher de s'écrier :
— Ah ça, c'est clair ! Je ne voudrais surtout pas manquer ton mariage, ma chérie ! Ni celui de tes frères s'ils se marient eux aussi un jour, d'ailleurs.
— Oh Papa ! s'écria Lily d'une voix joyeuse en se précipitant des bras de sa mère vers ceux de son père afin de se serrer contre lui.
Harry passa un bras autour des épaules de sa fille, ému par sa réaction. D'autant plus que cela faisait bien longtemps que Lily n'était plus la petite fille qui lui sautait dans les bras le soir lorsqu'il rentrait du bureau des Aurors, en même temps que ses deux frères alors petits. Comme ses enfants avaient grandi ! Ils étaient désormais adultes tous les trois.
Le cœur gonflé d'émotion à cette idée, Harry réalisa alors à quel point il était fier de James, Albus et Lily. Fier des personnes qu'ils étaient et des chemins qu'ils prenaient. Et à quel point ce qui comptait était le bonheur de chacun d'entre eux, et pas de vieilles chamailleries datant de ses propres années à Poudlard.
— Tu vas être la plus belle des mariées, Lily, je fais confiance à ta mère, ta grand-mère et tes tantes pour cela, reprit Harry en tentant de maîtriser l'émotion qui modifiait le timbre de sa voix. Et je serai le plus fier des hommes de te conduire jusqu'à Scorpius au départ de ce nouveau chemin que vous prenez tous les deux.
Les yeux brillants et la gorge serrée, la jeune fille regarda son père avec un sourire particulièrement ému.
— Tu vas nous manquer, quand tu seras en France, continua Harry. Mais après tout, comme vous nous l'avez fait remarquer, Scorpius et toi, nous pourrons vous voir plus souvent que lorsque vous étiez à Poudlard. Et ce qui compte, ma puce, c'est ton bonheur. Je suis heureux que vous vous soyez trouvés, Scorpius et toi.
— Même si c'est un Malefoy ? demanda Lily dans une tentative de plaisanterie qui masquait mal son appréhension profonde.
Harry haussa les épaules avec un demi-sourire.
— Je crois qu'il n'a pas plus choisi d'être un Malefoy que toi d'être une Potter, constata-t-il sur un ton faussement fataliste.
Les rires de sa famille lui confirmèrent à quel point il était sur le bon chemin.
Lily avait été invitée à l'anniversaire de la grand-mère Greengrass de son fiancé. En effet, celle-ci organisait une petite fête familiale pour ses soixante ans. La jeune fille appréhendait un peu ce moment. Elle commençait à bien connaître Astoria et Drago, mais c'était la première fois qu'elle allait rencontrer les Greengrass.
Surtout, elle allait revoir Marcus Flint, son ancien professeur de Sortilèges de Poudlard. Celui-là même qui l'avait saquée tout au long de l'année scolaire qu'il avait passée au collège de sorcellerie. Au point que la jeune fille avait très sérieusement envisagé d'abandonner les Sortilèges après ses BUSE, alors que c'était l'une de ses matières préféres.
En effet, le professeur Flint était l'oncle de Scorpius, puisqu'il avait épousé sa tante Daphné. Lily et Scorpius présumaient d'ailleurs que c'était pour cette raison qu'il s'était montré aussi injuste avec la jeune fille en tant que professeur. Parce qu'elle était la fille de Harry Potter, et qu'il ne la jugeait donc pas assez bien pour son neveu.
Saurait-il se tenir ? Allait-il oser faire un scandale à l'anniversaire de Mrs Greengrass, comme il l'avait fait lorsque Scorpius avait annoncé ses fiançailles ? Ou se contenterait-il de faire sentir tout son mépris à la jeune fiancée ?
Au vu de son angoisse grandissante, la jeune fille résolut de cesser d'y penser. Mais elle eut tout de même bien du mal à trouver le sommeil dans les jours précédant cette fête familiale.
