63. De nombreuses années plus tard...
Malgré les multiples tentatives de Scorpius pour rassurer sa fiancée, Lily arriva tendue chez Mr et Mrs Greengrass. Heureusement, d'ailleurs, que le jeune homme l'accompagnait, elle aurait été encore plus stressée si elle avait dû s'y rendre seule et le retrouver sur place. Ils saluèrent tous d'abord les maîtres des lieux. La grand-mère de Scorpius la trouva tout de suite charmante, et son grand-père la mit rapidement à l'aise.
Il l'interrogea gentiment sur ses études et lui indiqua qu'il avait lui-même fait sa formation dans l'Institut des Sortilèges d'Irlande. Il lui demanda d'ailleurs en plaisantant si un certain tableau continuait toujours à se déplacer avec son cadre sur les murs de l'établissement scolaire. Cela dérida passablement Lily, qui échangea avec lui encore quelques anecdotes sur ce lieu.
Scorpius en profita pour demander discrètement à sa grand-mère où était son oncle Marcus, qu'il n'avait pas encore vu, à sa grande surprise.
— Oh... Marcus est souffrant, répondit-elle sur un ton qui semblait désolé. Il n'a donc pas pu venir.
Le pétillement de ses yeux et son sourire en coin semblaient néanmoins contredire ses mots. Scorpius écarquilla les yeux, surpris.
— Euh Grimmy... Il est tombé malade comme ça, brusquement, sans raison ? Il n'aurait pas reçu un petit coup de pouce, par hasard ? lui demanda-t-il à demi-voix.
— Allons donc, mon chéri... souffla-t-elle en souriant de la même manière. Qu'insinues-tu donc ? Comment ton oncle pourrait-il être tombé malade autrement que de manière naturelle ? Tu sais bien que je n'exerce plus mon métier de maîtresse des potions.
Scorpis n'était pas dupe concernant la responsabilité de sa grand-mère, mais véritablement soulagé, au fond, de ne pas devoir supporter son... hum... cher oncle Marcus. Depuis que celui-ci avait été professeur à Poudlard, le jeune homme appréciait encore moins sa compagnie, ce qui n'était pas peu dire. Il avait caché sa propre appréhension pour aider Lily à surmonter la sienne, mais il était réellement ravi de la maladie de son oncle, qui tombait à pic.
En guidant Lily vers les autres invités, Scorpius lui glissa à l'oreille la bonne nouvelle. Le jeune homme sentit immédiatement la main dans la sienne se détendre.
Scorpius redoutait néanmoins le moment où il allait devoir présenter sa fiancée au reste de sa famille Flint, c'est-à-dire sa tante et ses deux cousines ainsi que le fiancé d'Hera, l'aînée. La tante Daphné pinça les lèvres et observa la jeune fille de haut en bas.
— Vous êtes très rousse, remarqua-t-elle. Cela risque de déparer, dans la galerie des portraits Malefoy, si vous persistez à vouloir épouser ce pauvre garçon et vous imposer dans sa famille au mépris de tout ce qu'est celle-ci.
Scorpius avait bondi à ces mots, mais se contint pour ne pas donner à sa tante le plaisir de s'énerver contre elle devant tout le monde.
— Manifestement, tu ne sais pas de quoi tu parles, rétorqua Scorpius sur un ton froid. Quiconque a déjà vu la galerie des portraits Malefoy sait qu'il y a eu plusieurs personnes rousses dans la famille. Le portrait de Lily sera parfaitement à sa place au milieu de ceux de mes ancêtres. Et de ceux de nos futurs descendants.
Demetria, la plus jeune fille des Flint, posa une main sur le bras de sa mère, qui pinçait les lèvres et semblait sur le point de rétorquer vertement, en espérant l'inciter ainsi à se taire et enchaîna aussitôt en s'adressant à Lily.
— Nous allons donc bientôt devenir cousines, lui dit-elle en souriant. Tu fais quoi, dans la vie, au fait ? Moi je suis Oubliatrice.
— Ah oui ? L'un de mes frères est en cours de formation pour devenir Oubliator, lui répondit Lily. Personnellement, je me prépare à devenir Météomage à l'Institut des Sortilèges d'Irlande.
Les deux femmes entamèrent alors toute une conversation sur le thème des sortilèges, avant de dévier sur quelques autres et de se trouver un certain nombre de points communs. Scorpius était ravi, même si sa tante Daphné et sa cousine Hera avaient d'abord grimacé avant de s'éloigner ostensiblement, cette dernière au bras de son fiancé.
Lily ne manqua d'ailleurs pas, par la suite, de dire à Scorpius à quel point elle avait trouvé Demetria sympathique, bien loin du portrait qu'il lui avait dépeint d'elle. Elle n'avait évidemment pas pu en dire autant de Daphné et de Hera, mais le reste de la fête s'était passée sans la moindre anicroche, et la jeune fille avait pris grand plaisir à faire vraiment connaissance avec la famille de son fiancé.
À propos de fiancé, d'ailleurs, celui d'Hera l'avait brusquement plaquée peu de temps après cette même fête, annulant par la même occasion leurs projets de mariage. Scorpius se sentait mal à l'aise pour sa cousine et Lily était désolée pour elle. Pour autant, ils n'allaient tout de même pas reporter leur propre mariage, comme elle avait eu le culot de leur préconiser... Ses mots avaient sidéré les deux jeunes gens.
Scorpius lui avait donc fait remarquer, narquois, qu'au contraire, Hera était maintenant disponible pour venir à leur mariage. Sous-entendant qu'elle ne serait finalement pas en voyage de noces. Lily avait apprécié à sa juste valeur la réponse de son fiancé et avait fait de son mieux pour cacher son air amusé. Avec un peu de chance, cette vipère ne viendrait pas gâcher leur propre mariage.
Ginny n'avait pas besoin de Harry pour se rendre au coffre des Potter, à Gringotts. Néanmoins, cette fois-là, elle insista pour qu'il les accompagne, Lily et elle. En effet, il s'agissait d'aller choisir une tiare pour la future mariée en remplacement de celle de l'affreuse tante Muriel, Lily ayant refusé de l'inviter à son mariage.
Harry s'était d'autant plus fait prier qu'il n'aimait pas du tout se rendre à la banque des sorciers. Il faut dire, aussi, que depuis qu'il y avait volé un horcruxe, s'enfuyant avec succès sur le dos d'un dragon, les gobelins le regardaient d'un œil particulièrement méfiant. Cela faisait presque trente ans, pourtant, comme le lui rappela sa femme.
Ce qui l'avait convaincu, c'est lorsque Ginny lui avait indiqué combien sa présence était importante, le contenu de ce coffre provenant de sa famille. N'ayant pas été élevé par ses propres parents, Harry avait du mal avec la transmission en général. Mais il finit par comprendre à quel point c'était important pour sa fille qu'il participe au choix de l'ornement familial qu'elle allait porter en ce jour si spécial pour elle.
La jeune fille avait été très intimidée en pénétrant dans la voûte des Potter avec ses parents, laissant le gobelin qui les avait accompagnés repartir provisoirement. Bien sûr, elle était déjà venue là avec sa mère plusieurs fois, quelques rares fois avec son père aussi. Mais jamais dans des circonstances aussi émouvantes pour elle.
Ginny et Harry se concertèrent quelques instants, avant qu'il ne finisse par céder et prendre l'un des nombreux livres ensorcelés qui détaillaient les possessions des Potter. En l'occurrence, l'un de ceux qui étaient consacrés aux bijoux. Évidemment, ce n'était pas le bon, comme il s'en aperçut après avoir apposé sa baguette sur l'une des pages et indiqué sa demande. Ginny lui en donna donc un autre qui, cette fois, répondit à leurs attentes.
Ils découvrirent ainsi qu'il y avait trois diadèmes qui correspondaient à leur demande. Suivant les indications de son mari, Ginny se dirigea vers les étagères où ils étaient rangés et installa les trois écrins sur la table sur laquelle se trouvaient les livres répertoriant le contenu du coffre. Elle demanda d'un geste à Harry de les ouvrir, ce qu'il fit avec un empressement maladroit.
Ils purent alors admirer le beau travail délicat de ces trois tiares. Comme la plupart des bijoux précieux des sorciers, elles étaient visiblement de facture gobeline. D'après leur style, elles étaient de trois époques très différentes. Lily fut tout de suite attirée par la plus épurée des trois, qui semblait aussi être la plus ancienne.
Harry lui proposa alors de l'essayer. Ginny tendit un miroir à leur fille qui put ainsi s'admirer sous toute les coutures, afin de vérifier le rendu. Bien que plus simple, ce diadème était pourtant beaucoup plus élégant que celui de la tante Muriel. Convaincue, Lily refusa d'essayer les deux autres, mais indiqua qu'ils pourraient toujours servir aux mariages de ses frères, s'ils sautaient à leur tour le pas un jour.
Au moment de reposer le diadème dans son écrin, une inscription sur la partie intérieure du bijou attira son regard. La jeune fille redressa la tiare pour mieux regarder, sursautant en apercevant le symbole des Reliques de la Mort à l'intérieur, entre deux noms gravés dans une vieille écriture médiévale. À la curiosité de ses parents, surpris de son comportement, elle répondit en leur demandant de l'aider à déchiffrer les noms.
Il ne fallut qu'un court instant à Ginny et Harry pour lire les noms de Iolanthe Peverell et Hardwin Potter. Ce diadème était donc effectivement particulièrement ancien ! Presque aussi ancien que la cape d'invisibilité, puisque Iolanthe était la petite-fille d'Ignotus, celle-là même qui avait amené la précieuse relique dans la famille Potter.
Lily avait du mal à réaliser que le bijou qu'elle tenait entre les mains, et qu'elle allait porter pour son mariage, avait plus de neuf siècles. Mais elle préféra y voir un heureux présage, et les trois Potter rentrèrent chez eux avec le précieux diadème dans son écrin.
Albus était toujours fermement opposé à l'idée que sa sœur invite son ancienne petite amie Anwenn Kendal à son mariage avec Scorpius. Malheureusement pour lui, Lily était encore plus tête de mule que lui-même ne l'était. Elle refusait d'autant plus de céder qu'elle avait déjà échangé plusieurs lettres avec Anwenn et que celle-ci avait confirmé sa venue.
C'est pour cette raison que, lorsqu'Albus annonça qu'il sortait désormais avec Catriona McDouglas, Lily haussa-t-elle les sourcils dubitativement. Elle connaissait assez bien celle-ci, qui était une Serdaigle de la même année qu'elle à Poudlard. Néanmoins, rien ne prouvait qu'Albus la fréquentait uniquement à cause d'Anwenn, aussi Lily se garda-t-elle de toute remarque.
D'autant plus que Catriona semblait avoir la tête sur les épaules, et ne pas être du genre à être en pâmoison devant le nom de Potter. Et puis Albus et elle étaient adultes, après tout !
Peu de temps avant le mariage, lors d'une discussion entre les enfants Potter, James fit remarquer en riant que Lily leur avait grillé la politesse à tous les deux. Albus, au lieu de rire comme les deux autres s'y attendaient, se renfrogna. James et Lily s'en étonnèrent mais préférèrent ne rien dire devant lui. Ils en discutèrent néanmoins entre eux par la suite. Albus parviendrait-il vraiment un jour à se remettre de sa rupture avec Anwenn ?
Lily jeta un regard anxieux à Teddy Lupin, qui se tenait à proximité de la fenêtre. La jeune fille avait bien remarqué que sa grand-mère de cœur, Andromeda Tonks, se tenait plus raide qu'elle ne l'avait jamais vue. Même si elle savait bien que cette rencontre n'avait absolument rien d'anodin, la jeune fille n'aurait jamais imaginé que cela puisse la stresser à ce point.
Si la grand-mère de Scorpius était dans le même état, comment cela allait-il se passer ? Lily appréhendait beaucoup. Teddy lui fit un sourire qui se voulait rassurant. La jeune fille regarda une fois de plus l'horloge, dont les aiguilles n'avaient guère bougé. Scorpius et sa grand-mère n'allaient plus tarder, désormais. Il fallait vraiment qu'elle maîtrise son stress.
Surtout, il allait falloir qu'elle résiste à la tentation de sortir son miroir à double sens pour appeler son fiancé. D'autant plus que personne n'était censé savoir qu'ils avaient un tel moyen de communication. De toute façon, les deux Malefoy n'allaient pas tarder à arriver. Lily avait toute confiance en Scorpius. Et il lui avait assuré que sa grand-mère tenait réellement à cette rencontre. À ces retrouvailles, plus exactement...
En être à l'origine était certainement ce qui stressait le plus la jeune fille. La première fois qu'elle avait vraiment parlé avec Scorpius, après le tout premier match de Quidditch où ils s'étaient affrontés, Lily n'avait pas la moindre idée des nombreuses conséquences qui allaient en découler. Non seulement pour elle ou pour lui, mais aussi pour de nombreuses autres personnes.
C'était vraiment un bel exemple de l'effet papillon ! Le destin était, décidément, très curieux. Lily Potter et Scorpius Malefoy étaient-ils destinés l'un à l'autre de toute éternité ?
La jeune fille était tellement perdue dans ses pensées qu'elle sursauta vivement lorsque l'on frappa à la porte. Andromeda et Lily se figèrent d'un même mouvement. Cela fit sourire Teddy, qui se dirigea vers l'entrée afin d'accueillir leurs visiteurs.
Les années avaient flétri la peau de Narcissa, mais n'avaient pas terni sa beauté froide. Debout à côté d'elle, Scorpius la dépassait d'une bonne tête. Il y avait un air de famille indéniable entre eux deux, même si le jeune homme ne lui ressemblait pas tant que ça. Ce qui troubla Lily, ce fut le fait qu'elle ressemblait bien plus à Andromeda, bien que leurs cheveux soient très différents, qu'à Scorpius.
Le cœur de la jeune fille se serra davantage. Être à l'origine de la réunion des deux sœurs, que le destin avait séparées des décennies auparavant, lui donnait le vertige. Narcissa se tenait très droite. Lily remarqua qu'elle tenait très fermement le bras de son petit-fils. Teddy fut le premier à réagir.
— Bonjour, ma tante, je suis ravi de faire votre connaissance. Bonjour, Scorpius, content de te revoir !
Narcissa lui répondit poliment et Scorpius en profita pour complimenter son cousin puis présenter sa fiancée à sa grand-mère. La jeune fille devint brusquement davantage nerveuse et s'avança vers la vieille femme pour la saluer. Narcissa la détailla avant de lui sourire.
— Il y a très longtemps qu'il n'y a pas eu de Mrs Malefoy rousse. Votre arrivée dans la famille va apporter un vent de fraîcheur, mon enfant. Drago et Astoria m'ont dit beaucoup de bien de vous, et je sais à quel point Scorpius vous aime.
Émue, Lily balbutia des remerciements embarrassés, tandis que son fiancé lui souriait tendrement. Andromeda se leva lentement de son fauteuil et s'approcha à son tour. Arrivée en face de sa sœur, elle s'arrêta, la fixant silencieusement. Dans la pièce, chacun s'était figé, ne sachant pas quoi faire, retenant son souffle.
— Bonjour, Scorpius. Bonjour, Narcissa. Cela fait bien longtemps, commença Mrs Tonks calmement.
— Bonjour, Andromeda. Tu m'as manqué, répondit Mrs Malefoy avec une émotion sincère. Je... je suis tellement, tellement désolée !
Ce chapitre aurait dû être publié le premier mai, mais ma vie personnelle très chargée et l'écriture d'une histoire m'ont retardée. De plus, je bloquais sur la scène entre Andromeda et Narcissa. La bonne nouvelle, c'est que le chapitre suivant est bien avancé, et que j'ai commencé à écrire le mariage lui-même ! Rendez-vous aux alentours du premier juillet pour sa publication.
