65. Les grincheux

Lily ferma les yeux un instant. Elle fronça le nez, dans une grimace fort peu gracieuse. Elle n'en pouvait plus ! Pourquoi devait-on passer autant de temps à la préparer ? Elle aurait très bien pu faire ça toute seule ou presque, et bien plus rapidement et efficacement ! Mais non, à croire que certaines personnes avaient envie de jouer à la poupée...

Au fond d'elle-même, la jeune mariée savait qu'elle était un peu injuste, et que ce n'était pas si terrible que cela. L'ambiance autour d'elle était excellente, et chacune des personnes présentes veillait à son bien-être. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de stresser. Le grand jour était enfin arrivé : Scorpius et elle allaient se marier ! Pourvu que tout se passe bien...

Plus d'une fois, depuis qu'elle s'était levée, ce matin-là, elle avait appuyé sur son tatouage, à travers ses vêtements, afin de partager ses émotions avec son fiancé. Qui lui avait répondu à chaque fois de la même manière, bien sûr. Sa tante Audrey, peu au fait du fonctionnement des tatouages magiques puisqu'elle était moldue, lui avait dit deux ou trois fois de faire attention à ne pas tacher sa manche, à force de la voir triturer cette zone.

Les yeux toujours fermés, Lily allait lever une fois de plus la main vers son épaule lorsque, finalement, elle se ravisa. Elle avait besoin de faire une vraie pause. Elle avait besoin de juguler efficacement ses angoisses, afin de ne pas être submergée par elles. Et pour cela... elle savait exactement ce qu'il lui fallait...

Elle s'excusa hâtivement et, sans laisser le temps à qui que ce soit de lui répondre, se dirigea vers les toilettes. Une fois la porte fermée à clef, elle s'empressa de retirer sa baguette du petit sac brodé assorti à sa robe afin de jeter un sort de silence. Elle en extirpa ensuite son cher Miroir à Double Sens. Et, juste avant d'appeler Scorpius, éteignit la lumière afin de mieux ménager ses effets, lorsqu'elle le rejoindrait à l'autel.


Un couple de vieux sorciers acariâtres mobilisait depuis quelques temps plusieurs des cousins et les frères de Lily, ce qui avait quelque peu retardé le placement des invités dans la salle où le mariage allait avoir lieu. C'est ainsi qu'un petit attroupement commença à se former, et que les Flint se retrouvèrent à proximité des Londubat. Chose que les mariés avaient pourtant voulu éviter, non sans raison.

Marcus Flint ignorait que son ancien collègue serait présent. Énervé à l'idée de devoir attendre pour s'installer, il commença par pester et critiquer l'organisation, qu'il estimait mauvaise. Et, très vite, il reporta ses nerfs sur celui qu'il détestait tant depuis son récent passage à Poudlard.

— Tiens, qu'est-ce qu'il fait là, Londubat ? demanda-t-il à sa femme d'une voix forte qui fit se retourner de nombreuses têtes vers lui. Tu crois que Potter a eu pitié de lui parce qu'ils sont de la même année ?

À ces mots, Neville avait simplement levé les yeux au ciel, tandis qu'Hannah, son épouse, se crispait. En revanche, leurs jumeaux, Jane et Andrew, qui étaient là avec leurs conjoints respectifs, avaient vivement bondi et s'étaient tournés vers l'auteur de cette critique malvenue. Mais avant qu'ils aient eu le temps de dire quoi que ce soit, Hannah leur souffla de ne pas réagir.

Évidemment, Marcus n'avait rien raté de la scène et était satisfait de son effet, bien que contrarié de ne pas avoir obtenu de vraie réaction de la part du directeur adjoint de l'école de sorcellerie. Il continua donc ses attaques sans la moindre hésitation. Mais plus il lançait de piques et moins il obtenait de succès, les Londubat faisant obstinément mine de l'ignorer.

Cela augmenta encore davantage son énervement, et il finit par perdre toute mesure. Se dressant face à Neville, il lui cracha à la figure :

— Tu peux rentrer chez toi, Londubat, tu n'es pas le bienvenu au mariage de mon neveu !

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Non pas celui de Neville, qui en avait vu d'autres, et se contenta d'ignorer l'homme aigri qui lui faisait face. Mais celui de Hannah ainsi que celui de James. Tandis que Mrs Londubat se contentait de remuer discrètement sa baguette, le fils aîné des Potter avait fendu la foule pour s'interposer.

— Si vous n'avez pas l'intention de respecter les autres invités, c'est vous qui pouvez rentrer chez vous, assena-t-il d'une voix ferme au fauteur de troubles, tout en le fixant sans ciller.

Marcus eut l'air encore plus énervé, rouge comme un taureau et prêt à bondir sur le jeune homme. Il ouvrit la bouche pour lui répondre, et... ne put prononcer un seul mot, malgré ses efforts, ce qui l'énerva encore davantage. En voyant cela, Daphné, son épouse, mit ses mains devant sa bouche pour étouffer un cri de stupeur et de crainte.

James, quand à lui, leva un sourcil perplexe, tandis que Neville et Hannah échangeaient un regard. Jane, leur fille, fronça les sourcils en les observant. Mais c'est Hera, la file aînée des Flint, qui réagit la première.

— Qui a jeté un sort un mon père ? s'enquit-elle hargneusement. Si sa voix ne lui est pas rendue très rapidement, nous allons nous adresser aux Aurors !

Tout ce que sa déclaration lui attira fut des rires plus ou moins étouffés. Y compris de ceux qui, parmi les invités, étaient aussi des Aurors qui travaillaient sous les ordres de Harry. Cela avait permis d'alléger l'atmosphère, ce que chacun apprécia. En dehors de trois des Flint, évidemment. Demetria aurait, quant à elle, voulu se cacher dans un trou d'elfe de maison, honteuse du comportement de son père et de sa sœur.

Voyant combien elle était mortifiée, le jeune Fred Weasley s'approcha d'elle et posa une de ses mains sur l'épaule de la jeune fille, qu'il avait connue à Poudlard, en guise de soutien muet. Finalement, ce fut Hannah Londubat qui brisa le silence d'une voix calme.

— Ne t'inquiète pas, ton père a toujours sa voix. Il est parfaitement capable de l'utiliser.
— Comment ça ? l'interrompit la jeune fille sur le même ton. Ça ne se voit pas qu'il ne peut plus parler ?
— Oh que si, il peut, rétorqua Hannah sur un ton qui, cette fois-ci, était malicieux. Simplement, il ne peut plus dire que des choses soit neutres, soit gentilles.
— Hein ? Quoi ? C'est quoi ce délire ? intervint Daphné Flint, outrée. Ça ressemble à un sort qui était parfois jeté à Poudlard !
— Tout à fait, on s'en est beaucoup servi durant l'Année des Ténèbres, confirma Hannah tout en opinant sobrement.
— Ça a été l'un des nombreux apports des Poufsouffle à l'Armée de Dumbledore, souffla discrètement Neville à ses enfants tout en leur faisant un clin d'œil.

Marcus semblait désormais proche de l'apoplexie, mais n'avait toujours pas émis un son. James échangea rapidement un regard avec Fred et, afin de désamorcer la situation autant que faire se pouvait, le premier accompagna les Londubat vers leur place, tandis que le second guidait les Flint vers la leur, heureusement de l'autre côté de l'allée nuptiale.

Dès qu'ils furent hors de portée de voix, Hugo se tourna vers Albus et lui glissa sur un ton complice :

— Je comprends qu'il soit vert ! Après tout ce qu'il a fait à Poudlard pour séparer Lily et Scorpius...
— De toute évidence, cela n'a pas été très efficace ! remarqua son cousin en riant, avant de se diriger vers un autre groupe d'invités à placer.


Il ne restait plus beaucoup de places libres, dans la salle où le mariage allait avoir lieu. La plupart des invités discutaient avec leurs voisins, en attendant la mariée, sans prêter grande attention à la décoration qui était sur le thème du Quidditch.

Assis entre Olympe Maxime et Minerva McGonagall, Hagrid ne cessait de raconter à ses voisines ses souvenirs des deux jeunes mariés, notamment la fois où, d'après lui, il leur avait fait réaliser qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Olympe écoutait d'une oreille distraite, se contentant de hocher la tête de temps en temps. Ce qui intéressait vraiment la directrice de Beauxbâtons, c'était d'observer ce qui se passait : ce n'était le premier mariage britannique auquel elle assistait, mais elle les trouvait toujours délicieusement exotiques.

Toujours plongé dans ses souvenirs, Hagrid se mit ensuite à évoquer les parents des jeunes mariés, puis leurs grands-parents et, même, certains de leurs arrières-grands-parents, du moins ceux qu'il avait connus lorsqu'il était jeune. Minerva essaya d'évoquer les aspects les plus joyeux de ces souvenirs, sans grand succès. Hagrid semblait particulièrement nostalgique, ce jour-là. Elle avait beau apprécier son ancien collègue, elle commençait à trouver cette discussion passablement triste. Voldemort avait fait tellement de mal...

Elle préféra donc se tourner vers son autre voisin, Filius Flitwick, et ils échangèrent un regard lourd d'émotions. Ils avaient tous les deux le même âge, et avaient traversé les mêmes épreuves. Mais il n'avait pas davantage envie qu'elle de se replonger dans le passé, en un tel jour. Tacitement, ils convinrent d'éviter les sujets douloureux et se mirent à commenter la magie mise en œuvre dans la décoration des lieux.

Du côté des Malefoy, Lucius ne cessait de grommeler, l'air particulièrement contrarié. Il critiquait le château, qu'il trouvait vétuste et mal agencé, ouvert aux quatre vents. Il critiquait la décoration, qu'il trouvait puérile et pas assez digne. Il critiquait l'Irlande et ses habitants. Il critiquait la météo, pourtant relativement clémente ce jour-là. Tout était matière à récriminations.

En son for intérieur, en réalité, c'était tout autre chose qu'il critiquait. En effet, Lucius considérait que, si sa famille avait daigné l'écouter et le respecter comme il s'attendait à l'être, il ne serait absolument pas présent dans ce fichu château irlandais ouvert aux quatre vents, ce jour-là.

Il se disait que, si on daignait tenir compte de son avis et ses conseils, personne ne se trouverait présent en cet instant dans cette maudite bâtisse, à attendre une mariée qu'il espérait de tout cœur ne pas voir entrer. Avec un peu de chance, peut-être que la gamine des Potter et des Weasley allait changer d'avis ? C'était bien dommage, d'ailleurs, que l'idée de la malédiction ne l'ait pas fait fuir ! Il aurait pourtant juré qu'elle aurait voulu avoir une tripotée de bambins, comme c'était l'usage dans sa famille.

Ce que le patriarche n'avait pas remarqué, tout à ses ruminations, c'est que son fils l'observait de temps en temps à la dérobée. Drago était inquiet. Il avait peur que son père fasse un scandale ou, du moins, qu'il attise les potentielles récriminations que pourraient faire d'autres personnes présentes, comme son beau-frère Marcus.

Alors que la salle était presque pleine, Drago finit par glisser à son père que cela suffisait, et que l'on n'allait bientôt plus entendre que lui. Narcissa, qui avait plusieurs fois posé sa main sur le bras de son mari pour le calmer, sans succès, décida d'en profiter pour enfoncer le clou.

— Nous sommes des Malefoy, nous savons nous tenir, susurra-t-elle d'une voix ferme et pleine de confiance.

Drago ne put retenir un sourire, ce qui lui permit de relâcher une partie de la tension accumulée. Il avait entendu cette phrase toute son enfance et, dans ce contexte, de plus adressée à son père, c'était une délicieuse ironie. Néanmoins, une fois de plus, il ne put que constater à quel point sa mère connaissait bien son père.

En effet, Lucius pinça les lèvres et se raidit, prenant un air supérieur qu'il avait passé des années à perfectionner. Il ne répondit pas le moindre mot, mais sa famille comprit aisément qu'il boudait, et le laissa faire avec soulagement. Après tout, mieux valait qu'il reste silencieux le plus longtemps possible, ce n'était vraiment ni le lieu, ni le moment de faire un esclandre...


La salle où Scorpius et ses garçons d'honneur se préparaient était loin d'être aussi agitée que celle où sa future épouse faisait de même. Notamment parce qu'ils étaient beaucoup moins nombreux à s'y tenir. Mais ses deux meilleurs amis, Hugh Boot et Michael Nott, s'étaient donné pour mission d'alléger l'atmosphère et, à cet effet, ne cessaient de rivaliser de blagues et d'un humour parfois douteux.

Teddy Lupin, avec le recul de ses quelques années de plus et de son expérience d'homme marié, observait les trois amis avec une indulgence amusée. Son cousin était passablement nerveux. Non pas que Scorpius doutât, ne serait-ce qu'un instant, ou craignit que sa fiancée ne se montre pas à l'autel. Lily et lui étaient faits l'un pour l'autre, c'était indéniable dès qu'on les côtoyait un tant soit peu.

Ce qui rendait le futur marié nerveux, c'était plutôt l'idée de se retrouver au centre de l'attention d'une assemblée aussi nombreuse. D'autant plus qu'il savait très bien que tout le monde n'appréciait pas l'idée de ce mariage, loin de là. Leurs deux pères étaient loin d'être les plus réticents, ils avaient considérablement évolué à ce sujet, au fil du temps. Sans être enthousiastes pour autant, mais on ne pouvait pas trop leur en demander...

Ces derniers mois, Teddy s'était arrangé pour parler de Scorpius à chaque fois qu'il voyait son parrain. Bien sûr, Harry n'était pas dupe de la manœuvre, qui l'avait même passablement amusée, avec un peu de recul. Le père de Lily était conscient du fait qu'elle allait épouser un homme digne d'elle, un homme qui l'aimait sincèrement et qu'elle aimait tout autant. Un homme, surtout, qu'il appréciait de plus en plus. N'eut été sa famille...

Teddy, quant à lui, avait beaucoup moins de mal avec la famille de Scorpius. Après tout, il en faisait lui-même partie, par leurs grands-mères ! Même si les chemins de vie d'Andromeda Tonks et de Narcissa Malefoy avaient été radicalement différents. Teddy avait été particulièrement touché que Scorpius lui demande d'être l'un de ses garçons d'honneur, d'autant plus qu'ils n'avaient pas grandi ensemble, mais avaient fait connaissance à l'âge adulte. Grâce à Lily, d'ailleurs.

Il avait été élevé quasiment comme un membre de la famille de Lily. Il faisait partie de la famille de Scorpius. Avec ses enfants, qui étaient des Weasley par leur mère, Teddy était certainement la personne la plus liée aux deux futurs époux. Il avait donc un peu l'impression d'être comme un lien tangible entre les deux futurs époux, entre leurs deux familles, cela l'émouvait donc particulièrement d'avoir une telle part à leur mariage.

Finalement, l'heure à laquelle Scorpius et ses garçons d'honneur devaient rejoindre leur place sonna. Il leur fallait se mettre en place, en attendant la mariée. Teddy donna une accolade rassurante à son cousin, qui lui rappela dans un flash celle que son parrain lui avait donnée dans les mêmes circonstances. Il ouvrit ensuite la porte de la pièce pour les guider.

Bien entouré de ses trois garçons d'honneur, Scorpius se positionna au bout de l'allée nuptiale, tout près du pupitre auquel allait officier le mage qui devait les marier. Le futur époux était un peu nerveux et se tenait donc particulièrement raide et droit. Un trait d'humour de Michael le détendit néanmoins légèrement.

Baissant les yeux un instant sur son élégante robe de sorcier, Scorpius eut un sourire ému en voyant, une fois de plus, les broderies dont elle était recouverte, et qui représentaient les motifs de leurs tatouages, à Lily et lui. Les constellations du Scorpion et de la Fleur de Lys, avec leurs représentations stylisées.

L'esprit totalement axé sur sa bien-aimée, Scorpius résista difficilement à la tentation de toucher son tatouage afin de lui transmettre son émotion. Mais il ne voulait pas risquer de la distraire ou de la déstabiliser, alors qu'elle devait être aussi émue que lui, tandis qu'elle était sur le point de faire son entrée. Au lieu de cela, il concentra son attention sur l'assemblée.

Les chaises étaient quasiment toutes occupées, et la plupart des invités discutaient avec leurs voisins. Il ne put s'empêcher de pincer les lèvres en remarquant l'air boudeur de son grand-père. Il savait combien ce mariage déplaisait au patriarche. Le jeune marié avait d'ailleurs menacé de ne pas l'inviter, si celui-ci ne lui promettait pas de se tenir correctement. Pour autant, Scorpius ne pouvait s'empêcher d'être méfiant...

Tout à coup, une musique solennelle résonna dans la grande salle en pierre. Aussitôt, les conversations se turent et les invités se levèrent, dans de grands froissements d'étoffe. Chacun cherchait à apercevoir la mariée, se tournant et se penchant dans sa direction, et Scorpius fut terriblement frustré de ne même pas l'apercevoir. Lorsqu'il vit le cortège qui commençait à remonter l'allée, il noua ses mains dans le dos et déglutit, passablement nerveux.


Joyeux Noël à tous ! Je reprends enfin la publication, après une pause due à une vie personnelle beaucoup trop chargée. Ce chapitre est donc mon cadeau de Noël pour vous, et je reprends ensuite la publication dès le premier janvier, à raison d'un chapitre par mois.