67. Discours et petits fours
La photo des mariés avec leurs deux familles fut la seule réellement pénible, mais elle le fut passablement.
Exaspérée, Molly, qui avait déjà tenté de raisonner son mari autrement, finit par lui glisser :
— Arthur, je te préviens : si cette photo dépare au milieu des autres, sur le mur du salon, parce que tu es encore plus ronchon que Lucius, tu le regretteras !
Le patriarche des Weasley marmonna dans sa barbe quelques mots désobligeants qu'elle se refusa à écouter, espérant qu'ils n'arrivassent pas jusqu'aux oreilles des mariés. Il se força, néanmoins, à avoir l'air convenable, piqué au vif par la comparaison que sa femme avait faite et bien décidé, du coup, à paraître plus aimable que son vieil ennemi.
Du côté des Malefoy, Narcissa avait fort à faire avec sa tête de mule de mari. Lucius n'avait plus dit le moindre mot depuis les remarques qu'elle lui avait adressées, durant la cérémonie. Néanmoins, son attitude hautaine et méprisante et, surtout, la manière dont il fusillait Arthur du regard, mettaient fort mal à l'aise son épouse, consciente du fait que cela se voyait.
Irritée de ne pas parvenir à obtenir de sa part qu'il se montre suffisamment aimable, elle s'arrangea pour le manipuler afin de parvenir à ses fins. Au final, il prit une attitude fière et sans trop de morgue qui, sans satisfaire réellement son épouse, parut à celle-ci suffisamment correcte pour ne pas gâcher la photo.
On ne pouvait rien reprocher à Harry et Drago, tous deux suffisamment souriants. Mais ils s'étaient soigneusement placés de manière à éviter de se voir, leurs épouses et leurs enfants situés entre eux. Qui préférèrent s'en contenter. Ce n'était vraiment pas le moment d'envenimer les choses. Qu'ils se tolèrent poliment suffisait. Au moins, eux, on ne les avait pas traînés de force à ce mariage.
Daphné, quant à elle, ne fit pas le moindre mouvement pour tenter de rendre son mari moins revêche. À vrai dire, elle n'était guère plus affable que lui. Hera était au diapason de ses parents, d'autant plus qu'elle ne cessait de ruminer ses fiançailles récemment rompues. En fait, Demetria était la seule parmi les Flint à sourire sincèrement. La seule à être heureuse pour son cousin Scorpius.
Les jeunes époux n'avaient rien manqué des tensions et remarques. C'en était arrivé au point de commencer à assombrir leur humeur. Heureusement, James s'en aperçut et s'empressa de les rassurer discrètement. Ce qui comptait, c'était eux, pas les fâcheux, dont l'opinion ne devait surtout pas gâcher leur bonheur. Albus et les cousins renchérirent avec conviction, et cela leur fit chaud au cœur.
Le dernier cliché pris, Lily et Scorpius furent enfin libérés de ces obligations. Ils s'assirent avec soulagement à la place d'honneur, au centre de la table rectangulaire. Cela leur fit d'autant plus de bien que l'ambiance à cette table était légère et détendue. Il n'y avait que des personnes de leur génération : les demoiselles et garçons d'honneur, ainsi que les frères et cousins de Lily et plusieurs amis de leur âge.
L'un d'eux constata, sur un ton amusé, que les quatre Maisons étaient présentes à cette table. Dominique lui rétorqua que ce n'était pas surprenant, les mariés venant de deux Maisons rivales, et ayant de la famille dans les autres. Hugo indiqua qu'il n'y avait pas que les Maisons, mais aussi la quasi intégralité du corps enseignant de Poudlard qui étaient représentées à travers toute cette salle.
Lily souligna alors, en riant, qu'il n'y avait pas que des représentants de l'école britannique. En effet, plusieurs invités venaient de Beauxbâtons, comme son amie Mathilde Charmetant, présente à leur table, qui était de la famille de sa tante Fleur. Quelques personnes venaient de Durmstrang, aussi, notamment l'ancien attrapeur bulgare Viktor Krum et sa famille, invités par le père de la mariée.
Celle-ci n'avait rien dit, mais elle avait remarqué que sa meilleure amie Ailis McGuire était assise à côté de son frère. Et cela semblait parfaitement leur convenir. Décidément, il y avait strangulot sous roche entre James et elle... Mais Lily s'était promis de les laisser tranquilles.
Elle avait finalement admis que ce n'était pas son problème. Ailis était majeure et James semblait s'être assagi. S'ils voulaient se fréquenter, tant mieux pour eux. Ils n'avaient pas besoin de l'avoir sur le dos, et elle n'avait pas à les empêcher de vivre leur relation, quelle que soit la teneur exacte de celle-ci.
En réalité, c'était pour Albus que Lily était inquiète. Pour Albus, et pour son ex-petite amie Anwenn Kendal. Ils étaient tous deux à la table des mariés, mais s'étaient assis quasiment à l'opposé l'un de l'autre. Pour autant, pour peu que l'on soit attentif à eux, il était aisé de remarquer qu'ils ne cessaient, tous deux, de se jeter des regards en coin.
Allaient-ils enfin crever l'abcès ? Il était clair, à les voir, que les choses n'étaient pas réglées entre eux. Il semblait rester des non-dits, comme le fantôme de quelque chose, entre les deux jeunes gens. Le plus jeune frère de Lily était accompagné de Catriona McDouglas, qu'il fréquentait depuis peu de temps, et la mariée espérait vivement que cela ne poserait pas problème.
Tandis que les serveurs commençaient à déposer les entrées sur les tables, un tintement retentit. Les invités se tournèrent vers le bruit et beaucoup furent surpris de voir que c'était Teddy qui s'était levé.
— Il est d'usage que le père ou le frère aîné de la mariée fasse un discours... Alors tu m'excuseras, James, mais d'une certaine manière, c'est mon rôle. Comme vous le savez tous, mes parents sont décédés à Poudlard durant la Grande Bataille et j'ai été élevé par une merveilleuse grand-mère.
Il se tourna vers Andromeda et la salua de la tête.
— Mais pas seulement. J'ai été très entouré, et tout particulièrement par mon parrain et sa femme, qui sont devenus presque comme des parents pour moi.
Il leva son verre en direction de Harry et Ginny. Cette dernière avait un sourire ému.
— J'ai donc forcément vu débouler dans ma vie de petit garçon une tornade — oui, James, je parle de toi — puis un garçon heureusement plus réservé — Albus, je sais que je te l'ai déjà dit, mais : ne te laisse pas faire par ton frère.
Les rires fusèrent, en particulier aux tables des amis de Lily et Scorpius, qui connaissaient bien les frères de Lily. James posa une main sur son cœur, l'air profondément blessé, tandis qu'Albus levait les yeux au ciel, tant ce temps lui semblait lointain.
— Je ne pensais pas pouvoir être plus heureux. Et c'est là que Lily est arrivée pour me contredire. Ce n'était que la première d'une longue série de contradictions, croyez-moi, cette charmante jeune femme est une vraie tête de mule. Mais je suis à peu près certain que Scorpius l'a épousée en toute connaissance de cause.
Celui-ci étouffa un rire, et ne fut pas le seul, tandis que Lily levait les yeux aux ciel.
— Je me souviens de ses premiers pas, rapidement suivis par ses premiers essais sur son propre balai. Savez-vous ce qu'a été la première manifestation de magie de celle qui deviendra attrapeuse à Poudlard ? Ni plus, ni moins que d'essayer de piquer le balai de James, alors qu'elle n'était encore qu'un bébé, si, si ! Tu vois, Scorpius, elle se destinait déjà à t'affronter. C'est peut-être pour cela qu'elle est aussi douée ?
Cette fois-ci, Teddy avait déclenché de nombreux rires francs à travers l'assemblée.
— Bref, pour en revenir au premier balai que notre Lily a possédé, ce n'était évidemment qu'un jouet, vu son jeune âge. Aussi, dès qu'elle a pu, elle a préféré les balais de ses frères, moins limités que les siens pendant très longtemps. Croyez-moi, elle a vite compris comment ces choses-là fonctionnaient ! Bon, certes : après quelques bosses, et, si je me souviens bien, une ou deux fractures. Dont une qui avait beaucoup inquiété ses parents. Tu te souviens, Lily ?
La mariée rit de bon cœur et confirma d'un signe de tête.
— Je n'étais déjà plus à Poudlard quand Lily y est arrivée, mais je savais qu'elle serait une élève exceptionnelle. Elle a intégré l'équipe de Quidditch de sa maison dès sa deuxième année. Il faut dire que l'on a le Quidditch dans le sang, dans sa famille. D'ailleurs, je ne compte plus les entraînements intensifs et les parties endiablées que j'ai faits avec les jeunes Potter et Weasley, lors de nos vacances.
— Et pas qu'entre vous ! remarqua Ginny avec un large sourire complice.
Teddy salua théâtralement l'ancienne joueuse des Harpies, tandis que les rires redoublaient.
— C'est donc sans surprise que notre Lily a commencé à sortir avec un joueur de Quidditch tout aussi doué qu'elle, sous le regard protecteur du plus passionné de Quidditch des professeurs de Poudlard.
Teddy se tourna vers Neville et leva son verre dans sa direction. Le professeur de Botanique étouffa un rire. Sa passion du Quidditch était bien loin de celle que son amie et ancienne collègue Minerva McGonagall avait développée pour ce noble sport.
— Le plus beau, dans tout ça, c'est quand ma presque sœur a découvert que son mari était également mon cousin, me permettant de découvrir la famille que la guerre avait éloignée de moi.
Ce fut au tour des Malefoy d'être au centre de l'attention. Lucius resta de marbre, mais Narcissa échangea un regard profondément reconnaissant avec son petit-neveu, puis avec sa soeur. Drago fit un signe de tête aimable au fils de sa cousine, tandis qu'Astoria souriait aux jeunes mariés.
— Alors voilà, Lily, Scorpius, permettez-moi d'être le premier à vous féliciter officiellement. Et Lily, peut-être que mon rôle devient un peu plus flou aujourd'hui... grand frère de cœur, cousin par alliance... ce qui est sûr, en tout cas, c'est que je serai toujours là pour toi. Aux mariés !
— Aux mariés ! répétèrent les convives en chœur.
Dès que les acclamations se furent calmées, James se leva et réclama à son tour l'attention. Il commença par faire une grimace à Teddy, et rangea ostensiblement un rouleau de parchemin dans la poche intérieure de sa robe.
— Comme Teddy l'a si obligeamment fait remarquer, c'est MON rôle de faire un discours en l'honneur de la mariée... Mais il a déjà tout dit, alors je vais garder pour moi les histoires comme la fois où elle a soi-disant fait de la magie spontanée et détruit le nécessaire à balai que je venais de recevoir pour mon anniversaire...
— Fallait pas faire exploser mon dragon en peluche ! s'exclama Lily.
James poursuivit, comme s'il n'avait pas été interrompu.
— ... Et souhaiter une longue et belle vie aux mariés !
De nombreux applaudissements succédèrent à ses mots. La mariée se leva, presque aussitôt suivie par son époux, pour aller embrasser Teddy et James. Plus sobrement, Scorpius échangea ensuite avec eux une accolade. Lily et lui rejoignirent ensuite leur table afin de commencer leur repas pour de bon cette fois-ci.
Régulièrement, les jeunes mariés se levaient pour aller saluer leurs invités, qui s'étaient regroupés par affinités et par tranches d'âge sur les petites tables rondes, tout autour de la pièce. Ils échangèrent ainsi quelques mots avec chacun, les remerciant de leur venue, et recevant de nouvelles félicitations.
La famille française de Fleur les abreuva de nombreux conseils en vue de leur installation en Provence. Sauf Mathilde, évidemment, qui leur avait déjà fait part des siens via de longues lettres détaillées. Lily et elle allaient continuer leurs études ensemble à l'Institut des Sortilèges d'Aix en Provence, tandis que Scorpius faisait partie d'un programme d'échange entre l'École de Magizoologie d'Angleterre et l'Université de Magizoologie française.
La grande majorité des invités étaient bienveillants, et sincèrement heureux pour les mariés. Ils étaient vraiment nombreux, et venus d'horizons très divers — bien que quasiment tous sorciers. En dehors de la famille des jeunes époux, particulièrement vaste du côté de Lily, il y avait bon nombre de leurs amis et connaissances. Et notamment la plupart de leurs anciens coéquipiers du Quidditch, aussi bien à Poudlard que dans les équipes de jeunes qu'ils avaient rejointes par la suite.
Lily ne regretta pas un instant d'avoir refusé de convier la vieille tante Muriel, langue de vipère patentée. D'ailleurs, la plupart de ses cousins et, même, certains de ses oncles (tout particulièrement George), lui dirent à quel point ils appréciaient cette absence. La vieille sorcière était sûrement verte de rage, de son côté, mais elle n'était pas regrettée.
Lorsque les jeunes mariés étaient assis à leur table, Lily essayait d'observer discrètement ses frères, tout en discutant. Plus le temps passait, et plus ils lui semblaient à l'opposé l'un de l'autre, ce soir-là. James était souriant, enjoué et détendu, tandis qu'Albus était sombre et crispé. Il faut dire, aussi, qu'Ailis discutait gaiement avec James, tandis qu'Anwenn était loin d'Albus et semblait tout aussi malheureuse que lui.
Scorpius déposa un baiser sur les cheveux de sa femme.
— Laisse-les gérer... Profite de la soirée... chuchota-t-il.
— Mais... commença-t-elle sur le même ton.
— James...
— Ce n'est pas pour lui que je m'inquiète, Scorp ! Ailis et lui n'ont pas besoin de moi, ils s'en sortent très bien. Mais tu as vu Albus et Anwenn ?
— Oui. Je comptais aller leur parler, à ces deux-là. Mais un peu plus tard, quand les gens auront commencé à danser. Ça te va ?
Elle se retourna vers lui avec un large sourire et déposa un baiser sur ses lèvres, qui déclencha quelques nouveaux vivats.
