70. Le début d'une nouvelle vie

Lily s'étira et ouvrit les yeux, encore un peu ensommeillée. Pour plonger presque aussitôt son regard dans les yeux gris de Scorpius. Et fondre de tendresse face à tout l'amour qu'elle pouvait y lire. Elle leva une main vers son visage et caressa tendrement sa joue.

— Est-ce que mon cher mari a bien dormi ? murmura-t-elle.
— À merveille, ma ravissante épouse, répondit-il sur le même ton.
— Ça fait longtemps que tu es réveillé ?
— Je ne sais pas. Quand je te contemple, je perds toute notion du temps.

Elle éclata de rire et se blottit contre lui.

— Arrête de raconter n'importe quoi, fit-elle mine de grogner.
— J'ai le droit d'être heureux de me réveiller auprès de ma femme, non ?

Lily enfouit complètement son visage dans l'épaule de Scorpius pour cacher un petit rire heureux. Il glissa ses bras autour d'elle et la serra contre lui, déposant un baiser dans ses boucles rousses. Elle en déposa un en retour sur son épaule, avant de redresser la tête et de le regarder dans les yeux.

— Dis-moi, tu as une idée de l'heure, au fait ? Il ne faudrait pas qu'on rate notre train...
— Ne t'inquiète pas, on a tout notre temps. Il ne part que cet après-midi, et le déjeuner est encore loin. De toute façon, Hannah a dit qu'elle nous réveillerait au plus tard lorsque le repas serait prêt.
— Oui, c'est vrai, souffla-t-elle. Oh la la, j'espère qu'elle a pu se reposer correctement !
— Mais oui, elle t'a promis de laisser ses employés s'occuper du Chaudron Baveur aujourd'hui.
— Je sais, mais elle est tellement consciencieuse, je ne voudrais pas...
— Je suis sûr que Neville gère à merveille et veille à ce qu'elle ne s'épuise pas.
— Tu as sûrement raison... reconnut-elle avec une petite moue.
— Tu veux te lever maintenant, ma chérie ? Ou bien... tu es encore fatiguée, peut-être ?
— Mmmh, non, j'ai vraiment bien dormi... indiqua-t-elle juste avant d'embrasser son mari tout neuf.

Ils passèrent à table un peu après midi. Hannah et Neville leur avaient monté de délicieux plats dans leur chambre, qu'ils avaient installés sur un guéridon magiquement agrandi à cet effet. Ainsi, les jeunes époux ne risquaient pas d'être dérangés par les autres clients du Chaudron Baveur, et pouvaient profiter de ces instants supplémentaires d'intimité.

— Notre dernier repas britannique avant très longtemps ! remarqua Lily en riant, entre deux bouchées.
— Oui, c'est vrai, ils ne mangent pas vraiment comme nous, en France... remarqua Scorpius en se mordant la lèvre inférieure pensivement. Tu n'as jamais eu de mal à t'y faire ?
— Euh... je ne me suis jamais posé la question, en fait. Bon, c'est vrai aussi que j'y vais assez souvent depuis mon enfance, ça joue peut-être... Et puis Tante Fleur nous fait régulièrement des spécialités de son pays, elle a même appris certaines recettes à ma grand-mère. Enfin de toute façon, on pourra toujours cuisiner ce qu'on veut, le soir, chez nous. Je suis sûre qu'on devrait trouver facilement tous les ingrédients nécessaires pour ne pas être trop dépaysés.
— Chez nous... répéta Scorpius avec un sourire tendre. J'aime vraiment cette notion, ma Lily. Chez nous...

La jeune femme sourit à ces mots et il reprit la parole avec émotion.

— Franchement, tu sais, ça aurait été un sacré arrachement pour moi de partir sans toi ! Déjà que j'ai trouvé ça difficile d'être séparé de toi durant tes deux dernières années à Poudlard... Vraiment, j'ai une chance folle que tu aies accepté de m'épouser.
— Honnêtement, ça aurait été très dur pour moi aussi si on s'était retrouvés à nouveau si loin l'un de l'autre ! reconnut-elle sans hésitation. Mais tu sais à quel point je t'aime, Scorpius, depuis le temps. C'était donc évident que j'allais te dire oui, hein.
— Je sais bien que je t'ai prise au dépourvu... reconnut-il en se frottant la nuque.
— C'est vrai ! confirma-t-elle en riant. Je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'on se marie aussi tôt. Mais ça n'a pas changé grand-chose. Je n'envisageais pas, je n'envisage pas mon avenir sans toi... souffla-t-elle en entrelaçant leurs doigts.

Après avoir fini leur repas, Lily et Scorpius rangèrent toutes leurs affaires pour le trajet dans leur première valise commune. Les jeunes époux jetèrent un regard ému à leurs robes de mariage, qu'ils avaient suspendues sur des cintres accrochés au mur. Astoria les ferait nettoyer, en attendant de les leur apporter dans leur futur logement.

La jeune femme passa ensuite un coup de miroir à son parrain pour lui signaler qu'ils étaient prêts à partir. Neville et Hannah vinrent alors leur dire au revoir avec émotion et leur souhaiter une bonne installation en France. Les époux Londubat débloquèrent ensuite la cheminée de la chambre, y firent un feu d'un coup de baguette magique, et leur donnèrent un peu de poudre de cheminette pour leur trajet.

De l'autre côté, Lily et Scorpius sortirent de la cheminée d'une pièce de taille moyenne, équipée de nombreux canapés et fauteuils, tous dépareillés. Sur les tables se trouvaient des exemplaires de différentes revues sorcières ainsi que plusieurs livres, la plupart d'entre eux ayant visiblement déjà bien vécu.

Tout un pan de mur de la pièce comportait des vitres dépolies sur plus de la moitié de sa surface, ce qui apportait une certaine luminosité à l'ensemble, tandis que des affiches pour des voyages à travers la Grande-Bretagne, l'Europe, les Indes et le reste du monde étaient placardées sur les autres murs.

Scorpius posa la valise et, se tournant l'un vers l'autre, les jeunes époux s'aidèrent à retirer la suie qui les couvrait.

— Qu'est-ce qu'ils sont dégoulinants de guimauve, ces deux-là... fit mine de soupirer Hugo.

Lily et Scorpius tournèrent la tête et sourirent largement en voyant leurs familles, venues leur dire au revoir avant leur départ en voyage de noces et leur installation en France, qui se ferait dans la foulée. Enfin, en parlant de famille, c'était assez restreint, du côté du jeune homme. Le contraste entre les deux familles était d'autant plus frappant que les Weasley-Potter-Lupin étaient venus en nombre et, pourtant, ils étaient loin d'être tous présents.

Astoria et Drago se tenaient là avec Narcissa ainsi que Mr et Mrs Greengrass. Seule la mère de Scorpius semblait vraiment à l'aise, même si l'on sentait indéniablement sa tristesse. Les jeunes mariés commencèrent leur tour d'au revoir par eux. Astoria serra tendrement contre elle son fils et sa bru en même temps, puis les grands-parents de Scorpius les embrassèrent. Drago leur tapota l'épaule, visiblement un peu mal à l'aise au milieu de tout ce monde, hésitant à leur dire plus que des banalités.

Scorpius demanda si son grand-père paternel était souffrant. Face au silence gêné qu'il reçut en guise de réponse, avant des explications un peu vaseuses, le jeune homme comprit que Lucius boudait sûrement au manoir Malefoy et leva les yeux au ciel en poussant un petit soupir exaspéré. Lily serra sa main dans la sienne pour tenter de le réconforter.

Les parents Potter enlacèrent leur fille puis Ginny enlaça son gendre, tandis que Harry lui donnait une accolade. James cacha son émotion derrière quelques plaisanteries faussement insouciantes. Il leur confia ensuite une boîte marquée du logo de Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux, et leur recommanda de faire bon usage de ces produits de la boutique familiale.

— Il y a des Chocomanga, dedans, je présume ? vérifia Scorpius en levant un sourcil, faisant référence à une blague que Ron et George lui avaient faite, juste après que sa relation avec Lily ait été rendue officielle.
— Non, même pas ! assura James en riant. Mais si vraiment tu y tiens, je peux toujours t'en envoyer plus tard.

Lily tira puérilement la langue à son frère aîné. Avant de se tourner vers son plus jeune frère, avec un air calculateur. Albus semblait fatigué, c'était indéniable, ce qui n'avait rien de surprenant après un mariage. De toute façon, sauf à avoir utilisé des sorts pour le masquer, ils avaient tous l'air fatigués.

Mais ce que la jeune femme cherchait à savoir, c'était surtout l'état d'esprit global de son frère. La veille au soir, les choses avaient enfin semblé bouger, peut-être même changer, entre Anwenn et lui. Ils avaient même dansé ensemble, à un moment ! Mais est-ce que cela avait porté ses fruits ?

C'était impossible à deviner, ce qui frustrait considérablement la jeune femme. Heureusement qu'elle savait pouvoir compter sur James et sur leurs cousins pour enquêter discrètement et lui faire part de leurs découvertes, malgré la distance. Voir Anwenn et Albus danser ensemble lui avait rappelé combien leur relation avait été riche et intense, mais surtout combien ils avaient toujours semblé si complémentaires.

À vrai dire, Lily s'interrogeait aussi sur la vie amoureuse de son frère James. Celui-ci avait vraiment changé, depuis qu'il se passait quelque chose entre Ailis et lui. Pourtant... ces deux-là ne semblaient toujours pas être en couple.

Ils avaient pourtant passé quasiment tout leur temps ensemble, la veille, après la cérémonie. Et James semblait beaucoup plus naturel avec elle qu'il ne l'avait jamais été avec aucune de ses (nombreuses) petites amies. Mais, justement, ne serait-ce pas parce qu'il n'aurait, en réalité, aucune intention d'avoir une relation amoureuse avec Ailis ? Pourtant, cela commençait à faire longtemps qu'il n'était plus sorti avec personne...

L'heure du départ du train approchait, et la jeune femme n'avait pas le loisir de s'appesantir sur ces sujets. Partir à l'étranger, même si Scorpius et elle pourraient rentrer à peu près une fois par mois, induirait forcément une certaine distance avec leurs familles. Distance différente de ce qu'ils avaient connu lorsqu'ils étaient pensionnaires à Poudlard : plus importante par les kilomètres, mais moins par la fréquence à laquelle ils se reverraient. Et surtout, au quotidien, les jeunes époux seraient seuls.

Ou du moins, presque seuls : dans sa nouvelle école de sortilèges, Lily allait retrouver son amie Mathilde Charmetant. Cela faisait bien longtemps qu'elles se connaissaient, toutes les deux. Elles avaient le même âge et se voyaient au moins une fois par an, car elles avaient des cousins communs, Victoire, Dominique et Louis Weasley. La sœur de Fleur, son mari et leurs enfants profitaient d'ailleurs de leur venue en Grande-Bretagne pour passer quelques jours de plus à la Chaumière aux Coquillages, avant de retourner en France.

Lily allait donc se retrouver un peu plus en terrain connu que Scorpius. Elle savait qu'il appréhendait davantage qu'elle ce saut dans l'inconnu. D'autant plus que, contrairement à elle, il n'avait jamais vraiment eu l'occasion de parler français jusque-là, en dehors de ses cours. Heureusement, s'il avait vraiment trop de mal, il pourrait toujours s'aider d'un sortilège de traduction, le temps de maîtriser suffisamment la langue.

Teddy et Victoire, bien sûr, étaient venus dire au revoir aux jeunes mariés, et leurs trois petits, Maud, Paul et Edgar, animaient la pièce de leurs cris et babillements. Lily et Scorpius réitérèrent l'invitation à venir les voir qu'ils leur avaient déjà faite à plusieurs reprises. Andromeda, quant à elle, se tenait dans un coin de la pièce, discrètement, et embrassa tendrement les jeunes époux lorsqu'ils s'approchèrent d'elle.

Ils saluèrent ensuite Molly et Arthur. Ce dernier tournait ostensiblement le dos à la famille de Scorpius. Il sourit néanmoins au nouvel époux de sa petite-fille, et lui glissa même sur un ton malicieux :
— Ta femme est une vraie Weasley, tu sais !

Scorpius rit à ces mots et lui répondit en souriant qu'il aimait Lily exactement telle qu'elle était. Celle-ci avait levé les yeux au ciel face à la réaction de son grand-père, mais serra tendrement dans la sienne la main de son mari. Tout bien réfléchi, même si cette expatriation n'allait pas forcément être facile, elle présentait au moins un gros avantage : leur épargner ce type de remarques pénibles... Et encore, heureusement que leurs pères avaient fait des efforts ! Même si l'on sentait bien que c'était forcé, au moins ils n'avaient pas l'air, eux, d'être sur le point de se battre à coup de sortilèges...

Les jeunes mariés saluèrent ensuite Hermione, très aimable avec eux, et Ron, qui était plus réservé sans être impoli pour autant. Rose et son mari Alec furent les suivants, et leur promirent de les tenir au courant de la grossesse de la jeune femme. Lorsque le tour de Hugo vint enfin, Lily et lui se prirent dans les bras l'un de l'autre. Scorpius les regarda faire avec un sourire complice. Il savait qu'ils avaient toujours été proches l'un de l'autre.

— Toi aussi, on t'attend à la maison très bientôt, lui rappela-t-il tout en posant une main réconfortante sur l'épaule de sa femme.
— Ouais, c'est promis, je viendrai, assura Hugo d'une voix légèrement chevrotante. Enfin quand vous serez installés, hein. Prends bien soin d'elle !
— C'est promis ! assura Scorpius.

Aucun des membres de cette petite assemblée, ou presque, n'avait envie d'écourter les adieux. Pourtant, il le fallut bien : un employé ouvrit la porte pour leur indiquer que le train allait bientôt partir, et qu'il fallait se rendre sur le quai. Il referma ensuite pour leur laisser un peu d'intimité.

Lily et Scorpius échangèrent un regard, chargé à la fois de la nostalgie du départ et de l'excitation du voyage à venir.

Le niveau sonore augmenta brusquement dans la pièce. Chacun avait un mot à dire aux voyageurs, chacun avait une recommandation à leur faire. Les jeunes époux eurent l'impression d'être encore plus au centre de l'attention générale que la veille, ce qui n'était pas peu dire.

Finalement, néanmoins, ils parvinrent à calmer un peu les choses. Scorpius retourna vers la cheminée pour récupérer leur valise. Il tendit ensuite galamment son bras à sa femme, qui échangea un sourire complice avec lui, et ils se dirigèrent vers la porte.

— La voie est libre ? demanda Lily avec une hésitation manifeste, juste avant de tourner la poignée.

Harry posa une main sur son poignet, au niveau de son tatouage d'auror, et confirma rapidement qu'ils pouvaient y aller, qu'il n'y avait pas plus de scarabées que d'autres journalistes dans le coin. En dehors de la plus compétente d'entre eux, ajouta-t-il avec un clin d'œil complice à sa femme, qui leva les yeux au ciel avec un sourire amusé.

Lily se mordit les lèvres, réalisant davantage encore à quel point ses parents allaient lui manquer. Sentant sa soudaine tension, Scorpius se tourna vers elle et déposa un baiser dans ses cheveux. La jeune femme le regarda et lui sourit tendrement. Certes, ce ne serait pas toujours facile, mais ils allaient affronter ce nouveau challenge ensemble.

Et, après tout, sa Tante Fleur avait un peu vécu la même chose quelques décennies auparavant. Si ce n'était qu'elle s'était définitivement établie dans un pays qui n'était pas le sien, tandis qu'ils se gardaient la possibilité de rentrer ultérieurement, s'ils le désiraient. Et eux n'auraient sûrement pas à survivre à travers une guerre, dans leur pays d'adoption...

L'assemblée quitta la salle d'attente petit à petit et se retrouva sur le quai de la gare. D'un coup de baguette, Ron leva le sort qu'il avait jeté sur les vitres et les rendit à nouveau transparentes.

— Pfff, je suis déçu, souffla Hugo sur un ton exagérément mélodramatique. Il ressemble énormément au quai 9 ¾, le quai 7 ½, en fait !
— C'est parce que tu regardes du mauvais côté, lui indiqua Albus avec un coup de coude complice. Vu la tête de la locomotive, impossible de se tromper !

Effectivement, une énorme locomotive bleue crachait sa vapeur sur le quai, tandis que quelques voyageurs finissaient de grimper dans ses élégantes voitures.