71. Comme le Poudlard Express... ou presque
Le train dans lequel Lily et Scorpius allaient monter semblait encore plus imposant que le Poudlard Express. Son énorme locomotive d'un élégant bleu sombre apparaissait comme un immense saphir rutilant à travers l'abondante vapeur d'eau qu'elle dégageait, et qui lui faisait comme un écrin.
Chacune des voitures qui y était accrochées était décorée de fines arabesques peintes en blanc, sur le même fond bleu sombre. Leurs larges fenêtres semblaient être des miroirs. En effet, elles étaient ensorcelées pour ne laisser passer la vue que de l'intérieur vers l'extérieur, quelle que soit la luminosité d'un côté ou de l'autre.
En s'approchant, on pouvait lire au flanc de chaque voiture, en élégantes lettres dorées, le nom du train : « Tour Européen Sorcier ». Ces inscriptions étaient évidemment enchantées de manière à ce que le dernier mot n'apparût pas aux yeux des Moldus, afin de respecter le Code du Secret Magique.
Lily et Scorpius échangèrent un regard ému. La jeune femme sortit de son sac à main deux petits rectangles de bristol doré, décorés des mêmes arabesques que le train et imprimés de caractères bleu foncé.
— Nos tickets pour une nouvelle vie... lui souffla son mari à l'oreille sur un ton complice.
Ces mots réchauffèrent le cœur de la jeune femme. Elle n'aurait jamais pu le laisser partir seul aussi loin et aussi longtemps. C'était ensemble qu'ils allaient construire cette nouvelle vie. Une nouvelle vie en France, mais aussi en tant qu'époux puis, plus tard, en tant que famille.
Elle présenta les billets à l'un des employés qui se trouvaient sur le quai 7 ½. Celui-ci les mena alors à leur voiture et leur proposa d'y déposer leur valise, ce qu'ils acceptèrent volontiers. Avant de grimper, il leur indiqua que le train allait partir, et qu'il fallait qu'ils se dépêchassent de faire leurs adieux.
Les voyageurs se retrouvèrent alors entourés de tous leurs proches, passant si vite de bras en bras qu'ils en eurent presque le tournis, ayant à peine le temps d'échanger encore un mot avec chacun. Bien trop vite, il leur fallut monter dans la voiture.
Une fois à l'intérieur, ils rejoignirent le compartiment qui leur était attribué et déverrouillèrent la porte en posant leurs tickets de train contre la poignée. Ceux-ci leur tenaient lieu de clef durant leur voyage, grâce à un sortilège inclus dans les titres de transport.
— Après vous, Mrs Malefoy ! s'exclama Scorpius cérémonieusement mais avec un clin d'œil malicieux, tout en ouvrant la porte à sa femme.
En riant, celle-ci entra, attrapant sa main au passage pour l'entraîner à sa suite. Ils fermèrent la porte et s'empressèrent d'aller baisser la vitre de l'une des fenêtres pour dire une dernière fois au revoir à leurs familles.
Après un dernier coup de sifflet, le train s'ébranla et commença à s'éloigner du quai et des personnes qui s'y trouvaient et continuaient à faire de grands gestes en direction des voyageurs. Ce fut seulement lorsque la gare eut complètement disparu hors de leur vue que Lily et Scorpius refermèrent la fenêtre.
— N'empêche, ça a vraiment des airs de départ à Poudlard ! remarqua la jeune femme avec un sourire nostalgique.
— C'est vrai, mais le confort n'a rien à voir... et d'une certaine manière, on n'est rien que tous les deux. Pas de camarades de classe et plus de rivalité entre Maisons.
Elle opina en se tournant vers lui.
— Ça aurait été moins romantique d'aller en voyage de noces à Poudlard, tu ne crois pas ? reprit-il sur un ton de provocation malicieuse.
— Eh bien, maintenant que tu le dis, mon cher mari... je suis vraiment curieuse de savoir ce que la directrice de Poudlard penserait du concept d'accueillir des voyages de noces à Poudlard, lui répondit-elle sur le même ton. Tu crois que je devrais en parler à mon parrain ? On pourrait même proposer une immersion totale, par exemple avec des retenues, ou ce genre de trucs, non ?
Ils éclatèrent de rire ensemble à cette idée. La tension du départ en grande partie retombée, ils décidèrent de commencer par s'installer.
L'élégant compartiment dans lequel ils allaient passer leur voyage de noces était à peu près aussi grand que la chambre qu'ils avaient occupée la nuit précédente au Chaudron Baveur. Ou, plus exactement, il était magiquement agrandi de manière à correspondre à la taille d'une chambre d'hôtel tout à fait correcte.
Entièrement recouvert de bois du sol au plafond, il était décoré de meubles élégants. Ceux-ci étaient fixés magiquement au sol ou aux murs, de manière à ne pas bouger seuls durant le trajet.
Le lit se trouvait dans une alcôve que l'on pouvait refermer grâce à de lourds rideaux de velours, du même bleu que le train. Elle se trouvait à l'opposé des fenêtres, encadrées de rideaux identiques, et qui n'occupaient qu'un seul des murs du compartiment. Une penderie était située juste à côté de l'alcôve et pouvait être masquée par un rideau du même type. Un peu plus loin, deux portes menaient l'une vers la salle de bain, l'autre vers les toilettes.
De l'autre côté du compartiment, vers la porte d'entrée, un coin salon était aménagé à proximité des fenêtres. Il comportait une banquette et deux fauteuils du même velours que les rideaux, ainsi qu'une délicate table basse en acajou. Elle pouvait être agrandie en largeur et en hauteur, notamment pour manger dans le compartiment si on le désirait, le repas étant alors livré depuis le wagon-restaurant.
La valise du jeune couple avait été déposée devant la penderie. Ils l'ouvrirent et rangèrent leurs affaires, tout en rêvant ensemble à leur installation prochaine dans leur future maison.
Lily et Scorpius étaient encore fatigués de leur mariage, d'autant plus qu'ils avaient quitté la soirée très tard, aussi s'assirent-ils ensuite dans le salon de leur compartiment pour se reposer.
Ils découvrirent que la bibliothèque qui s'y trouvait était particulièrement bien garnie. Elle comportait des livres sur les pays et villes traversés, des romans et quelques ouvrages pratiques, le tout en différentes langues. Les jeunes mariés s'étant déjà beaucoup documentés sur leur destination, ils se penchèrent plutôt sur les étapes de leur trajet, pour commencer.
Les époux Malefoy mangèrent seuls dans leur compartiment le premier jour, mais préférèrent finalement le wagon-restaurant du Tour Européen Sorcier pour la plupart des repas suivants. Élégamment décoré et très chaleureux, c'était un véritable restaurant gastronomique sur rail, proposant des mets de toutes sortes et de toutes origines, afin que chaque voyageur y trouvât son compte.
L'ambiance y était calme et feutrée, et un orchestre de jazz en assurait l'ambiance sonore. Comme il était beaucoup plus grand que les compartiments, et bien qu'il n'occupât qu'un wagon, magiquement agrandi, le restaurant était doté de bien davantage de fenêtres, ce qui permettait d'encore mieux profiter des paysages traversés, même après la nuit tombée grâce à un filtre magique.
Juste à côté des salles du restaurant se trouvait une suite de petits salons en enfilade, accessibles à l'ensemble des passagers. C'était là que l'on prenait le café ou le thé, lorsque l'on ne désirait pas les consommer dans son propre compartiment.
L'ensemble formait un lieu très convivial, où les voyageurs pouvaient faire connaissance et discuter de tout et de rien. Bien sûr, là encore, il y avait des bibliothèques bien garnies. Il était aussi possible d'y lire des journaux sorciers provenant de différents pays. La famille des jeunes époux avait d'ailleurs demandé à la compagnie sorcière de chemins de fer de ne pas mettre à la disposition des voyageurs étrangers les numéros qui évoquaient leur mariage.
Le responsable avait un peu tiqué, tout d'abord, mais vite compris et accepté ensuite. En effet, leur mariage avait éveillé l'intérêt de leurs compatriotes, suite à l'article scandaleusement calomnieux et outrancier de Rita Skeeter paru juste après leurs fiançailles, il s'agissait donc de leur permettre de vivre un voyage aussi tranquille que possible.
Heureusemment, parmi les passagers, peu d'entre eux étaient britanniques, le train ne faisant qu'une escale à Londres. Il y avait principalement des sorciers des pays nordiques, de la Russie et des pays de l'Est, ainsi que des touristes non européens.
Quelques personnes, principalement des compatriotes, les avaient malgré tout reconnus mais, heureusement, s'étaient montrées discrètes, se contentant de les féliciter pour leur mariage d'un air entendu, lors de leur première rencontre dans le train.
Ils purent donc continuer à fréquenter les espaces communs du Tour Européen Sorcier sans avoir l'impression d'être des bêtes de foire, sans non plus être dérangés par les autres passagers.
Au fur et à mesure du voyage, Lily et Scorpius sympathisèrent avec quelques-unes des personnes qu'ils avaient rencontrées en ces lieux. Ils étaient les plus jeunes passagers adultes du Tour Européen Sorcier, et le fait qu'ils soient en voyage de noces attendrissait volontiers la plupart des voyageuses d'un certain âge.
Au-delà de l'Angleterre, le seul pays que Lily et Scorpius traversaient était la France mais, comme le but de leur voyage était loin de Londres, ils avaient l'occasion d'en traverser une grande partie. En effet, le train passait par chacune des capitales régionales de ce pays, ainsi que par la plupart des villages entièrement sorciers.
Le Tour Européen Sorcier permettait de se rendre de la Grande-Bretagne au sud de la France, comme c'était leur cas, mais pas seulement. Ce train venait du nord de l'Europe et poursuivait ensuite sa route au-delà de la France, traversant la plupart des pays européens avant de rejoindre son point de départ par des pays différents.
De toute évidence, il n'était absolument pas le moyen le plus rapide de se rendre en de tels lieux. Lorsqu'ils retourneraient en Grande-Bretagne pour voir leurs familles, par la suite, Lily et Scorpius utiliseraient à la place un portoloin international. C'était d'ailleurs la première fois que la jeune femme se rendait en France de cette manière-là.
Comme son lointain cousin, l'Orient Express moldu, ce train était un train de luxe qui prenait son temps pour faire le trajet et permettait de profiter au maximum des paysages traversés, ainsi que des escales si on le désirait, tout en voyageant dans un grand confort. Davantage encore qu'un simple mode de transport, le Tour Européen Sorcier était réellement un voyage à part entière.
Les jeunes époux avaient donc choisi un voyage de noces plutôt original, qui alliait l'utile à l'agréable, puisqu'il leur permettrait de rejoindre directement, à la fin de leur trajet, la ville où ils allaient s'installer.
Il fallait environ deux semaines au Tour Européen Sorcier pour aller de Londres jusqu'en Provence. Non pas à cause de sa vitesse (c'était un train sorcier, après tout), mais parce qu'il faisait de nombreuses escales au passage. Un peu comme une sorte de croisière, mais sur la terre ferme... enfin sur des rails, plus exactement.
Il empruntait les réseaux ferroviaires moldus et était calé de manière à ne pas gêner ses congénères... quitte à faire une embardée en se déplaçant magiquement plus loin pour éviter un train moldu, à la manière du Magicobus, lorsque c'était nécessaire. Comme une croisière, il laissait à ses passagers le temps de passer une journée complète dans chacune des grandes villes traversées.
Les jeunes époux en profitèrent donc pour faire du tourisme. Les livres présents à bord du train montrèrent toute l'étendue de leur utilité. Des guides résumaient les principales curiosités de chacune des étapes du trajet, en partant des plus proches de la gare, jusqu'aux plus éloignées.
Les Malefoy n'étaient absolument pas pressés. Contrairement à d'autres voyageurs, ils ne souhaitaient pas courir d'un point à l'autre de chaque ville traversée. Ils préféraient profiter de ce voyage pour avoir un premier aperçu concret de la France, et notaient les villes qui leur avaient plu afin de revenir les visiter ultérieurement, en y passant davantage de temps. Par exemple durant les week-ends où il ne rentreraient pas en Grande-Bretagne.
Ils ne regrettaient absolument pas d'avoir choisi de faire leur voyage de noces dans le Tour Européen Sorcier, plutôt que de partir à l'autre bout du monde avec un portoloin et se rendre ensuite dans leur futur lieu d'habitation de la même manière. Même si, comme Scorpius l'avait à nouveau promis à sa femme, il comptait bien l'emmener un jour aux États-Unis, sur les traces du périple qu'il y avait effectué quelques années auparavant, lorsque leurs pères respectifs les avaient fort peu innocemment séparés, les emmenant à des kilomètres l'un de l'autre.
Ces quelques jours firent le plus grand bien aux jeunes mariés. C'était la première fois qu'ils passaient autant de temps en tête à tête. C'était la première fois qu'ils n'avaient rien d'autre à faire que de profiter du temps qui passait et l'un de l'autre. Ce voyage de noces, bien plus qu'un voyage vers leur nouvelle vie, c'était une coupure leur permettant de se recentrer sur eux deux et sur leur relation, à l'aube de cette vie nouvelle sur tant de plans.
Ce voyage de noces, d'une certaine façon, c'était aussi une manière de boucler la boucle. Le train était un mode de transport familier, pour tout sorcier britannique ayant fait ses études à Poudlard. Pour Lily et Scorpius, Poudlard et le Poudlard Express avaient une signification toute particulière.
C'était à l'école de sorcellerie qu'ils s'étaient rencontrés, c'était là-bas qu'ils étaient devenus amis, avant de tomber progressivement amoureux l'un de l'autre, c'était là-bas qu'ils avaient annoncé leur relation à leurs familles.
Poudlard aurait toujours une place très spéciale dans leurs cœurs.
Alors qu'ils s'approchaient de leur destination, la végétation devenait de plus en plus méridionale. Des champs d'oliviers, des pins, des moutons parfois, et une herbe bien plus souvent sèche que verte... Pour les britanniques qu'ils étaient, c'était réellement exotique. Du moins, surtout pour Scorpius, puisque Lily n'en était pas à sa première venue en Provence.
Le voyage touchait à sa fin, et les jeunes gens étaient partagés entre l'excitation de la découverte et de leur future installation, d'une part, et une certaine forme de nostalgie, d'autre part...
