72. S'installer
La France. La Provence. Aix en Provence. Non pas le terminus du train, mais la gare d'arrivée de Lily et Scorpius. La fin de leur voyage de noces. La fin d'une transition, et bientôt le début d'une autre vie, d'une nouvelle vie, pour de bon cette fois-ci.
En descendant du Tour Européen Sorcier, sur l'immense quai 1 ⅔ de la gare, les jeunes époux furent surpris par la chaleur écrasante. Il avait pourtant fait de plus en plus chaud, à chacune de leurs étapes précédentes, et ils avaient dû adapter leurs vêtements à l'évolution de la météo au fur et à mesure, lors de leurs promenades et visites en dehors du train. Néanmoins, le climat méditerranéen était très particulier, et bien différent de celui de leur chère Albion, mais aussi de celui du reste de la France. De plus, l'été débutait à peine lors de leur mariage, et battait désormais son plein.
La chaleur avait donc seulement été agréable, jusque-là, tandis qu'elle atteignait désormais des niveaux auxquels ils n'étaient absolument pas habitués. D'ailleurs, personne ne traînait sur place, privilégiant au maximum l'ombre.
— Zut, on a oublié de poser les sorts anti coup de soleil avant de descendre du train ! s'exclama Lily en remarquant que son mari, si pâle et si blond, s'épongeait déjà le front.
Scorpius grimaça et hésita à s'arrêter afin de le faire immédiatement, se demandant s'il ne valait pas mieux attendre d'être à l'ombre. Lily lui avait appris plusieurs des sortilèges que les sorciers provençaux avaient l'habitude d'utiliser, et qu'elle tenait notamment de son amie Mathilde. Mais le jeune homme n'avait pas encore vraiment eu l'occasion de les tester en conditions réelles.
Du moins, pas avec un tel soleil, une telle chaleur. Il n'y avait même pas un nuage dans le ciel, pas la moindre trace de nuage ! C'était franchement déroutant pour le britannique qu'il était. Il décida de ne pas s'interrompre pour le faire en plein soleil et préféra donc changer de sujet pour distraire sa femme de celui-là.
— Dis donc, ma future météomage chérie, comment tu vas faire, ici ? Le ciel est totalement vide.
La jeune femme éclata de rire.
— Ne t'inquiète pas, ce n'est normalement pas un problème pour la pratique de la météomagie ! De toute façon, les nuages et leurs mouvements ne représentent qu'une toute petite partie de notre matière. C'est comme dans la vétérimagie, les mammifères ne représentent qu'une partie des espèces que tu es amené à étudier, rappela-t-elle malicieusement.
Il opina avec un sourire complice, tandis qu'ils se dirigeaient vers la sortie du quai.
— Bon, je ne voudrais pas que tu deviennes rouge comme un crabe de feu... Lorsque tu te seras habitué au soleil d'ici, ce sera plus facile, mais là, il faut vraiment que tu fasses attention, c'est traître. Tu te souviens des formules et mouvements de baguette ?
— Euh... Oui, mais si je les réalise mal, ces sorts, ils seront moins efficaces, non ? vérifia-t-il en se frottant la nuque.
— Il va vraiment falloir que tu t'entraînes à les pratiquer ! lui rappela-t-elle avec une petite moue. Je ne serai pas toujours avec toi, surtout à partir de la rentrée, et Mathilde m'a dit qu'il faisait chaud ici au moins jusqu'à fin octobre.
— Parfois, je me demande ce qu'il m'a pris de venir ici ! s'exclama-t-il sur un ton railleur. C'est tellement... tellement exotique !
— Chut, ne dis pas ça trop fort ! souffla-t-elle avec un sourire en coin. Certains, ici, pourraient ne pas apprécier ce genre de remarques...
— Euh mais ce n'était pas péjoratif... souffla-t-il sur un ton penaud. C'est juste... je crois que je commence à peine à réaliser le décalage, en fait. Lorsqu'on m'a proposé de faire cet échange universitaire, ça avait l'air d'une opportunité passionnante, mais ça ne m'avait pas semblé aussi... aussi énorme, comme changement.
Lily glissa sa main dans la sienne et la serra.
— Le bon côté des choses, reprit-il en se tournant vers elle avec un sourire en coin, c'est que j'ai réussi à t'enlever à ton père et que, cette fois-ci, c'est moi qui t'emmène en Provence.
— Ah parce que tu appelles ça un enlèvement ? rétorqua-t-elle en riant.
— Oui, parce que je n'ai aucune intention de te rendre ! expliqua-t-il tout en joignant son rire au sien.
— Tu sais très bien que je ne t'appartiens pas plus que je n'appartenais à mon père, remarqua-t-elle en tapotant le nez de Scorpius avec son index.
Le jeune homme attrapa la main de sa femme et y déposa un baiser avant de plonger son regard dans le sien.
— Et tu sais que je ne voudrais surtout pas qu'il en soit autrement, ma petite lionne, souffla-t-il avec un sourire en coin. La première chose qui m'a attirée, chez toi, c'est justement ton caractère libre et le fait que tu ne t'obliges pas à te plier aux conventions.
— Je me demande si j'ai bien fait de me laisser séduire par un Serpentard beau parleur... le provoqua-t-elle en plaisantant.
— Je crois surtout que tu aurais dû accepter la proposition du Choixpeau et venir avec moi dans cette Maison, rétorqua-t-il sur le même ton.
Elle éclata de rire. Tout en devisant gaiement, les jeunes gens quittèrent la gare en direction de la maison de Gabrielle et François Charmetant, via l'aire de transplanage. Ils étaient attendus là-bas pour le repas et préférèrent ne pas traîner. Ils auraient tout le temps de profiter d'Aix en Provence ultérieurement.
La sœur de Fleur et son mari avaient proposé d'héberger le jeune couple jusqu'à ce qu'ils trouvassent leur propre logement, et accueillirent Lily et Scorpius très gentiment durant ce laps de temps. Gabrielle et François s'étaient aussi portés volontaires pour emporter toutes les affaires nécessaires à leur installation en France, dûment miniaturisées et allégées par des sorts, en revenant du mariage et de leur séjour à la Chaumière aux Coquillages. Cela avait ainsi permis aux jeunes époux de ne pas avoir à s'en préoccuper durant leur voyage de noces.
Les Charmetant avaient mis à la disposition des Malefoy une chambre avec cheminée raccordée au réseau de cheminette français, leur permettant ainsi d'aller et venir facilement, sans devoir les déranger à chaque fois. Ils leur avaient aussi indiqué les adresses de quelques agences immobilières sorcières du coin, à qui les jeunes gens s'adressèrent donc pour leur recherche.
Au final, ce fut le quatrième logement visité que Lily et Scorpius choisirent, celui-ci leur plaisant tant au niveau de son style que de sa disposition intérieure, d'une part, et de son emplacement, d'autre part. Il s'agissait d'un appartement avec terrasse, dans une maison de village assez ancienne.
Celle-ci était située au milieu d'un quartier où sorciers et moldus se côtoyaient depuis le Moyen-Âge, même si ces derniers l'ignoraient depuis le Code du Secret Magique. Ce n'était pas dans la ville même d'Aix en Provence, mais dans un village tout proche, Éguilles. Un village construit sur une colline à l'époque médiévale, et qui avait bien grossi depuis.
La communauté sorcière y était assez importante. Comme dans toute la région, d'ailleurs, puisqu'Aix en Provence était la capitale sorcière de la France. Il y avait donc des terrains de Quidditch dans le village, cachés au milieu des bois, et facilement accessibles par cheminette ou par transplanage. De quoi utiliser leurs balais autant que les jeunes gens le désiraient !
L'appartement de Lily et Scorpius était typiquement sorcier. Il comportait un placard à balais dans l'entrée, avec un emplacement pour une malle de balles de Quidditch et des étagères pour ranger le matériel d'entretien ainsi que les accessoires. Il y avait même un espace pour suspendre les tenues utilisées pour ce sport. Les jeunes gens installèrent leurs affaires de Quidditch dans ce placard avant même d'installer quoi que ce soit d'autre dans le reste de leur logement.
Ils n'étaient pas sûrs pour autant de proposer leur candidature à des équipes locales d'amateurs, comme ils l'avaient fait en Grande-Bretagne. Continuer à pratiquer leurs entraînements, leurs duels d'attrapeurs, à deux serait déjà suffisant, ils auraient tout le temps de voir plus tard. Il y avait bien d'autres moyens de faire connaissance et tisser du lien avec les sorciers locaux, et ils préféraient se concentrer d'abord sur leurs études et sur leur nouvelle vie à deux.
L'une des premières choses que les jeunes gens avaient dû faire, après avoir loué leur appartement, avait été d'aller acheter des meubles. Leurs pères, dans la surenchère l'un vis à vis de l'autre, leur avaient alloué un budget très confortable pour leur installation, mais Lily et Scorpius préférèrent rester raisonnables.
Certes, leurs parents leur avaient promis d'assurer leurs besoins le temps de leurs études — études qui se termineraient plus tôt pour Scorpius que pour Lily, puisqu'il était plus âgé qu'elle — mais ce n'était pas une raison pour gaspiller. Ils avaient donc choisi des choses simples, tout en veillant à leur qualité.
Les jeunes mariés étaient en pleine installation de leur toute nouvelle maison, leur foyer, essayant de le rendre aussi chaleureux que possible. La journée touchait à sa fin, et ils avaient déjà réalisé la plus grosse partie de l'aménagement. Tandis que Scorpius était occupé dans le couloir, Lily s'adressa à lui depuis le salon.
— Scorp ? Je n'arrive pas vraiment à choisir, pour les photos à accrocher... Ça t'ennuie si, finalement, je fais une sorte de nuage de photos sur l'un des murs ?
— Si c'est ce qui te semble le mieux, je suis sûr que ce sera très bien ! Honnêtement, ton idée m'intrigue, je suis curieux de voir ce que ça donne. Tu m'appelleras dès que tu auras fini, s'il te plaît ?
— Bien sûr, pas de problème ! assura-t-elle avec un large sourire, impatiente à l'idée de partager le résultat avec son mari.
Lorsqu'elle l'appela, le jeune homme n'hésita pas un instant et laissa en plan ce qu'il était en train de faire. En passant la porte du salon, la première chose que Scorpius remarqua fut le sourire satisfait de sa jeune épouse. Mais presque aussitôt, celle-ci lui demanda ce qu'il en pensait, et il s'empressa donc de se tourner vers le mur pour mieux juger de son travail.
Effectivement, de nombreux cadres le couvraient, de manière irrégulière mais harmonieuse. Le hasard pouvait sembler être à l'origine de leur disposition, mais Scorpius sentait sans peine la volonté sous-jacente. À peu près au centre de la composition, deux photos un peu plus grandes que les autres dominaient. Sur l'une des deux, prise par Neville lors de leur dernier match l'un contre l'autre à Poudlard, on les voyait évoluant dans le ciel du stade de Quidditch, se disputant le Vif d'Or.
L'autre photo était la plus récente de toutes celles exposées. Et pour cause : il s'agissait d'une photo de leur mariage, photo que Gabrielle et son mari leur avait apportée en même temps que leurs malles.
C'était l'un des clichés pris par le photographe avec l'ensemble de leurs deux familles respectives. Certaines personnes souriaient, tandis que d'autres étaient graves ou faisaient la tête. Les enfants ne tenaient pas en place, et l'on voyait leurs parents bouger pour essayer de les rendre sages, ou à peu près.
Au centre de la photo, les jeunes mariés rayonnaient de bonheur et semblaient seuls au monde, alternant entre des moments où ils se regardaient amoureusement et d'autres où ils fixaient fièrement l'objectif.
Replongeant dans ses souvenirs tout frais, Scorpius s'avança sans y prendre garde et caressa du doigt ces deux clichés.
— Très bon choix de les avoir mises là, ces deux-là, Lily. Je ne me souvenais pas d'avoir déjà vu des tirages aussi grands de nous deux jouant au Quidditch l'un contre l'autre, surtout à Poudlard... Et juste à côté de notre photo de mariage, ça rend encore mieux, je trouve.
— Merci ! souffla-t-elle avec émotion. Et les autres photos que j'ai mises, tu en penses quoi ?
— Oh ! Euh... attends. Je... je me suis concentré sur ces deux-là, je n'ai pas vraiment fait attention, je regarde.
La jeune femme éclata d'un petit rire tendre et lui déposa un baiser sur la joue, avant de reculer elle-même pour, à nouveau, prendre une vue d'ensemble de son travail.
Scorpius fit à son tour quelques pas en arrière puis enlaça les doigts de Lily entre les siens. L'idée que c'était leur chez eux, leur maison, lui réchauffait le cœur. Il avait tellement de chance d'avoir rencontré et épousé une femme aussi extraordinaire ! Tandis que ses pensées étaient toutes tournées vers ce qu'il ressentait pour elle, ses yeux, eux, vagabondaient entre les différentes photos sorcières où les personnes photographiées ne cessaient de bouger.
Il y avait beaucoup de photos de la famille de Lily, qui était très vaste, mais il remarqua aussi avec émotion quelques photos de ses propres parents avec lui-même à différents âges. Il y en avait aussi une de sa famille élargie, sur laquelle la jeune femme se tenait à ses côtés, et qui avait été prise lors de l'anniversaire de ses grands-parents Greengrass.
Sur quelques rares photos, Lily était plus jeune qu'il ne l'avait jamais connue. Il s'approcha de l'une de celles-ci pour mieux voir, captivé par la scène présente sur ce cliché.
La scène de fin de ce chapitre (qui continue au chapitre suivant) a été écrite pour la page FB Répertoire de Fanfictions d'Harry Potter.
