78. Émotions familiales
L'arrivée d'Anwenn au Terrier avait surpris toute l'assemblée. À commencer par son tout nouveau fiancé, Albus. La jeune femme semblait tout autant déstabilisée par la mine défaite de celui-ci que par l'accueil de sa future belle-sœur, mais elle lui rendit son étreinte avant de la remercier d'une voix sincère.
Cela sembla faire sortir James de son hébétude et, à son tour, il s'avança vers Anwenn, attrapant son frère au passage. Tandis que Lily reculait, il serra à son tour dans ses bras les deux jeunes gens tout en les félicitant sincèrement et en leur disant combien il était heureux pour eux de cette grande nouvelle, et sincèrement désolé d'avoir interféré.
Anwenn se retourna vers Lily, un air de profonde incompréhension sur le visage. Celle-ci haussa les épaules avec un air mi-désolé, mi-amusé.
— Malgré tout ce qu'ils peuvent dire, indiqua-t-elle, je crois que mes deux frères se ressemblent beaucoup plus que ce qu'ils veulent bien admettre. Et ils ont choisi tous deux la même date pour la même annonce à la famille... ajouta-t-elle avec un soupir théâtral tandis qu'Anwenn commençait à comprendre ce qui venait de se jouer.
— Peut-être qu'on aurait choisi des dates différentes, si tu n'avais pas quitté le pays, la taquina James.
— Ah, ça y est, c'est de ma faute ? rétorqua-t-elle en levant un sourcil et en croisant les bras, un sourire malicieux aux lèvres.
— Je voulais que tu sois là, reconnut Albus en se tournant vers elle. Mais je ne te reproche absolument pas ton départ, je te comprends totalement.
Impulsivement, Lily se rapprocha à nouveau pour prendre Anwenn et ses frères dans ses bras et, cette fois-ci, cela provoqua un mouvement de foule, une bonne partie des cousins se jetant à leur tour dans la mêlée.
Le dégel ne fut pas immédiat, entre James et Albus, mais le second se détendit suffisamment pour ignorer son frère et se concentrer sur les félicitations et les manifestations de joie de leur famille. Il finit même par lancer une pique à son aîné.
— En tout cas, James, il est hors de question qu'on se marie le même jour, vous et nous !
— Ne t'inquiète pas, on n'est pas pressé ! rétorqua celui-ci sur un ton conciliant. Promis, cette fois, je te consulte avant, enfin on vous consulte avant.
— Ouais, j'espère bien. Enfin bon... J'ai peut-être réagi un peu fort, aujourd'hui...
— Ben en même temps, je te comprends. Vraiment, j'aurais voulu attendre et pouvoir vous laisser la vedette. Ça me fait tellement plaisir pour vous deux !
Profondément ému par la sincérité qui transparaissait à travers la voix de son aîné, Albus le prit dans ses bras et, après une grimace que seule Lily devina, le félicita à son tour.
L'ambiance au Terrier avait tourné à la fête, bien loin du drame qui s'y était déroulé si peu de temps auparavant. Celui-ci n'était pas effacé pour autant, et nombreux allaient être ceux qui, au cours des semaines et des mois suivants, allaient s'enquérir de l'état de chacun des deux frères.
Lorsque Noël arriva, le mois suivant, c'était donc loin d'être oublié, même si la cordialité semblait être revenue entre James et Albus. Leur famille avait clairement perçu que, sous leur cohabitation habituellement sans nuage, se cachaient en réalité des rancœurs et des douleurs non digérées. Et même si Anwenn était revenue et qu'Albus et elle avaient commencé à reconstruire quelque chose, le départ de celle-ci avait profondément blessé le jeune homme, augmentant d'autant plus ses insécurités.
Il s'agissait des premières vraies vacances de Lily et Scorpius depuis leur première rentrée des classes en France. Ils avaient d'abord envisagé de passer l'intégralité de celles-ci avec leurs familles, en Grande-Bretagne, mais Astoria leur avait conseillé de prévoir quelques jours rien que tous les deux ou bien avec des amis avant leur reprise. Elle se doutait que cela n'allait pas être de tout repos...
C'était la toute première fois que Scorpius allait se rendre au 12, square Grimmaurd autrement qu'en coup de vent. La demeure londonienne des Potter... mais aussi celle de ses ancêtres Black.
Le moment était solennel. Du moins, surtout aux yeux de Lily. C'était elle, la plus émue.
Après tout, c'était dans cette maison qu'elle avait découvert que Scorpius était apparenté aux Black, de nombreuses années auparavant. L'une des premières choses qu'elle fit, après les salutations d'usage avec sa famille, fut d'emmener son mari dans la pièce où se trouvait la fameuse tapisserie. Ginny et Harry les suivirent discrètement, afin de ne pas les déranger.
Scorpius connaissait ce type de tapisseries familiales, et il avait déjà entendu parler de celle-ci par sa grand-mère paternelle, Narcissa Malefoy. Il savait donc à quoi s'attendre. Il ne s'attendait pas, néanmoins, à ressentir une telle émotion. Et, notamment, en voyant l'emplacement où se trouvaient sa grand-mère et les deux sœurs de celle-ci. Le fait que Teddy Lupin soit son cousin lui parut davantage concret tout à coup, en voyant leurs deux noms au même niveau sur la tapisserie.
Lorsqu'il remarqua que les dates de décès indiquées étaient les mêmes pour les parents de Teddy que pour sa grand-tante Bellatrix, il ne put s'empêcher de grimacer. Il savait que c'était elle qui avait tué Nymphadora Tonks-Lupin, sa propre nièce, et ce rappel lui donna la nausée. Lily, qui avait suivi son regard, comprit et lui prit la main, la serrant tendrement.
— Tous les Black n'étaient pas comme Bellatrix, rappela-t-elle d'une voix douce. Tiens, d'ailleurs, je t'ai pas mal parlé de Sirius Black, mais mon père est bien mieux placé que moi pour te raconter des choses sur lui. Après tout, c'était son parrain et il l'a bien connu.
Ému par les mots de sa fille, Harry s'était rapproché et posa une main sur l'épaule de son gendre.
— Ça t'intéresse, Scorpius ? s'enquit-il avec curiosité.
— Bien sûr ! Et pas seulement Sirius, mais aussi les Maraudeurs en général, si ça ne t'ennuie pas, bien sûr, de m'en parler.
— Ça ne m'ennuie pas, ça me fait plaisir, indiqua Harry avec un sourire ému. Je ne les ai pas tous très bien connus et, sur les quatre, tu sais sûrement déjà qu'il y avait un traître...
Scorpius opina gravement tandis que son beau-père continuait son évocation.
— Sirius, rejeté par sa famille, Remus, loup-garou rejeté par la société, et mon père, qui semblait à l'époque le plus chanceux de tous... Enfin bref, j'ai déjà raconté de nombreuses fois, notamment à ta femme ou à Teddy, toutes les histoires sur eux que je connais. Il y en a quelques-unes que j'ai vécues avec eux mais, la plupart, je les ai entendues d'autres personnes. Minerva McGonagall, tout particulièrement, qui était non seulement leur professeur de Métamorphose, mais aussi la Directrice de Gryffondor, leur Maison, à l'époque... Ou Hagrid, l'ancien garde-chasse de Poudlard, qui les a bien connus lui aussi. Viens, on devrait aller s'installer au salon avec un bon verre, pour discuter de tout ça.
Tandis que leurs époux quittaient la pièce, Ginny et Lily échangèrent un regard incrédule. C'était la toute première fois qu'elles observaient une telle complicité entre les deux hommes. La jeune femme se jeta dans les bras de sa mère.
— C'est génial, Maman ! Tu as vu ça ! C'est bon signe, hein ?
— Oui, clairement. Mais ne vendons pas le botruc avant de l'avoir enlevé à son arbre...
— Ah. Tu... tu crois que ça ne va pas durer ?
— Ce n'est pas ça, ma chérie. C'est juste que... je ne sais pas trop à quoi on peut s'attendre, exactement, là, vu tout le passé de ton père. Ce n'est pas une excuse, bien sûr, mais il a ses blessures, qui ne lui permettent pas toujours de réagir de la manière la plus raisonnée qui soit.
— Oui, je sais, soupira Lily, que Scorpius réactive involontairement plusieurs de ces blessures...
— Mais ce n'est pas à vous d'en pâtir, souligna Ginny. Bon, et si on allait discuter d'autre chose, pendant qu'ils parlent des Maraudeurs ?
Lily opina vivement et les deux femmes se dirigèrent vers une autre pièce.
Ce fut comme si ce début avait amené une grâce toute particulière. Après leur verre dans le salon, Harry avait emmené son gendre en visite guidée à travers l'intégralité du 12, square Grimmaurd. Il lui raconta notamment comment était la vieille demeure lorsqu'il y était entré pour la toute première fois, peu après ses quinze ans. L'ambiance étrange qui régnait alors au quartier général de l'Ordre du Phénix, n'oubliant pas de lui décrire, au passage, tous les membres de celui-ci qu'il avait alors connus.
Scorpius écoutait son beau-père avec un intérêt bien réel, et lui posait régulièrement des questions pertinentes sur ce que Harry lui racontait. Le jeune homme connaissait déjà une partie de ces histoires par l'intermédiaire de sa femme, mais ce n'était évidemment pas pareil.
Il aida aussi sa belle-famille à fabriquer des biscuits de Noël et à décorer le sapin. James et Albus étaient aussi présents, et leurs fiancées Ailis et Anwenn vinrent à plusieurs reprises.
C'est tous ensemble que, le soir de Noël, ils se rendirent au Terrier afin de rejoindre les Weasley, les Lupin — et Andromeda Tonks, bien sûr, qui avait toujours été comptée par la jeune génération comme une Lupin, puisqu'elle était la grand-mère de Teddy.
Le repas fut joyeux et animé, réchauffant le cœur de chacune des personnes présentes. Oh, bien sûr, tout n'était pas parfait. Il y eut quelques moments d'agacement. Il y avait aussi toujours quelques personnes qui avaient tendance à se disputer, ou d'autres qui s'évitaient.
Néanmoins, cette fois-là, Harry et Scorpius ne faisaient plus partie de cette dernière catégorie. Lily et Ginny n'avaient pas eu besoin de dire quoi que ce soit, tout le monde, ou presque, avait remarqué la nouvelle cordialité dans les interactions entre les deux hommes, et s'en réjouissait.
Les jeunes Malefoy dormirent là, comme la majorité des personnes présentes. Heureusement que la magie permettait d'agrandir autant que nécessaire la maison de Molly et Arthur ! Après le petit déjeuner, Lily et Scorpius dirent au revoir à tout le monde. Ils devaient retrouver la famille du jeune homme pour le repas de Noël, et appréhendaient passablement ce moment...
Ce chapitre est mon cadeau de Noël pour vous qui me lisez, que ce soit depuis longtemps ou que vous veniez juste de découvrir cette histoire. Merci à vous d'être là, et passez un joyeux Noël !
