79. Noël dans la famille de Scorpius
Traditionnellement, c'était chez les grands-parents Greengrass que Scorpius et ses parents prenaient le repas de Noël, celui du midi, en tout cas. C'était donc là que se trouvaient les quatre plus jeunes Malefoy, ce midi-là. Ce qui n'était pas un problème, en soi. Non, le problème, c'était plutôt l'oncle de Scorpius et, dans une moindre mesure, la femme de celui-ci.
Marcus Flint détestait profondément Lily, et l'avait réellement saquée lorsqu'il avait été son professeur de sortilèges, à Poudlard. Son épouse Daphné et sa fille Héra n'étaient guère plus agréables que lui.
Seule Démétria, la cadette, et la plus proche en âge de Scorpius, était réellement sympathique. C'était d'ailleurs à côté d'elle que les jeunes époux s'étaient placés, et ils étaient tous les trois en grande conversation.
Cela ne suffit évidemment pas à les préserver du persiflage de Marcus. Qui critiquait un coup le fait de s'expatrier en abandonnant son pays, un coup le travail des Aurors, un coup la manière dont les sortilèges étaient désormais enseignés, un coup les anciens sportifs qui se reconvertissaient en tant que journalistes, un coup... Mais assez vite, à la grande surprise de Lily, Drago claqua la langue, avant d'entraîner son beau-frère sur un sujet n'ayant pas le plus petit rapport avec eux ni avec la famille de Lily. Oh, bien sûr, Marcus crachait toujours son venin. Mais le fait qu'il le fasse désormais sur un sujet qui ne les concernait en rien dérangea beaucoup moins Lily et Scorpius.
Malheureusement pour eux, Daphné et Héra enchaînèrent alors avec leurs propres récriminations, couvrant régulièrement les autres conversations de leurs voix perçantes. Le repas fut tellement pénible que, dès la fin de celui-ci, Scorpius prétendit que sa femme et lui avaient un autre engagement qu'il avait oublié de mentionner auparavant et, à la surprise générale, ils s'éclipsèrent rapidement.
— Scorpius ? On est attendus où ? s'étonna Lily dès qu'ils eurent passé le seuil de la porte et refermé celle-ci sur l'atmosphère délétère que les Flint avaient apportée chez les Greengrass.
— Au terrain de Quidditch ! assura-t-il avec un large sourire.
— Hein ? Quoi ? Mais... par qui ?
— Ben par nos balais, évidemment, expliqua-t-il avec un petit clin d'œil.
— Oh ! Quelle bonne idée ! s'écria-t-elle joyeusement tout en sautant au cou de son mari.
Les jeunes gens s'empressèrent de repartir chez les parents de Scorpius, chez qui ils logeaient désormais, afin de récupérer leurs balais. Comme il y avait un important club de Quidditch dans la ville, les Faucons de Falmouth, il y avait aussi de nombreux petits stades amateurs, et il était donc facile d'en trouver un pour s'entraîner ou se détendre. Le troisième fut le bon — visiblement, le jour de Noël, beaucoup de familles étaient de sortie et les stades précédents avaient été littéralement pris d'assaut. Forcément, il fallait bien tester les balais tout neufs...
Le stade que Lily et Scorpius avaient préféré n'était pas situé dans un quartier familial, et donc beaucoup moins fréquenté. Certes, ils n'y étaient pas seuls mais il n'y avait pas suffisamment de monde pour qu'ils risquassent d'être reconnus. En tout cas, pour leur plus grand plaisir, personne ne les dérangea.
Les deux anciens attrapeurs s'en donnèrent donc à cœur joie, dans le gris et froid ciel britannique, volant d'abord ensemble, puis s'amusant à faire à tour de rôle des acrobaties et des loopings sur leurs balais lancés à toute vitesse. Ils finirent par aller emprunter un Vif d'Or d'entraînement, afin d'ajouter un peu plus de piquant à leur séance.
Au final, lorsqu'ils descendirent de leurs balais, alors que la nuit commençait à tomber, ils étaient rouges de l'effort physique réalisé mais aussi de leurs nombreux rires. Ils rangèrent provisoirement leurs balais dans l'un des casiers conçus à cet effet, avant de se diriger vers un pub tout proche, le temps de boire un grog pour se réchauffer et discuter plus tranquillement.
Malheureusement, l'heure tournait, et ils étaient attendus ailleurs.
Lily et Scorpius récupérèrent leurs balais à regret. Ils repassèrent chez les parents du jeune homme afin de les déposer, de prendre un bain et de se changer. Et se serrèrent un grand moment dans les bras l'un de l'autre, afin de se donner du courage, avant de transplaner vers leur destination.
Le Manoir Malefoy, en plein milieu de la campagne anglaise.
Le Manoir Malefoy n'était pas seulement une bâtisse imposante. C'était aussi un bâtiment lugubre, et d'autant plus à la nuit tombée. Lily n'avait encore jamais eu l'occasion de s'y rendre jusque-là, mais elle comprenait, en voyant ce manoir, pourquoi son beau-père avait refusé d'y vivre avec femme et enfant. Elle comprenait aussi pourquoi son mari n'avait jamais apprécié de s'y rendre, et pourquoi il ne l'y avait jamais encore emmenée jusque-là.
La jeune femme se souvint brusquement que, depuis des siècles et des siècles, un seul enfant par génération avait vécu là et elle frissonna. Elle eut un soudain sentiment de gratitude envers ses beaux-parents, qui avaient évité cela à Scorpius. Leur maison de Falmouth était, elle, réellement chaleureuse et accueillante. Rien à voir, donc.
Les deux jeunes gens auraient pu arriver par la poudre de cheminette, comme Drago et Astoria, qui les y avaient précédés. Mais Scorpius avait préféré montrer dès le départ la demeure dans son ensemble à sa femme. En réalité, cela permettait aussi de retarder le moment où elle allait se retrouver confrontée au maître des lieux. Où ils allaient s'y retrouver confrontés, car il était hors de question qu'il la laissât seule face à son grand-père. Il savait parfaitement bien que les choses ne se passeraient sûrement pas comme elles s'étaient passées avec son propre beau-père.
Lucius Malefoy n'avait toujours pas digéré le mariage de son unique petit-fils, son héritier, avec celle qui avait l'outrageant culot d'être à la fois la fille de Harry Potter et la petite-fille de Arthur Weasley, ainsi qu'une Sang-Mêlée.
Le patriarche ne l'accueillait qu'à contre-cœur en sa demeure.
D'autant plus qu'il estimait que c'était à cause d'elle, et d'elle uniquement, que son petit-fils s'était expatrié loin, très loin de leur chère Albion, dans ce pays dépravé et décadent qu'était la France.
Il se refusait à admettre que Scorpius ait simplement voulu profiter d'une intéressante expérience dans le cadre de ses études, comme le jeune homme l'affirmait pourtant. En cela, Lucius n'avait pas totalement tort. Scorpius avait bondi sur l'occasion non seulement pour l'intérêt de la découverte et l'enrichissement que cela apportait à ses études, mais aussi parce que cela lui donnait une chance de les éloigner, Lily et lui, des tensions causées par leurs familles. Le patriarche était donc, en réalité, bien plus responsable que la jeune femme de la décision de son petit-fils. Mais rien au monde n'aurait pu lui faire admettre cette idée.
Lily Malefoy n'avait donc pas la moindre chance de trouver grâce aux yeux du grand-père de son mari, ce qui faisait rager Scorpius. Lucius se montra froid, cassant, même, à quelques reprises. Il tentait de dominer le repas et les lieux de sa présence, et il fallait bien lui reconnaître qu'il avait encore de la prestance. Bien davantage qu'au sortir de la guerre, en tout cas...
Heureusement pour l'ambiance globale, Narcissa, quant à elle, se montrait réellement cordiale avec Lily. Le caractère affirmé de la jeune femme lui plaisait, et notamment le fait qu'elle ne se laissât pas démonter par son irascible époux. La vieille dame avait remarqué que, même s'il n'en laissait rien paraître, son petit-fils était sensible et souffrait de voir que sa femme n'était pas acceptée par tous les membres de sa famille. D'autant plus qu'elle savait aussi, par Drago, que celui-ci avait dû s'interposer entre les attaques de son beau-frère et sa bru, chez les Greengrass.
Et, surtout, Narcissa était sincèrement reconnaissante envers la jeune femme. En effet, Lily avait été une actrice convaincue et convaincante de sa réconciliation avec sa sœur Andromeda. Cela, elle ne pourrait jamais l'oublier, et l'avait clairement dit au jeune couple.
Pour autant, ce n'était pas parce qu'il se retrouvait relativement isolé dans sa famille que Lucius en était moins pénible.
Il ne cessait de distiller de petites piques, par ci, par là. Il fallait bien lui reconnaître, néanmoins, qu'il faisait cela avec beaucoup plus de talent — et d'expérience — que Marcus Flint. Cela n'en agaçait pas moins les membres de sa famille. Et pas seulement son petit-fils, au final. Au point que, régulièrement et, du coup, de moins en moins subtilement au fur et à mesure du repas, le reste de sa famille ne cessa de le recadrer.
Mais le pompon fut atteint au moment des cadeaux, et de manière totalement inattendue pour la plupart des convives.
Lily et Scorpius ne s'étaient pourtant pas méfiés de ce moment-là. Ils avaient apporté aux grands-parents du jeune homme des cadeaux provençaux qu'ils savaient être à leur goût, comme au reste de leur famille, qui avaient déjà reçu les leurs.
Le cadeau de Lucius et Narcissa était dans une boîte. Une grande boîte en carton. Une très grande boîte en carton.
Les jeunes gens échangèrent un regard surpris, se demandant bien ce qu'il pouvait contenir.
Ils défirent la ficelle ensemble, avant de soulever le couvercle afin de voir ce qui se trouvait à l'intérieur.
Lily poussa un cri d'horreur et porta ses deux mains à sa bouche.
Tout le monde la fixa, perplexe. Sauf Lucius qui, dans son coin, avait un air beaucoup trop satisfait.
À l'intérieur de la boîte se trouvait un elfe de maison. Un jeune elfe de maison à l'air apeuré, vêtu uniquement de torchons.
