Il était bien...
Il était bien de retour à Poudlard. Il était bien de retour en cours, sagement assis derrière son pupitre. Il était bien libre de se promener dans le parc du château et de sentir la brise fraîche caresser son visage et jouer avec ses cheveux…
Draco était libre, et comme il ne comprenait pas pourquoi sa vie n'avait pas été détruite après la fin de la guerre, il se savait incapable de croiser le regard de tous ceux qui vivaient au château avec lui.
Il avait toujours été ce fier Serpentard avec ses deux acolytes, et aujourd'hui, il se retrouvait seul, et sans aucune raison d'être fier. Il avait fallu du temps pour qu'on accepte de le laisser tranquille et seul comme il désirait l'être. Draco ne voulait pas de la pitié de ses congénères, ni de la condescendance des héros de la guerre…
Pourtant, une jeune femme semblait avoir du mal à comprendre ce que tous avaient tacitement accepté, et continuer à se placer devant lui pour parler de choses et d'autres, de choses insignifiantes auxquelles il ne savait pas comment répondre.
Draco était incapable de poser les yeux sur la jeune fille.
« J'ai pensé à toi tout à l'heure, se mit-elle à raconter. Je voulais retourner à la Salle Commune pour récupérer mes lorgnospectres, et la porte m'a posé cette énigme : « Qu'est-ce que la liberté ? » »
Draco ne savait pas vraiment si elle lui posait la question, ou pas, mais il s'abstint de dire quoi que ce soit, pour ne pas l'encourager. C'était une question qu'il se posait aussi…
« Je lui ai répondu que la liberté c'était de faire des choix, continua Luna. Si tu y réfléchis bien, tu fais tout le temps des choix, tu en as fait toute ta vie, et tu ne perds ta liberté que lorsqu'on t'enlève la possibilité de faire un choix. On fait des choix pour répondre aux attentes de nos parents, de nos amis… Tu as fait des choix tout au long de la guerre. »
Tu as fait le choix de détourner le regard et d'ignorer mes cris quand Bellatrix s'amusait avec moi au Manoir… pensa Draco.
« On a toujours le choix, mais on doit toujours faire face aux conséquences de nos actions. On ne peut pas refuser de faire des choix, on refuse seulement d'affronter les conséquences de nos actions. Tu ne dois pas rester plongé dans tes regrets et tes remords, Draco… »
Il ne voulait toujours pas répondre, et peut-être même qu'il ne savait pas quoi dire. Draco voulait s'enfuir, mais elle prit ses mains dans les siennes, et le força à croiser son regard.
Draco vit ses yeux emplis de larmes, et son visage si détendu se tordre de douleur, ses lèvres s'ouvrir sur un cri… Il resta paralysé par cette vision du passé, par ce démon qui l'avait rattrapé.
« Tu es pardonné. Tu es déjà pardonné, par tout le monde. Tes chaînes, c'est toi-même qui les a forgées. »
Draco déglutit, écoutant sa voix et fixant ses lèvres pour rester ancré dans le présent. Il pouvait comprendre l'intention de la jeune fille, mais pour autant, il ne se sentait pas libéré par ses paroles. Au contraire, il était paralysé devant elle. Il était paralysé par son regard, et ces lèvres qui s'approchaient de lui.
Elle l'embrassa avec douceur, ses lèvres simplement posées sur les siennes, leurs mains toujours jointes, et la voix des regrets se transforma aussitôt en un murmure.
« Maintenant, tu as une excuse pour ne rien dire, murmura-t-elle, et tu vas peut-être arrêter de me regarder comme si j'étais un fantôme. »
Contraintes : Luna L. / Draco M. ; Chaînes ; ne pas utiliser 'parce que'
