PDV Sullivan
« Je t'aime Andy. » murmurai-je alors que Andy claquais la porte derrière elle, furieuse. Je l'avais détruite et pourtant, j'étais certain que j'avais pris la bonne décision. Cependant, je réalisai que mes joues étaient humides et je portai alors mes mains à mon visage. Un sillon de larmes coulait sur mes joues et je me sentais déchiré. Je n'avais qu'une envie, celle de courir après Andy, de lui dire que je l'aimais, que je n'avais cessé de l'aimer. Je passai en revue les décisions que j'avais prises la concernant et j'eus soudainement envie de me frapper. J'avais moi-même anéanti, comme un grand, mes chances avec Andy et l'avais fait souffrir comme personne d'autre ne l'avait fait. Je ne savais même pas si réparer les morceaux entre nous était possible car j'aimais cette femme, je l'aimais follement, aussi fort que j'avais aimé Claire. J'avais tellement besoin de quelqu'un à qui parler de tout ça, besoin de quelqu'un pour m'aider à y voir plus clair dans mes décisions. Mais pour l'instant, je devais annoncer mon choix à l'équipe, bien que je soupçonne qu'Andy l'avait déjà fait. Je pris cependant la direction du réfectoire après avoir pris soin d'essuyer les quelques larmes qui demeuraient sur mes joues. Quand j'y arrivai, toute l'équipe était rassemblée et était en train de manger. A ma grande surprise Pruitt était là aussi. Je fis un rapide tour de la table des yeux et remarquai aussitôt l'absence d'Andy.
« Herrera n'est pas là ?» Demandai-je alors à la cantonade. A ma grande surprise, je vis Hughes me jeter un coup d'œil appuyé avant de répondre:
« Non elle n'est pas là mais elle arrive. »
« Je vous manque tant que ça ? » Demanda alors une voix que je reconnus immédiatement.
Me retournant, je vis Andy s'approcher, les yeux légèrement brillants.
« Tu vas bien Mija ? » Demanda alors Herrera.
J'eus immédiatement un mauvais pressentiment lorsque je vis Andy se retourner lentement vers son père et lui répondre, un sourire triste sur le visage :
« Oui papa je ne pourrais aller mieux après la mort de mon ami d'enfance et la trahison des trois personnes qui me sont le plus cher. »
Savoir qu'Andy me considérait comme l'une des trois personnes les plus chères à sa vie et l'entendre à nouveau dire que je l'avais trahie me broya le cœur. Je m'en voulais tellement et j'espérais de toutes mes forces que Pruitt avait raison.
« Andy je... »
« Non ne t'explique pas, ne dis rien. Je n'ai pas envie de savoir comment tu as encore interféré dans ma vie active et personnelle en anéantissant une nouvelle fois ce que j'avais de plus cher au monde. Le faire une fois avec Ripley il y a quelques mois ne t'a pas suffi, il fallait que tu le refasses ? »
« J'ai exprimé ce que je pensais être le mieux pour toi en ce moment c'est tout. Tu deviendras capitaine quand le temps sera venu et que... »
« Et que tu ne m'auras pas une nouvelle fois mis des bâtons dans les roues. » La voix d'Andy se brisa et elle murmura, comme pour elle-même :
« Quand je pense à ce que j'ai perdu à cause de cette foutue promotion. Et me voilà seule, sans personne à qui me fier. »
J'échangeai alors un regard rapide avec toutes les autres personnes présentes dans la pièce et j'aurais pu jurer que nous affichions tous le même air de profonde inquiétude, doublée de culpabilité pour Maya, moi et Pruitt.
« Maya, lança soudain Andy, ne m'attends pas chez toi ce soir. Je pense que je vais déménager, c'est mieux pour tout le monde. Après tout peut-on encore dire que nous sommes amies? Jamais je ne t'aurais planté un tel couteau dans le dos, mais quand même félicitations pour ta promotion. Dernier lieutenant et premier capitaine. La vie est décidément injuste. »
Après ces paroles marquées par une profonde amertume, Andy fit demi-tour et quitta le réfectoire sans un regard en arrière.
« Tu as été nommée capitaine Maya ? Demanda alors Gibson. Tu dois être ravie non ? Tu nous as brisé, déplacé comme des pions et trahi, Andy et moi, mais cela a-t-il une importance par rapport à cette promotion ? »
Regardant Maya, je remarquai ses yeux brillants face à ce déferlement de reproche et l'absence d'une quelconque intervention étrangère pour la défendre.
« Qu'est-ce que j'ai perdu pour cette promotion ? Murmura-t-elle alors que Gibson quittait lui aussi le réfectoire.
Je la comprenais mieux que quiconque, ayant fait le même choix qu'elle avec des conséquences au moins aussi catastrophiques. Nous nous regardâmes et nous pouvions tous les deux percevoir le déchirement que nous éprouvions en voyant les personnes les plus chères à nos yeux s'éloigner de nous par notre propre faute. Nous avions fait le choix de favoriser notre carrière mais n'étions-nous pas en train de perdre bien plus ? Je me levai et décidai de retourner dans mon bureau. Alors que je venais de m'asseoir, j'entendis quelqu'un toquer à la porte. Je donnais l'autorisation d'entrer et eus la surprise de voir Pruitt.
« Pruitt. Que puis-je faire pour vous ? »
« C'est plutôt que puis-je moi faire pour vous Robert. Je sais que vous êtes brisé, que vous souffrez de l'éloignement d'Andy et que vous vous demandez si vous arriverez à la récupérer un jour. »
« Comment arrivez-vous à lire aussi bien en moi ? C'est exactement ce que je ressens. »
« Je vais vous donner le même conseil que celui que j'ai donné à Ryan. Allez voir Andy et dîtes lui ce que vous ressentez pour elle, ce que vous pensez de la situation et comment vous vous sentez. »
« Elle ne m'écoutera jamais », soupirai-je en m'appuyant sur mon bureau.
« Je n'en serais pas si sûr. Ma fille vous aime Robert, c'est évident, sinon la situation ne la ferait pas autant souffrir. Laissez-lui un peu de temps pour aller lui parler et elle vous écoutera. »
« Vous en êtes sûrs ? »
« Oui. »
Après cette discussion, je décidai de rejoindre ma chambre mais je tombai nez à nez avec Andy qui passa devant moi sans même me parler. Nos regards se croisèrent brièvement et je pus sentir sa fragilité ainsi que sa colère, intacte, qui pouvait exploser à tout moment. C'est alors que Hughes s'approcha de moi et me demanda :
« Je peux vous parler chef Sullivan? »
J'acquiesçai machinalement et nous nous retrouvâmes dans mon nouveau bureau.
« Comment allez-vous ? » Me demanda-t-elle après avoir fermé la porte derrière elle.
« Mal. », dis-je sans essayer de mentir. « Je m'en veux tellement d'avoir choisi ma promotion sur Andy alors que je suis complètement fou d'elle. Mais j'ai peur de la perdre comme j'ai perdu Claire il y a des années. »
« Sauf votre respect Sullivan, vous la perdez déjà en vous éloignant d'elle de cette façon. Vous devez lui parler, vous excuser et après seulement vous pourrez essayer de vous faire pardonner. »
« Pas la reconquérir ?» Demandai-je alors, une lueur d'espoir naissant en moi.
« Non, parce que je sais qu'elle vous aime mais que vous lui avez brisé le cœur. Elle essaie de vous oublier donc faîtes quelque chose si vous ne voulez pas la perdre. Essayez de lui montrer par de petits gestes à quel point vous l'aimez et que vous la connaissez bien. »
Hughes venait d'ouvrir la porte quand elle se retourna et me dit :
« Ne perdez pas espoir. Comme vous l'avez dit dans votre éloge funèbre lors des funérailles de Ripley: Parfois, vous vous connectez avec une personne et vous ne pouvez pas toujours l'expliquer. Au-delà de la distance, du temps et des obstacles éventuels, vous trouvez toujours un moyen de vous rapprocher. J'espère que ces mots s'appliquent à Andy et vous. » Puis avec un dernier regard, un dernier sourire, Hughes quitta mon bureau.
