Bonjour cher lecteur, Hikaru est de retour dans de nouvelles aventures. J'espère que cette histoire te plaira. Si tu n'as pas lu "Les derniers souvenirs" ce n'est pas grave même si, dans l'absolu, je te le recommande si tu ne veux rater aucune référence.
Disclaimer : Comme d'habitude, à part les quelques OC de background, Hikaru et compagnie, tous les lieux, personnages et lores appartiennent à Tite Kubo.
Nous repartons donc sur une publication plus ou moins hebdomadaire (habituellement le Samedi) pour cette histoire qui contiendra 10 chapitres en tout!
Très bonne lecture à toi et n'hésite pas à me faire tes retours (jetée de roses sur scène, déclarations enflammées, critiques constructives et même petit coucou de passage, je prends tout!)
KptnZephi
Chapitre 1 : Les trois frères
D'un pas rapide, je traversais les couloirs qui longeaient la septième division en direction de la partie du Seireitei occupée par les locaux de la onzième. J'entendis soudain une violente altercation à quelques mètres de moi, de l'autre côté de la muraille ornementale. Je ralentis un peu la cadence. Comme il n'était pas rare que ces têtes brûlées de la division à l'achillée maintiennent le folklore inspiré par le tempérament de l'actuel Kenpachi en roulant des mécaniques, je pris un instant pour m'assurer que je n'avais pas encore pénétré dans l'espace qui tombait sous cette juridiction. Non, j'évoluais encore dans la périphérie de la division du capitaine Komamura. Les débordements de ce type n'étaient pas anecdotiques, quelle que soit la division, surtout parmi les rangs des shinigamis de bas-étage. Ils se pintaient au saké à longueur de journée et se prenaient pour des capitaines. Je me contentai de les juger en silence. Fort heureusement pour eux, j'étais un peu plus mesurée que mon vice-capitaine. Si Shūhei Hisagi avait été à ma place, il les aurait sermonnés durement, quand bien même ils ne comptaient pas parmi nos effectifs. Je soupirai. Toute cette testostérone ne pouvait-elle pas trouver une tâche plus gratifiante dans laquelle se défouler ? Comme débarrasser Rukongai d'une horde de hollows ? Ce fut quand le petit cri apeuré d'une femme résonna dans mes oreilles que je compris qu'il ne s'agissait pas juste d'une bagarre de rue entre quelques shinigamis éméchés. Je décidai d'aller voir de quoi il retournait. Je bondis sur le mur, atterrissant avec une grande discrétion. Je posai les yeux sur le petit groupe de quelques individus qui se massaient en une informe ombre noire. Le plus imposant de la bande, un gros homme qui portait une iroquoise aux extrémités décolorées, avait empoigné au col une de ses collègues. Cette dernière était clairement une nouvelle recrue. D'une cinquantaine de centimètres plus petite et d'une soixantaine de kilos plus légère que son agresseur, elle ne touchait plus terre, maintenue en l'air par le poing serré de l'homme sur son shihakushō. Les deux autres hommes, à la carrure proche de celle de leur leader, encourageaient celui-ci à cogner plus fort.
« Comment-ça tu es désolée ? T'es débile ou quoi ? Gronda le premier.
- Tu crois que nous allons te laisser partir comme ça ? Renchérit le second.
- Je vais te cogner tellement fort que même si ta mère te reconnaît après ça, elle ne voudra plus de toi ! Tu vas voir ce que tu vas voir ! ajouta le leader.
- Non ! Je vous en prie ! Ah ! »
La recrue s'était agrippée au bras de son tortionnaire, mais elle ne parvenait pas à se dégager. Comme j'avais masqué ma pression spirituelle pour qu'on ne me remarque pas, je décidai de ne pas rester plus longtemps les bras croisés et d'intervenir. Je laissai un tiers de mon reiatsu se libérer dans l'air et me levai sur le mince bandeau de tuiles sur lequel j'étais jusque-là accroupie. D'instinct, ma main droite se positionna sur ma hanche gauche. C'était là qu'en temps de missions j'étais supposée porter mon arme. Comme j'étais censée aller récupérer trois semaines de rapport en retard dans la caserne de la onzième division, il n'y avait pas de raison que je porte mon zanpakutō sur moi. Nous n'étions fort heureusement pas en temps de guerre. Deux des trois hommes étaient armés, mais je pouvais toujours intervenir au hakuda ou au kidō si le besoin s'en faisait ressentir.
« Ah ! C'est quoi cette pression spirituelle ? Un gradé est dans le coin ? dit l'une des brutes, contrainte à poser genou à terre.
- Pff, t'es une mauviette Sukakuo. Allez, relève-toi, de toute façon, personne ne se préoccupera de cette larve. Ils ont autre chose à faire. Beugla le leader.
- Arrêtez ! Je vous en prie ! Je suis désolée ! implora la jeune recrue.
- Tais-toi ! Si tu nous fais repérer, je te tue !
L'agresseur la plaqua à terre, la maintenant contre le sol de tout son poids. C'était le moment d'intervenir. J'étais hors des murs de ma division, ergo je ne pouvais pas jouer de ma place d'officier, mais là, ça dépassait de loin le genre de considérations politiques que le cloisonnement de nos juridictions imposait. Après tout, j'appartenais à la neuvième division, la sécurité intérieure. Ces gens menaçaient clairement la sécurité de cette pauvre demoiselle. Mon action ne pourrait être déplacée, si on la prenait de ce point de vue. Je bondis dans le corridor et me relevai, toisant quelque peu théâtralement les trois abominables grosses brutes. Je relâchai encore davantage mon pouvoir. Deux des trois hommes luttèrent face à mon reiatsu sans commune mesure avec le leur, mais le dernier tenait bon. La jeune recrue semblait, elle, s'être évanouie.
- Ah mais tu nous avais caché que tu avais une copine, morveuse ! déclara l'homme à l'iroquoise en collant un grand coup de pied dans le corps inerte de sa victime. Il posa sa main sur la poignée de son sabre, prêt à dégainer.
- Si j'étais toi, je ne ferais pas ça. Dis-je posément, toujours en le toisant dans le plus grand calme.
- Et tu vas faire quoi ? Tu n'es même pas armée, gamine. Répliqua-t-il en me méprisant.
- Je vous mets en garde, si vous ne laissez pas cette jeune fille en paix, vous allez amèrement le regretter, que je sois armée ou non. Comportez-vous comme de bons gentlemen, commencez par lui faire des excuses. Les prévins-je non sans une pointe de sarcasme.
- Vous avez entendu, les gars ? Cette petite chose misérable exige des excuses !
Le premier des hommes éclata de rire. Il cabotinait, mais je voyais bien qu'il était plus méfiant qu'il le laissait paraître au premier abord.
- Tu vas mourir, ma minette. Ajouta l'un des deux autres, qui commençait à s'adapter à la décharge énergétique de mon aura d'officier.
- Tiens donc ! ironisai-je en croisant les bras.
Ces ogres ne m'impressionnaient pas pour un kan. En plusieurs années d'occupation d'un poste hiérarchiquement élevé, j'avais appris à ne pas me laisser faire par ces écervelés qui pensaient pouvoir prendre l'ascendant physique et psychologique sur moi parce que j'étais une femme.
- Quel nom devrons-nous graver sur ta tombe, fillette ?
- Yoshihiro, Hikaru Yoshihiro. Mais retenez davantage ce nom comme étant celui de l'officier de la neuvième division qui vous aura donné une bonne leçon. Ceci est mon dernier avertissement. Déguerpissez sur-le-champ. Menaçai-je.
- Je vais te dire une chose, petite minette de la neuvième division… Je n'ai pas peur de toi. Répondit le meneur en passant sa main sur sa crête.
Il avança de quelques pas vers moi, jusqu'à ce que son ombre se projette sur mon corps. C'était une bataille mentale. Contrairement à ses affirmations, il était bien plus fébrile que ce qu'il souhaitait montrer. En revanche, je voyais bien que la peur ne faisait pas tout à fait partie de son programme. Ce n'était pas surprenant. Ce genre de grosse brute confondait aisément peur et couardise, courage et inconscience.
- Rappelle-toi que c'est moi, le grand Tetsumaru Senriki, qui vais te faire mordre la poussière. »
Il dégaina son arme, immédiatement imité par le fameux Sukakuo. Le troisième, qui n'était pas armé, resta en arrière. Lui avait beaucoup plus de mal à supporter mon reiatsu. J'esquivai aisément leurs coups en mettant en pratique toutes mes années d'entraînement au hakuda que mon vice-capitaine s'était mis en tête de me faire développer. Le combat au corps à corps avait toujours été mon point faible et j'avais toujours eu la tendance à me trouver des excuses pour éviter les tournois interofficiers qui tournaient autour de cette discipline. Quand Shūhei, qui était très doué à ce niveau, s'en était rendu compte, il m'avait imposé un programme de rattrapage aussi exigeant qu'efficace. Ce type d'art martial n'était pas devenu ma spécialité, loin de là, mais j'avais énormément progressé. Mettre ces trois crétins au tapis devrait être un jeu d'enfant. Je tordis le bras de Sukakuo dans la moindre difficulté, mais les choses se compliquèrent quand le leader et le troisième homme commencèrent à s'en prendre à la jeune recrue, toujours inerte. J'immobilisai deux des trois agresseurs en quelques secondes grâce à un bakudō de niveau faible sans incantation, mais le troisième était d'une force considérable. Misant sur le poids du shinigami à l'iroquoise pour le faire basculer, je fondis sur lui, avec l'objectif de lui faire perdre l'équilibre. « Saigne là à mort Doku » beugla-t-il pour libérer son arme. Je notai avec une petite pointe de satisfaction que ce zanpakutō en forme de tantō fuchsia avec une garde délicate tranchait avec sa personnalité pitoyable. Il avait l'intention de poignarder la pauvre victime gravement contusionnée, toujours allongée au sol. En un shunpō, je changeai de stratégie. Je lui barrai la route, évitant presque le coup de lame descendant. Il entailla superficiellement ma cheville qui termina sa course dans son visage. Je terminai le combat par un hadō volontairement sous-dimensionné qui l'envoya dans le mur. Il tomba inanimé.
Je pris immédiatement le pouls de la jeune fille tandis que j'évaluai sa respiration. Les informations que j'en tirai n'étaient pas vraiment de bon augure. Je devais l'emmener le plus vite possible dans les locaux de la quatrième division. Ceux-ci, situés à peu de choses près de l'autre côté du Seireitei me paraissaient au bout du monde. Je n'avais pas abusé de quelque pouvoir spirituel durant l'escarmouche, pourtant, quand je fus environ à mi-chemin (je longeai dorénavant la zone de ma division) je commençai à transpirer comme un bœuf et à me sentir mal. J'avais des fourmis dans les mains et des étourdissements. Même mon énergie spirituelle subissait comme des chutes de tension. J'arrivai en vue de la grand-porte de la cour principale de la division hospitalière quand je m'écroulai, le corps inanimé de la jeune fille tombant à mes côtés.
J'étais dans un monde cotonneux et doux. Même l'odeur était surprenante. C'était un mélange de fleurs fraîches et d'antiseptique. J'avais les paupières lourdes, mais quelque chose en moi m'exhortait à les ouvrir. C'était dommage, j'aurais bien eu envie de continuer de flotter de la sorte encore un peu. Rien qu'un peu.
Quand je me réveillai, j'étais dans une petite chambre dépouillée aux murs céladon quelque peu défraîchis, allongée dans un lit moyennement confortable. Je voyais juste une table de chevet, un banc, une chaise au bord de mon lit et une estampe accrochée à côté de la porte-cloison qui était fermée. Ce fut une seconde plus tard que je remarquai que la masse immobile qui était posée sur le banc avait forme humaine. Je me relevai en position assise très soudainement, si soudainement en fait, que je fis sursauter l'homme vêtu d'un shihakushō noir. C'était mon vice-capitaine. Il devait s'être assoupi. C'était donc ça, j'étais à l'infirmerie.
« Shūhei ! m'exclamai-je, luttant contre l'étourdissement provoqué par une légère hypotension orthostatique.
- Hikaru ! Enfin réveillée !
Il se précipita sur la chaise qui jouxtait mon lit. Je me revis quelques années plus tôt, quand j'avais fini à l'hôpital général de la quatrième division après une mission qui s'était finie avec la lame d'un naginata dans mon abdomen.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? M'informai-je.
- Ça, on aimerait bien le savoir. Pour l'instant, tu dois te reposer.
- Mais je…
Shūhei m'adressa un regard à la fois plein de compassion et de sévérité. Le message était reçu, j'en saurais plus, mais plus tard. Je fis un rapide tour de mes lésions. Je n'avais l'air d'avoir perdu ni bras ni jambe et mes cinq sens semblaient fonctionner relativement normalement. Une partie de mon champ de vision était un peu voilée, mais j'attribuai ça à la manifestation d'une aura qui laisserait bientôt place à une belle migraine. En revanche, j'avais des difficultés à ressentir l'énergie spirituelle de mon vice-capitaine. Était-ce lié à mon état de faiblesse ou y avait-il quelque chose de grave ? En dehors de ça, j'avais l'air entière et n'avais mal nulle part. De toute façon, j'avais aisément fait boire le potage à ces hommes alors il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Alors pourquoi Shūhei avait-il l'air aussi inquiet ?
Ce fut cet instant précis que mon capitaine et son homologue de la quatrième choisirent pour entrer dans ma chambre. Une boule se forma instantanément dans mon estomac. La situation était-elle suffisamment grave pour que mon capitaine et, surtout, le capitaine de la division médicale passent me voir ?
- Yoshihiro, comment te sens-tu ? Me questionna mon supérieur.
Il y avait quelque chose de surprenant dans son intonation. Lui qui était toujours si calme, si impassible, avait mis un ton sincèrement préoccupé dans sa voix, comme s'il venait de traverser une distance avec moi qu'il n'avait franchie qu'à de rares occasions.
Même si mon capitaine et moi avions fait en sorte de nous apprivoiser, cet homme demeurait une de mes plus grandes énigmes. Ma vie au Seireitei m'avait appris à faire confiance, à me forger ma propre opinion sur les gens ou les choses. Il y avait désormais pléthore de personnalités qui gravitaient autour de moi. J'en respectais beaucoup, j'en appréciais certains, j'en estimais quelques-uns, il y avait même quelques rares élus que j'admirais. Intransigeante comme je pouvais l'être envers les autres comme envers moi-même, il y avait aussi beaucoup de gens que je méprisais, gradés comme réguliers. Et il y avait Kaname Tōsen. Parmi toutes ces personnes, il y en avait une dont la place était indescriptible. Moi qui l'avais d'abord perçu comme un être d'un rigorisme extrême, j'avais peu à peu entrevu, derrière cette solide armure d'austérité, une personnalité complexe et tourmentée. Il me semblait encore plus paradoxal que son subalterne. Toujours d'une droiture exemplaire, il n'était pas tantôt d'un cynisme qui frôlait les limites de ma compréhension, tantôt d'un idéalisme pur et attendrissant, il était constamment les deux, en simultané. De ce fait, il oscillait en permanence entre le statut de personne que j'admirais le plus et celui de personne bien trop obscure pour être bonne pour quelqu'un d'aussi compliqué que moi.
- Bien, Capitaine. Mais…
- Vous devriez vous reposer, Yoshihiro. Objecta la médecin en chef de la division à l'insigne de campanule.
- Je me sens suffisamment bien pour quitter l'hôpital, Unohana-Taichō. Vraiment. Argumentai-je.
- En fait, vous ne le sentez peut-être pas encore, mais vous avez été empoisonnée. M'expliqua la capitaine.
- Empoisonnée ? Par quoi ? demandai-je.
- Nous ne sommes pas encore certains à 100 %, mais vous avez une coupure à la cheville droite.
- C'est le zanpakutō de cet homme, alors. La division douze n'a-t-elle pas en réserve un antidote à chaque arme de type poison ?
- Un zanpakutō ?
Le capitaine Tōsen se fit pensif. Lui qui excellait dans l'art subtil de rester toujours aussi impassible ressemblait soudainement énormément à son second sur le visage duquel il était aisé de lire comme dans un livre ouvert.
- Oui, cet homme, un certain Tetsumaru Senriki, il agressait une jeune shinigami quand je suis intervenue. C'est elle que vous avez dû soigner. Expliquai-je.
- Mais de quoi tu parles ? intervint Shūhei, ostensiblement perdu dans mes élucubrations.
- Capitaine Unohana, vous avez bien pris en charge une jeune shinigami quand vous m'avez trouvée ? Elle était gravement blessée.
- Je suis désolée, lieutenant Yoshihiro, mais il n'y avait personne d'autre que vous. Êtes-vous sûre de ne pas l'avoir halluciné ?
J'étais un peu vexée que la médecin en chef considère que ce que j'avais vécu relevait de la psychiatrie et non de la réalité, mais mon propre supérieur intervint, comme si cela pouvait parer à toute éventualité que je m'agace encore davantage.
- Capitaine Unohana, ne devrions-nous pas nous hâter de contacter la division du capitaine Kurotsuchi ? Il faut cet antidote. Et il faut également arrêter cet homme, Senriki.
- Ils étaient trois en fait. Et je m'en fais pour la victime. Même si elle a disparu, elle était plutôt mal en point quand je l'ai transportée jusqu'ici. Complétai-je.
- Vous, contentez-vous de vous reposer, au lieu de vous en faire pour cette personne. Nous allons gérer ceci de notre côté. Me rétorqua sévèrement le capitaine de la quatrième division.
- Mais je vais bien ! Laissez-moi aider ! plaidai-je.
Mon capitaine soupira devant mon entêtement, mais son homologue me posa une question.
- Yoshihiro, fermez les yeux un instant.
Je m'exécutai, ne sachant pas où le capitaine Unohana souhaitait en venir.
- Très bien. Combien d'énergies spirituelles différentes sentez-vous dans cette pièce ? Vous pouvez les différencier, n'est-ce pas ?
Ils étaient trois, évidemment. Il y avait Hisagi, avec son habituelle identité paradoxale, à la fois pleine de fougue et de retenue, le capitaine Tōsen et sa légendaire maîtrise et Retsu Unohana… Non, je ne la sentais pas. En fait, je ne sentais personne. Je pouvais vaguement sentir une pression spirituelle propre aux officiers de haut rang, mais délier chaque ruban spirituel était impossible. C'était comme percevoir les formes sans les couleurs ou une symphonie sans être capable d'en séparer les instruments. J'ouvris les yeux, prise de terreur.
- Je n'y arrive pas ? Pourquoi je n'y arrive pas ?
Mon regard balaya alternativement les silhouettes des trois officiers supérieurs.
- La toxine qui vous empoisonne a partiellement endommagé votre hakusui, mais votre saketsu a été presque intégralement détruit. C'est la réponse d'auto préservation de votre corps qui vous a rendue fiévreuse. Et c'est également elle qui vous a fait perdre connaissance. C'est pour cela que vous parvenez à détecter nos pressions spirituelles, mais que vous avez beaucoup de mal à affiner votre perception. Parce que votre saketsu est quasi-inutilisable en l'état.
Mes pouvoirs de shinigami étaient, pour le moment, sérieusement compromis. D'après ce que le capitaine Unohana m'avait raconté, la source de mon pouvoir était un peu abîmée, mais pas suffisamment pour me priver de toute forme de capacité à percevoir correctement l'énergie spirituelle. En revanche, mon saketsu qui, lui, me permettait de manipuler cette source de pouvoir avait été bien plus endommagé. C'était pour cela que je ressentais comme une purée de poix spirituelle autour de moi et non les distinctes énergies de mes visiteurs. C'était comme entendre des sons, mais être incapable de les interpréter comme étant des mots. Je me sentais même incapable de concentrer quoi que ce soit dans mon corps pour le relâcher sous forme de kidō.
- Est-ce que ça peut se rétablir ? m'enquis-je, refrénant une vague de terreur.
- Oui, si nous trouvons l'antidote, je pense que votre hakusui se remettra vite de cet empoisonnement. En revanche, cela prendra un peu plus de temps pour votre saketsu. Mais je ne pourrais être précise que si nous identifions la nature exacte de la substance.
Le capitaine de la quatrième division me sourit, comme si cela pouvait me rassurer ! La pièce tomba un bref instant dans le silence avant que la médecin en chef ne s'adresse à mon supérieur.
- Capitaine Tōsen, cette jeune fille peut rejoindre vos quartiers. Mais je compte sur vous pour veiller à ce qu'elle ne se surmène pas.
L'homme approuva d'un signe de tête. Reportant ensuite son attention vers son subordonné direct, il lui ordonna de m'astreindre au Journal du Seireitei tant que je ne serais pas remise. Il déclara ensuite qu'il se rendrait directement aux archives afin de s'enquérir de précieuses informations sur la division à laquelle Senriki était incorporé. Enfin, la capitaine de la division aux campanules me promit d'ordonner à son vice-capitaine de prendre contact avec le département technique afin de récupérer l'antidote. Après tout, s'il s'agissait bien d'un empoisonnement provoqué par le zanpakutō de l'affreux mastodonte à l'iroquoise décolorée, la douzième division devait probablement déjà avoir travaillé sur le remède à la toxine qui détruisait mes pouvoirs de shinigami. Nous rentrâmes ensuite au quartier général de la neuvième division. La sensation que j'éprouvai en pénétrant dans la cour où s'entraînait une cohorte de réguliers était très étrange. À nouveau, je pouvais percevoir leur reiatsu, mais sans être capable de faire la moindre distinction entre toutes ces énergies mélangées. C'était assez désagréable. Je me sentis soudainement très vulnérable.
Chez les shinigamis, le saketsu, le hakusui et leur maîtrise étaient fondamentaux. Il fallait voir le hakusui comme une source, comme une rivière. Chez certains, il s'agissait d'un ruisseau, chez d'autres, c'était un véritable torrent. Enfin, chez de rares personnes, comme chez le capitaine Kenpachi Zaraki, c'était une pure et simple cascade, capable de tout balayer sur son passage. Le saketsu, quant à lui, représentait notre capacité à maîtriser le sens de l'écoulement de la rivière et son débit. Plus la maîtrise de ce canal était pointue, plus le shinigami pouvait faire ce qu'il souhaitait de son pouvoir. Bien sûr, cela dépendait toujours de la réserve d'énergie qui émanait du hakusui. Ainsi, il était parfois arrivé de voir un shinigami à la source modeste, mais à la grande maîtrise se hisser dans les sommets de la hiérarchie du gotei. Ça avait été le cas pour le père de l'actuel capitaine de la sixième division. Bien sûr, à quelques exceptions près, tous les capitaines possédaient une extraordinaire source de pouvoir et une immense capacité à le maîtriser. Il suffisait de voir les prouesses dont ils étaient capables, quel que soit le domaine. Du potentiel destructeur d'un bankai comme celui du capitaine Komamura aux incroyables dons curatifs du capitaine Unohana, les possibilités étaient nombreuses. À titre personnel, je faisais partie des shinigamis dont la source de pouvoir était plutôt moyenne, mais j'avais toujours eu une grande facilité à maîtriser celle-ci. Cela expliquait notamment pourquoi je parvenais si facilement à caractériser une pression spirituelle ou pourquoi j'excellais, à mon niveau d'officier, en kidō. À l'inverse, des personnes comme mon ami Botanmaru, actuel septième siège de la septième division, possédait un hakusui bien plus développé que le mien, mais une maîtrise qui laissait parfois franchement à désirer.
Sans passer chez moi, je filai directement dans les locaux de la maison d'édition du Journal du Seireitei. L'édition spéciale du printemps était presque bouclée, mais il restait encore beaucoup de choses à peaufiner, y compris pour le numéro mensuel régulier.
