Chapitre 3 : Les voleurs de zanpakutōs
Nous rentrâmes tous les trois à la neuvième division dans le silence. Celui-ci n'était brisé que pas le son de nos pas sur le sol et les salutations des shinigamis sentinelles qui nous voyaient passer. Alors que nous laissions notre capitaine prendre un peu d'avance, Shūhei se tourna vers moi avec le sourire jusqu'aux oreilles.
« Quelle séquence émotion avec elle tout à l'heure… Le dialogue peut tout résoudre, tu ne dois pas avoir peur de parler… C'était mignon et COM-PLE-TE-MENT hypocrite venant de toi. Dans la famille — je garde intégralement tout ce que je peux ressentir pour moi — Tōsen-Taichō est le papa et toi la fille ! Non, plus sérieusement, c'était hyper touchant. Tu grandis, Hikaru.
- Pff, arrête de dire n'importe quoi. Et pour ta gouverne, dans le genre, tu te poses là aussi ! Me défendis-je.
En effet, mon cher vice-capitaine, quand bien même il fut à la fois mon modèle et une personne que j'estimais au plus haut point, était quelqu'un de très complexe. Tantôt aussi confiant qu'on puisse l'être dans la voie que nous avions choisie, tantôt aussi effrayé qu'un enfant par son propre pouvoir, il était souvent difficile de ne pas l'imaginer marchant métaphoriquement sur une corde tendue au-dessus d'un abîme. Il évoluait avec l'aisance d'un funambule, tout en priant pour ne pas tomber dans les tréfonds de ténèbres insondables. En fait, il était aisé de sentir que Shūhei Hisagi réprimait une part sombre et tourmentée qu'il n'était disposé à montrer à quiconque. Quiconque, sauf son mentor et supérieur direct.
- Je vous ai entendus. Déclara mon capitaine avec désinvolture.
Il ne se retourna même pas. De toute façon, même si j'avais pu voir son visage ou sentir son énergie spirituelle comme j'étais d'ordinaire capable de le faire, il n'aurait rien laissé paraître. Je ne savais pas du tout comment traiter cette information. Kaname Tōsen était à la fois ce soldat insondable et cet homme capable d'exprimer mille et une émotions au travers de sa cuisine ou même de ses conseils.
- Je vous prie de m'excuser, Capitaine Tōsen, si je vous ai blessé.
- Yoshihiro, tu as un peu plus le sens de l'humour quand tu sors avec Hisagi, il me semble. Il n'empêche que ce que le capitaine Komamura et toi avez soulevé est pertinent. Quant à toi Hisagi, je te félicite pour ton calme olympien. J'avoue que même moi j'ai eu du mal à garder le mien.
- Merci Capitaine. »
J'effectuai mes tâches du jour avec concentration, mais mon esprit était quand même tourné vers ces histoires de zanpakutōs volés. Les capitaines Tōsen et Komamura avaient raison. Quelque chose ne collait pas. Il y avait forcément un élément que nous devions négliger. Comment cet homme avait-il pu parvenir à libérer le pouvoir d'une arme qui ne lui appartenait pas ? Pourquoi avait-il appelé le zanpakutō de Sayuri « Doku » alors que le rapport du capitaine Unohana mentionnait Hanabisuishō ? Tout ceci était parfaitement illogique. L'expérience et les recherches que j'avais pu mener des années auparavant m'avaient appris que dans certains rares cas, un esprit de zanpakutō pouvait accepter de forger un lien avec un nouveau shinigami quand son prédécesseur ne pouvait plus honorer son pacte. C'était cette règle qui avait permis l'existence d'armes dynastiques dans les familles nobles ou à mon capitaine de brandir Suzumushi, arme qui appartint jadis à une amie très proche et dont il poursuivait la mission. Pourtant, je n'avais jamais rien lu qui puisse expliquer qu'un aléatoire shinigami puisse libérer le pouvoir de la lame d'un autre tandis que celui-ci lui faisait face.
Ces multiples interrogations me tirent éveillée une bonne partie de la nuit. Nous nous étions donné rendez-vous à sept heures trente pétantes devant la porte-Sud de notre division. Lorsque je me présentai au lieu de rencontre, j'observerai d'un air circonspect la gracile silhouette vêtue de noir qui patientait à quelques mètres de la double porte que les sentinelles avaient ouverte depuis une heure. Sayuri Megumi était déjà là, avec ce même air terrifié qu'elle nous avait servi la veille. Nous avions beaucoup d'avance alors je décidai d'engager quelque conversation avec elle. C'était l'occasion de mieux cerner son tempérament et, pourquoi pas, glaner quelques informations qu'elle aurait, par mégarde, négligé de nous donner. Elle avait le visage livide et les yeux gonflés. Il y avait quelque chose en elle qui me rappelait un peu ma propre expérience quand j'étais arrivée pour prendre mes fonctions dans la neuvième division.
J'approchai.
« Bonjour, Megumi-san. La saluai-je.
Elle s'était tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne m'avait même pas perçue avant que je lui adresse la parole.
- Oh bonjour… Euh…
- Hikaru. Hikaru Yoshihiro. Tu es très en avance.
- Je… Je pourrais vous poser une question, Yoshihiro-dono ? Me demanda la jeune recrue en tripotant le nœud de sa ceinture.
Si elle continuait comme ça, elle allait finir avec son hakama aux chevilles
- Bien sûr. Je t'en prie. L'invitai-je en prenant la voix la plus maternelle possible.
D'ordinaire, c'était moi qui cherchais désespérément conseil auprès de mes supérieurs hiérarchiques. Même si j'avais été formatrice auprès des réguliers qui préparaient les examens d'officier, mon mentorat s'était strictement borné à des aspects purement professionnels. Quelque chose me disait que sa demande s'articulerait davantage sur quelque chose de personnel.
- Voilà, en fait, c'est à propos de mon capitaine. Comme vous avez l'air de bien le connaître… Je me demandais si… Euh… Tergiversa-t-elle.
- N'aie pas peur de me poser ta question. Tu peux être sûre que cela restera entre nous. Souris-je.
- En fait… J'ai l'impression qu'il ne m'apprécie pas beaucoup. Je ne sais pas si c'est parce que je suis une femme ou si c'est à cause de mes ambitions professionnelles…
Je me retins de sourire davantage. Moi aussi, quelques années plus tôt, je m'étais imaginé cela. Au final, tout ceci n'était qu'un malentendu. Que Megumi puisse penser que quelqu'un comme le capitaine Komamura la méprise pour ce genre de raisons m'était inconcevable.
- Je pense que tu te trompes. Ton capitaine est l'une des personnes que j'admire le plus. Mais il est dans sa nature de, comment dire, de ne pas communiquer beaucoup avec son entourage. Je suis quasiment certaine que la seule personne à qui il se confie vraiment est mon capitaine. Mais mets-toi bien en tête que si tu as le moindre problème tu peux lui en parler. Il va tout faire pour t'aider. C'est quelqu'un de bien.
- Ça n'a pas toujours été facile pour vous non plus, n'est-ce pas ? De vous adapter. Je l'ai bien compris, hier. Et mon frère m'a parlé de vous.
- Ton frère ?
- Oui, il est officier dans votre division. Il est venu me voir cette nuit. Quand je vous ai décrite, il vous a immédiatement reconnue. D'après ce qu'il m'a raconté, vous et le capitaine Tōsen, ça a été compliqué. Il a dit que vous étiez restée très distante avec tout le monde dans votre division.
- Tenshi Megumi, le neuvième siège. Évidemment, j'aurais dû faire le rapprochement.
Je me promis d'avoir une petite discussion avec celui-ci. Tenshi était un bon officier qui avait travaillé très dur pour monter dans les échelons. Mais c'était aussi une commère de premier ordre et qui pouvait savoir ce qu'il avait raconté comme élucubrations fantasmées à sa petite sœur.
- Ne t'en fais pas pour le capitaine Komamura. Je comprends ton état d'esprit, mais tout le monde a du mal au début. C'est normal. En plus, tu es une des rares femmes de ta division. Tu verras, avec le temps, tu te feras des amis. Des gens sur qui tu peux vraiment compter.
- Oh, ça… Je ne sais pas trop. Je ne sais pas si je veux m'attacher avant de rejoindre l'Onmitsukidō. Je suis en formation, mais, en même temps, je fus incorporée à la septième division dans les corps d'action tactique.
Le corps d'action tactique de la septième division était actuellement sous la responsabilité de Botanmaru Asagorō, un bon ami à moi. C'était souvent à eux que nous avions affaire quand nos deux divisions avaient à travailler ensemble. Comme j'étais en charge des transmissions stratégiques au sein de la sécurité intérieure, j'avais l'habitude de fréquenter ses hommes. Botanmaru pouvait se montrer un peu brutal, mais c'était une vraie perle. Je ne doutais pas que la jeune Sayuri Megumi s'adapte vite.
- Les forces spéciales ? Vraiment ? intervint une voix masculine que je reconnus derrière mon dos.
Comme ma perception de la pression spirituelle était encore partie sucrer les fraises, je me faisais surprendre en permanence, ce qui était très horripilant. Je n'avais pas imaginé à quel point je m'étais habituée à me servir de ce sens avant que celui-ci soit endommagé. Évidemment, Shūhei, avec sa propension à me chambrer, n'avait pas perdu un instant pour s'engouffrer dans la brèche.
- Vice-capitaine Hisagi ! Tu sais que ce n'est pas cool du tout d'écouter les conversations des autres en masquant sa pression spirituelle ! Et je déteste qu'on me surprenne comme ça ! C'était amusant les 3 premières minutes, mais maintenant je te demanderai, si tu veux bien, un peu de maturité, s'il te plaît. Fis-je mine de m'agacer.
- Tu ne veux pas t'allonger, Hikaru ? Je crois que tu nous refais une grave crise de CTA.
- De CTA, Vice-Capitaine Hisagi ? S'informa la jeune pousse comme si elle craignait qu'il s'agisse d'une maladie grave.
- Une Capitaine-Tōsen-Attitude. Du pur Hikaru. Tu vois, c'est quand elle fait cette tête-là. Elle te juge en silence. Justifia-t-il avant de se prendre un coup de fourreau de Suzumushi dans les lombaires.
Je pouffai légèrement comme une enfant. Il venait de se faire prendre à son propre jeu. Notre capitaine était arrivé dans son dos en réduisant son reiatsu au possible. Comme il était arrivé face à moi je l'avais vu venir, mais pas Shūhei.
- Bonjour, Yoshihiro, Hisagi, Megumi. Nous salua l'officier principal de notre division, en passant son arme à sa ceinture.
Nous le saluâmes en retour à l'unisson.
- Le capitaine Komamura n'est pas encore là ?
- Je suis là, Capitaine Tōsen. Décidément, tu n'as toujours pas compris ce qu'était la ponctualité. Il est sept heures vingt-cinq, je ne suis pas en retard. »
Nous traversâmes rapidement l'allée intérieure de notre division et ne nous arrêtâmes que pour permettre à mon capitaine de déposer son zanpakutō dans l'armurerie dédiée à cet effet. Les locaux de la neuvième et de la quatrième division, que nous longeâmes pour nous rendre dans la section dédiée au département du développement technique, étaient encore assez peu animés. Pendant notre petite marche, le capitaine Komamura réprimanda très sévèrement Sayuri pour avoir quitté le QG de sa division sans permission. En effet, il avait retourné la moitié de ses casernes pour la retrouver. Je compris alors pourquoi, lui qui avait, autant que mon capitaine, l'habitude de venir une demi-heure à l'avance aux rendez-vous, était arrivé pile à l'heure. Sayuri chercha vainement le réconfort dans mon regard. Malheureusement, elle avait enfreint les ordres donnés par son supérieur, et ce sans bonne raison derrière. Elle avait totalement tort.
J'étais déjà venue dans les alentours avec pour l'objectif de récupérer ou transmettre des rapports tactiques aux officiers de la division du capitaine Kurotsuchi, mais je n'avais jamais mis les pieds dans les entrailles du bureau général des recherches.
Cette immense structure contenait, d'après Shūhei, une base de données sur la Soul Society aussi importante que dix grandes bibliothèques. Celle-ci était supposée traiter de toutes les informations technologiques sensibles qui ne pouvaient être stockées dans la bibliothèque générale. Ce bureau, créé par le prédécesseur de l'actuel capitaine, un certain Kisuke Urahara, avait vu naître en son sein toute une palanquée d'innovations. Des corps d'emprunt de dernière génération aux mod souls en passant par des accessoires ou matériaux techniques, il n'y avait pas un domaine qui n'intéressait pas les collaborateurs de l'étrange capitaine Mayuri Kurotsuchi. Même sa vice-capitaine, Nemu, avait la réputation d'être une sorte de forme ultime d'âme artificielle combinée à un regai dernier cri. Alors que tous poursuivaient leur route sans avoir l'air de prêter une grande attention aux bidules et autres machins qui nous entouraient quand nous pénétrâmes dans les circonvolutions du laboratoire principal, je fis voyager mon regard un peu partout. Cette atmosphère était à la fois fascinante et dérangeante. Il y régnait également une importante pression spirituelle.
Nous fûmes accueillis devant l'énorme porte blindée de la capitainerie par ladite Nemu.
« Veuillez attendre ici, Maître Mayuri ne va pas tarder. Nous indiqua-t-elle.
En effet, le capitaine en question arriva à peine quelques minutes plus tard. Je n'avais jamais rencontré le chef de la douzième division, mais je le reconnus à son haori. Il avait l'apparence la plus surprenante que j'aie jamais vue. Il avait à peine forme humaine. Son visage était peint en noir et blanc faisant ressortir ses deux iris jaunes. Il semblait presque figé dans une étrange moue, si bien que j'avais du mal à dire s'il s'agissait d'un masque ou de son apparence véritable. Un couvre-chef impressionnant et rigide le chapeautait. Même si ma perception du reiatsu était à l'Ouest, je pouvais nettement percevoir la puissance de son énergie spirituelle. Il ne faisait aucun effort pour la contenir. Ainsi entourée de trois si puissants guerriers, j'avais l'impression que l'air nous entourant pesait très lourd. La pauvre Sayuri était encore plus mal à l'aise.
- Voyons Nemu, pourquoi ne les as-tu pas fait entrer ? Quel sérieux manque d'initiative… Enfin, entrez, entrez chers invités. Ne faites pas attention au bazar.
- Kurotsuchi, j'ose espérer que tu as confisqué le zanpakutō de cet homme dont je t'ai parlé cette nuit. L'agressa quasiment le capitaine Komamura.
- Eh bien, justement, à ce propos… Commença l'extravagant officier en faisant la balance avec ses mains.
Je remarquai alors qu'il possédait un ongle, bleu, long de plus d'une dizaine de centimètres. Ça ne devait pas être très pratique…
- C'est oui ou c'est non ?
- Non, non. En fait, cet homme Tetsu-truc Senri-machin, a bien été intégré dans nos rangs, mais seulement officiellement. Il ne s'est jamais présenté à la caserne.
- Quoi ? Et tu ne l'as pas signalé ? tempêta l'immense capitaine de la septième division.
- C'est que… Je pratiquais une expérience si passionnante que je ne suis pas sorti une seule fois du labo depuis plus de deux semaines. Les seuls contacts que j'ai eus depuis sont cette bécasse de Nemu et le Capitaine Unohana. C'était il y a deux jours. Elle m'a demandé de créer un antidote pour un zanpakutō empoisonné que j'avais reçu plus tôt.
- Ton intérêt pour la science est louable, mais tu viens de faire une faute grave. À cause de ta négligence, nous avons un voleur de zanpakutōs dans la nature.
- Hé bien c'est exact. On ne peut rien te cacher, Tōsen. Admit le scientifique en posant un regard d'un grand mépris sur mon supérieur.
- Et je suppose que tu n'as pas d'idée sur ce qui aurait pu expliquer que cet homme a pu prendre possession d'une arme qui n'est pas à lui ? ajouta le shinigami aveugle sur un ton sarcastique.
- C'est là que tu te trompes, mon cher collègue.
- Tu sais comment il a fait ? intervint le capitaine Komamura.
- Pas exactement, mais… Bref, depuis un an environ, je travaille sur la relation zanpakutō-âme. J'ai réussi, très récemment à faire une découverte qui va révolutionner la science.
- Tu t'emportes, Kurotsuchi.
- C'est toi qui n'es pas capable de reconnaître l'ampleur de mon génie. Normal, personne ne le peut. Toujours est-il que j'ai réussi à développer une substance qui pourrait permettre d'asservir plus facilement un esprit. En effet, elle force un zanpakutō à se soumettre à notre volonté, si vous préférez.
J'étais abasourdie. Non seulement par la portée qu'une telle invention pourrait avoir, mais également par les interrogations éthiques qui ne semblaient pas obnubiler l'étrange capitaine pour un kan. La relation que Tamashī no Kagami et moi partagions était basée sur la confiance, sur une forme de symbiose. C'était comme ça chez tout le monde. Nos âmes étaient connectées, semblables et différentes. Complémentaires en somme. À mes yeux, l'idée qu'une substance puisse permettre d'outrepasser ce lien étroit était monstrueuse, criminelle.
- Tetsumaru pourrait-il avoir fait la même découverte que toi ? Ou pourrait-il t'avoir volé le concept ? suggéra mon capitaine.
J'avais beau ne pas pouvoir lire son énergie spirituelle, il avait l'air choqué. Les recherches de Kurotsuchi devaient le mettre aussi mal à l'aise que moi.
- En fait, maintenant que vous l'évoquez, il me manque quelques millilitres de cette décoction. C'est certainement cette idiote de Nemu qui a mal refermé la fiole. Il est inconcevable que le voleur de zanpakutō puisse en être à l'origine. Assura le chercheur.
- Et pourquoi ça ? ironisa mon capitaine.
- La fiole est dans l'enceinte de ma chambre forte personnelle. Mais je suis sûr que c'est la faute de Nemu.
- Kurotsuchi, je te suggère de trouver le moyen de retrouver Senriki et ses deux comparses. Et j'ose aussi espérer que tu possèdes une substance capable de briser ce lien de soumission créé par ton poison. Ajouta le capitaine Komamura.
- Je travaille actuellement sur un antidote, malheureusement, il semblerait que seul le lien entre l'âme et le zanpakutō soit en mesure de rompre le charme si vous voyez ce que je veux dire.
- Alors, explique-nous. Que doit faire Megumi ? Et que devons-nous faire pour éviter que ce produit ne s'attaque à nos propres armes ?
- Eh bien, cette petite merveille de savoir est fonction du niveau spirituel de l'utilisateur. Elle se nourrit de la pression spirituelle pour prendre de la puissance. En d'autres termes, vous, capitaines, vice-capitaines et officiers supérieurs, demeurez insensibles à cette substance aux vues des capacités de ces loustics.
- Capitaine Kurotsuchi, je crois que mon capitaine ne parle pas uniquement pour nous. Que faire pour les shinigamis ordinaires, ils vont se faire voler ! répliqua Shūhei, en réponse à l'égoïsme de Kurotsuchi.
- Seule la découverte de leurs motivations peut nous aider. Mais c'est votre problème à vous, la sécurité intérieure. Moi, je vais reprendre mes recherches. »
Nous prîmes congé du capitaine de la douzième division avant que l'un des deux autres chefs de division ne l'encastre dans un mur. J'étais extrêmement préoccupée. Quelles pouvaient bien être les motivations des voleurs de zanpakutōs ? À première vue, je pouvais comprendre que le poison de Hanabisuishō puisse s'avérer utile, mais pas contre des shinigamis. Il était de notoriété commune que les armes de ce type étaient étudiées et que des antidotes étaient vite préparés quand ceux-ci étaient enregistrés. Combien de lames avaient déjà été volées ? Nos propres katanas étaient-ils en sécurité, comme l'affirmait le capitaine Kurotsuchi ? Il nous fallait absolument faire toute la lumière sur ces évènements. La problématique dépassait désormais ma personne ou Sayuri Megumi. Cela dépassait même la juridiction de nos divisions respectives. J'imaginai que mon capitaine ou son ami de la septième allaient demander audience auprès du commandant Yamamoto.
Nous rentrâmes dans nos locaux quand la jeune recrue et son supérieur continuèrent leur route vers leurs propres pénates. Les regardant s'éloigner, je la vis échanger quelques mots avec le chef de guerre. C'était bien. Ils parlaient.
Comme je devais m'entraîner avec les autres lieutenants haut-gradés de ma division, je me rendis directement dans la caserne qui abritait l'armurerie tandis que Shūhei et le capitaine Tōsen entrèrent dans l'enceinte du département d'édition du Journal du Seireitei. Je le laissai me déborder et je bifurquai dans les entrailles du sous-sol du baraquement. Je n'étais pas très motivée. J'aurais préféré faire quelques recherches plutôt que de réprimer ma frustration en croisant le fer avec Murazaki et mes autres collègues.
Je saluai la sentinelle de garde qui m'ouvrit le local où j'avais entreposé Tamashī no Kagami sur son râtelier attitré. Dès que la barrière de kidō fut levée, je pénétrai dans la pièce. Je levai la protection individuelle qui était liée à mon empreinte spirituelle et m'apprêtai à empoigner l'arme. C'est alors que je vis uniquement le fourreau reposant sur le support… Vide.
Je plantai mon regard dans celui de la sentinelle, un régulier qui était déjà là bien avant moi. Un type sérieux.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? demandai-je avec l'intonation agressive de la fille qui était prise de terreur.
Je brandis mon fourreau comme un trophée.
- Votre zanpakutō n'est pas à sa place ? m'interrogea la sentinelle en reculant d'un pas.
- Vous le voyez comme moi, non ?
- Je vous assure que personne n'est entré ici durant mon quart, Yoshihiro-dono !
Je soupirai, luttant contre la vague de peur qui s'était immédiatement emparée de moi. Il était temps d'être un peu plus professionnelle. Il y avait forcément une explication rationnelle.
- Pardonnez mon manque de sang-froid. C'était une réaction idiote de ma part. C'est juste… Que nous avons un gros, un très gros problème. M'excusai-je en baissant l'étui.
Il me fit signe que c'était déjà oublié.
- Vous êtes bien sûr que personne n'est venu ? Même quelqu'un que vous n'avez pas laissé entrer ?
- Oui. Oui Yoshihiro-dono, j'en suis certain.
- Qui était de garde avant vous ? demandai-je, crispée comme un crabe autour de tout ce qui restait de Tamashī no Kagami.
- Euh… C'était, c'était mon supérieur. L'officier responsable de la sécurité de la division. Tenshi-san.
- Megumi ? Non… C'est pire que je le pensais ! m'exclamai-je.
Je laissai tout en plan, me hâtant de rejoindre le bureau de mon vice-capitaine dans la maison d'édition. Débarquant comme une tempête dans les couloirs du département, je ne pris même pas la peine de saluer les personnes qui y travaillaient et que je dérangeai en courant dramatiquement jusqu'au premier étage.
- Vice-Capitaine Hisagi ! On a un problème ! Laissez-moi entrer s'il vous plaît ! Implorai-je devant le regard médusé des deux shinigamis journalistes qui passaient par là.
- Entre Hikaru. Sa voix, particulièrement calme me fit baisser d'un ton.
Je pénétrai dans la pièce encombrée en portant le fourreau devant moi pour qu'il soit bien en évidence. Il comprit immédiatement.
- Non, ne me dis pas que… commença Shūhei.
- Ils ont Tamashī no Kagami ! Ils ont volé Tamashī no Kagami ! M'effondrai-je.
Ce fut la main de mon capitaine qui se pressa sur mon épaule. Comme il était arrivé dans mon dos et que j'étais complètement absorbée par cette catastrophe, je ne l'avais pas senti venir. Pourtant, la sensation de ses doigts contre mon shihakushō m'intima de me calmer. C'était comme quand j'avais paniqué lors d'une mission quelques mois après mon entrée dans la neuvième division. Il avait gardé son calme et avait su me le transmettre.
- J'aurais dû m'en douter. C'était Megumi qui était de garde ce matin. Il était en poste quand j'y ai déposé Suzumushi. Hisagi, va vérifier qu'aucune autre arme n'a été volée. Yoshihiro, rends-toi immédiatement à la septième division et informe le capitaine Komamura et le vice-capitaine Iba de ces évènements. Je vais demander l'avancement de l'audience avec le capitaine-commandant Yamamoto. »
Il n'attendit pas qu'on réponde pour quitter la salle en trombe. Il était passé d'en colère à complètement furieux. Même si sa sempiternelle voix apaisée n'avait pas changé, je pouvais ressentir toute son ire dans la façon dont il marchait.
