Chapitre 4 : Les ordres de la première division
Une demi-journée plus tard, je tournai en rond tandis que tous les capitaines avaient été convoqués par leur supérieur. Shūhei et son homologue de la septième vinrent à ma rencontre en début de soirée. Je m'attendais à ce qu'ils me proposent un verre pour me détendre, quelque chose qu'ils avaient tendance à faire régulièrement avec leurs amis officiers, mais je me trompais. J'étais invitée à assister à la deuxième partie de la réunion des capitaines en tant que témoin. C'était également le cas de Shūhei. Iba, lui, devait allait amener Sayuri devant les treize chefs de guerre. Elle n'allait pas être jugée, cette tâche incombant exclusivement au Central 46, mais il était du devoir des capitaines de disposer d'elle en attendant qu'elle le soit. Je me doutais que cette pauvre fille serait incarcérée provisoirement dans la deuxième division ou dans la geôle de haute sécurité de la septième.
Je me rendais régulièrement dans la périphérie de la première division pour mes activités de transmissions d'informations, mais c'était la première fois que je voyais le centre névralgique des locaux du capitaine commandant Yamamoto. Commençant à ressentir la pression spirituelle avec davantage de finesse, je remerciais grandement les équipes de l'hôpital général pour cela, je pouvais percevoir tous ces reiatsus aux natures variées s'échapper de la grande salle de réunion. Même la grande porte qui y menait me faisait me sentir plus petite qu'un mulot.
Sayuri Megumi était déjà là, accompagnée de deux membres de l'Onmitsukidō. Décidément, personne ne prenait plus cette affaire à la légère. Iba la rejoignit, mais mon vice-capitaine et moi restâmes en arrière. Ce qu'ils allaient échanger ne nous regardait pas. La jeune recrue avait l'air encore plus désincarnée que quand nous l'avions piégée chez le capitaine Komamura. Elle, qui n'était déjà pas bien grande, semblait à peine plus solide qu'une brindille, et son air désespéré me rappelait un peu celui du shinigami guérisseur Yamada.
Quelques minutes plus tard, le second lieutenant de la septième division nous invita à le rejoindre.
« Le principal, c'est que nous retrouvions ces armes volées. Si tu as caché quoi que ce soit, il faut nous le dire. Expliquait Tetsuzaemon.
Sayuri pleura de plus belle, cachant ses yeux gonflés dans ses mains.
- Je ne sais rien. Si seulement ! Si seulement ! Répéta-t-elle.
- Megumi, ton supérieur a raison. Personne ne t'en veut, mais tu dois garder la tête froide. Tu as peut-être des indices ? Des choses que tu aurais oubliées ou que tu aurais jugées sans importance ? intervins-je.
- Sais-tu si d'autres zanpakutōs ont été volés ? Ou si nous avons retrouvé ton frère ? s'enquit Shūhei.
- Non, Vice-Capitaine Hisagi. Les membres de la police militaire qui m'ont interrogée m'ont juste posé des questions sur mon frère. Ils ne semblent pas avoir réussi à le localiser. Je… Mon frère… Il s'est mis dans l'embarras à cause de moi… Je suis une misérable, je ne suis pas digne de la confiance que le capitaine m'avait accordée… Et maintenant ils traquent mon frère comme un criminel !
- Garde ton calme. Les capitaines sont sur le coup et tu peux être certaine qu'ils finiront par retrouver les responsables. Tout rentrera bientôt dans l'ordre. Répondit mon supérieur.
Il ne mentionna pas le nom de son aîné. En effet, l'implication de Tenshi dans cette affaire restait à cerner. On ne pouvait décemment pas promettre qu'il ne lui arriverait rien.
- Ils vont retrouver mon frère ! Il ne pourra jamais échapper aux capitaines si toutes les divisions se mettent à sa recherche ! Ils vont lui faire du mal, c'est sûr… Oh, Tenshi, pardonne-moi !
La double porte s'ouvrit avec vacarme. Je fus complètement sidérée quelques secondes par la pression spirituelle qui me submergea. Presque tous les capitaines sortirent de la salle et se dispersèrent. Je n'apercevais cependant ni la haute silhouette du capitaine Komamura, ni les capitaines Soi Fon et Ichimaru. Notre supérieur quitta les capitaines Aizen et Kuchiki avec qui il échangeait quelques mots pour nous rejoindre dans le coin où nous demeurions.
- Capitaine Tōsen, la réunion est finie ? s'enquit Hisagi.
- Non, on fait une petite pause d'un quart d'heure. Cela fait des heures que nous débattons. Les nerfs de certains capitaines commencent à lâcher.
Mon capitaine ne mentionna aucun nom, mais je le vis porter son attention sur le dos du chef de la onzième division qui avait l'air de s'énerver sur celui de la douzième.
- Au risque de m'immiscer dans vos discussions, quelles sont les nouvelles ? L'interrogeai-je.
- Eh bien, rien de vraiment nouveau, mais on recense une vingtaine de vols d'armes. Toutes ont été signalées dans les quinze derniers jours. Les complices de Tetsumaru Senriki ont été presque formellement identifiés comme Sukakuo et Okkō Senriki. Ils appartiennent théoriquement à la division du capitaine Ichimaru, mais, comme leur frère, ils ne se sont jamais présentés. Ichimaru l'avait signalé, mais personne n'avait encore pris la peine de s'enquérir de ce qui leur était arrivé. La division du capitaine Kuchiki et celle du capitaine Komamura vont prendre le relai pour l'enquête. Nous devrons rester en support pour la transmission des informations sensibles. Et Kurotsuchi a fait une découverte… Il va tout nous expliquer à la reprise. Hisagi et toi êtes invités à assister à la réunion.
Trois divisions étaient sur le coup. Nos propres divisions, la septième et la neuvième, étaient indiquées et déjà concernées. Mais si le commandant Yamamoto avait jugé utile de mobiliser, en plus, les affaires internes, il devait prendre cette menace très au sérieux.
- Où est le capitaine Komamura ? demanda Hisagi.
- Il discute avec le capitaine commandant Yamamoto. Je pense que Megumi sera provisoirement enfermée dans la deuxième division. Il semble également que ton zanpakutō, Yoshihiro, soit la seule arme d'officier de haut rang qui ait disparu.
Au fur et à mesure que mon capitaine exposait la situation, Sayuri devenait livide. Finalement, le vice-capitaine de la deuxième division arriva et l'empoigna violemment par le col.
- Viens avec nous, Sayuri Megumi. Tu es provisoirement incarcérée dans la prison de la deuxième division et soupçonnée de complicité de vol de zanpakutōs.
- Quoi. Mais que…
- Ōmaeda ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Le capitaine Tō… S'interposa Shūhei et obligeant son homologue à desserrer sa poigne sur le shihakushō de Sayuri.
- Calme-toi, Hisagi. Vice-Capitaine, d'où tenez-vous ces ordres ? L'interrogea mon supérieur, la voix grave.
- Du capitaine Soi Fon et du commandant Yamamoto. Gronda la voix puissante du capitaine Komamura.
Il nous rejoignit et se plaça entre Hisagi et Ōmaeda. La jeune recrue le regarda avec la mort dans l'âme.
- Capitaine ! Je vous jure que je n'ai rien à voir avec ces hommes ! Je suis la victime ! Tenta-t-elle de se défendre.
- Si tu es vraiment innocente, alors tu n'as rien à craindre, Megumi. Suis le vice-capitaine Ōmaeda sans faire d'histoires. » Ordonna le chef de guerre de la septième division.
Elle ne répondit pas, acceptant son sort. Elle suivit le vice-capitaine, son propre supérieur et les deux membres de l'Onmitsukidō. Les capitaines qui étaient partis prendre l'air commençaient à se masser dans le vestibule. À nouveau, la pression spirituelle du local semblait tout écraser. Je fermai les yeux et me concentrai. Je perçus sans difficulté celles des deux capitaines que je fréquentais régulièrement et je laissai ma propre énergie s'insinuer entre les reiatsus des autres. Je pouvais à peine différencier les natures maîtrisées des pressions des capitaines Ukitake, Unohana, Kuchiki et Aizen tant une autre semblait tout surpasser. Elle était comme une tempête et, pourtant, ce gigantisme semblait contenu, comme une bête en cage. J'ouvris les yeux. C'était celle du capitaine Zaraki. Elle était vraiment très différente de celles que j'avais senties jusque-là. Avec le temps, j'avais appris à supporter cette débauche de pouvoir que les capitaines étaient en mesure de laisser exploser. J'avais notamment vu le capitaine Komamura en action une fois ou deux dans les profondeurs de Rukongai pour abattre des hollows monstrueux. Ça avait été si violent que j'en avais eu le souffle coupé. Mais celle de Kenpachi Zaraki était d'une tout autre envergure. Il me faisait froid dans le dos.
Le gong résonna trois fois, signe que la réunion allait reprendre. J'allais assister pour la première fois de ma carrière à un briefing de capitaines et je ne savais pas du tout quel était le protocole qui s'appliquait dans ce cadre. Je suivis donc Shūhei et pris place en silence dans le fond, près de la porte. Après mon capitaine et son ami de la septième, le capitaine Unohana pénétra la première, suivie du capitaine Kuchiki puis des capitaines Ukitake, Kyoraku, Hitsugaya et Aizen. Tous les autres arrivèrent un instant plus tard, à l'exception du capitaine Ichimaru. Ils se placèrent en deux rangs égaux, de part et d'autre du capitaine commandant Yamamoto. Ce dernier s'avança. Tous étaient immobiles. Je lançai un regard interrogateur à mon vice-capitaine, qu'il ignora.
« La suspecte Sayuri Megumi a été appréhendée par les commandos des forces spéciales du capitaine Soi Fon. Elle se trouve détenue dans ses quartiers. Capitaine Kurotsuchi de la douzième division, vous deviez nous exposer votre fameuse découverte.
- En effet. Voici le topo. En étudiant ma substance, j'étais arrivé à la conclusion que nous, capitaines et officiers supérieurs, étions à l'abri de son pouvoir. Mais il m'apparaît dorénavant que je m'étais quelque peu…
- Planté. Coupa le capitaine de la onzième division avec un sourire qui me provoqua un frisson.
L'extravagant chef du département technique laissa passer un sifflement d'exaspération entre ses dents. Ce fut le moment que choisit le capitaine Ichimaru pour rejoindre ses confrères.
- Désolé pour mon retard, Capitaine-Commandant Yamamoto. S'excusa-t-il en conservant un air qui montrait tout le contraire.
- Alors, Capitaine Ichimaru, vous avez retrouvé ces renégats ? L'interrogea le doyen.
- Non mon Commandant, nous sommes désolés, mais pas la moindre trace de ces hommes ni de Megumi.
- Alors, allez vous mettre à votre place et laissez Kurotsuchi continuer son exposé.
Il s'exécuta sans discuter.
- Certes. Donc, oui, en effet, il semblerait que je me sois un peu trompé, comme l'a si bien souligné le capitaine Zaraki. En fait, mes dernières avancées ont montré que plus le pouvoir spirituel du voleur est important, plus il peut prendre le contrôle d'une arme liée à un shinigami de niveau élevé. Donc, en théorie, il devrait être impossible au quidam moyen de voler et libérer un zanpakutō comme celui du quatrième siège Yoshihiro. Sauf qu'un officier comme le suspect Tenshi Megumi le pourrait, lui. Enfin, ma création est un catalyseur. Il requiert l'utilisation d'un zanpakutō pour être activé. L'esprit du zanpakutō en question est celui qui peut permettre d'asservir la cible. Plus l'esprit est fort, plus la cible est vulnérable. Ergo, si les voleurs parviennent à briser le lien qui existe entre Yoshihiro et Tamashī no Kagami, un zanpakutō suffisamment puissant pour tenter d'enrôler celui d'un troisième siège ou d'un vice-capitaine dont le lien n'est pas très étroit est acquis à leur cause.
Je regardai Shūhei avec inquiétude. Je connaissais la relation qu'il entretenait avec Kazeshini. On ne pouvait pas dire qu'il avait une très bonne connexion avec lui. Cela impliquait donc qu'il était en danger.
- Tu veux dire que ce Megumi serait capable de prendre le contrôle de l'une de nos armes ? s'insurgea le jeune capitaine Hitsugaya.
- Eh bien, le libérer, oui, c'est possible. Admit Kurotsuchi. Mais je doute sérieusement du fait qu'ils puissent utiliser un Bankai.
- Quelle joie ! Cela nous enlève une sacrée épine du pied ! ironisa le capitaine Ichimaru.
- Veuillez cesser ces sarcasmes, Ichimaru ! tempêta Yamamoto. Kurotsuchi, j'espère que vous avez trouvé un moyen de défaire tout ceci. Sinon, vous allez au-devant de graves ennuis. Menaça-t-il.
- Disons que j'ai, peut-être, une piste. J'ai eu l'occasion de discuter avec Tōsen cet après-midi pour en apprendre plus sur la relation que Yoshihiro entretient avec son arme. Je pense que la seule raison pour laquelle des personnes telles que Megumi, un simple neuvième lieutenant, ont réussi à s'en prendre à Tamashī no Kagami est que cette demoiselle traverse une passe d'introspection importante vis-à-vis d'elle-même et de son zanpakutō. En plus l'asservissement ne pourra tenir sur la durée puisque la substance finira par se désagréger.
- Tu peux nous expliquer ça en langage courant, Kurotsuchi ? lança le capitaine de la onzième division.
- Ce que veut dire Kurotsuchi, c'est que Yoshihiro est en train de maturer son shikai. Elle médite énormément et s'entretient longuement avec l'esprit de son monde intérieur. Cela entraîne un maître et son arme à renforcer leur symbiose, mais le lien qui les unit peut en être fragilisé, car ils sont amenés à se poser des questions importantes sur ce que l'un et l'autre attendent de leur partenaire. C'est absolument essentiel pour tirer le meilleur parti de soi-même et pour atteindre un niveau permettant d'envisager de matérialiser son esprit dans notre plan et d'atteindre un jour le bankai. Tout le monde sait ça, Zaraki… répliqua mon capitaine.
- Si elle en est effectivement à cette étape de sa vie comme tu le suggères, Capitaine Tōsen, nous sommes en droit de nous demander si les voleurs savaient quel zanpakutō ils pouvaient voler. C'était un risque énorme de s'en prendre à l'arme d'un quatrième siège pour eux. Ils devaient savoir que cette passe constituait une ouverture pour leurs noirs desseins. Ajouta le capitaine Aizen.
- En effet. Avaient-ils cette information ? Et si tel est le cas, comment auraient-ils pu se la procurer ? demanda le capitaine de la treizième division.
- Yoshihiro. Megumi était votre neuvième siège. Était-il au courant de votre situation ? s'enquit le capitaine commandant Yamamoto.
- Non, mon Commandant. Répondis-je, la voix un peu fluette et la gorge sèche.
- Qui le savait ?
- Le capitaine Tōsen, le vice-capitaine Hisagi, le capitaine Komamura et le septième siège Botanmaru Asagorō de la septième division.
- Se pourrait-il que vous l'ayez mentionné à Tenshi Megumi, Vice-Capitaine Hisagi ?
- Absolument pas. Je n'ai discuté de cette information qu'avec le capitaine Tōsen.
- Et cet Asagorō ? Capitaine Komamura ?
- C'est un homme de confiance. Il n'aura rien dit. Il est parfaitement au courant de la sensibilité d'une telle information. Conforta l'immense capitaine casqué.
- Très bien. Il m'apparaît nécessaire de mettre en place des mesures drastiques. Que chaque capitaine se renseigne sur les circonstances des vols de chaque zanpakutō de leurs divisions respectives. Je veux également que la neuvième division dresse un rapport synthétisant l'état d'avancement de la relation entre un shinigami et un zanpakutō pour tous les officiers qui dépassent le rang de septième siège. Kurotsuchi, je veux savoir dans les plus brefs délais si maintenant qu'ils possèdent une arme telle que le zanpakutō de Yoshihiro, ils peuvent le soumettre et s'en servir pour voler un zanpakutō de vice-capitaine puis d'un capitaine. Déclara Yamamoto.
- Euh, Yama-Jii… Pardon de vous interrompre, mais il faut tout de même constater que l'ordre des vols va crescendo. Ne croyez-vous pas que ce sont bel et bien les zanpakutōs de capitaines et de vice-capitaines qui sont les plus susceptibles d'être dérobés et assujettis ? Souleva le capitaine Kyōraku.
- Certes, certes. Ichimaru, continuez de passer tout le Seireitei au peigne fin. Ne laissez personne entrer ou sortir sans autorisation expresse délivrée par un capitaine. Komamura, joignez-vous à Ichimaru. Mettez autant d'hommes sur le coup que vous le jugez nécessaire. Kuchiki, je vous laisse enquêter sur les frères Senriki ainsi que la famille Megumi. Votre niveau d'accréditation vient d'être relevé d'un niveau. Tôsen, veillez à faire transmettre l'information selon laquelle chaque officier ayant un score supérieur à 300 doit porter son arme sur lui en permanence. Tous les flux d'informations doivent également passer par vous. Hisagi, je vous donne la charge de faire rassembler les vice-capitaines et de les informer de la situation dans sa globalité. Les autres, restez en attente de nouveaux ordres. Exécution. Yoshihiro, vous serez en charge de surveiller la cellule de Megumi et de lui soutirer le plus d'informations possible. Prenez un asauchi et allez-y. J'ai la conviction qu'elle ne nous dit pas tout. »
Je mourrai d'envie de protester, mais je me retins par souci du protocole. On ne discutait pas les ordres d'un capitaine, encore moins ceux émanant du chef de la première division. Pourtant, ma place n'était pas devant une cellule, elle était dans le QG de ma division. J'étais l'officier en charge des transmissions tactiques, le capitaine Tōsen comptait sur moi, maintenant plus que jamais. J'étais quatrième lieutenant, j'appartenais à la division de la sécurité intérieure, je n'avais rien à faire dans les locaux des forces spéciales.
Shūhei sentit ma frustration. Il me sourit pour détendre l'atmosphère, mais j'étais tellement furieuse d'être mise sur la touche que rien ni personne ne pouvait me faire redescendre en pression. Il tenta bien d'engager la conversation sur un ton un peu désinvolte, mais mes répliques fermées lui firent vite comprendre que je n'étais pas d'humeur. Nous nous séparâmes au sortir du bâtiment principal des quartiers de la division du capitaine commandant. Je pris à l'Ouest et lui au Nord.
