Chapitre 9 : Le souhait du miroir des âmes

J'ouvris les yeux. Le crépuscule avancé que je connaissais avait retrouvé sa place, parant le ciel d'un bleu profond. Sur la soie cosmique, des constellations d'étoiles brillaient. Je me levai et avançai sur le chemin de marbre qui serpentait dans l'herbe. À quelques mètres de moi, je voyais la silhouette cristalline de Tamashī no Kagami. Elle était debout, au centre du miroir lacustre, et semblait observer ce qui se trouvait à ses pieds.

« Tamashī no Kagami. Dis-je à voix haute, portée par une théorie que je souhaitais confirmer.

Mon intuition ne m'avait pas trompée. Elle ne réagit pas. Ce n'était pas étonnant. Si l'esprit du miroir possédait un regard absolu, elle n'était capable d'entendre de communiquer qu'avec son maître. Avant moi, elle n'en avait eu qu'un, le mythologique juge qui régnait sur les ténèbres du Muken. Comme j'avais été incapable de libérer mon arme depuis ma sortie de l'hôpital de la quatrième division qui avait eu lieu quelques heures plus tôt, je m'étais doutée que notre lien n'avait pas été restauré automatiquement après la défaite de Tetsumaru et la destruction de son parasite spirituel.

Je la rejoignis, non sans regarder ce qu'elle pouvait bien apercevoir sous nos pieds. Moi, je n'étais pas capable de discerner mon reflet. D'après ce que j'avais pu glaner comme informations tangibles dans les élans philosophiques de l'esprit et de son jumeau à l'ouïe absolue, je supposai que c'était dû au fait que j'étais incapable de voir en moi-même. Comme elle ne pouvait pas m'entendre et qu'elle était absorbée par ce qui se passait de l'autre côté du miroir, elle ne m'avait pas perçue venir. Les premières ondes, provoquées par mes pas sur la fine couche d'eau, atteignirent les siens. Enfin, elle porta ses grands yeux lilas sur moi. Il était très difficile de savoir comment j'allais être reçue. En effet, son visage ne laissait transparaître ni colère, ni soulagement, ni déception, ni joie.

Je plaçai ma main dans la sienne, comme je l'avais fait dans l'obscurité de son jumeau de l'ombre. Elle ne sembla pas résister, semblant simplement scruter mon regard. Elle était le miroir, elle évaluait mes actions.

- Tamashī no Kagami. Répétai-je. Cette fois, j'étais convaincue que mes mots l'avaient atteinte.

- Hikaru. Pourquoi es-tu ici ? »

C'était étrange. Même si elle était les yeux du roi juge, même si c'était à son autre de juger des intentions, elle avait toujours semblé savoir les raisons qui guidaient mes visites. Jusqu'à celle-ci. Elle ne voyait que les actes. J'étais là, devant elle. C'était comme tout reprendre à zéro.

Quand j'étais en quatrième année, à l'académie Shino, j'avais commencé à ressentir une sorte de présence. J'avais quelques camarades qui avaient déjà pu vivre une expérience similaire. Certains pouvaient percevoir une nature nouvelle qui se mêlait à la leur, d'autres avaient même pu commencer à créer un lien avec cette chose. Je m'étais alors plongée dans une profonde introspection. Il n'y avait que le noir, le néant, l'inconnu. Puis, au fur et à mesure, je commençai à percevoir que je n'étais pas seule.

Au début, c'était une minuscule étincelle, fragile, éphémère, à peine plus vaillante que la chétive lueur d'une bougie. Paradoxale, je la sentais à la fois près et loin, aussi proche qu'inatteignable.


Académie des Arts Spirituels Shino, Bureau du Capitaine Aizen, 9 ans plus tôt

« Capitaine Aizen, je suis Hikaru Yoshihiro, l'étudiante que Hagihara-sensei vous a demandé de recevoir.

- Oui, entre, je t'en prie. M'invita le shinigami.

C'était la première fois que je rencontrais un capitaine. Je l'avais déjà croisé, évidemment, puisqu'il était aussi instructeur en dernière année, mais je n'avais jamais eu l'occasion ni de l'entendre nous dispenser son savoir ni de lui parler. Comme je suivais mes études dans la classe la plus avancée, nombre de mes camarades commençaient à pouvoir communiquer avec l'esprit qui les accompagnait dans leurs mondes intérieurs. Aucun d'entre eux n'était encore parvenu à créer une empreinte sur un zanpakutō vierge, mais beaucoup étaient entrés dans une phase d'intense dialogue intérieur. Moi, j'étais bloquée à la première étape depuis de longs mois. Quand j'en avais parlé à l'un de mes instructeurs qui faisait souvent référence au lien qui devait se créer entre un shinigami et son arme, il s'était retrouvé quelque peu perplexe devant mes difficultés. Il avait déjà tutoré des aspirants qui ne parvenaient pas à créer cette estampille, d'autres qui ne parvenaient pas visualiser l'esprit dans leur monde intérieur, mais jamais il n'avait entendu parler d'un cas comme le mien. D'ordinaire, les étudiants et shinigamis diplômés qui commençaient à sentir cette connexion commençaient d'abord par le sentir dans leur propre reiatsu, puis à entendre la voix de l'esprit, puis à le visualiser. Enfin, ils pourraient peut-être espérer entendre leur nom. À ce moment-là, ils seraient capables de poser une empreinte sur un asauchi, donnant naissance à une lame bien unique. Dans mon cas, tout se déroulait dans un ordre dépourvu de sens. À court d'explication et de piste d'exploration, Hagihara-sensei avait demandé à son aîné de me recevoir.

Sōsuke Aizen était un homme de haute stature dont le visage serein et le sourire apaisé me mirent immédiatement en confiance. Pourtant, c'était un capitaine, l'une des personnalités du Seireitei les plus puissantes en matière de manipulation du flux énergétique que nous, aspirants shinigamis, souhaitions exploiter. En d'autres termes, le véritable dieu de la mort, c'était lui.

- Capitaine Aizen, je voulais savoir si vous pouviez m'aider.

- Si tu ne peux pas l'entendre, c'est probablement que tu n'es pas encore assez mature. Ton pouvoir n'est pas encore mûr. Répondit l'homme en posant son regard brun sur moi.

- Alors pourquoi puis-je le voir ? Pourquoi puis-je le matérialiser dans mon monde avec autant de précision ? Je devrais pourvoir l'entendre, pas forcément son nom, mais au moins quelque chose !

- Et que vois-tu, Yoshihiro ?

L'officier supérieur n'avait pas vraiment l'air décontenancé, mais un peu intrigué.

- Une lueur, comme une luciole. Elle brille, mais elle n'est pas chaude. Elle m'appelle, mais je ne l'entends pas. Elle ne cesse de grossir et de gagner en contenance. Je pourrais presque la toucher sauf que j'ai la sensation qu'elle est près et loin en même temps.

Cette fois, je venais vraiment de piquer la curiosité du capitaine de la cinquième division.

- En effet… Ce n'est pas commun. Parle-moi de ton monde intérieur. À quoi cela ressemble-t-il ?

- Je ne comprends pas.

En effet, la question de l'officier me laissa un peu pensive. Un monde intérieur était un monde intérieur. C'était juste moi et cette lumière quand avant c'était juste moi et uniquement moi. Avais-je manqué quelque chose ?

- À quoi ressemble ton monde ? Quand tu regardes tout autour de toi, quand tu tends l'oreille, quand tu respires à pleins poumons, quand tu évalues la température.

- Je… Il n'y a rien. C'est juste moi, moi et la lueur.

La curiosité se transforma en un authentique intérêt.

- Pas de son ? Pas de lumière ? Pas d'odeur ? Pas de sensation tactile ?

Le détail qui m'échappait me percuta l'esprit comme une épiphanie.

- Je… Si. Si, je sens quelque chose de froid sous mes pieds. Comme de la pierre lisse.

- Je vois. Yoshihiro, ma question va peut-être te paraître un peu étrange, mais pourquoi souhaites-tu devenir shinigami ?

C'était une question complexe. Mes camarades et moi étions tous précisément là où nous étions pour diverses raisons. Certains voulaient honorer une promesse, d'autres étaient là par sens du devoir, pour éprouver leur force, pour rembourser une dette ou encore pour suivre une tradition familiale. J'étais loin d'être la seule dans mon cas, mais je faisais partie des quelques aspirants qui n'avaient pas emprunté ce chemin pour remplir un objectif prédéfini, mais qui le faisaient justement dans l'objectif de pouvoir le définir. Personnellement, la question à laquelle je tentais de répondre était vraiment aussi simple qu'élusive.

- Oh, euh… Je… Je cherche où est ma place.

Le capitaine ne répondit pas immédiatement, se contentant de remonter ses lunettes sur son nez. Cette interrogation était-elle nécessaire pour m'aider à avancer ?

- Tu penses qu'en devenant une shinigami tu pourras répondre à cette question ? Pourquoi ? Il y a bien quelque chose qui t'a poussé dans cette voie. Sinon, tu aurais pu faire n'importe quoi d'autre. On devient rarement shinigami par hasard.

- Disons que j'ai rencontré quelques personnes qui m'ont mise sur le chemin. L'une d'entre elles était une shinigami. Elle disait avoir trouvé sa place. Une autre a toujours suggéré qu'elle et moi nous ressemblions beaucoup. Je ne sais pas quelles étaient ses intentions quand elle décida de devenir une shinigami, mais les actes étaient là. Cette femme m'a sauvé la vie, elle a également sauvé nombre d'autres personnes cette nuit-là. Toute ma vie j'ai vécu avec la sensation que l'ombre de cette femme m'accompagnait. Si elle a pu trouver sa place ici… Alors peut-être que la mienne y est aussi.

- Voilà qui est intéressant. Ce sont ses actes qui ont compté pour toi. Ce sont eux qui t'inspirent. C'est ce qui s'est passé cette nuit-là qui a impulsé ta marche. Réfléchis à ce que représentent tes actes et ceux des gens qui ont compté pour toi. Tu sais, j'ai déjà rencontré une personne qui était confrontée à une difficulté assez similaire à la tienne. Contrairement à toi, elle savait tellement ce qu'elle cherchait qu'elle a mis beaucoup de temps à comprendre qu'elle devait s'ouvrir à l'esprit qui l'accompagnait. Parce qu'elle ne voulait pas remettre en question ses motivations ou la compréhension qu'elle avait de ce monde. Si elle a pu surmonter ce blocage en remettant ses intentions en perspectives, tu devrais pouvoir en faire de même en t'interrogeant sur ce que les actes représentent pour toi.

En effet, il avait mis le doigt sur une chose que je n'avais pas pris la peine d'analyser. Les actes signifiaient tout pour moi. J'avais compris cela quand j'avais lu un article du capitaine Tōsen dans le journal du Seireitei. Celui-ci provenait d'une chronique trimestrielle qui nous demandait de nous interroger sur le concept de justice. Pouvait-elle être universelle ? Était-ce quelque chose que nous pouvions mettre, telle une arme, entre les mains d'âmes comme nous, en somme, des êtres faillibles ? La justice était-elle une chose karmique qui veillait à ce que les bonnes actions soient récompensées et les mauvaises punies ? Ou était-ce quelque chose de comparable à la fortune qui frappait avec la cécité du hasard ? Enfin, comment considérer une mauvaise action faite avec les meilleures intentions du monde et inversement ? L'introspection à laquelle le capitaine Aizen m'appelait venait complètement s'inscrire dans une logique similaire. Tout ceci dépassait complètement l'aspect philosophique du concept de justice. C'était une notion essentielle. Cela nous incitait presque à remettre en question ce que nous considérions comme bien ou comme mal.

- Merci, capitaine Aizen. Je pense que j'ai saisi ce que vous vouliez dire.

- C'est un plaisir de rendre service à des jeunes aussi prometteurs. »


« Alors, Hikaru, pourquoi es-tu ici ?

- Je suis venue te demander pardon.

La surprise passa dans le regard de l'être de cristal. Tamashī no Kagami était une créature implacable. Elle était la part sévère et inflexible du roi juge. Je n'étais même pas sûre qu'elle fût capable de comprendre le concept de pardon. Autrefois, quand elle avait appris au contact de l'éclat de Suzumushi qui était resté dans mon monde, piégé par le souvenir de celle qui m'avait guidée sur la voie du shinigami, elle avait fini par développer une conscience de cette part manquante. Naïvement, j'avais cru que cela avait fait d'elle un être complet, équilibré et accompli. C'était tout l'inverse et je ne l'avais pas perçu avant de pouvoir à nouveau sentir la présence de l'autre assesseur du roi juge dans mon monde. Pourtant, depuis toutes ces années qui me séparaient de cet éphémère retour, la créature de cristal avait repris son rôle premier, celui de refléter ce que j'étais. Ou plutôt, elle avait repris son rôle de miroir qui reflétait mes actes. En effet, c'était le devoir de son jumeau de l'ombre de juger les intentions.

- Me demander pardon ?

À nouveau, ses grands yeux disproportionnés s'écarquillèrent un peu.

- Tamashī no Kagami, je suis venue te demander pardon. Depuis tout ce temps, depuis tout ce temps où je peux t'entendre, je n'ai jamais essayé de t'écouter vraiment. J'ai négligé ton enseignement et je n'ai tenu compte que de ce que tu pouvais me dire que pour me sortir des mauvaises passes. J'aurais dû faire l'effort d'essayer de te comprendre. Je me suis servie de ton pouvoir sans jamais me demander ce que toi tu attendais de moi. Je me suis comportée comme un maître et toi comme un vassal. Déballai-je, sincèrement contrite.

Je me demandais bien ce qu'une telle confidence pourrait bien entraîner comme réaction chez un être comme l'esprit du miroir. J'avais imaginé qu'elle puisse être en colère, frustrée, peinée ou même satisfaite, mais j'étais à mille lieues de celle qui fut la sienne. Une absence totale de réaction émotionnelle.

- C'est ce que tu es. Et ce que moi je suis. Répondit-elle simplement.

C'était vrai. Ainsi allaient les choses. Nous, shinigamis, soumettions ces esprits présents dans nos mondes intérieurs. Quand nous pénétrions dans ces petits cosmos, nous étions peu de choses face à leur pouvoir, mais dès que nous naviguions dans notre propre plan, nous étions tout-puissants, leur laissant, pour seul luxe, celui de ne pas répondre à notre appel.

- Alors tu me reconnais comme ton maître ?

- Pourquoi ne le ferais-je pas ? Après tout, je ne suis que le miroir. Sans personne pour se refléter dans mes yeux, je ne suis rien. Je n'ai pas d'utilité.

Ça ne ressemblait pas beaucoup à Tamashī no Kagami, d'être aussi directe.

- C'est une sorte de choix par défaut, si je comprends bien. Est-ce pour cela que Doku a eu le dessus sur toi ?

À nouveau, son visage se délesta de toute trace d'émotion.

- Il savait ce que je voulais. Il me l'a montré.

- Moi je ne l'ai jamais fait. Je ne t'ai jamais demandé ce que tu voulais. Je me suis naïvement persuadée que tu cherchais la même chose que moi.

- Pourquoi y a-t-il un ciel au-dessus de nos têtes, Hikaru ? Eluda Tamashī no Kagami.

Je levai les yeux vers le ciel étoilé. Il était vraiment beau, avec ses constellations de petits diamants étincelants. Pourtant, je voyais aussi des nuages. C'était la première fois que je les remarquais. Dans le temps, elle m'avait fait remarquer que ce ciel s'était formé de lui-même. C'était comme un cercle vertueux. Il s'était créé pour abriter les étoiles et les étoiles s'étaient créées pour définir le ciel. Il fallait probablement y voir une forme de métaphore. J'avais ouvert mon cœur et les personnes, les souvenirs, les émotions que je partageais avec elles, paraient celui-ci.

Cette question était bien plus dans les habitudes de l'esprit. Elle n'était pas concrète, prêtait à interprétation, attendait mille et une réponses. Avant, j'aurais froncé les sourcils, lui mandant d'être moins énigmatique. À nouveau, je reportai mon attention sur l'unique habitant de mon monde intérieur. Elle s'était assise sur le miroir, jetant des œillades fugaces sur la surface noire et luisante.

- Je crois que j'ai compris ce que tu voulais me faire comprendre, il y a sept ans. Tu m'as dit que je ne comprenais pas ce monde. J'ai commencé à pouvoir distinguer ce ciel quand les étoiles y sont apparues. Puis, j'ai commencé à pouvoir le considérer en tant que tel quand j'ai vu que ce ciel parait un monde tangible. Il y a les arbres, l'herbe, l'eau, le vent.

- Tout ceci est un décor. Ce n'est pas un monde.

Un décor ? Je réfléchis un instant. Un décor était quelque chose de factice. Comme les décors de théâtre ou les décors de films, ils n'étaient voués qu'à exister quelques instants et ne devenaient des mondes que dans la perception que nous en avions. Comme au théâtre, si nous nous plongions du point de vue des personnages, c'était leur monde. Un microcosme de quelques tableaux dans les limites desquelles ils vivaient. Si nous le voyions de notre point de vue extradiégétique, ce n'était qu'un agglomérat de bois, de métal et de carton, une fausse représentation qui singeait un monde sans le devenir. Impliquait-elle que mon monde intérieur était une sorte de contrefaçon ? En une dizaine d'années de tribulations méditatives, mon monde intérieur avait tellement évolué dans sa forme, que c'était difficile de dire si oui ou non ce que je percevais de lui avait quelque chose de définitif.

- Ce que tu perçois de toi, quand tu te regardes dans un miroir, ce que tu perçois du monde, est-ce la vérité ?

J'avais bien envie de me reposer sur des arguments scientifiques pour démontrer que cela dépendait de nombreux paramètres, mais je me doutais que c'était l'aspect philosophique, voire allégorique, qui intéressait l'esprit. Ce qu'on voyait dans un miroir était un reflet, une image. Était-ce quelque chose de trompeur ou était-ce un moyen de révéler au monde une sorte de vérité cachée ? Obscurité poétique ou clarté philosophique, Tamashī no Kagami naviguait avec aisance sur la limite entre ces deux concepts. Scientifiquement, le reflet était une image inversée. Il aurait été aisé de ne pas la considérer comme vérité puisque dans les faits, la droite et la gauche, la notion de direction, et cætera étaient inversées. Pourtant, le discours de Tamashī no Kagami m'invitait à percevoir la question sous un autre angle.

- Je… Ce n'est pas vraiment une question à laquelle il est aisé de répondre.

Elle inclina la tête, comme si elle était un peu déçue.

- Vois-tu le reflet des étoiles dans le lac ?

- Oui, bien sûr.

- Vois-tu le tien ?

- Non, mais je te l'avais déjà fait remarquer. Je n'ai vu mon reflet qu'une fois, c'était avant que je te perçoive telle que tu es. Me remémorai-je.

Quand j'étais entrée dans mon monde pour libérer le fragment de Suzumushi prisonnier du souvenir de cette femme shinigami, j'avais pu me voir me refléter.

- Vois-tu le mien ?

Je m'y attardai. Non, elle n'en avait pas. Le miroir des âmes n'avait pas de reflet.

- Non, je ne vois pas ton reflet dans le lac. Pourquoi ne le vois-je pas ?

- Tu ne vois que le décor dans ce miroir. Tu es incapable d'y voir les deux seules choses qui ne sont pas factices. M'admonesta l'esprit.

- Mais pourquoi ? Que dois-je faire ?

- La vraie sagesse, celle qui te permettra d'être suffisamment consciente de la vérité pour te montrer juste, Hikaru, ce n'est pas passer son temps les yeux en l'air à observer les étoiles. C'est chercher, sur la terre, des miroirs de l'univers qui sont des simulacres et des reflets déformés, mais qui en disent plus long que l'observation apparemment directe des choses. Le jour où tu percevras ton reflet, le jour où tu ne percevras plus ce décor feint et artificiel, le jour où tu auras trouvé mon reflet, ce jour-là… Je serai capable de te pardonner. En attendant, je veux bien te laisser la chance de me prouver que tu peux apprendre. »

Je sortis de ma méditation. Cet entretien m'avait donné mal au crâne. Pourtant, j'étais presque extatique. Tamashī no Kagami était fidèle à elle-même. J'étais ravie de l'avoir entendue essayer de m'embrouiller avec ses concepts nébuleux. J'avais du chemin à faire si je souhaitais qu'elle me pardonne vraiment et j'avais le sentiment que ce pardon m'ouvrirait la voie vers un nouveau pouvoir, de nouvelles perspectives. Comme Suzumushi, elle était disposée à me laisser ma chance. J'avais dorénavant deux promesses à honorer. Je rengainai l'arme et la posai à mes côtés. Je souris. Hikaru Yoshihiro, quatrième siège de la neuvième division, serait la digne détentrice du miroir des âmes.