Hello hello !
J'ai beaucoup trop de projets en ce moment, mais on va faire comme si je pouvais tous les mettre à jour en même temps. Pour celui-ci, j'ai eu l'idée durant ma lecture des derniers scans du manga (donc oui, ça va spoiler un pitit peu... beaucoup même) et elle refusait de quitter ma tête, donc comme elle est relativement courte, je me suis dit, allez, on va l'écrire, yolo, tout ça. Nous voilà donc en route pour trois petits chapitres.
Petit warning avant de commencer : ce premier chapitre contient principalement du smut, du lemon, de la fesse, appelez ça comme vous voulez. Sur les autres chapitres, ça va se calmer un peu.
My Hero Academia ne m'appartient toujours pas, comme vous vous en doutez.
Et pour finir, en petit fond sonore pour ceux qui aiment ça, je vous propose Toi et Moi de Paradis.
Bonne lecture !
La maison était vide. Ou plutôt, elle était pleine de fantômes, qui faisaient craquer le bois et trembler les shôji. Les enfants étaient partis en début de soirée, la veille, pour ne plus jamais revenir. Une tasse de thé à la main, Enji Todoroki passait en revue les rapports comptables de son agence de héros. Bien sûr, il n'y avait rien à redire. Son équipe d'experts avait été triée sur le volet et tenue à la même rigueur que les autres acolytes. Le thé, lui, était trop chaud, et amer maintenant que Fuyumi n'était plus là pour le préparer. Mais il s'en contentait. À partir de maintenant, il devrait se débrouiller sans elle, et s'habituer à la solitude de sa grande maison. Cela faisait partie du long processus de pénitence qu'il estimait mériter. Petit à petit, il parviendrait à remonter dans leur estime ou, au moins, à réparer un peu les immenses torts qu'il avait causés.
Trois coups retentirent. Enji leva la tête ; il les avait sûrement rêvés. Mais trois autres suivirent bientôt et il dût se rendre à l'évidence : on frappait à sa porte. Dans un grognement, il quitta la chaleur confortable du kotatsu pour se diriger vers l'entrée. Qui pouvait bien venir le déranger à une heure pareille ? Sans doute un de ses enfants qui avait oublié quelque affaire personnelle et tenait absolument à le récupérer, même à vingt-et-une heures trente passées. Mais ce n'était ni Fuyumi, ni Natsuo, ni Shouto qui patientait sur le palier, non. Enji reconnut la silhouette familière à l'ombre que ses ailes découpaient sur le patio.
— J'ai amené du chow mein et du mei kwei lu ! s'exclama Hawks sans même prendre le temps de le saluer.
Joignant le geste à la parole, l'homme-oiseau brandit un sac plastique et une longue boîte rouge ornée de caractères chinois. Enji soupira. C'était vraiment la dernière personne qu'il voulait voir ce soir. D'un coup sec, il lui claqua la porte au nez, espérant que cela suffirait à faire comprendre à cet invité surprise qu'il n'était pas le bienvenu.
— Je vais rester là jusqu'à tu m'ouvres la porte, chantonna Hawks de l'autre côté.
Enji hésita. Il ne doutait pas que Hawks était bel et bien capable de patienter jusqu'à l'aube s'il lui refusait l'accès à sa maison. Une question lui vint soudain : pourquoi était-il là ? Il ne pouvait pas s'agir d'une simple visite de courtoisie, pas à cette heure-ci. Il repensa au manifeste annoté qu'il lui avait transmis. Oui, il ne pouvait s'agir que de cela. Hawks devait sans doute lui faire une révélation cruciale, qui ne pouvait pas attendre le lendemain.
— C'est bon, entre.
Hawks lui adressa un sourire et pénétra à sa suite dans le couloir. Enji le guida vers le salon, où il s'empressa de ranger toute sa paperasse. Le ménage aussi, il devrait s'y habituer. Pas question d'engager du personnel ; il devait surmonter cette épreuve seul. Pendant ce temps, Hawks sortait du sachet plastique des nouilles aux légumes dans des boîtes en carton et deux petits verres. Il les remplit d'alcool, dont l'odeur de rose arrivait au nez d'Enji, même à l'autre bout de la table.
—Santé ! s'exclama-t-il en lui en tendant un.
Il y avait longtemps qu'Enji n'avait pas bu d'alcool aussi fort — il était l'alcool tout court, question de santé — et dût retenir une grimace à la première gorgée. Comme Hawks termina le sien cul sec, il décida finalement d'en faire de même, histoire de ne pas perdre la face. Le liquide lui brûlait la gorge, d'une chaleur dont il n'avait pas l'habitude. Elle n'avait rien à voir avec celle de ses flammes, auxquelles il s'était accoutumé avec les années. Hawks s'empressa de le resservir, mais cette fois, il but doucement, et ne trempait ses lèvres dans la liqueur qu'entre deux bouchées. Hawks parlait de tout et de rien, des illuminations en ville et du gang de voyous qu'il avait arrêté plus tôt dans la journée. La plupart de ce qu'il racontait rentrait par une oreille d'Enji pour ressortir tout de suite par l'autre, même quand il s'efforçait d'être attentif. Il n'avait jamais été très doué pour écouter.
— Pourquoi es-tu ici ? l'interrompit-il, au milieu d'une anecdote dont il n'avait rien suivi.
Hawks le dévisagea un instant, puis descendit de nouveau son verre d'un seul trait. Il le remplit de nouveau aussitôt et fit de même pour celui d'Enji, qui se demanda où avait bien pu passer son contenu.
— Pour discuter et manger des nouilles, répondit-il, avec un geste en direction de leur repas. Aucune raison particulière, j'avais juste envie de venir.
Enji fronça les sourcils. Cela ne pouvait pas être aussi simple… Pourtant, Hawks était là depuis une bonne vingtaine de minutes et n'avait pas encore eu l'air de vouloir passer aux confidences. Peut-être n'était-il là que pour une visite de courtoisie, après tout. Et si c'était le cas, il valait mieux qu'il s'en aille tout de suite.
— Hawks, écoute…
— Keigo.
— Quoi ?
— On n'est pas au travail, tu peux m'appeler par mon prénom.
Il posa son visage au creux de sa main et lui adressa de nouveau un large sourire, qui contraignit Enji à se plonger de nouveau dans son verre. L'appeler par son prénom, et puis quoi encore… Ils n'étaient pas des enfants, et encore moins des amants.
— C'est calme, ici, fit remarquer Hawks — enfin, Keigo. Je croyais que tu vivais avec tes enfants.
— Ils n'habitent plus ici.
Keigo laissa échapper un « Oh » et haussa les épaules. Il continua à déblatérer sur tout et rien, tandis qu'Enji tentait désespérément de se concentrer sur autre chose. Car cet échange a priori banal venait de lui faire réaliser une chose essentielle : ils étaient seuls. L'étaient et le resteraient toute la nuit s'il le fallait. Personne ne ferait son entrée pour les interrompre. Et c'était justement ce qu'il voulait éviter à tout prix.
Son regard s'arrêta sur Keigo. Il avait retiré son habituel blouson beige et ne portait qu'un t-shirt près du corps. Rien d'aussi moulant que son uniforme de héros, mais il ne laissait pas tant de place que cela à l'imagination. Enji évitait tant qu'il pouvait de le fixer, conscient des images qu'il faisait naître dans son esprit. Au début de leur collaboration, cela avait été facile de passer outre, mais plus le temps passait, plus il devenait clair que Hawks désirait passer du temps avec lui. Enji chassa comme il le put la voix dans sa tête qui lui susurrait toutes ces choses qu'il pourrait lui faire.
À vrai dire, il ne savait pas avec précision quelles étaient ces choses. Il en avait une vague idée, comme tout le monde, mais ne s'était jamais intéressé aux détails. Bien sûr, il n'était pas idiot et savait très bien ce qu'était un homosexuel. Certains de ces admirateurs faisaient partie de cette faune-là. Certains de ses collègues aussi, à qui il suffisait d'un verre ou deux pour se délier la langue et évoquer leurs passions, souvent secrètes, dans la sécurité du secret professionnel. Enji savait ce qu'ils faisaient derrière les portes closes, il maîtrisait la théorie la plus basique. Mais il n'avait jamais saisi l'intérêt de ces unions sans fruit, si ce n'était l'éphémère plaisir qu'elles procuraient. Il n'était pas des leurs. Il avait eu quatre enfants pour le prouver. Pourtant, quand il regardait Keigo, qu'il laissait glisser ses yeux le long de sa nuque, de ses lèvres ou qu'il se surprenait à baisser les yeux pour apprécier la courbe de ses fesses, il sentait bouillir en lui quelque chose de nouveau, il n'avait jamais ressenti pour Rei, même dans leurs moments les plus intimes.
Keigo leva la tête et il fut clair qu'il se savait observé. Il interrogea Enji du regard, la tête penchée sur le côté comme un chaton confus. Devant l'absence de réponse, il porta de nouveau son verre à sa bouche.
— Un problème ? demanda-t-il, alors qu'il s'apprêtait à boire.
—Tu es vraiment minuscule, marmonna Enji sans réfléchir. Je pourrais faire le tour de ta taille avec mes mains…
Keigo marqua une pause, puis vira au rouge brique avant d'avaler de travers et d'être pris d'une violente quinte de toux. Pendant qu'il s'étouffait, Enji comprit l'énormité qu'il venait de lâcher. Il réfléchit à un moyen de détromper son collègue, de lui faire comprendre qu'il avait mal formulé sa phrase et que ses intentions étaient des plus nobles à son égard — ce qui était un mensonge, évidemment, mais cela, il n'avait pas besoin de le savoir —, mais tout ce à quoi il songeait ne ferait qu'empirer la situation. Finalement, il décida que le mieux à faire était de prétendre qu'il ne s'était rien passé.
Pendant toutes ses tergiversations, Keigo avait eu le temps de reprendre ses esprits. Enji s'attendait à ce que, gêné par ses propos déplacés, Keigo décide qu'il était temps pour lui de prendre congé. Cela aurait été la meilleur chose à faire. Mais bien sûr, cela aurait sous-entendu que Hawks était une personne sensée, qui faisait toujours ce qu'il convenait de faire et pas exactement ce qu'il voulait quand il le voulait. À la place, il lui lança une œillade enjôleuse, les lèvres pincées dans un large sourire.
— Viens tester ta théorie, alors.
Il fallait dire quelque chose. Retrouver son calme, son sérieux, son professionnalisme et lui indiquer, avec politesse mais fermeté, qu'il serait mieux pour eux deux s'ils se disaient au revoir maintenant et prétendait que rien de tout cela ne s'était jamais produit. Mais aucun son ne franchit ses lèvres. Cela laissa le temps à Keigo de se hisser sur le kotatsu et de glisser lentement vers lui. D'habitude, Enji se serait formalisé de ce manquement aux bonnes manières mais en le voyant dans cette position, le brouillard envahit son esprit.
Les quelques verres qu'ils venaient de partager n'expliquaient pas cette aise si naturelle. Il avait sans doute déjà fait ce genre de choses, lui. Il se l'imagina ainsi, à quatre pattes, mais nu, en compagnie d'un homme sans visage, à la silhouette indistincte. Tout son corps était secoué à chaque coup de reins, rythmés par les râles et les gémissements qui s'échappaient de ses lèvres entrouvertes. Il avait au visage une grimace délicieuse, les traits tordus par le plaisir qu'on lui infligeait. Enji tenta en vain de se calmer, de se rappeler qu'il ne mangeait pas de ce pain-là, qu'il était un homme normal, avec une femme normale et des enfants normaux.
Une fois arrivé à lui, Keigo, assis sur le bord de la table, s'approcha encore un peu. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre ; il ne faudrait qu'un geste, qu'une pulsion maladroite pour que leurs lèvres se rencontrent. Enji s'efforça de ne pas imaginer leur texture. Elles seraient plus petites que les siennes, plus douces aussi, et sa langue serait chaude et humide. Lassé d'attendre, Keigo se saisit des mains d'Enji, qui se laissa faire, et les enroula autour de sa taille. Elles n'en faisait pas le tour, bien sûr, mais semblait gigantesques sur le ventre mince. Enji sentit le frisson dont la vague naquit autour de ses doigts et remonta le long du dos de Keigo jusqu'au bout de ses ailes. En les voyant ainsi trembler, Enji ressentit l'envie d'y passer ses doigts et de les faire encore tressaillir. Il fallait qu'il parte. Maintenant. Avant qu'il ne soit trop tard.
— Tu devrais rentrer chez toi, dit-il en reculant juste assez pour éviter que leurs lèvres ne se rencontrent. Tu as trop bu.
— Je me sens en pleine possession de mes moyens, moi. Et j'ai très envie de t'embrasser.
— Arrête ça. Je pourrais être ton père.
— Et alors ? répliqua Keigo. Tu veux que je t'appelle « Daddy » ?
Enji répondit par un grognement. Sa patience commençait à atteindre ses limites et il ne voulait surtout pas faire quelque chose qu'il regretterait le lendemain. Des années de discipline lui avaient appris qu'il valait mieux un peu de frustration sur le moment et des effets bénéfiques à long terme que l'inverse. Toute sa vie, il avait su se priver de petits plaisirs insignifiants pour le bien de ses ambitions.
— Je suis sérieux. Rentre chez toi.
Keigo l'observa un instant avant de comprendre qu'en effet, Enji ne plaisantait pas. Dans un soupir, il se leva et rassembla ses affaires. Tandis qu'il enfilait son manteau, Enji ne pouvait pas détacher son regard de lui. La voix de sa conscience était de retour, mais cette fois-ci, elle hurlait. Elle voulait se faire entendre, qu'il ne rate pas une miette de ce qu'elle avait à lui dire. Si tu le laisses partir maintenant, tu le regretteras toute ta vie. Elle le lui répéta, en boucle, toujours plus fort, sans lui laisser le loisir de l'ignorer.
— Bonne soirée, dit Keigo en ouvrant le shôji. Désolé si j'ai pu te mettre mal à l'aise.
Les jambes d'Enji bougèrent toute seule. Une impulsion inconsciente au fond de son cerveau, une simple pulsion animale incontrôlable, le releva d'un bond. Il se sentait à bout de souffle, comme s'il avait couru le cent mètres. Keigo lui lança un regard confus. Pour la première fois depuis longtemps, Enji lâcha les rênes et cessa de se soucier de ce qui était le mieux pour laisser la place à ce qu'il voulait. Ce ne serait qu'une nuit, se promit-il. Une seule nuit, une seule fois. Ensuite, tout rentrerait dans l'ordre.
Il attrapa d'une main la nuque de Keigo et de l'autre sa taille pour l'attirer contre lui et l'embrasser. Son instinct ne l'avait pas trompé et il sentit contre sa bouche des lèvres fines, douces malgré le froid. Le contact contre lui de ce corps si semblable et pourtant si différent du sien acheva de dresser son sexe dans son pantalon. Keigo le sentait contre sa hanche, il ne pouvait pas en être autrement, mais loin de le repousser, il l'attira encore un peu plus à lui et approfondit leur baiser. Il laissa échapper un long gémissement quand la main d'Enji descendit vers sa fesse, qu'il pressa avec force.
— Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? demanda Keigo entre deux baisers.
— Certain.
Cette réponse agit comme un signal pour Keigo qui, d'une pression sur ses épaules, le fit se rasseoir avant de grimper à califourchon sur ses genoux. Sans jamais cesser de l'embrasser, il retira son manteau et le jeta un peu plus loin. Enji se laissait faire, sans savoir où il devait poser ses mains, ce qu'il pouvait toucher et de quelle manière. Quand il sentait l'érection de Keigo appuyée contre son ventre, il n'avait qu'une seule envie : lui arracher tous ses vêtements et le prendre sans attendre, sentir sa chair brûlante se serrer autour de sa queue. Mais il voulait aussi prendre son temps, profiter de sa présence le plus longtemps possible et le noyer dans le plaisir. Il n'y aurait pas de seconde chance.
Il saisit entre ses dents le téton qui se dessinait sous le t-shirt gris de Keigo, et le sentit se tendre à ce contact. Il repoussa ses mains qui arrachait les boutons pression — pas trop vite, surtout, pas trop vite — et mordilla, lécha, suçota à travers le tissu, qui se gorgea de salive. Keigo serrait se doigts sur ses épaules, enfonçait ses ongles dans la chair à travers la chemise. D'un geste sec, il colla leurs deux bassins et se délecta du mouvement de balancier qui agita aussitôt son partenaire. Il ne faisait aucun doute maintenant qu'il n'en était pas à sa première fois. Combien d'expérience de ce type un homme aussi jeune pouvait-il avoir ?
Keigo plongea ses yeux noisette dans ceux d'Enji tandis qu'il défaisait un à un les boutons de sa chemise. La convoitise y brillait comme un feu de Bengale. Enji, lui, se demandait encore s'il était vraiment sur le point de faire ça ; de sauter le pas, enfin. Chaque fibre de son être le désirait et à cet instant, il aurait abandonné même sa place de numéro un pour pouvoir le toucher encore, l'entendre gémir encore, l'embrasser, le posséder.
— Tu as l'air terrifié, souffla Keigo.
— Je n'ai encore jamais rien fait de tel…
Il ne reconnaissait plus sa voix. Le murmure rauque et saccadé qui venait de franchir ses lèvres n'avait rien à voir avec son ton habituel. Il se sentait possédé, contrôlé par la fièvre qui envahissait jusqu'à la moindre petite cellule de son corps.
— Alors laisse-moi te guider.
Keigo l'embrassa de nouveau, caressant sa langue de la sienne. Cette sensation presque inconnue — Rei n'avait jamais aimé cela — lui parut étrange, divinement bizarre. Enji passa ses doigts dans les cheveux blonds de Keigo, qui s'échinait à défaire sa ceinture. Il descendit le long de sa nuque, apprécia la rondeur et la fermeté de ses épaules, puis continua jusqu'à ses omoplates. Keigo poussa un long râle de plaisir quand les mains d'Enji rencontrèrent les minuscules plumes à la racine de ses ailes. Elles étaient douces, plus douces encore que ses cheveux, et réagissaient individuellement à son contact.
Aussitôt la boucle de ceinture défaite, Keigo rompit leur baiser pour descendre d'un étage. Le coeur d'Enji manqua un battement. Il savait parfaitement ce qui viendrait à présent. Cela aussi, ce serait pour lui une première. Fasciné, sans jamais penser à respirer, il regarda Keigo baisser l'élastique de son boxer, pour révéler son sexe durci et rougi par le sang. Le froid envahit ses jambes et les fourmis le bout de ses doigts tandis que tout se concentrait en un seul point de son corps.
Il renversa la tête en arrière au premier coup de langue et dût user de tout son self-control pour ne pas jouir tout de suite. Des soupirs lui échappaient, incontrôlables, tandis qu'il s'habituait peu à peu à la sensation d'une bouche autour de son membre. Keigo prenait un malin plaisir à le torturer ; il ralentissait et accélérait à un rythme donc lui seul possédait le secret, observait ses réactions, freinait encore une fois pour repartir de plus belle. De sa main libre, il défit sa braguette pour se débarrasser de son pantalon.
— Passe-moi mon manteau.
Enji mit quelques longues secondes à comprendre le sens de cette demande, trop occupé à observer, dans un état proche de l'hypnose, le filet de salive qui partait de son gland jusqu'à la lèvre inférieure de Keigo. Jamais il n'avait eu sous les yeux d'image aussi obscène. Il finit tout de même par lui tendre la veste beige et Keigo fouilla dans la poche pour en tirer une minuscule boîte carrée. Il en sortit deux paquets brillants, l'un qui contenait du lubrifiant, et l'autre qu'Enji identifia immédiatement comme un préservatif.
— Tu avais tout prévu ? Petit démon…
— Quoi ? Non… répondit Keigo, interloqué. On me les a donnés à la journée de prévention qu'on m'a demandé de parrainer l'autre jour. Je te l'ai dit tout à l'heure. Tu… tu m'écoutes pas quand je parle ?
Enji ne sut que répondre, mais Keigo ne sembla pas s'en formaliser outre mesure. Après avoir levé les yeux au ciel, il reprit où il s'était arrêté. Il plongea ses doigts enduits de lubrifiant entre ses cuisses et, même si de là où il se trouvait, Enji ne voyait pas ce qu'il faisait, il le devinait aisément. Il le regarda faire tout en passant sa main le long de ses ailes. Keigo le saisit par le poignet et prit son pouce entre ses lèvres. Leurs regards ne se quittaient plus. De sa main libre, Enji serra le poing ; il n'en pouvait plus d'attendre, il le voulait tout de suite. Pourtant, il se força à ne pas bouger, à se montrer patient. Il ne pouvait pas se permettre de lui faire mal par trop d'empressement et d'inexpérience.
Enfin, dans un soupir de contentement, Keigo se redressa et vint se coller tout contre lui. Sa peau était moite et brûlante, son souffle erratique. Et la soirée ne faisait que commencer.
Enji se réveilla le lendemain bien plus tard que l'heure habituelle. Bien que dissimulé par les nuages, le soleil était déjà levé dans le ciel. Keigo ne se trouvait plus à ses côtés. Sans qu'Enji se souvienne parfaitement comment, ils avaient migré vers une des chambres au cours de la soirée, la plus proche du salon. Sans les meubles, difficile de savoir avec précision de laquelle il s'agissait. Sans doute celle de Natsuo ou bien de Shôto.
Enji se releva péniblement, les souvenirs de la veille plein la tête. Ils n'avaient fait qu'un, encore et encore. Les cris de plaisir de Keigo tandis qu'il s'enfonçait en lui, les injonctions à aller plus vite, toujours plus vite et plus fort et plus profond et son nom murmuré sur le ton de la supplication, tout cela lui arrivait toujours aux oreilles. Mais la nuit était finie à présent, le jour était là et Keigo était parti. C'était sans doute mieux ainsi. C'était exactement ce qu'Enji avait prévu et cela lui évitait l'embarras du réveil tous les deux. Pourtant, à ce moment, sa résolution ne lui semblait plus si raisonnable et il sentait le manque entre ses bras. Tout en enfilant son boxer, il s'imagina ouvrir les yeux aux côtés de Keigo, le regarder dormir et le serrer contre lui. Rien n'indiquait qu'ils pourraient avoir une relation stable, tous les deux, au contraire, même. Mais rien ne les aurait empêché d'essayer, si seulement il l'avait retenu. Mais voilà, c'était trop tard.
Le shôji coulissa et laissa apparaître Keigo, en sous-vêtements, une brosse à dents coincée entre les lèvres. Les deux hommes se dévisagèrent un instant, sans un mot.
— Tu n'es pas parti ?
— Non, répondit Keigo, la bouche pleine de dentifrice. Ch'suis allé boire un coup. Ch'ai trouvé cha dans j'un placard de la challe de bains, elle était neuffve, ch'espère que tu m'en feux pas…
Sans un mot, Enji franchit la courte distance qui les séparait. Il lui retira la brosse à dents de la bouche et posa ses lèvres sur les siennes, sans se préoccuper de la mousse mentholée qui vint se perdre dans sa barbe de trois jours.
— Tu feux qu'on aille prendre une douche enchemble ?
— Avec plaisir.
Enji n'était pas toujours certain qu'il s'agisse d'une bonne idée. C'était un pari risqué, d'entamer une telle relation, avec un collègue qui plus est. S'ils décidaient vraiment de se mettre ensemble, il faudrait affronter la presse, qui s'en donnerait à coeur joie, ainsi que l'opinion publique. Mais Enji était à des années-lumière de s'en soucier sérieusement. Pour l'instant, il comptait profiter d'une matinée tranquille en compagnie de Keigo. Le reste pouvait bien attendre.
Ils sortirent dans le couloir, Keigo devant et Enji sur ses talons, qui couvrait sa nuque de baisers.
— Ah, tu me chatouilles ! protesta Keigo en s'arrêtant net.
— Je vais faire bien plus que te chatouiller, crois-moi…
Il l'embrassa de plus belle et en profita pour passer ses mains le long de son dos. Mais Keigo semblait d'un seul coup bien moins réceptif. Il ne bougeait plus un doigt, la tête tournée vers l'entrée. Enji releva la tête et jeta un oeil par dessus l'aile rouge pour voir ce qui pouvait bien l'accaparer de la sorte.
Une sensation de froide terreur l'envahit quand il les aperçut. Dans le vestibule, ses trois enfants, Natsuo, Shouto et Fuyumi, ainsi que ses deux stagiaires, Bakugou Katsuki et Midoriya Izuku les observaient.
