Après avoir longtemps cherché à écrire un troisième chapitre, j'ai décidé de publier le premier jet de cette histoire, malgré quelques invraisemblances ici et là, dans l'éventualité que ça plaise à quelqu'un. Les deux chapitres précédents sont toujours disponibles, mais plus ici.

La vidéo ne dure qu'une dizaine de secondes. Des doigts bleus s'écartent de l'écran et une voix féminine se fait entendre : « Colonie gamilon Ilk-23, sixième mois standard, année gamilon 1125, année standard 158. » Elle parle calmement mais avec empressement. Elle pivote sur elle-même, et on aperçoit alors une dizaine de créatures à bonne distance. Elles semblent à la fois mécaniques et organiques, avec leur aspect ''articulé'' causé par les lueurs bleues dansant sous leurs peaux grises. Elles s'acharnent sur une maison située sur une ferme. « Il n'y a probablement aucun survivant. » déclare une deuxième voix dont on ressent la tristesse. Hors champs se fait entendre le cliquetis d'un pistolet, puis la caméraman sort sa propre arme. Les deux dernières secondes sont floues, on ne voit qu'un gamilon, sans savoir s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, puis la vidéo s'éteint.

-Qu'est-ce que c'était que ces choses? s'enquit Hyss, effaré.

-Je l'ignore.

Harlock lui jette un regard perçant. Il a un peu vieilli, depuis la dernière fois. Hyss voit encore en lui une ressemblance étrange avec Frakken.

-Mes filles s'y sont rendues pour négocier et elles n'ont trouvé personne, sinon ça.

Hyss masque au mieux son malaise.

-Pourquoi ne me le dire que maintenant?

-J'ai consulté les autres représentants de l'Arche pour savoir si l'un d'eux connaissaient ces créatures. La réponse est non : personne ne sait d'où elles viennent ni ce qu'elles peuvent vouloir, et encore moins comment communiquer.

Harlock esquisse un sourire triste.

-Vous tenez l'explication au silence de votre colonie. N'y envoyez pas d'hommes : ces créatures sont plus malines qu'elles ne le semblent.

Les deux hommes se dévisagent. Ce simple conseil constituerait une interférence, et Harlock en a bien conscience. L'Arche n'est autorisée à exister que parce qu'elle se tient à l'écart.

-Pourquoi me le dire, tout simplement?

-Je considère avoir une dette. Vous avez permis la création de l'Arche… (Harlock baisse le ton.) Vous m'avez amenée ma fille.

-Pourquoi devrais-je faire condamner cette colonie? demande Hyss un peu trop brusquement. Je peux encore faire secourir les survivants.

-Ils s'empareront des vaisseaux, lâche Harlock avec une fausse désinvolture. Pour le reste... Je ne crois pas qu'il reste des survivants sur la colonie. Pas à cette heure.

Hyss ferme les yeux un instant, saisi par l'horreur. Combien étaient-ils? Des centaines, des milliers?

-Votre fille s'en est-elle sortie?

Harlock sourit.

-Oui, mes filles s'en sont sorties.

Un bref instant de silence s'ensuit.

-Voulez-vous la revoir?