Bonjour à tous ! Désolée pour l'attente, y'a eu à la fois les partiels ainsi qu'une flemme magistrale (et aussi le fait que c'est la première fois que j'écris des points de vue Bokuto donc c'est difficile au début)
J'ai coupé le chapitre que j'avais prévu en deux parce que je veux garder un nombre de mots par chapitre assez équilibré. Il y aura donc 8 chapitres (peut-être plus).
Je tenais aussi à vous remercier pour vos reviews, ça me fait grave plaisir !
Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture !
Il n'avait pas changé. Le passage des années n'avait rien enlevé à son charme : c'était toujours le même Kuroo Tetsurō, avec ses cheveux défiant la gravité et ses lèvres paresseusement étirées en un sourire narquois.
Le voir franchir nonchalamment la porte de ce petit café emplit le cœur de Bokuto d'une joie immense, et son esprit d'une multitude de souvenirs. Il s'en rendait tout juste compte, mais c'était la première fois qu'il revoyait réellement son meilleur ami depuis la fin de leurs études. Kuroo avait choisi de partir à l'étranger, et pour une raison que Bokuto n'avait pas vraiment comprise, il lui avait fait promettre d'effacer toutes les images de lui qu'il possédait. C'était d'une importance capitale, lui avait-il soutenu. Chacune des photos enregistrées sur son portable, chaque cliché posté sur les réseaux ou développé pour décorer son appartement… tout devait être détruit. Face à cette demande pour le moins particulière, Bokuto s'était exécuté, confus, mais très intrigué par le mystère entretenu par son meilleur ami.
Après ça, il n'avait plus reçu aucune nouvelle pendant près de sept ans. Il avait essayé d'en obtenir, pourtant : mais il s'était bien vite rendu compte que Kuroo avait changé de numéro de téléphone et n'avait laissé aucune trace de lui nulle part. Il avait comme disparu de la surface de la Terre, et Bokuto s'était interrogé plus d'une fois sur cette étrange situation, sans même savoir s'il était toujours en vie.
Mais toutes ses craintes inconscientes se volatilisèrent à la vue de Kuroo, bien vivant et en pleine forme. Ses souvenirs de l'époque s'adaptèrent à ce nouveau visage à peine différent. Ses yeux ne le trompaient pas, et ils brillaient maintenant d'une joie incommensurable, qu'il n'était que trop pressé de pouvoir partager.
Kuroo ne mit guère longtemps à le repérer : Bokuto s'était assis à la table qu'ils avaient toujours occupée dans leur jeunesse, et il était bien trop heureux d'enfin retrouver son meilleur ami pour tenir en place. Celui-ci lui offrit un grand sourire, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil, avant de vaciller quelque peu dans l'étreinte enthousiaste d'un Bokuto plus qu'enjoué. Il la lui rendit après quelques secondes.
— Toujours aussi en forme à ce que je vois, fit-il en se dégageant.
— Ça me fait tellement plaisir de te voir !
Un léger rire traversa les lèvres de Kuroo alors qu'il prenait place à cette table elle aussi chargée du passage des années. Bokuto l'imita, incapable d'effacer l'éclatant sourire de son visage.
— T'as déjà commandé quelque chose ?
Il en était déjà à son deuxième café depuis le début de cette journée, mais il secoua tout de même la tête. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il revoyait son meilleur ami après sept ans d'absence, il pouvait bien se permettre certains écarts. Akaashi n'approuverait certainement pas, mais il n'était pas là pour l'en empêcher.
— Pas encore, je t'attendais !
— Parfait, fit-il en jetant un rapide coup d'œil à la carte mise à leur disposition. Je vais voir si leur macchiato est toujours aussi bon.
Il soupira d'aise, s'installa confortablement contre le dossier de son petit fauteuil, et retira enfin ses lunettes de soleil. Son regard était tout aussi pétillant que celui de Bokuto maintenant qu'il détaillait celui-ci avec plus d'attention, sans cacher son air amusé.
— J'ai l'impression que t'es encore plus musclé en vrai qu'à la télé.
— Tu regardes mes matchs ?
— Dès que je peux, ouais. D'ailleurs, vous vous êtes bien débrouillés pour la Ligue des Nations, tu fais vraiment du bon boulot.
— Fais pas l'étonné, j'ai toujours été génial !
— Et modeste, aussi.
Bokuto lui tira la langue, peu affecté par le sarcasme de son meilleur ami. Savoir qu'il ne l'avait pas oublié, et qu'il suivait sa progression dans ses nombreux championnats de volley lui réchauffait agréablement le cœur.
Bien vite, une serveuse vint prendre leur commande puis réapparut quelques minutes plus tard avec leurs boissons, interrompant leur discussion sur le dernier match du Japon contre la Pologne.
Kuroo remercia la jeune femme d'un grand sourire et régla l'addition avec un généreux pourboire. Après un léger soupir, il ajouta du sucre dans sa tasse et remua avec la cuillère, tout en observant Bokuto boire joyeusement son café.
— Et sinon, à part le volley, qu'est-ce que tu racontes ?
— Comment ça, « à part le volley » ? C'est déjà pas mal ! Hmm… sinon, j'habite à Azabu depuis quelques années maintenant, c'est vraiment sympa.
— Eh ben, si on m'avait dit ça il y a sept ans, avoua Kuroo avec un sourire, je n'y aurais pas cru.
— Dis tout de suite que tu ne croyais pas en moi !
Ceci fit rire Kuroo. Il secoua la tête avant de répondre :
— J'ai toujours cru en toi, Bokuto. Par contre, je pensais pas que tu choisirais de t'installer dans un quartier aussi chic… Comme quoi.
Il sourit de nouveau, visiblement fier de son meilleur ami. Cet enthousiasme incita Bokuto à poursuivre son récit, et quoi de mieux pour ça que de parler de la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée ?
— Je suis avec quelqu'un aussi. C'est genre… très sérieux.
— Tiens donc ?
Kuroo arqua un sourcil, surpris et impatient des explications qui tardaient encore à venir. Bokuto, lui, baissa la tête en souriant, les mains recouvrant sa tasse déjà vide.
— Et j'ai le droit à plus de détails ou je dois me contenter de ton sourire béat ?
— Il s'appelle Akaashi Keiji. Il est incroyable. Super calme, et intelligent, et attentionné… Il est vraiment… parfait, soupira-t-il rêveusement.
— Oh, trop mignon. Vous vous êtes rencontrés comment ?
— À un match. Je crois qu'il était déjà venu à plusieurs de mes championnats avec un ami, je crois que c'était le frère ou le cousin d'un des joueurs, je sais plus… Bref. Il était venu me parler pendant l'after. On s'est tout de suite bien entendu. Apparemment, je retenais pas mal son attention pendant les matchs et… voilà…
Kuroo afficha davantage son amusement à mesure que Bokuto achevait son récit, une lueur tendre brillant dans ses yeux d'or.
— Un fan donc, commenta-t-il. Je suis vraiment content pour toi, mec. Et il fait quoi dans la vie ?
Il fallut à Bokuto quelques instants de réflexion avant de réussir à répondre.
— Il travaille pour une grosse boîte à l'international. Il doit souvent partir à l'étranger du coup.
Cette explication fut accueillie par un regard sceptique ; Kuroo prit le temps de boire une longue gorgée avant d'enfin réagir.
— C'est pas très précis, ça. Il est commercial ?
— Euh, ouais, je crois, un truc comme ça, confirma-t-il en passant distraitement une main à l'arrière de sa tête. Il s'occupe de contrats pour des clients, je connais pas vraiment les détails.
— Et c'est quoi le nom de son entreprise ?
— Euh… je sais plus…
Le haussement de sourcils de Kuroo et le dédain qui l'accompagna ne lui échappèrent pas.
— Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il immédiatement.
— Rien, rien.
— Mais, vas-y, dis.
Kuroo soupira.
— Je me disais juste que si c'était si sérieux que ça tu saurais un minimum dans quoi ton mec travaille. Tu le connais depuis quoi, deux semaines ?
— Cinq ans, corrigea Bokuto en croisant immédiatement les bras. Et c'est vraiment sérieux. Keiji a sûrement déjà dû m'expliquer, mais j'ai oublié, c'est tout.
— Cinq ans ?! Et t'es sûr qu'il part vraiment à l'étranger, au moins ? Si ça se trouve…
La mine de Bokuto, affichant autant de peine que de colère, dissuada son meilleur ami de finir sa phrase.
— Excuse-moi, se reprit-il alors, je dis pas ça pour te blesser. Tu me connais, je veux juste pas qu'on profite de toi et qu'on te brise le cœur. Ce serait pas la première fois.
— Tu connais pas Keiji, il est pas du tout comme ça.
Kuroo posa une main sur son avant-bras, comme pour apaiser un tant soit peu son courroux. Il se détendit rapidement.
— Je m'inquiète juste pour toi. T'es comme mon frère, tu sais.
— T'as pas à t'en faire, le rassura-t-il en se redressant fièrement. Tout va très bien dans mon couple !
— Ravi de l'apprendre.
Sur ces mots, Kuroo finit d'une traite sa tasse. Il essuya sa bouche d'un revers de main, nonchalamment, comme si sa boisson était particulièrement désaltérante et non pas bien sûr pour enlever le nuage de lait qui s'était déposé au-dessus de sa lèvre.
Certaines choses ne changeaient pas.
— Et toi, tu as quelqu'un ou tu donnes juste des conseils aux autres sans avoir aucune expérience ?
— J'imagine que je l'ai mérité, fit Kuroo en réprimant une grimace. Et non, moi je suis libre comme l'air.
— Un vrai tombeur, railla Bokuto. Ouais, t'as vraiment pas changé.
— C'est ça, fais le malin. C'est un choix, je te ferais dire. C'est plus simple comme ça. Je voyage beaucoup en plus, donc bon…
— Parle-moi de tes voyages, alors. Tu dois avoir des tonnes de trucs à raconter !
— Oh, ça oui…
Bokuto se pencha, l'air fortement intéressé. Il posa ses coudes sur la table, son menton contre ses mains jointes et fixa son meilleur ami avec insistance.
Celui-ci demeura silencieux quelques instants, le temps de comprendre qu'il n'échapperait pas à cette conversation.
— Quoi, tu veux vraiment en parler maintenant ? Ça prendrait des heures…
— Tu me le dois bien, tu m'as laissé en plan pendant près de sept ans ! Quel genre d'ami fait ça ?
— Le genre d'ami qui passe beaucoup trop de temps à se faire tirer dessus.
Bokuto en resta incrédule.
— Bon, d'accord, je vais t'expliquer vite fait. Mais je te laisse les histoires croustillantes pour plus tard, sinon on en aura pour la journée. Et tu peux fermer la bouche, s'il te plaît.
— J'ai tout mon temps ! s'exclama-t-il joyeusement.
Il avança sa chaise, sans se soucier du crissement désagréable qu'elle produisit contre le sol, et se tint attentif, prêt à boire les paroles d'un Kuroo qui se raclait déjà la gorge, peut-être pour se donner un air plus solennel. Bokuto trouva l'effet très réussi.
— Bon… alors. Tu te souviens du boulot qu'on avait fait une fois pour le vieux à Shibuya ?
— Euh, ouais. J'avais failli me péter la jambe, non ? C'est pas mon meilleur souvenir, je t'avoue.
— C'était marrant quand même. Quand même, insista-t-il devant la mine dubitative que Bokuto affichait.
— Ouais… Avec du recul, c'était quand même ultra dangereux.
Kuroo secoua la tête.
— Mais on avait gagné pas mal de fric pour ce vase. C'est d'être rangé qui t'a rendu comme ça ?
— Comme quoi ?
— Non rien. Bref. Un contact de ce type m'a appelé pour faire à peu près la même chose pour lui. Fallait bouger un peu partout, en Asie et en Europe. Ça payait vraiment bien. J'ai continué avec d'autres contrats, plus importants, et ainsi de suite.
— Et c'était toujours illégal ? Tu faisais, quoi, de la « récupération » ?
Un silence s'installa, durant lequel Kuroo observa attentivement les allées et venues des serveurs. Bokuto se retourna pour l'imiter, sans vraiment comprendre la raison de cette méfiance.
Lorsqu'il lui fit signe de se pencher, il obtempéra immédiatement.
— Je dirais pas vraiment « illégal », répondit enfin Kuroo à voix basse. Faut juste pas se faire prendre, c'est tout. Et ouais, de la récupération d'objets, du repérage, même de la fouille, ça dépendait du contrat. Mais je suis à mon compte, maintenant. Avec mon partenaire de l'époque, on a monté une affaire qui marche plutôt bien. C'est pas le travail qui manque.
Ces explications n'étonnèrent en rien Bokuto : en y réfléchissant, c'était même logique. Kuroo avait toutes les capacités requises pour briller dans ce genre de milieu ; il était athlétique, rusé, ne manquait jamais de ressources ; ses études en archéologie à la prestigieuse université de Tokyo étaient également et sans nul doute un bel atout.
Apprendre que son meilleur ami menait une vie digne de grands films d'action, avec autant d'aventures que de dangers, réjouit énormément Bokuto. Ses doutes passés s'effacèrent tous définitivement, maintenant qu'il savait Kuroo épanoui et certainement témoin d'histoires incroyables.
— Eh ben, tu dois vraiment pas t'ennuyer !
— Je me plains pas de ce côté-là, c'est sûr.
— C'est quoi le contrat le plus fou que tu aies accepté ? demanda-t-il vivement.
Kuroo posa une main sur son menton, en proie à une intense réflexion. Le petit sourire qui se dessina sur ses lèvres à mesure qu'il songeait à la question se refléta sur le visage de Bokuto.
— Hum… Je dirais la fois en Inde. On avait dû voler incognito une statue de plus de deux mètres dans une salle de bal remplie d'invités, je te raconte pas le bordel.
Ce rapide aperçu suffit à faire rire Bokuto. Les aventures de son meilleur ami s'annonçaient palpitantes.
— T'as intérêt à me raconter ça !
— Si on a le temps, ça marche.
— Tu restes pour combien de jours au fait ? T'as un endroit où dormir ? Si tu veux, je peux t'héberger, y'a aucun souci.
Kuroo leva les mains, calmant de ce fait les propositions intempestives de Bokuto.
— Ne t'inquiète pas pour moi, c'est super gentil, mais j'ai déjà tout ce qu'il me faut. Je reste que quelques jours de toute façon.
— Oh… fit Bokuto, visiblement déçu.
— J'aurais voulu rester plus, mais…
Un air plus sombre durcit les traits de son visage. Il reprit, après une hésitation qui intrigua Bokuto :
— … j'ai quelques problèmes avec mon boulot du moment. Je peux pas me permettre de traîner.
— Tu dois faire quoi ? C'est à Tokyo ?
Bokuto se tut lorsque son meilleur ami posa le doigt sur ses lèvres : sans user du moindre mot, celui-ci déverrouilla son téléphone et le fit glisser sur la table.
En se penchant pour observer la photographie affichée à l'écran, il put voir une statue de bleu et d'or, représentant une chimère chinoise.
— Tu dois la voler ? chuchota-t-il alors.
Kuroo secoua la tête.
— Non, je dois la rapporter dans son pays d'origine. Mon employeur est une autorité officielle, si tu vois ce que je veux dire. En faisant mes recherches, j'ai appris qu'elle avait été achetée illégalement par un collectionneur privé japonais. Je dois la récupérer.
Même s'il ne comprenait pas vraiment en quoi voler un voleur était différent d'un vol, Bokuto hocha pourtant la tête. Kuroo œuvrait pour la bonne cause, rapporter des trésors dans leur culture respective était tout à fait louable.
— Le problème, continua-t-il, c'est que ce type est vraiment parano niveau sécurité. Il a engagé des mercenaires et essaie de brouiller les pistes. J'étais censé récupérer la chimère hier, mais ça a foiré. Seul, c'est vraiment pas facile.
Un silence de quelques minutes s'installa, durant lequel Bokuto tenta de réfléchir à de possibles solutions pour aider son meilleur ami. Aucune ne lui vint.
Il ne remarqua l'air appuyé de Kuroo que lorsqu'il s'apprêta à lui faire part de son absence d'idées.
— Et tu… Quoi ?
Pas de réponse.
— Qu'est-ce qu'il y a, Kuroo ?
Kuroo pencha légèrement la tête sur le côté. Il semblait attendre quelque chose.
— Tu… tu veux que je t'aide ?
— Mon associé a réussi à localiser la chimère, expliqua-t-il immédiatement, en se penchant sur la table pour marquer son propos. On a une occasion en or pour la récupérer demain, mais je n'y arriverai pas sans aide.
Les yeux de son meilleur ami étaient brillants d'insistance. Kuroo posa la main sur son bras lorsqu'il ressentit son hésitation.
— Kuroo, je sais pas si je serais capable de t'aider, j'y connais rien.
— T'es le seul en qui j'ai confiance, déclara-t-il sans ciller. T'es dans une condition physique parfaite pour cette mission et ce sera vraiment rapide si t'es là avec moi. Y'aura presque aucun risque.
Bokuto fit la moue.
— Écoute, poursuivit Kuroo, je sais que je te demande beaucoup, et crois-moi si c'était pas si important je t'impliquerais jamais là-dedans. Mais je suis déjà en retard dans mes délais, et mon employeur est vraiment pas du genre patient. Je peux pas me permettre de rater ça. Je te demande juste une journée.
— Demain… ?
Kuroo avait besoin d'aide ; quel genre d'ami serait-il s'il le laissait se débrouiller tout seul ? Il avait raison, une journée, ce n'était pas grand-chose, surtout si on lui assurait que la mission serait facile et rapide.
Mais…
Il posa inconsciemment une main contre la poche de sa veste.
Ses plans du week-end en seraient compromis. Et il ne savait pas quand une nouvelle occasion se représenterait.
Mais son meilleur ami avait besoin de lui…
— J'avais prévu de passer le week-end avec Keiji, lui avoua-t-il. Ça fait des semaines qu'on se voit presque pas, alors…
Kuroo pressa légèrement son bras.
— Non, mais je comprends, ouais. C'est normal, t'as besoin d'être un peu avec lui, si ça fait longtemps que tu l'as pas vu…
Une terrible culpabilité traversa Bokuto devant la déception qu'affichait clairement son meilleur ami. Il venait de retrouver Kuroo après plus de sept ans d'absence et refusait pourtant de passer une seule journée avec lui, alors qu'il avait besoin d'aide et le lui demandait avec imploration.
Il était vraiment le pire ami du monde.
— T'es sûr que c'est qu'une journée ? lui demanda-t-il alors.
Kuroo leva les yeux vers lui avec espoir.
— Une seule. Une seule journée, c'est promis. Même moins si on est rapides.
Il aurait quand même le temps de rester avec Akaashi ; il n'était pas obligé de tout annuler, et puis Kuroo avait besoin de son aide.
Bokuto se mordit la lèvre, puis céda :
— D'accord, je vais t'aider.
Le sourire de Kuroo était radieux.
— Tu me sauves la vie, merci !
— C'est normal ! répondit-il en lui rendant son téléphone. Faudra bien que tu m'expliques tout par contre.
— T'inquiète pas. Mon associé te fera un topo, ça devrait pas poser de problèmes. Je t'enverrai par message l'adresse pour demain.
Kuroo s'étira quelque peu et remercia une nouvelle fois Bokuto pour le service qu'il lui rendait. Puis, d'un commun accord, ils quittèrent le café et retrouvèrent l'activité matinale des rues de Tokyo.
Flâner dans la ville, accompagné des doux rayons du soleil et d'une brise plus qu'appréciable, ne manquait jamais d'égayer l'humeur de Bokuto. C'était différent de ses sorties à l'aube pour son footing quotidien, lorsque le ciel se débarrassait encore timidement de sa robe sombre pour se parer d'un tendre rose et que le monde semblait plongé dans un silence nocturne. Tout était à présent éveillé, vivant, et Bokuto savourait l'effervescence d'un quartier au cœur battant, de tous ces passants et ces commerçants qui partageaient avec lui, même pour quelques secondes, le plaisir de cette belle journée d'été.
Vraiment, il n'aurait pas pu choisir meilleure période pour ses projets. Rien, pas même les conditions climatiques, ne lui faisait défaut. Ce week-end s'annonçait tout aussi radieux.
Il en vint presque à oublier que ses plans avaient tout juste été modifiés.
— Il faut que je prévienne Keiji, déclara-t-il alors.
Il s'arrêta brusquement dans ses pas. Kuroo, qui depuis leur départ se répandait en commentaires étonnés sur le quartier et ses changements, finit par l'imiter.
— Tu pourras pas lui en parler ce soir ?
— Il va rentrer tard, répondit Bokuto en secouant la tête. Et il n'aime pas être prévenu au dernier moment.
— Ben appelle-le, alors.
— Et je lui dis quoi ?
Kuroo prit un instant pour réfléchir, et, le regard dans le sien, Bokuto put voir son visage se refléter dans les verres sombres de ses lunettes de soleil.
— Dis-lui que t'es tombé sur ton meilleur ami que t'as pas revu depuis sept ans et qu'il t'a proposé de passer la journée de demain ensemble parce qu'il doit bientôt partir.
— D'accord… ouais, je vais faire ça.
Il sortit le téléphone de sa poche, sans être toutefois entièrement convaincu. Si l'idée de mentir à Akaashi, même par omission, lui nouait déjà le ventre, celle de devoir annuler des plans prévus depuis des semaines le terrifiait.
Il tenta malgré tout de le joindre, et compta avec appréhension le nombre de sonneries qui retentit sur la ligne. Peut-être n'était-il pas disponible ; après tout, son travail le gardait très occupé…
L'appel débuta après une quinzaine de secondes, et Bokuto était nerveux comme jamais.
— Oui ? fit la voix calme d'Akaashi à l'autre bout de la ligne.
— Keiji, mon cœur, tu vas bien ?
À côté de lui, Kuroo secoua la tête, un sourire presque moqueur aux lèvres. Bokuto l'ignora : cette conversation nécessitait bien trop de concentration de sa part pour qu'il ne s'en soucie. De plus, sa nervosité lui desservait déjà : demander comment allait Akaashi, sachant qu'il s'était levé à 4 heures du matin, n'était pas des plus pertinents.
— Oui, ça peut aller. Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Désolé de te déranger, mais… Je suis en ville là, et je viens de tomber sur Kuroo ! Tu sais, Kuroo Tetsurō, mon meilleur ami de l'université, je t'en avais déjà parlé !
— Ah oui, c'est super. Il est de retour au Japon, finalement ?
— Oui, mais il fait que passer, il est là que pour quelques jours…
Kuroo lui fit un signe de main pour qu'il continue.
— Et… reprit-il. Ben du coup comme ça fait vraiment longtemps qu'on s'est pas vus, je me suis dit que… il m'a… on s'est mis d'accord pour passer une journée ensemble. Mais… comme il a des choses à faire aujourd'hui et qu'il est dispo que samedi…
La ligne ne transmit aucun son l'espace de quelques instants. Seul le cœur battant de Bokuto se faisait entendre, et ça ne l'aidait en rien à garder son calme.
— Désolé, continua-t-il pour combler ce silence insoutenable. Je sais qu'on avait dit qu'on passerait le week-end ensemble, mais… je viens juste de le croiser… et ça fait sept ans…
— Kōtarō, y'a aucun problème. Je suis content que vous vous soyez retrouvés, profites-en bien tant qu'il est encore ici.
— Merci !
— Il pourrait aussi venir manger chez nous demain soir, proposa Akaashi, ce serait avec plaisir.
— Il peut venir manger ? répéta Bokuto en avisant Kuroo d'un air interrogateur.
Celui-ci secoua la tête pour toute réponse.
— Euh… non, c'est pas la peine, reprit-il alors avec un petit rire nerveux. On préfère rester tous les deux.
Bokuto grimaça à la seconde où les mots sortirent de sa bouche.
— Enfin, je veux dire, c'est juste qu'on veut pas t'embêter. Et puis, il a déjà… des trucs de prévus. D'autres gens à voir. Ouais, il est très occupé.
— … D'accord… Une prochaine fois, peut-être ?
— Ouais, t'inquiète ! Bon du coup, c'est super. Je te retiens pas plus, tu dois avoir du travail. À ce soir, peut-être !
— Passe une bonne journée.
— Merci. Je t'aime !
— Moi aussi.
En raccrochant, Bokuto soupira de soulagement. Un petit sourire vint même se loger sur ses lèvres alors qu'il regardait encore distraitement l'écran de son téléphone.
— Alors, c'est bon, t'as eu l'autorisation de ton mec ? railla Kuroo.
Il acquiesça joyeusement. Kuroo secoua la tête.
— Un conseil pour plus tard, continua-t-il à l'attention de son meilleur ami, apprends à mieux mentir. T'étais beaucoup trop suspect, là.
— J'aime pas mentir à Keiji, se justifia-t-il en fronçant les sourcils.
— Dis-toi que c'est toujours mieux que de lui dire que tu vas aller récupérer illégalement une chimère chinoise dans un musée. Il n'a pas à tout savoir, c'est pour son bien.
— Attends, quoi ? Dans un musée ?
Kuroo, un sourire narquois aux lèvres, recommença à marcher, laissant derrière lui un Bokuto abasourdi.
— Kuroo ! l'appela-t-il. Attends-moi !
— Mon associé t'expliquera tout comme il faut, déclara-t-il lorsque Bokuto arriva à sa hauteur.
Il observa les environs sans prendre en compte le regard curieux et légèrement agacé de son meilleur ami, et reprit enfin :
— En attendant, montre-moi les nouveaux coins sympas du quartier. J'ai dû manquer pas mal de trucs depuis que je suis parti.
Bokuto soupira avant d'obtempérer. Il était vraiment heureux d'avoir retrouvé Kuroo, même si sa fâcheuse tendance à rester vague refaisait surface. Pouvoir passer quelques heures de plus avec son meilleur ami, comme à la belle époque de leur adolescence, l'emplissait d'une joie immense. Et il comptait bien en profiter au maximum.
Merci d'avoir lu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
Et au fait, je sais pas si vous avez remarqué, mais il y aura quelques références dans cette fic. Si vous en trouvez certaines, je serai tellement contente de votre bon goût et de votre culture que je vous écrirai une fic. No joke. Ce que vous voulez.
Allez à plus ! Je mettrai moins de temps à update c'est promis !
