Salut ! Je suis en retard sur mes délais fixés mais, hey, on rentre enfin dans les chapitres intéressants ! Buckle up, à partir de maintenant on entre dans le drama.

J'espère sincèrement que ce chapitre vous plaira, c'est LE chapitre de la fic on va dire...

Merci Sherma83 pour la bêta et les incessants brainstorming et aussi merci AsterRealm et Aeliheart974 pour le soutien ily

Bonne lecture !


— Je pensais pas que ce serait si facile, avoua Bokuto à voix basse, les yeux immédiatement attirés par la décoration luxueuse de la villa de Daishou Suguru.

Kuroo lui offrit un sourire plein d'assurance avant de ranger les fausses invitations dans la poche intérieure de sa veste de smoking.

— Je te l'avais dit, ce qui compte c'est d'avoir l'air important. Après ça va tout seul. Et puis, Kenma a fait un super boulot avec ces invitations.

— Merci Kuro, répondit l'intéressé dans leurs oreillettes, mais vous pourrez parler de ça plus tard. Évitez de vous faire repérer tout de suite, d'accord ?

— Évidemment. Après toi, mon cher Kazuaki, déclara Kuroo en faisant signe à Bokuto.

Quand bien même était-ce une mission de la plus haute importance, leur seule et unique chance de récupérer la chimère, Bokuto demeurait très enthousiaste.

Déjà, il avait été plus que ravi d'apprendre que la réception du collectionneur se déroulerait dans sa superbe villa, celle dotée de la piscine à débordement ; et l'intérieur rivalisait sans peine avec ce qu'il avait pu voir sur l'ordinateur de Kenma. L'endroit semblait immense : le salon dans lequel ils arrivèrent avait des allures de galerie d'art moderne, sublimée par le soleil couchant qui traversait les baies vitrées, peignant les murs d'un orange embrasé. Le paysage qu'ils surplombaient depuis la falaise était à couper le souffle, et avec la douce musique d'ambiance et l'odeur agréable des plateaux d'amuse-bouches, Bokuto en oubliait presque qu'il n'avait rien à faire ici.

Pour sa défense, Kuroo et lui avaient parfaitement réussi à se fondre dans le décor : tous deux revêtaient de très élégants smokings, que Bokuto trouvait vraiment flatteurs – le prix, par contre l'avait été un peu moins. Ils étaient partis les acheter dans l'après-midi, à la demande catégorique de Kenma : leurs tenues actuelles ne convenaient apparemment pas au code vestimentaire en vigueur pour les soirées mondaines de Daishou Suguru. Kuroo avait fini par le convaincre, en arguant qu'ils choisissaient par la même occasion sa tenue de mariage : et, ça, ça changeait tout. Partager ce moment avec son meilleur ami était une chance inestimable aux yeux de Bokuto, et pouvoir faire l'imbécile avec lui en essayant les différents costumes les avaient tous les deux détendus. Kuroo était bien vite redevenu l'adolescent malicieux et facile à vivre qu'il était il y a sept ans.

En fin de compte, son choix s'était porté sur un smoking entièrement blanc, à l'exception de la cravate et du mouchoir de poche gris perle. Kenma avait soupiré à la seconde où il avait posé les yeux sur cet achat, avançant que ce n'était que très peu discret ; mais, si Bokuto devait choisir sa tenue de mariage, il la voulait tout sauf discrète. Kuroo l'avait appuyé : son rôle serait surtout d'attirer l'attention au cours de la soirée.

Et ça, il en était parfaitement capable.

De plus, sans mentir, ce costume le mettait particulièrement bien en valeur. Il avait failli envoyer une photo à Akaashi, mais s'était fort heureusement ravisé au dernier moment : ça aurait été plus que suspect en plus de potentiellement gâcher la surprise de sa demande.

Il avait frôlé la catastrophe.

Puis, après lui avoir fait répéter pendant une bonne heure qu'il s'appellerait Kazuaki Nanaki et que son meilleur ami serait Sakazaki Yuuya, Kenma et Kuroo lui avaient confié des faux-papiers aussi convaincants que leurs invitations factices, et avaient tous deux insisté pour qu'il se coiffe autrement. Ses cheveux étaient donc plaqués en arrière, ce que Bokuto trouvait bizarre, même si Kuroo lui assurait que ça lui donnait un air « très sexy ».

L'immense miroir de cette salle de séjour lui donnait raison, constata-t-il avec satisfaction.

— Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda-t-il en reportant son attention distraite sur Kuroo.

Celui-ci attrapa deux flûtes de champagne sur le plateau d'une serveuse occupée et lui en tendit une.

— Pour le moment, on observe. Et on profite. À la tienne.

Kuroo l'enjoignit à trinquer avant de porter le verre à ses lèvres. Bokuto l'imita, quoique toujours absorbé par ce nouvel environnement plus que luxueux. Il serait bien sorti admirer l'horizon qui s'étalait à perte de vue depuis le balcon, mais ce n'était pas le moment.

Il devait observer.

Ce qui le frappa en premier, toutefois, c'était à quel point Kuroo semblait à l'aise. À aucun moment sa nonchalance ne paraissait déplacée ; et Bokuto aurait parfaitement pu croire qu'il avait été officiellement invité, et qu'il faisait bel et bien partie de cette haute société qu'il s'appliquait à imiter.

Il se demanda à combien de réceptions de ce genre il avait déjà participé, puis il en conclut que la vie de son meilleur ami était loin d'être pénible, malgré les grands dangers avec lesquels il flirtait.

— T'as vraiment l'air dans ton élément, lui fit-il alors remarquer.

Kuroo croisa son regard.

— Tu trouves ? J'ai l'impression que je vais crever de stress. J'ai l'habitude, mais ça fait longtemps que je me suis plus incrusté à ce genre de soirées.

— C'est quand même trop cool ! Enfin, je veux dire, une partie de ton métier c'est de profiter de champagne et de caviar tranquille ! Tu fais souvent ça ?

— Bah, de temps en temps. J'en faisais plus au début, la dernière fois doit remonter à quatre ans. Tiens, justement, la fois en Inde avec la statue, je t'en ai déjà parlé, je crois.

— Ça s'était bien passé ?

Le rire de Kenma lui parvint dans l'oreillette et, de même, un petit sourire habilla les lèvres de son meilleur ami, qui reprit une gorgée de champagne avant de daigner répondre.

— Oh oui. Et c'était autrement plus difficile que cette mission.

— Pour une fois c'était grâce à Oikawa, on peut le dire.

Bokuto adressa à Kuroo un regard interrogateur, quelque peu perdu dans les anecdotes privées partagées par ses deux partenaires. Celui-ci consentit à expliquer :

— C'était un type qui travaillait avec nous avant. Il était vraiment doué, même si légèrement agaçant sur les bords.

— Insupportable, tu veux dire, renchérit Kenma.

— Ouais bon, il avait ses défauts. Mais en mission, par contre, un as. On s'ennuyait jamais avec lui. Si tu voulais quelqu'un pour attirer l'attention, c'était ton homme.

Cette description amusa fortement Bokuto. Cet Oikawa semblait valoir le détour, et la façon dont Kuroo et Kenma en parlaient lui donnait des allures de héros de film d'espionnage.

— Qu'est-ce qu'il a fait du coup, en Inde ? s'enquit-il alors.

— Eh bien, on devait récupérer une énorme statue dans une salle de bal, je sais plus si je te l'avais dit.

— Ouais, ça me dit quelque chose.

— Ben c'est grâce à lui qu'on a pu la voler tranquille avec Kenma. Il avait attiré l'attention d'absolument tout le monde, et surtout du type engagé pour nous surveiller.

— Comment il a fait ça ?

Le sourire de Kuroo s'agrandit.

— Avec un genre de valse.

— Du tango, rectifia Kenma. C'était du tango.

— Ah ouais, c'est vrai. Y'avait pas beaucoup de gardes parce qu'on avait… enfin bref, y'avait pas beaucoup de surveillance, et Oikawa avait réussi à convaincre ce type de faire un tango, et je sais pas si tout le monde était trop choqué ou impressionné – parce que c'est qu'il dansait bien ce con en plus – mais on a volé la statue en deux secondes.

Bokuto ne put s'empêcher de rire. La situation paraissait bien trop absurde et, très franchement, il aurait tout donné pour y assister.

— Et qu'est-ce qu'il est devenu ?

— Oh, il a voulu jouer cavalier seul au bout d'un moment. Je sais pas ce qu'il devient, mais je me fais pas de souci pour lui.

— Il a pas fini par se marier avec le type de la sécurité d'ailleurs ? demanda Kenma.

— Ah mais si, carrément ! Sacré Oikawa… Bref, je sais même plus pourquoi on parlait de ça. En tout cas, ouais, c'est assez sympa de profiter de ce genre de choses. Je pense pas que t'auras de nouveau l'occasion de boire un champagne aussi cher dans ta vie.

Bokuto acquiesça avant de finir son verre d'une traite, savourant ce goût pétillant qui, s'il était certes délicieux, ne lui semblait pas bien différent de ceux qu'il avait déjà eu l'occasion de boire. Il n'osa toutefois pas faire de commentaires, et reprit son observation là où il l'avait distraitement interrompue.

De nombreux nantis se trouvaient dans la pièce, tous très bien habillés pour cette réception : et s'il n'en reconnaissait aucun, leurs airs hautains ne laissaient planer aucun doute quant à leur importance. Un simple regard dans leur direction suffisait à lui faire comprendre qu'il n'avait rien à faire ici. Mais, fort heureusement, personne ne daignait lui accorder suffisamment de considération pour se soucier de sa présence.

Les quelques portes permettant l'accès au reste de la maison, par contre, retinrent davantage son attention : des hommes semblaient les garder. Ils étaient entièrement vêtus de noir, et le cœur de Bokuto manqua un battement lorsqu'il finit par remarquer les armes à feu accrochées à leur ceinture, affichées à la vue de tous.

— Euh Ku…

L'intéressé lui fit les gros yeux. Il se reprit immédiatement.

— Yuuya, chuchota-t-il alors. Je crois qu'il y a des gens armés dans la pièce.

— C'est Tsubaki, répondit Kuroo, les lèvres toujours portées sur le cristal de la flûte. Je les aurais pensés plus discrets.

— Au moins, on est sûr qu'ils vous attendaient, fit remarquer Kenma.

— Pourquoi ils portent des armes devant tout le monde ? C'est complètement illégal !

Kuroo haussa les épaules.

— Tout le monde s'en fiche ici, je pense. Je suis sûr que ça leur plaît ce genre de danger. Faut bien qu'ils s'occupent, les pauvres.

Le regard de Bokuto se porta à nouveau sur les mercenaires à l'air hagard. Et, malgré la menace qu'ils représentaient, force était de constater que les hommes de Tsubaki se confondaient plutôt harmonieusement dans ce décor mondain.

Bokuto inspecta leur visage avec attention.

— C'est pas la peine de les fixer, lui fit nonchalamment Kuroo. C'est pas comme ça qu'on saura où aller.

— Est-ce que Monsieur Milan est dans la pièce ?

L'air indolent qu'arborait son meilleur ami disparut instantanément. Il détailla à son tour les gardes avant d'offrir à Bokuto un regard désabusé.

— Tu sais que la dernière fois que tu m'as demandé ça la mission a complètement foiré ?

— Ben quoi, je suis curieux ! Vous me l'avez vendu comme un dieu vivant super dangereux. J'ai envie de voir à quoi il ressemble !

— Alors déjà, est-ce que tu penses vraiment qu'un seul de ces types armés correspond à cette description ? Non parce que là je commence à me sentir légèrement insulté. Monsieur Milan est canon, il joue pas dans la même catégorie… tu verras quand on le croisera.

Si vous le croisez, rectifia Kenma.

— Oui, pardon. En plus, reprit-il après une poignée de secondes, si jamais on le croise, je pense que tu le reconnaîtras à son coquard.

— Comment ça ?

— Jeudi soir, je l'ai croisé en voulant récupérer la chimère.

— Ils se sont battus, ajouta Kenma. Kuroo a gagné. Apparemment.

— Évidemment, corrigea l'intéressé avec un sourire. Bref, pour faire simple, cherche un mec super canon, ou un mec avec un coquard, ou un mec qui va se jeter sur moi à la seconde où il va me voir. Ce sera lui, je te le garantis.

Bokuto se permit un petit rire, les bras croisés.

— Et moi qui pensais que tu n'avais pas de succès.

Un clin d'œil lui répondit.

— Bon, soupira finalement Kuroo après un moment. Faudrait quand même savoir où aller.

Si Kenma avait certes réussi à accéder aux plans de la villa, rien ne leur disait où la chimère pouvait être entreposée. Ils avaient réduit leur champ d'action de quelques possibilités, grâce à la disposition des pièces et d'autres raisons que Bokuto n'avait pas tout à fait comprises, mais plusieurs choix s'offraient toujours à eux.

— Tu veux que je fasse diversion pour que tu trouves ?

— Non, pas maintenant. Faut déjà voir si des gens entrent et sortent.

— Je pourrais demander où sont les toilettes, et à partir de là on pourra explorer un peu plus…

Un sourire moqueur s'accrocha aux lèvres de Kuroo.

— Si c'était aussi simple, je pense que-

— Tout va comme vous voulez, messieurs ?

Cette voix mielleuse arracha un sursaut à Bokuto ; puis, lorsqu'il tourna la tête vers leur interlocuteur, il manqua une crise cardiaque.

Daishou Suguru se tenait devant eux. Il en était certain, puisque Kuroo et Kenma avaient insisté pour qu'il mémorise chacun de ses traits en lui montrant une photo pendant plusieurs minutes, en lui répétant qu'il s'agissait du collectionneur qu'ils allaient cambrioler, et qu'il devait faire profil bas si jamais il venait à le croiser.

Et voilà maintenant que leur cible était là, face à eux, un air doucereux greffé au visage, bien décidée à leur faire la conversation.

Bokuto était tétanisé.

Heureusement, Kuroo ne sembla pas être pris de court par cette arrivée pourtant impromptue : il inclina la tête pour saluer leur hôte.

— Tout est parfait. Votre réception est une vraie réussite, Daishou-san.

L'intéressé laissa ses lèvres s'étirer en un sourire satisfait.

— Ravi de l'entendre. Mais… eh bien, je crois que ma mémoire me joue des tours, mais vos noms m'échappent… Vous êtes… ?

Kuroo n'hésita pas une seule seconde lorsqu'il déclara avec aplomb, une main désignant Bokuto :

— Sakazaki Yuuya, et voici mon collègue Kazuaki Nanaki. On travaille pour RealCRO.

Daishou fit une moue passablement intéressée. C'était sûrement bon signe.

— Oh, alors c'est Mika qui a dû vous ajouter sur la liste, c'est pour ça. Eh bien, j'espère que le spectacle saura vous ravir.

— Le spectacle ?

Le collectionneur posa une main sur l'épaule de Kuroo, non sans une pointe de condescendance.

— Je parle de mes nouvelles œuvres, bien sûr. Et de la chimère.

Bokuto en retint sa respiration. Il ne sut comment son meilleur ami parvint à demeurer impassible, feignant l'ignorance avec un talent certain ; lui en aurait été incapable. Toute la tension qui émanait de cet échange de regards mettait à rude épreuve ses nerfs.

— Il paraît qu'elle est somptueuse, répondit Kuroo avec un petit sourire. Quand est-ce que vous comptez présenter votre collection ?

— Oh, chaque chose en son temps. Pour le moment, tout reste sagement à l'abri des regards.

Ses yeux désignèrent une des portes, étrangement dénuée de toute surveillance, à l'extrémité de la salle.

— Simple précaution. Ce sont des pièces très convoitées, vous savez. Je ne voudrais pas d'un fâcheux incident.

Le silence qui suivit parut en cet instant aussi lourd que le cœur de Bokuto.

— Je n'en doute pas.

Daishou tapota l'épaule de Kuroo avant d'enfin se dégager.

— Bien, je vais vous laisser. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas. Soyez sages.

Puis, alors qu'il s'apprêtait à partir, les yeux du collectionneur se posèrent sur Bokuto ; ils s'y attardèrent plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité.

Et lorsqu'il fronça les sourcils, Bokuto commença à s'agiter.

— C'est quoi votre nom déjà… ?

— Kazuaki… Nanaki, réussit-il à articuler.

Ses sourcils restèrent froncés.

— Hm… votre visage me dit quelque chose. Vous êtes acteur ?

— Euh… oui ! Je débute, en fait, donc…

Daishou le considéra sévèrement, peu convaincu. Mais ses soupçons ne valurent apparemment pas la peine d'être soulevés, puisqu'il haussa les épaules avant d'enfin se détourner.

— Enfin bref. Bonne soirée.

Un soupir de soulagement s'échappa de Bokuto à la seconde où le collectionneur quitta leur champ de vision. Il se tourna ensuite vers Kuroo, paniqué :

— Tu crois qu'il me connaît ?

— Peut-être qu'il a déjà vu un de tes matchs… Mais t'inquiète, rajouta-t-il précipitamment devant la mine atterrée que Bokuto devait afficher, il fera jamais le lien, c'est impossible.

— T'es sûr ?

— Certain, fais-moi confiance.

— En tout cas, intervint Kenma dans leur oreillette, il y a de fortes chances qu'il sache pourquoi vous êtes là. Il n'a pas été très subtil.

Kuroo soupira à son tour.

— Non, mais on sait où aller maintenant. Il nous a laissé entendre où était la chimère.

— Ça sent le piège.

— On n'a pas vraiment le choix. Qu'est-ce qu'il y a derrière la porte à l'est, du côté des fenêtres ?

Quelques instants de silence suivirent cette question. Bokuto en profita pour reprendre un verre et se remettre de toutes ces émotions. Son cœur battait encore bien trop vite à son goût.

— Un couloir, répondit finalement Kenma. Il y a une très grande pièce aussi, parfaite pour exposer des œuvres d'art.

— Bon, au moins c'est pas direct un traquenard. Et puis, on pourra toujours se replier si jamais ils nous attendent.

— La pièce n'a pas de fenêtres, par contre. Il faudra être très rapides si vous voulez pouvoir vous enfuir. Je vais voir si je vous trouve des points d'extraction.

— Parfait, merci.

Kuroo se tourna enfin vers Bokuto, qui sursauta devant ce regard si déterminé et manqua même de renverser son verre. Son meilleur ami n'en fit pas grand cas : il lui montra la porte par laquelle ils devaient s'introduire.

— Kazuaki, tu vois le petit boîtier noir à côté de la porte ?

Bokuto acquiesça nerveusement.

— Il faut une carte magnétique pour entrer ?

— Exactement. Et je te parie que tous les gars de Tsubaki en ont une. Genre lui.

Son regard se reporta sur les mercenaires armés. Celui que Kuroo désigna avait l'air passablement ennuyé, presque renfrogné.

Il déglutit.

— J'ai besoin que tu fasses diversion pendant que je lui prends sa carte. Tu peux le faire ?

— Tu vas lui faire les poches ?

— T'inquiète pas pour ça, laisse-moi gérer. Tu te sens capable de le distraire ?

Bokuto fit la moue.

— Oui, mais je sais pas danser le tango.

Cette remarque fit rire Kuroo, qui plaça une main sur son épaule. Bokuto se sentit immédiatement apaisé.

— Je t'en demande pas tant. Va juste lui parler, trouve un truc.

Pris d'un élan de courage, Bokuto posa son verre sur le guéridon le plus proche avant de se diriger vers le mercenaire gardant la porte. Ses cheveux, blonds et longs sur le dessus, bruns et courts en dessous, l'intriguèrent quelques instants, mais il se rappela vite à l'ordre et lui offrit un grand sourire lorsqu'il se trouva face à son air dubitatif.

— Belle soirée, hein ? Vous ne vous ennuyez pas trop ?

— Qu'est-ce que vous voulez ?

Bokuto leva instinctivement les mains en signe de reddition.

— Oh, mais rien, je voulais juste parler un peu. Ça doit pas être très amusant de passer sa soirée à garder une porte.

Le garde soupira.

— Y'a de meilleures façons de passer son dimanche, c'est sûr.

Sur ce point, Bokuto était entièrement d'accord.

Du coin de l'œil, il vit Kuroo s'approcher ; il devait absolument garder l'attention de cet homme.

— Je voulais vous demander aussi… Comment on fait pour devenir… enfin, pour faire ce que vous faites ?

— Quoi, garde de portes ? ironisa le mercenaire.

— Non… agent de sécurité, j'imagine.

Le sourire de l'homme lui apparut comme une incitation à poursuivre sur cette lancée, plus encore lorsque celui-ci se décala légèrement de la porte pour se tourner plus avant vers Bokuto.

— Je pense que c'est un métier qui m'intéresserait, continua-t-il avec entrain.

— Ah, ben je pense pas pouvoir vous aider. On est recrutés via repérage. C'est assez compliqué.

Bokuto hocha la tête, réellement intéressé.

— Et ça paye bien ?

— Ah ça, on gagne pas mal, ouais. Mais faut être prêt à beaucoup voyager, c'est pas facile d'avoir des attaches. C'est un choix à faire.

— Oh ça, j'ai l'habitude, commenta Bokuto comme s'il effleurait véritablement l'idée de devenir mercenaire. Ça fait des semaines qu'on ne fait que se croiser avec mon compagnon.

— Triste.

Comme l'homme semblait de nouveau ennuyé et que Kuroo était toujours occupé à discrètement récupérer la carte, Bokuto choisit de lancer le seul sujet qu'il maîtrisait à la perfection et qui pouvait le faire parler avec enthousiasme pendant des heures.

Il sortit l'écrin de sa poche.

— D'ailleurs, je compte faire ma demande bientôt. Vous trouvez la bague jolie ?

Le mercenaire observa la bague avec un mélange d'étonnement et d'embarras.

— Euh…

— C'est du sur-mesure ! poursuivit Bokuto en incitant son interlocuteur à observer attentivement l'anneau. Moi j'aime beaucoup les torsades !

Pris de court, l'homme de Tsubaki fit mine d'examiner l'anneau sous l'œil jovial de Bokuto.

— Ah ouais… c'est très beau, fit-il avec bien peu d'entrain.

— Merci ! Je comptais demander aujourd'hui, mais bon, on a tous des imprévus, pas vrai ?

Kuroo commença à s'éloigner aussi furtivement qu'il était apparu. Il lui adressa un léger mouvement de tête.

— Ouais, enfin, niveau pénibilité je pense que je suis légèrement au-dessus.

— J'en suis pas si sûr, déclara Bokuto en rangeant l'écrin et en haussant les épaules. Mais bon, justement, je ne voudrais pas vous déranger dans votre travail si pénible.

— C'est ça, ouais.

— Bon courage !

Le mercenaire leva les yeux au ciel lorsque Bokuto s'éloigna avec un signe de main particulièrement énergique. Exalté par la vue de sa superbe bague et par la réussite incontestable de sa mission, il retourna auprès de Kuroo sans dissimuler le grand sourire qui illuminait son visage.

— T'as la carte ? demanda-t-il à son meilleur ami.

Celui-ci la fit glisser entre ses doigts.

— Merci pour la distraction, t'as été super.

Bokuto rayonnait.

— Bon, t'es prêt à récupérer cette chimère une bonne fois pour toutes ?

— Je te suis, répondit-il avec enthousiasme.

— Vous pouvez y aller, maintenant, déclara Kenma dans leur oreillette.

Sans plus de cérémonie, ils se dirigèrent nonchalamment vers la porte, l'ouvrirent comme s'ils avaient toutes les raisons de le faire et s'engouffrèrent dans le couloir sombre où la chimère devait les attendre.


— Kenma, tu t'es occupé des caméras ? demanda Kuroo en refermant la porte derrière eux.

Il accordait son entière confiance à son partenaire de toujours, bien évidemment ; mais la vue des systèmes de surveillance encore opérationnels laissa planer un doute dans son esprit.

On n'était jamais trop prudent.

— Oui, oui, c'est fait. Ils ne verront qu'une image fixe.

— Pourquoi elles sont toujours allumées, alors ?

— C'est pour que je puisse voir ce que vous faites, Sherlock.

À ces mots, Bokuto sembla se détendre, et il fit un petit signe vers la caméra de sécurité. Son manque de professionnalisme était parfois adorable, il fallait bien l'avouer.

— Très bonne initiative. Bon, par où on va maintenant ?

— La grande pièce dont je vous ai parlé est sur votre droite, la troisième porte. Et tout au bout du couloir, il y a un escalier qui mène en bas, vers les jardins et une sorte de parking. C'est peut-être gardé, mais c'est par là que vous devrez sortir. Sauf si vous aimez l'escalade.

— J'aime pas trop l'escalade, avoua Bokuto.

— T'inquiète, l'escalier c'est une bonne option. On se débrouillera.

— La voie est libre pour l'instant, leur déclara Kenma. Vous devriez y aller.

Kuroo hocha instinctivement la tête et enjoignit Bokuto à le suivre.

La pénombre du couloir les empêcha d'être distraits par les nombreux tableaux qui ornaient sans aucun doute les murs : tout était sombre et silencieux, comme si la nuit avait déjà réclamé cette partie de la villa. Le danger pouvait surgir de n'importe quel côté, derrière n'importe quelle porte : ce calme temporaire était grisant, surtout en sachant la chimère aussi proche. C'était dans ces moments-là, emplis de cette adrénaline particulière, que Kuroo adorait son travail, et il tâchait de contenir son impatience face à la réussite imminente de leur mission.

Son cœur battait à tout rompre lorsqu'ils se trouvèrent devant la bonne salle. Il posa la main sur la poignée en bronze…

… mais déchanta rapidement.

— Merde, c'est fermé.

— Comment on va faire ? chuchota Bokuto. Y'a pas l'air d'avoir de boîtier.

Kuroo grimaça.

— Va falloir la crocheter à l'ancienne. Monte la garde pendant que je m'en occupe, tu veux ? Dis-moi si quelqu'un arrive par là où on est entrés.

— Et si quelqu'un arrive ? Je fais quoi ?

— On verra sur le moment. Je me dépêche.

Sans perdre plus de temps, Kuroo sortit les petits crochets qu'il avait conservés dans la poche de sa veste, s'agenouilla près de la serrure et se mit au travail. Celle-ci ne présentait aucune difficulté, mais l'obscurité ne lui rendit pas la tâche facile : il dut s'y reprendre à plusieurs fois.

— Tu manques d'entraînement, lui fit remarquer Kenma.

— J'avoue que crocheter des serrures fait pas partie de ma routine matinale, répondit Kuroo, entièrement focalisé sur la position de ses crochets. J'y penserai, à l'avenir.

— T'as de la chance qu'il n'y ait personne.

Le loquet céda enfin, dans un bruit sec et extrêmement satisfaisant pour les oreilles de Kuroo. Il rangea prestement ses outils, se releva, épousseta son smoking, puis fit signe à Bokuto de revenir.

— Allez, on y va. Après toi.

Cette fois-ci, la porte s'ouvrit dans un infime grincement, et tous deux purent s'engouffrer dans cette nouvelle salle aussi immense que sombre.

— T'as toujours la lampe ? demanda Kuroo à son meilleur ami.

Celui-ci sembla tout juste se rappeler de son existence, puisqu'il sortit la lampe de poche miniature avec un petit « Ah oui c'est vrai » chuchoté. Lorsqu'il l'alluma, le maigre faisceau lumineux suffit à dévoiler des dizaines de vitrines et de présentoirs, sur lesquels se tenaient fièrement des statues et autres artefacts. De nombreuses époques et civilisations se laissaient découvrir dans cette fastueuse collection : Kuroo osa à peine imaginer la fortune qu'elle représentait.

— Vous voyez la chimère ? leur demanda Kenma.

— Laisse-nous deux secondes, y'a vraiment beaucoup d'objets.

— Dépêchez-vous quand même, on n'a pas le temps.

— Ouais ben…

La lumière de Bokuto passa subrepticement sur une petite statue d'or et d'émail cloisonné, fièrement exposée sur une colonne en pierre.

La chimère.

Aucune vitrine, aucune cloche en verre : elle était à leur portée, toute proche, pour peu qu'il tende le bras vers elle.

— Kuro ?

— Elle est là.

Cette déclaration attira l'attention de Bokuto, qui le rejoignit rapidement. Il observa à son tour le précieux artefact, qui baignait à présent dans la lumière blanche de la lampe. Sa déception était palpable.

— J'imaginais ça plus… grand, avoua-t-il en chuchotant.

— Elle est magnifique, fit Kuroo, captivé par les minutieux détails composant la gueule de la chimère.

Il se pencha pour examiner l'ouvrage de plus près.

Somptueux. Un trésor inestimable.

— Bon, du coup, s'impatienta Bokuto, on la prend, non ?

— Ah oui, plutôt deux fois qu'une. Mission accomplie. On se casse d'ici.

Kuroo attrapa délicatement la petite statue et se redressa. Il offrit un sourire à Bokuto, qui lui répondit en levant le pouce.

La voix inquiète de Kenma mit toutefois fin à leur joie pourtant parfaitement justifiée :

— Kuro, Bokuto, sortez d'ici. Vous n'êtes pas seuls.

La lumière surgit brusquement dans la pièce. Des dizaines de lampes s'allumèrent dans l'instant, éblouissant Kuroo de leur éclat soudain.

Puis, le bruit d'une arme que l'on charge.

Son cœur chuta dans sa poitrine, et la terrible impression d'être pris au piège le saisit avec violence. Bokuto ne semblait pas être dans un meilleur état : il était livide, les yeux rivés sur la colonne maintenant dénuée de chimère.

— Repose ça.

Une voix s'éleva derrière eux. Près de la sortie.

Et, malgré tout, Kuroo ne put empêcher un petit sourire de fendre ses lèvres alors qu'il obtempérait et mettait les mains en l'air, car il reconnaîtrait ce ton austère entre mille.

— Toujours aussi imprévisible, lui lança-t-il, ça fait plaisir.

— Je ne peux pas en dire autant.

Le rire de Kuroo était parfaitement nerveux. Il pouvait entendre Kenma souffler une injure et malmener son clavier avec un empressement inhabituel, et cela suffisait à lui faire appréhender la suite des événements. Bien plus que Monsieur Milan et son arme braquée dans son dos.

— Aïe, tu me brises le cœur.

— Désolé, chéri.

Kuroo, éternel optimiste, considéra tout de même cet échange comme une petite victoire. Pour le moment, il devait gagner du temps, jusqu'à trouver une solution – ou jusqu'à ce que Kenma parvienne à les sortir d'ici.

Il jaugea promptement l'état de Bokuto, si jamais une fuite rapide était nécessaire : mais celui-ci semblait paralysé. Ses yeux étaient drôlement écarquillés, et Kuroo se demandait presque s'il respirait encore.

— J'imagine que tu ne vas pas nous laisser repartir avec la chimère ? tenta-t-il à l'encontre du mercenaire.

Pour toute réponse, il l'entendit déclarer dans ce qui devait être talkie-walkie :

— Sakusa, je les tiens. Vous pouvez venir.

— Ah, tout de suite les grands mots.

Monsieur Milan soupira.

— Allez, retournez-vous. Lentement.

Kuroo s'exécuta, un sourire insolent pour unique défense. L'arme de Monsieur Milan était braquée sur lui, accompagnée d'un regard franchement mauvais. Il fut toutefois frappé par l'étendue de sa blessure à l'œil : elle était bien plus importante qu'il ne l'aurait cru.

Quoi qu'il en soit, il avait besoin de se donner du courage ; et rien au monde ne l'empêcherait de faire le malin.

— Tiens, Bokuto, lança-t-il donc sans quitter le mercenaire des yeux, toi qui voulais le voir… C'est lui, Monsieur Milan. Il correspond bien à la description, tu trouves pas ?

Il n'avait toujours pas bougé. Kuroo ne pouvait pas lui en vouloir : c'était la première fois qu'il se retrouvait face à un homme de main armé et menaçant. Une légère culpabilité lui serra le cœur : Bokuto ne connaissait rien de ce milieu, et il était probablement tétanisé.

Il espérait tout de même que sa petite plaisanterie aurait le mérite de lui changer les idées – ou, du moins, de lui faire comprendre que Kuroo gérait plus ou moins la situation.

Qu'il essayait, en tout cas.

Mais Bokuto finit par se retourner, à une lenteur presque inquiétante ; ses yeux, toujours écarquillés, se posèrent immédiatement sur le mercenaire.

Et le peu de couleurs qui lui restait quitta définitivement son visage.

— Keiji ?

À la seconde où Monsieur Milan aperçut Bokuto, il se figea à son tour.

Il baissa son arme et recula d'un pas, le regard alternant entre les deux hommes. Confus, déstabilisé, anxieux. Perdu.

Alarmé.

Kuroo ne l'avait jamais vu manifester autant d'émotions. Quelque chose lui échappait.

Et sa confusion grandit davantage lorsque son meilleur ami ajouta :

— Qu'est-ce que tu… tu n'avais pas une urgence au bureau?

Il n'était pas sûr de comprendre.

— Euh… Bokuto ?

L'intéressé ne sembla pas l'entendre. Son entière attention avait été capturée par le mercenaire, qui ne détournait pas non plus le regard.

Kuroo avait l'inexplicable sentiment de tenir la chandelle, et il n'aimait pas trop ça.

— Qu'est-ce que tu fais avec lui ?

La familiarité avec laquelle Monsieur Milan s'adressa à Bokuto lui fit cligner plusieurs fois des yeux, bien plus que tout le dédain qui avait accompagné ce « lui ». Une pointe de panique s'échappait de sa question chargée de reproches. Il semblait extrêmement nerveux.

Quoi qu'il en soit, Bokuto ne répondit pas : il ne l'avait peut-être même pas entendu.

— Mais… Keiji… Je comprends pas…

Son meilleur ami ne cessait de fixer l'arme, avec une expression qui laissait deviner toute son angoisse. Lorsque le mercenaire suivit son regard, il parut – inexplicablement – vulnérable, comme s'il venait d'être pris en flagrant délit et qu'une vague de culpabilité le rattrapait soudain.

Kuroo ne l'avait jamais vu ainsi : les mots de Bokuto l'affectaient à l'extrême. Le blessaient même, peut-être.

— Kuro, ne me dis pas qu'il se passe ce que je crois, fit Kenma dans son oreillette.

Puis Kuroo comprit enfin.

— Non… C'est lui Keiji ? Ton Keiji ?

Il eut envie d'éclater de rire, nerveusement et sans aucune joie, ne serait-ce que pour réagir face à cette situation qui le laissait sans voix ; cette mission prenait un tournant qui ne lui plaisait que très peu. Et réaliser peu à peu la chose, et ses implications, et toutes les remarques qu'il avait pu faire au sujet de Monsieur Milan, tout ça commençait sérieusement à lui donner le vertige.

À mesure qu'il essayait de se souvenir de ce qu'il avait bien pu dire à ce propos, il se rendit compte qu'il aurait souvent mieux fait de se taire.

Le regard noir du mercenaire fut la seule réponse apportée aux doutes médusés de Kuroo ; Bokuto ne semblait plus en état de lui confirmer quoi que ce soit.

— C'est quoi ce bordel, grommela-t-il à défaut de dire quelque chose d'intelligent.

Akaashi Keiji se tourna vers Bokuto, l'air peiné, et sa voix fut méconnaissable lorsqu'il lui demanda, sans chercher à cacher sa déception :

— Ne me dis pas que c'est ça ton week-end avec Kuroo-san.

— Je peux tout t'expliquer !

— Non, intervint fermement Kuroo. S'il y a quelqu'un qui doit s'expliquer, c'est certainement pas toi, Bokuto.

Il baissa les mains et tenta un pas vers la sortie.

Le canon de l'arme retrouva immédiatement la direction de sa poitrine.

— Tu restes là.

— Non, Keiji, arrête!

Akaashi eut un instant d'hésitation. Ses mains tremblaient légèrement, et ses sourcils demeuraient froncés. Son regard perdu trahissait le conflit qui le rongeait sans doute : il semblait pris dans le même piège qu'eux.

Kuroo pouvait peut-être en jouer.

Il fit un nouveau pas. Akaashi ne parvint pas à réagir.

— Je crois que t'as tout intérêt à nous laisser partir, Keiji.

— S'il te plaît, l'implora Bokuto.

Le ton de son meilleur ami était déchirant, et Akaashi y fut particulièrement sensible.

Mais il ne bougea pas.

— Bokuto, lança Kuroo en défiant son ennemi du regard, prends la chimère.

— Non…

L'intervention d'Akaashi fut accompagnée de la brusque ouverture des portes, et des pas pressés de plusieurs hommes armés qui ne perdirent pas une seconde pour les encercler et les tenir en joue.

Kuroo remit ses mains en l'air et ravala une injure.

— Kenma, chuchota-t-il alors, si t'as une idée je suis preneur.

— Laisse-moi réfléchir, répliqua l'intéressé un peu sèchement. C'est pas possible…

— Tout va comme vous voulez, messieurs ?

Le sarcasme avait remplacé le miel dans la voix agaçante de Daishou Suguru, qui arriva à son tour dans la pièce après le cortège de mercenaires. Son petit air hautement satisfait lui donnait une parfaite tête à claques.

— J'espère que vous avez apprécié ma collection. C'est peut-être la dernière chose que vous verrez.

Kuroo jaugea l'état de Bokuto du coin de l'œil, mais celui-ci arborait un regard vide, qui se reflétait parfaitement dans l'expression d'Akaashi.

Celui-ci ne réagit même pas lorsque Daishou se tourna vers lui.

— Bon travail, toi.

L'intéressé cligna à peine des yeux.

— Bon, fouillez-les, ordonna le collectionneur. Et ne cassez rien, sinon c'est moi qui vous casse.

Kuroo grinça des dents lorsqu'on le saisit par la veste pour le traîner jusqu'au mur, contre lequel il fut plaqué sans aucun ménagement. Les hommes de Tsubaki lui arrachèrent son oreillette, et prirent au passage ses fausses invitations et papiers d'identité ; ses crochets ne furent pas non plus épargnés dans cette fouille bien peu délicate.

— Non !

L'exclamation soudaine de Bokuto, qui subissait le même sort juste à côté de lui, lui fit tourner la tête : celui-ci commença à se débattre vainement contre l'emprise des mercenaires.

Il fut toutefois maîtrisé sans difficulté après un violent coup dans l'estomac. Kuroo grimaça devant le jappement de douleur de son meilleur ami.

Et si Akaashi, en retrait, n'avait pas bougé d'un pouce, l'effroi se lisait parfaitement sur son visage.

— Non… répéta Bokuto, d'une voix plus faible.

— Y'a quelque chose dans sa poche.

Il se débattit encore quelque peu, sans plus de succès. L'homme de Tsubaki qui le maintenait fermement immobile plongea sa main dans la poche de sa veste. Il en sortit l'écrin.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Daishou. Une arme ?

— Non, s'il vous plaît…

Le mercenaire secoua la tête avant de tendre la petite boîte noire au collectionneur. Voir Bokuto si désemparé serra quelque peu le cœur de Kuroo ; si pour lui cette mission était une catastrophe, elle devait être un véritable cauchemar pour son meilleur ami.

Un ricanement retentit dans la pièce.

— Comme c'est mignon. Chaumet, hein ? Pas mal.

Daishou observa la bague avec une odieuse curiosité. Il la prit entre ses doigts pour l'inspecter à la clarté des lampes. Après un sifflement appréciateur qui attira l'attention de tout le monde, il ajouta :

— J'ai bien peur qu'il faille reporter vos projets de mariage, par contre.

Bokuto était livide. Sa lutte avait pris fin : il ne témoignait plus d'aucune volonté. Ses yeux étaient rivés sur le sol, et toute sa peine se devinait dans sa posture défaite et ses traits affaissés.

Pour sa part, Kuroo s'aventura à inspecter la réaction d'Akaashi. Il n'avait pas quitté l'état de choc dans lequel il semblait plongé depuis un bon moment déjà, mais son regard refusait de se détacher de l'anneau. Aucune expression ne parait son visage.

C'était presque perturbant.

Daishou referma finalement l'écrin d'un geste brusque.

— Attachez-les et foutez-les-moi au sous-sol. Sakusa, déclara-t-il en se tournant vers un des hommes de Tsubaki, ils sont à vous.

Le dénommé Sakusa fit un signe de tête et ils furent aussitôt conduits hors de la pièce, étroitement encadrés par la menace d'armes à feu. L'esprit de Kuroo chercha des solutions à vive allure, mais il dut se résoudre bien vite à la réalité : il avait perdu le contact avec Kenma, et était à l'entière merci de Tsubaki. Quant à Bokuto…

Il suivait docilement les gardes, la tête baissée et le cœur lourd. Même si Akaashi – Monsieur Milan – était resté dans la salle des artefacts, nul doute que toutes les pensées de son meilleur ami étaient tournées vers lui et tout ce qui venait de lui tomber dessus durant ces quinze dernières minutes.

Il ne lui serait d'aucune aide.

Kuroo ferma les yeux lorsqu'il fut poussé pour avancer plus vite. Ils se dirigeaient vers le sous-sol, loin de la chimère, et il ne pouvait compter sur personne d'autre que lui.

Il soupira nerveusement.

Cette mission relevait du chaos.


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