Salut ! Nouveau chapitre !
J'espère qu'il vous plaira, je trouve qu'il est pas mal riche en émotions aha
FairyStalkeuse : Salut ! Je suis vraiment ravie que tu aies apprécié la scène de la révélation ! Et oui Bokuto fait de la peine, et c'est pas fini :/ (contente que tu le trouves relatable avec la bague héhé)
Il y a certaines de tes questions qui trouveront leur réponse dans la suite de l'histoire, mais je peux quand même te dire que non, il n'y aura pas de nouveaux personnages et non pas de kuroshou à l'horizon aha. Merci beaucoup pour ta review, j'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes !
Je vous souhaite une bonne lecture !
La pièce était petite et mal éclairée. Aucune fenêtre, aucun conduit, et le verrou de la seule issue venait de se refermer dans un claquement sec. Ils avaient été jetés à l'intérieur avec la douceur et la délicatesse habituelle de Tsubaki, et après avoir manqué de s'écraser le nez contre le sol en béton, Kuroo avait décrété qu'il passait décidément une très mauvaise soirée.
Il se releva péniblement, incapable d'utiliser les mains entravées dans son dos, menottées et tendues à l'extrême. Après un rapide coup d'œil vers Bokuto, qui s'était contenté de se redresser pour s'asseoir dans un coin, il choisit de l'ignorer : il avait sûrement besoin de temps pour se remettre de toutes ses émotions et, à en juger par ses yeux perdus dans le vide et sa tête légèrement baissée, mieux valait le laisser tranquille.
Pourtant, ce n'était pas les questions qui lui manquaient. Après tout, son meilleur ami entretenait quand même une relation avec un mercenaire sans pitié. Non, c'était pire que ça. Avec Monsieur Milan.
Il n'y croyait toujours pas.
Que Bokuto soit tombé dans le piège de ce manipulateur, même si cela attristait Kuroo, n'avait rien d'étonnant : il était d'un naturel naïf et ne se posait jamais beaucoup de questions. Cet Akaashi avait dû en profiter ; beau comme un dieu et excellent menteur, il n'en avait fait qu'une bouchée, c'était inévitable. Lui-même ne s'était que bien trop facilement fait avoir, deux ans auparavant, alors il ravalerait ses commentaires sur le sujet.
Mais cinq ans. Cinq années passées ensemble. Même pour une couverture, c'était anormalement long : en quoi Bokuto ou les cercles qu'il fréquentait pouvaient-ils intéresser Tsubaki ? Était-il surveillé ? Ça n'avait aucun sens.
Toutefois, dans l'esprit abasourdi de Kuroo, cette théorie relevait moins de l'absurde que de penser qu'Akaashi Keiji était sincère à l'égard de son meilleur ami. Bokuto lui avait peut-être loué ses qualités et l'harmonie qui régnait au sein de son couple, soit. Il exagérait toujours. Et puis, Kuroo voyait mal Monsieur Milan supporter Bokuto, alors partager sa vie… De ce qu'il en savait, ces deux-là ne pouvaient être plus opposés : Bokuto était un rayon de soleil, généreux et jovial. Akaashi par contre… cruel. Froid. Aucun humour.
Aucune chance qu'il mérite quelqu'un comme lui.
Aucune.
Ils n'allaient tout simplement pas ensemble.
Mais, pour le moment, sortir d'ici lui semblait un objectif bien plus urgent que songer aux sérieux problèmes de couple de son meilleur ami. Il n'y avait pas la moindre issue dans cette salle entièrement vide. Le manque apparent de meubles et d'objets de décoration commença presque à le dérouter : à quoi servait cette pièce ? À séquestrer des victimes ?
La caméra dans l'angle, fixée au plafond, finit par attirer son attention. Même habilement dissimulée dans l'ombre, sa petite lumière rouge demeurait perceptible. Restait à savoir si Kenma y avait toujours accès.
Kuroo soupira. S'échapper sans aide extérieure relèverait de l'impossible. Il devait absolument reprendre contact avec Kenma, et saisir la moindre occasion que lui laisserait Tsubaki.
Ensuite, et seulement ensuite, il s'occuperait de la chimère.
Pour l'heure, il commença par se baisser pour ramener ses mains vers le sol : il n'arriverait à rien s'il n'enlevait pas ces stupides menottes. Après plusieurs tentatives aussi peu fructueuses que ridicules, Bokuto décida enfin de sortir de son mutisme :
— C'est Keiji Monsieur Milan ?
L'hésitation avait noué sa voix, guère plus élevée qu'un murmure. Ses yeux rencontrèrent ceux de Kuroo lorsqu'il leva la tête vers lui : ils luisaient d'une incompréhension presque désespérée. Il cherchait des réponses, et c'était bien normal.
Mais Kuroo ne tenait pas forcément à les lui donner. Quelque chose lui disait que tout pourrait bien vite tourner en sa défaveur. Peut-être Bokuto, qui assimilait encore péniblement ces nouvelles informations, se mettrait-il en colère.
— Je suis désolé que tu l'aies appris de cette façon, fit-il tout de même. C'est…
— Il m'a dit qu'il s'était fait renverser par un cycliste, l'autre soir.
À ces mots, Kuroo préféra reprendre ses piteuses tentatives de libération, incapable de répondre quoi que ce soit. Bokuto n'était toujours pas décidé à dévoiler son humeur et, s'il faisait référence à ce que Kuroo pensait, le silence restait la meilleure option.
Il parvint tant bien que mal à enjamber ses mains menottées, malgré les protestations d'à peu près toutes ses articulations. Ça avait certes manqué de grâce, mais l'objectif était atteint : ses bras étaient à présent devant lui.
Il n'eut pas le temps de se féliciter de sa souplesse que Bokuto reprit :
— Je suis vraiment trop stupide…
— Dis pas ça, Bokuto.
L'intéressé soupira.
— Combien de fois il m'a menti ? Pourquoi je me suis jamais rendu compte de rien ?
— T'as été aveuglé, répondit machinalement Kuroo en observant la chaîne de ses menottes.
Ce ne serait pas agréable, mais il pourrait se défaire de ses entraves sans trop de problèmes.
— C'est pas de ta faute, reprit-il. Tu pouvais pas savoir que tu te faisais manipuler, ce type est un expert. Au moins tu t'en es rendu compte, maintenant tu pourras…
— Keiji ne me manipule pas, le coupa brusquement Bokuto.
Maintenant venait le déni. Kuroo fit la moue.
— Quoi ?
— Ben, je sais pas, tu viens quand même d'apprendre que ton mec a une double vie, dans le genre manipulation ça se pose là…
— Tu penses qu'il m'a jamais aimé ?
Kuroo le gratifia d'un haussement d'épaules. Se montrer rassurant desservirait son meilleur ami, surtout si la sentence finale n'était pas celle attendue. Il serait dévasté : ses relations au lycée et à l'université n'en avaient que trop témoigné.
Autant préparer le terrain dès le début.
Cette réponse fit blêmir Bokuto, qui détourna le regard, pour réévaluer la teneur de ses précédentes années, ou peut-être bien pour éviter de se mettre à pleurer. Son agitation grandissait davantage au fil des secondes.
Kuroo profita de cette introspection et se remit au travail. Il s'assit en repliant les jambes entre ses bras tendus devant lui. Son cœur s'emballa malgré lui lorsqu'il posa un pied sur la chaîne reliant ses deux mains.
— Non, déclara Bokuto après un long moment de silence. Non, c'est impossible.
— Bokuto, ce type travaille pour une organisation criminelle ultra dangereuse… C'est pas pour te faire de la peine que je dis ça, mais ça m'étonnerait qu'il ait toujours été très honnête envers toi, s'il l'a un jour été.
Bokuto secoua la tête, les sourcils froncés.
— Tu ne le connais pas.
— Ah ben si, quand même. Il t'a dit quoi, il y a deux ans, quand il est parti à Milan ? Qu'il avait un voyage d'affaires ? Un séminaire ? Moi je sais ce qu'il faisait, et je peux te dire que ça ne te plairait pas du tout.
Il tira légèrement sur la chaîne avec son pied pour s'essayer à la sensation. Le frottement du métal froid contre sa peau était plutôt désagréable.
— Mais… mais c'est différent… même s'il m'a menti, ça ne veut pas dire qu'il a toujours fait semblant, si ?
— Bah, de ce que j'en sais…
— Mais qu'est-ce que tu en sais ? Tu l'as vu quoi, trois semaines ? Kuroo, ça fait cinq ans qu'on habite ensemble… qu'on… Je pense que je m'en serais rendu compte…
L'incertitude de sa voix étouffa toute la conviction que ses mots tâchaient pourtant de transmettre. Il voulait sûrement être rassuré, mais Kuroo ne pouvait s'y résoudre : pas maintenant. Ils devaient d'abord sortir d'ici et trouver un moyen de récupérer la chimère.
C'était leur priorité, et si Bokuto ne s'en rendait pas compte, trop bouleversé par la tournure que sa vie entière était en train de prendre, c'était peut-être pour le mieux ; au moins n'était-il pas paniqué par leur situation plus que préoccupante, ce qui aurait sans doute été beaucoup moins gérable.
Kuroo prit une profonde inspiration et réussit à poser son deuxième pied entre les deux bracelets. Il détendit les muscles bandés de ses deux mains puis appuya sur la chaîne de toutes ses forces. Le métal commença à lentement écorcher la peau de ses poignets, mais il ravala ce désagrément et continua, jusqu'à ce que les menottes descendent sur ses mains autant que possible.
Il en profita pour répondre aux inquiétudes de son meilleur ami, dans l'espoir de penser à autre chose qu'à la prochaine et douloureuse étape :
— Je crois que t'as oublié qu'il a braqué une arme sur nous y'a juste dix minutes. Franchement, il ne mérite pas ta confiance… Et puis…
— Kuroo, qu'est-ce que tu…
Avec un coup sec et un grognement à peine réprimé, Kuroo envoya ses pieds s'écraser violemment contre la chaîne: les larmes lui montèrent aux yeux quand il sentit ses pouces se disloquer ; pourtant, il continua, et laissa les bracelets métalliques tracer un sillon sanglant le long de ses mains. Il parvint à les retirer jusqu'au bout, sous le regard horrifié de Bokuto.
Les menottes cédèrent enfin et Kuroo bascula en arrière. Il resta ainsi quelques secondes, étalé contre le béton froid, le corps encore secoué par cet effort très peu apprécié.
— Une… seconde…
Il se redressa, non sans un léger geignement, et pressa ses mains blessées contre le sol. Il continua d'appuyer malgré la vive douleur, jusqu'à ce que ses pouces se remboîtent correctement.
Plus ou moins.
Kuroo se mordit la langue pour réprimer un cri. Le lancinement enflammé de ses tendons n'avait rien de normal, il pouvait le sentir : sa main droite s'était remise sans trop de problèmes ; par contre, celle de gauche paraissait sérieusement blessée.
Il bougea un peu les pouces, pour évaluer les dégâts : s'il y parvint, sa tentative le fit toutefois grimacer. Une fois sorti d'ici, il tâcherait de trouver un médecin. Rapidement.
Pour l'instant, il préféra se changer les idées et ignorer les élancements de ses articulations. Il se tourna donc vers Bokuto, qui semblait soudain pris de nausée, et poursuivit son argumentaire là où il l'avait laissé :
— Et puis… Une fois qu'on sera sorti d'ici, qu'est-ce que tu vas faire ? Faire comme si de rien n'était, alors que ce mec te ment depuis toujours ?
Les yeux de Bokuto étaient remplis de désarroi. Il était perdu.
— Je… j'en sais rien, avoua-t-il en baissant la tête.
Kuroo l'avisa une nouvelle fois, plus sérieusement. L'état misérable de son meilleur ami lui serra le cœur.
— Je suis désolé, Bokuto. Mais au moins tu connais la vérité. Et puis, c'est toujours mieux de le savoir maintenant, imagine que tu aies découvert ça après ton mariage… Là, c'est un peu moins grave…
Il comprit vite son erreur lorsque les yeux de Bokuto retournèrent se perdre dans le vide. Son menton trembla l'espace d'une seconde.
— Il a vu la bague…
C'était vraiment le dernier de leurs soucis. Pourquoi Bokuto n'écoutait-il toujours les choses qu'à moitié ?
— Hé, Bokuto…
— Qu'est-ce que je vais faire ? Comment je vais la récupérer ?
Kuroo passa une main dans ses cheveux presque coiffés, un soupir au bord des lèvres.
— Écoute, je te promets qu'on va la récupérer… Mais d'abord, faut qu'on sorte d'ici, tu comprends ? Donc si un gars de Tsubaki se pointe, j'ai besoin que tu attires son attention, d'accord ? Après on ira récupérer la chimère et ta bague, tu as ma parole.
Cette déclaration parut le calmer un tant soit peu, puisqu'il cessa ses lamentations et lui adressa un bref hochement de tête.
— Mais Bokuto, reprit-il. Réfléchis à ce que je te dis, quand même. Ton Keiji est un menteur qui te laisse pourrir ici. Il te mérite pas, et il mérite pas cette bague non plus.
— J'ai… Laisse-moi un peu de temps…
— Bien sûr.
Kuroo bougea distraitement les pouces pour les préparer aux mouvements rapides qui les attendraient peut-être. La douleur ne l'avait toujours pas quitté, mais elle restait supportable. En partie.
— Qu'est-ce qu'ils vont nous faire ? demanda Bokuto, enfin conscient de la situation.
— Ils vont nous interroger pour savoir pour qui on travaille. Hé, t'inquiète, rajouta-t-il en voyant son visage se décomposer, on va pas se laisser…
Le cœur de Kuroo manqua un battement lorsqu'il entendit le loquet de la porte s'enclencher. Il ramassa ses menottes à toute vitesse, les cacha derrière son dos et se précipita dans un coin de la pièce, à l'extrême opposé de Bokuto. Il eut à peine le temps d'échanger avec lui un regard désemparé ; la lourde porte s'ouvrit en douceur, et plutôt silencieusement.
Mais lorsque Kuroo reconnut le visage inexpressif d'Akaashi Keiji, son appréhension s'envola, laissant place à une envie de provocation difficilement répressible. Passé commun mis à part, ce type avait joué avec les sentiments de son meilleur ami : il ne le laisserait pas le manipuler une nouvelle fois.
Akaashi resta silencieux, mais une infime tristesse voila – peut-être – ses yeux lorsqu'il vit Bokuto. Ce dernier, quant à lui, se releva péniblement ; il ouvrit la bouche pour parler, sans succès : aucun son ne s'échappa de ses lèvres.
Ce fut à ce moment qu'Akaashi se détourna, pour aviser ensuite Kuroo, mais son regard noir ne parvint pas à se débarrasser de la culpabilité qu'il renfermait toujours.
— Pour qui tu travailles ?
L'intéressé ricana.
— Tu peux toujours rêver.
Ses traits se durcirent. Comme le silence commença à s'étirer, Kuroo en profita :
— Tu vas faire quoi ? Me torturer ? Devant lui ?
Il désigna Bokuto d'un mouvement de tête, l'air défiant. Le mercenaire serra la mâchoire.
Du reste, il ne reçut aucune réponse. Akaashi préféra avancer, lentement, vers Bokuto, comme l'on s'approcherait d'un animal blessé. Et blessé, il l'était : de sa posture à ses sourcils tristement froncés, toute son attitude le laissait deviner bien trop facilement.
Peut-être était-ce pour cette raison qu'il hésita, s'arrêta près de lui, et demanda dans un murmure que Kuroo n'était sûrement pas censé entendre :
— Tu vas bien ?
Question stupide. S'il évoquait le coup porté par un de ses collègues, à en juger par ses yeux obstinément fixés sur son ventre, il ne fallait pas être un fin observateur pour comprendre que Bokuto était au bord des larmes.
L'intéressé secoua la tête.
— À ton avis ? répondit Kuroo à sa place. Il vient d'apprendre que tu le manipules tranquille depuis cinq ans, tu penses qu'il se sent comment ?
Akaashi le fusilla du regard.
— Mêle-toi de ce qui te regarde, Kuroo Tetsurō.
L'interpellé grimaça à l'entente de son véritable nom.
— Ah parce que c'est pas vrai ? répliqua-t-il tout de même.
Sa provocation fut ignorée ; le mercenaire préféra sortir quelque chose de sa poche, que Kuroo n'eut pas le temps de reconnaître, avant de prendre Bokuto par le bras.
Par contre, l'arme accrochée à sa ceinture, il la distingua parfaitement.
Mais cette constatation fut de courte durée : lorsqu'il comprit que l'attention d'Akaashi s'était focalisée sur les mains menottées de son meilleur ami, sa confusion réclama toute ses pensées.
— Tu nous fais sortir d'ici ?
Akaashi ne lui accorda qu'un regard courroucé.
— Pas toi.
— T'es sûr de ton coup ? lança-t-il en montrant la petite caméra d'un mouvement de tête.
Cette remarque parut l'agacer. Il accrocha les menottes à sa ceinture et observa Bokuto étirer ses bras et ses poignets.
— Tu sais très bien qu'on n'y a plus accès.
Kenma était toujours aux commandes. Et le mercenaire en avait profité. Surprenant.
Sans plus attendre, Akaashi prit une des mains de Bokuto dans la sienne et le tira vers la porte.
— Viens. Sakusa va arriver d'une minute à l'autre.
Mais Bokuto ne bougea pas. Il lança un regard perdu vers Kuroo, chose qui n'échappa pas à Akaashi.
— Keiji…
Ceci eut le mérite de retenir son attention : il se figea, et sa main manqua de peu la poignée. Kuroo pouvait ressentir toute sa nervosité d'ici.
— Je comprends rien de ce qu'il se passe, se lamenta-t-il d'une voix nouée. Mais il faut que Kuroo sorte d'ici. Il a vraiment besoin de la chimère. Le collectionneur l'a volée, on ne fait rien de mal !
Le visage du mercenaire passa de la confusion à la peine, avant que ses traits ne laissent enfin apercevoir toute sa colère.
— C'est ça qu'il t'a dit ? Pour te convaincre de faire tout ça ?
— Je…
— Bokuto est là de son plein gré, intervint immédiatement Kuroo. Et j'ai pas eu à lui mentir pour le garder, moi.
Akaashi fit volte-face vers lui, lâchant au passage la main de Bokuto. Sa fureur fit reculer Kuroo de quelques pas.
— Et toi, cracha-t-il, tu te prends pour qui d'utiliser ton « meilleur ami » dans tes missions foireuses ? De le faire mentir pendant des jours ? Tu te rends compte ce que tu lui demandes ? Il aurait pu se faire arrêter ou mourir… T'es quel genre d'ami ?
— Moi au moins je ne le laisse pas se faire emprisonner à la merci des tarés pour qui tu travailles.
Akaashi secoua la tête.
— C'est de ta faute s'il est là. J'espère que tu le payes bien cher pour t'accompagner dans tes conneries.
Kuroo ne répondit pas immédiatement. Ça ne lui avait même pas traversé l'esprit.
Malheureusement pour lui, Akaashi le comprit bien avant qu'il ne trouve quoi répliquer.
— Tu… fais ça gratuitement ? demanda-t-il trop calmement à Bokuto.
— Ben…
— Et en plus t'es vénal…
— Arrêtez !
L'intervention de Bokuto les ramena à la réalité ; et c'était tant mieux, car Akaashi semblait sur le point de lui sauter à la gorge. À la place, il porta son attention sur Bokuto et ce qu'il s'apprêtait à déclarer ; il fit l'erreur de lui tourner le dos.
Parfait.
— Keiji, je suis désolé.
— T'as pas à t'excuser, répliqua Kuroo, c'est certainement pas ta faute.
Bokuto secoua la tête. Ce sérieux était si inhabituel qu'il portait en lui une sincérité troublante ; et Akaashi, apparemment, y était lui aussi sensible. Les yeux d'or de son meilleur ami étaient posés sur lui, remplis d'une émotion qui parvint même à toucher Kuroo.
— Je ne sais pas du tout quoi penser, reprit-il comme s'il n'avait pas été interrompu. J'ai aucune idée de ce que tu fais là, je ne sais pas si tu m'aimes vraiment ou si j'ai toujours été un genre de couverture ou… ou n'importe quoi d'autre. Je ne sais ni jusqu'à quel point tu m'as menti ni pourquoi tu fais tout ça… Mais… mais moi aussi je t'ai menti et je suis désolé. J'aurais dû t'en parler…
Kuroo se permit un haussement de sourcils désabusé.
— … je sais. Je voulais pas te faire de la peine. Je sais que ça ne vaut rien, et je sais même pas si tu en as quelque chose à faire, mais… enfin, moi je t'aime toujours. Je t'aimerai toujours, corrigea-t-il.
Bokuto n'avait décidément rien écouté de toutes ses précédentes mises en garde, et c'était assez désespérant. Mais, cette fois-ci, il ne s'en plaindrait pas : ce discours émouvant avait laissé Akaashi sans voix, et suffisamment vulnérable pour que Kuroo agisse.
Il lâcha soudain ses menottes, les laissant s'écraser par terre dans un grand bruit ; l'instant d'après, il se jeta sur Akaashi et s'empara de l'arme à sa ceinture. Le mercenaire eut à peine le temps d'étouffer une exclamation de surprise que Kuroo l'avait déjà plaqué contre lui, un bras contre sa gorge, qu'il resserra lorsqu'Akaashi commença à se débattre.
Mais quand il chercha à se dégager en enfonçant les ongles dans l'avant-bras qui l'étranglait presque, Kuroo braqua le pistolet contre sa tempe, le dissuadant de poursuivre ses efforts.
— Kuroo !
— Arrête de bouger Keiji, murmura-t-il à son oreille.
Celui-ci s'immobilisa rapidement et baissa les bras, non sans une dernière tentative particulièrement douloureuse pour Kuroo.
— Je te hais, répondit-il tout aussi bas.
— Kuroo !
Le cri révolté de Bokuto se réverbéra contre les murs ; le volume sonore fit autant grimacer Kuroo que l'air bouleversé et scandalisé de son meilleur ami. C'était à prévoir : Bokuto lui avait bien fait comprendre son aversion totale pour les armes, et utiliser son aveu sincère comme diversion n'était pas des plus honorable, c'est vrai, mais l'occasion était parfaite.
Cette légère trahison était le prix à payer pour sortir d'ici.
— Qu'est-ce que tu fais, arrête !
— J'ai pas le choix, Bokuto.
Il sentit Akaashi bouger contre lui.
— Tu ne vas pas tirer.
Sa voix était altérée par la pression contre sa gorge. Kuroo plaça sa main sur son épaule pour le laisser respirer : il était toujours dans son emprise, le dos collé contre son torse et un bras l'entourant fermement, mais au moins ne risquait-il pas de suffoquer.
— Tu devrais faire gaffe, un accident est si vite arrivé…
— Arrête, je t'en supplie !
Bokuto restait aussi immobile que s'il était lui-même pris en otage. Il se contentait de fixer l'arme et le mercenaire avec un mélange de terreur et de désespoir, puis ses yeux chargés d'émotions imploraient son meilleur ami, sans succès.
Il était livide, sur le point de s'évanouir.
— Bokuto, lui expliqua-t-il, si je ne fais pas ça, on n'a aucun moyen de sortir d'ici. Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi.
— Lâche-le, répondit-il sans chercher à masquer les larmes dans sa voix. Il peut nous aider sans que tu fasses ça, s'il te plaît, arrête…
Ça, il en doutait fortement. Même le principal concerné préféra garder le silence plutôt que d'appuyer ces propos.
— Vois ça comme ça : si jamais on croise des gens sur notre chemin, on pourra se servir de lui pour passer. Et il ne donnera pas l'impression d'avoir trahi ces ordures.
Akaashi secoua la tête contre son épaule, mais il choisit de l'ignorer.
— Mais si ça tourne mal ?
— Ça ne va pas mal tourner. Écoute, c'est la meilleure solution, insista-t-il devant la mine éplorée de Bokuto. Fais-moi confiance.
Puis il s'adressa, d'une voix plus basse, à Akaashi :
— Tu sais où est la chimère ?
Aucune réponse.
— Je vais prendre ça pour un oui. Allez, on avance. Et Bokuto, quoi qu'il arrive, tu restes toujours derrière moi, t'as compris ?
Il n'obtint pas plus de réponses, mais il le vit brièvement essuyer quelques larmes.
Après un moment, et un profond soupir que Kuroo ressentit presque dans sa propre poitrine, Akaashi s'exécuta et se dirigea vers la porte.
Kuroo déplaça le canon de l'arme pour faciliter leurs mouvements : leur cadence était mise à mal par leur proximité et la volonté certaine du mercenaire à ne faire aucun effort, mais ils parvinrent à atteindre la poignée, qui s'enclencha en silence.
Bokuto finit par les suivre d'un pas traînant, sans un mot.
Il semblait contrarié, mais ce n'était rien que Kuroo ne puisse arranger. Pour le moment, le plus important était de récupérer la chimère et de sortir d'ici.
Il aviserait après.
Akaashi détestait cette soirée. Il détestait tous les choix qui l'avaient mené à cette situation, détestait son inattention, et, par-dessus tout, il détestait cet enfoiré de Kuroo Tetsurō.
Et le fait que Bokuto soit impliqué rendait le tout pire encore.
Sentir le cœur de son ennemi battant contre son dos lui donnait envie de hurler, bien plus que le canon de l'arme contre son crâne.
Il avait manqué de vigilance : s'il s'était mieux débrouillé, il aurait facilement pu faire sortir Bokuto d'ici. Sa disparition soudaine aurait été un problème, vite éclipsé par les aveux obtenus auprès de Kuroo : lui seul détenait toutes les informations, et s'il n'était pas aussi méprisable qu'il en donnait l'impression, il n'aurait pas dénoncé son « meilleur ami » à Tsubaki.
Ensuite, ils auraient pu s'expliquer calmement. Bokuto aurait justifié sa collaboration avec cet énergumène : il avait été manipulé par le discours plein de bons sentiments de Kuroo et n'avait voulu qu'aider ; il se serait platement excusé, et Akaashi l'aurait cru sur parole.
Pour sa part, il aurait trouvé quoi dire… éventuellement. Son mensonge prenait bien plus de place que celui de Bokuto, et il était difficilement excusable. Akaashi aurait expliqué sa vision des choses et imploré son pardon.
Tout serait rentré dans l'ordre.
Malheureusement, rien de tout ça ne s'était produit.
Il se dirigeait, bien malgré lui, vers une parfaite catastrophe à laquelle il n'avait aucune envie de prendre part. Cette stratégie bancale ne fonctionnerait pas : Tsubaki n'avait pas pour habitude de négocier. Et Kuroo Tetsurō était bien des choses, mais il n'avait pas l'âme d'un meurtrier. Il n'était pas armé pour affronter l'expérience et l'entraînement de ses adversaires.
— À gauche ou à droite ? lui demanda Kuroo à l'embranchement du couloir.
— Gauche, répondit-il entre ses dents.
Ils arrivèrent sur une autre galerie, mieux éclairée, où, tout au fond, se trouvait l'accès au rez-de-chaussée.
— On arrive à l'escalier après la porte ?
— Tu vas nous faire tuer, fit Akaashi en tournant légèrement la tête.
Il se moquait bien que Kuroo se fasse descendre. Il l'aurait bien mérité, après toutes les complications qu'il avait engendrées pour récupérer cette maudite chimère ; mais cet égoïste mettait la vie de Bokuto en danger sans se poser davantage de questions, et ça, Akaashi ne le supportait pas.
Il peinait à garder son calme, réfléchissant aux différentes façons de protéger son conjoint sans jamais en trouver de satisfaisantes, ni même de réalisables.
Il était pris au piège, à la merci de Tsubaki et du bon vouloir de Kuroo Tetsurō.
C'était détestable.
— C'est trop demander un peu d'optimisme ?
Malgré l'attitude assurée qu'il tâchait de témoigner, Kuroo était nerveux, et avait toutes les raisons de l'être : si par miracle son plan se déroulait sans accroc, ce serait Akaashi qui lui ferait regretter chaque seconde qu'il avait passée en sa présence.
— S'il arrive quoi que ce soit à…
— T'inquiète pas, le coupa-t-il, je sais. Allez, ouvre la porte.
Kuroo vérifia que Bokuto les suivait toujours, puis ils s'arrêtèrent devant la porte. Derrière, il y avait une grande salle, et l'escalier menant au niveau supérieur.
Et Kuroo avait peut-être une arme, mais il lui faudrait bien plus que ça pour réussir à le garder dans son emprise en gravissant les marches. C'était tout simplement impossible. Akaashi parviendrait facilement à se libérer : il pourrait reprendre son pistolet et contrôler à nouveau la situation.
Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver un plan.
Il pouvait obliger Kuroo à retourner dans la pièce pour se faire interroger. Non, Bokuto ne le permettrait pas, il tenait bien trop à son meilleur ami pour accepter une telle solution, si méritée soit-elle.
Lui dire de se débrouiller, et partir avec Bokuto ? Le compromis semblait correct : Kuroo monterait à l'étage chercher sa chimère et rencontrer une mort certaine, tandis que lui conduirait Bokuto dehors par les jardins. Akaashi réussirait à le convaincre de laisser Kuroo faire ses propres choix stupides, et la diversion offerte les aiderait à quitter les lieux sans effort.
Et enfin, s'il lui opposait une quelconque résistance, Akaashi n'aurait peut-être pas d'autres solutions que d'abattre Kuroo. C'était le pire cas de figure, et Bokuto ne lui pardonnerait jamais, mais entre sa survie et celle de cet égoïste, il n'hésiterait pas.
L'esprit réveillé par ces différentes possibilités d'évasion, Akaashi ouvrit la porte, prêt à agir à la seconde où son pied se poserait sur la première marche.
Il n'eut malheureusement pas le temps de tenter quoi que ce soit.
À peine entré dans la salle, un écho de pas bourdonna dans ses oreilles : le bras de Kuroo se crispa contre lui à mesure que le son se rapprochait. Lorsqu'Akaashi reconnut le visage sérieux de Sakusa, il se figea entièrement.
Et lorsque son supérieur croisa son regard, il s'arrêta presque de respirer.
Sakusa sortit son arme avant même d'avoir descendu les dernières marches. L'emprise contre sa gorge se resserra soudain, et le canon du pistolet retrouva, assez brusquement, le chemin de sa tempe. Il entendit Bokuto murmurer quelque chose, derrière eux ; excepté son ton noué par la peur, il n'en comprit rien.
— Laissez-nous passer, déclara Kuroo avec toute l'assurance qu'il pouvait témoigner.
Sakusa ne répondit pas immédiatement. Les deux mains sur son arme et des promesses de violence dans les yeux, il avança lentement à leur rencontre. Il fixa Akaashi avec un regard sévère, ignorant totalement la requête exigée.
— Qu'est-ce t'as fait, Akaashi ?
Aucune excuse ne le satisferait. Dans le meilleur des cas, Sakusa pensait qu'il avait voulu faire du zèle et se venger de Bastardo avant l'interrogatoire, ce qui était contraire aux ordres et avait visiblement échoué. Dans le pire, il le soupçonnait de coopérer avec les prisonniers : les menottes à sa ceinture ne jouaient pas en sa faveur.
Incapable de savoir quel était le plus préjudiciable entre l'insubordination ou la trahison, si toutefois il y avait une quelconque différence dans l'esprit de son supérieur, Akaashi se contenta de répondre :
— Une erreur.
L'arme de Sakusa était toujours braquée sur lui.
— Je le répéterai pas, poursuivit Kuroo.
— Je t'avais pourtant demandé de retourner t'occuper du poste de contrôle, répliqua Sakusa, imperturbable. T'avais rien à faire ici.
Akaashi se mordit l'intérieur des joues. Il n'y avait rien à dire, il le savait. Son supérieur n'attendait aucune justification malvenue : son ton le défiait de s'y essayer.
— Laissez-nous passer ou je tire !
— Non… fit la voix faible de Bokuto derrière eux.
Sakusa plissa les yeux.
— Je vous laisse une dernière chance de retourner dans votre cellule.
— Sakusa, il ne tirera pas, ne…
Akaashi s'étrangla sur la fin de sa phrase : sa gorge était entièrement compressée par l'avant-bras de Kuroo, le faisant presque suffoquer.
— Bien sûr qu'il ne tirera pas, il ne faudrait pas qu'ils abîment leur bouclier humain.
— Vous voulez parier ?
Le lieutenant de Tsubaki fit un geste avec son arme.
— Vas-y, tire.
— Kuroo, fais pas ça…
Kuroo hésita plus de quelques secondes, prouvant parfaitement les dires de son ennemi : ce n'était pas un meurtrier, et éliminer Akaashi mettrait à mal leur unique moyen de pression.
Après avoir secoué la tête avec beaucoup de condescendance, Sakusa s'avança d'un pas, l'air provocateur.
— Non, attends, je vais t'aider.
Il leva le bras et pointa l'arme droit sur le visage d'Akaashi.
— Quand il ne sera plus là pour t'empêcher de te faire abattre, qu'est-ce que tu vas faire ?
— Vous bluffez, tenta Kuroo.
— Tu penses que Tsubaki fait dans les sentiments ?
La pression contre sa gorge empêchait presque Akaashi de respirer, et cet échange sur son sort n'aidait en rien. Ses pensées défilaient à toute vitesse : Sakusa était capable de tout. Peut-être mentait-il, ou peut-être allait-il l'éliminer sans aucune considération pour leur passé commun. Son regard déterminé ne trahissait aucune hésitation.
Et son doigt posé sur la détente lui fit fermer les yeux.
— Non, arrêtez !
La voix de Bokuto le mit brusquement en alerte : il arriva soudain dans son champ de vision, l'air paniqué, les bras levés en signe de reddition. L'estomac d'Akaashi se tordit en le voyant s'approcher.
— Bokuto, reste derrière !
— Ne tirez pas ! Je suis sûr qu'on peut…
Sakusa n'attendit pas la fin de sa phrase pour changer de cible et faire feu.
La détonation fit basculer Bokuto en arrière.
Le cœur d'Akaashi remonta jusque dans sa gorge. Une décharge le traversa presque aussi brutalement que si le plomb était entré dans sa propre chair alors qu'il regardait, impuissant, son conjoint s'effondrer au sol.
Kuroo, contre lui, retint brusquement sa respiration. Akaashi eut envie de crier, mais la panique le paralysa, laissant à son esprit d'agonisantes secondes pour comprendre que son pire cauchemar venait tout juste de prendre vie.
Sakusa observa le corps étendu par terre, parfaitement inexpressif. Bokuto couvrait l'impact d'une de ses mains, vers le haut de sa poitrine. Ses yeux étaient écarquillés, l'expression de son visage livide perdue entre l'effroi et la douleur.
Le mercenaire consulta Kuroo du regard. Son bras n'avait pas quitté sa position de tir.
— Tu tires toujours pas ? T'en veux encore ?
Kuroo était sous le choc : ses muscles s'étaient entièrement relâchés autour d'Akaashi. Sa main tenant le pistolet commençait à trembler. Il n'était pas préparé pour ça : c'était peut-être un voleur, et un menteur, et une ordure, mais il n'abattrait jamais une personne de sang-froid. Ce n'était pas un meurtrier.
Akaashi, lui, l'était.
Et il n'hésiterait pas.
Il arracha donc l'arme des mains de Kuroo, en priant l'espace d'une seconde qu'il ne presse pas la détente par accident. Il braqua son pistolet sur Sakusa avant qu'un deuxième tir ne crève le silence.
— Baisse ton arme, ordonna-t-il à son supérieur.
Sakusa l'avisa sévèrement.
— Ah. Donc c'était bien une trahison. Qu'est-ce qui te prend, Akaashi ? Je croyais que tu détestais ce type.
L'arme était toujours dirigée vers Bokuto. Akaashi se sentit perdre le peu de sang froid qu'il possédait encore.
— Baisse ton arme !
— C'est lui le souci ? demanda-t-il en désignant sa victime.
L'expression de Bokuto, qui tentait péniblement de se redresser, était déformée par la douleur.
— Ne m'oblige pas à faire ça, Sakusa.
Celui-ci resta parfaitement immobile. Sakusa, son supérieur, la personne qui l'avait accompagné depuis ses débuts dans le monde sans pitié de Tsubaki, un de ses seuls amis, le regardait à présent comme rien de plus qu'un obstacle à leur mission.
Ce qui était vrai.
Mais il n'avait pas le choix. Il devait le comprendre.
— Akaashi, fit le mercenaire avec un sérieux menaçant. Je ne sais pas quel est ton problème, mais tu ne me laisses pas le choix.
Le cœur d'Akaashi se serra. Les larmes lui montèrent aux yeux ; et lorsqu'une nouvelle détonation retentit, il ne parvenait déjà plus à réfléchir correctement.
Suspensssss
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