East City, 4 ans après la rupture d'un interdit, au détour d'une rue…

_ J'en ai marre, marre, marre, MARRE!

Le hurlement fut d'une rare puissance, dispersant au passage une volée de moineaux qui s'envolèrent à tire-d'aile sans demander leur reste. La petite vieille au chignon blanc et cabas rayé qui les nourrissait, assise sur son banc, leva la tête et lança un regard courroucé au jeune homme devant elle. Jeune homme qui s'en foutait comme de sa première transmutation tant il était concentré à déballer sa mauvaise humeur en un long chapelet d'insultes. La dame d'un âge certain fit la moue devant ce langage de charretier et poussa un « humf » désobligeant, suffisamment fort pour qu'il puisse l'entendre.

La réaction ne se fit pas attendre et parce que le blondin si vulgaire n'avait pas peur de s'engueuler avec une vieille femme, il se tourna vers elle, furax. De la fumée s'échappait presque de ses oreilles devenues cramoisies.

_ QUOI! Aboya-t-il le plus aimablement du monde. Ça vous plait pas que je hurle comme ça? T'as quelque chose à y redire la vio…

_GRAND FRERE!

La vénérable femme au chignon eut un sourire satisfait, contente que quelqu'un se donne enfin la peine de faire taire ce petit voyou. Son regard précédemment outré par cet adolescent irrespectueux, autant envers les personnes âgées que la langue Amestrienne, s'agrandit brusquement et elle poussa un hoquet de peur. Immédiatement, la grand-mère serra son cabas contre elle de crainte que l'allumé en armure médiévale de plusieurs centaines de kilos ne vienne le lui voler. N'y avait-il que des délinquants et des drogués dans les rues de cette ville? Que faisait donc la police!

Même si l'amure ne pouvait laisser passer aucune expression sur son visage de métal- visage assez grossier soit dit en passant- sa voix suffisait amplement pour comprendre qu'elle n'approuvait, mais alors pas du tout, l'attitude de son acolyte.

Le petit blond en manteau rouge se tourna vers elle d'un bloc, la vision de cette imposante stature capable d'arrêter un bœuf en pleine course ne semblait pas le rebuter plus que cela.

_ Quoi! Tu vas pas t'y mettre toi aussi! Je commence à en avoir ras le c…

_Grand frère!

La vieille dame se leva un peu en chancelant et fila en trottinant le long du trottoir, pestant dans sa barbe contre les parents irresponsables, incapables de gérer correctement leur progéniture. Jamais de son temps on ne se serait permit une telle chose!

Laissons donc là cette charmante dame aux pigeons et revenons un peu à notre blondinet survolté et son amie l'armure. Armure qui se nommait par ailleurs Alphonse, cadet de la famille Elric, et qui tentait de faire comprendre à son grand frère plus petit que lui, que son attitude était déplorable et lui faisait franchement honte.

Edward Elric, 15 ans, le plus jeune Alchimiste d'Etat qu'avait pu connaitre ce pays, surnommé à fort juste titre le Fullmetal Alchemist, ainé d'une famille détruite et nain à tresse à sang chaud. Qui criait maintenant à tort et à travers des mots incompréhensibles, à propos de cette petite vieille qui l'avait bien cherché; ce bâtard de Colonel à la noix qui le convoquait après lui avoir donné ses congés deux jours plus tôt; Winry Rockwell, leur amie d'enfance et mécanicienne attitrée qui lui avait encore défoncé la tête à coup de clef de douze, ces crétins de pigeons qui se croyaient vraiment tout permis, bref, il pestait contre le monde entier.

Alphonse, calme et sage, choisit d'attendre que son frère en finisse avec ce simulacre de crise de nerfs afin de reprendre leur route, direction le QG de l'Est. Edward finit par s'arrêter de lui-même, la gorge en feu et plus rouge que son manteau, haletant comme s'il avait couru un marathon.

_ C'est bon? S'enquit son jeune frère avec une pointe d'ironie et d'agacement qui n'échappa pas à l'ainé. On peut y aller maintenant?

Parce qu'il n'avait plus la force de dire quoique ce soit, Edward se contenta de lui balancer un regard noir qu'Alphonse ignora superbement. Il prit la valise de son grand frère et ils se dirigèrent lentement vers le bâtiment militaire qui se dressait fièrement à quelques rues d'ici, haute construction blanche et majestueuse. Bien entendu, le QG de l'Est ne payait pas de mine face à celui de la capitale, mais cela ne l'empêchait pas d'abriter de très bons éléments. Dont un qu'Edward aurait voulu à tout prix éviter autant qu'étrangler.

Colonel Roy Mustang, alias le Flame Alchemist.

Bel homme pas loin de la trentaine, cheveux brun et regard de nuit, héro d'une guerre sanglante, coureur de jupons et flémard professionnel, jouissant d'un excellent salaire et d'une notoriété qui l'était tout autant. Il faisait partie de ses hommes que rien arrête, habité qu'il était par une détermination sans faille pour monter le plus possible dans la hiérarchie militaire. Le genre de type capable de recruter pour le compte de l'armée, un môme de 12 ans et d'en faire un chien bien obéissant.

Sale con.

Un sale petit con prétentieux qui se foutait de sa gueule en permanence à propos de sa taille. Oui parce que, notons-le, sans ses semelles compensées et sa mèche blonde, Edward Elric avait, comme qui dirait, quelques soucis de croissance.

Ce que le grand brun ne manquait pas de lui faire remarquer à chacune de leurs entrevues.

Et c'est en pensant aux moqueries que son supérieur allait encore lui sortir que le jeune blond passa les hautes grilles du QG Est.

Habituée à le voir en ces lieux, la secrétaire de l'accueil ne lui demanda aucune pièce d'identité et le salua gentiment d'un signe de main auquel les deux Elric répondirent. Ils croisèrent dans les couloirs quelques militaires qui leur sourirent avant de retourner à leurs postes et les deux frères finirent par arriver bien trop vite au goût du plus vieux, devant le bureau maudit.

_ Et c'est partit, soupira doucement Edward en faisant voler ses mèches devant ses yeux. J'espère au moins que ce crétin à une bonne raison pour nous faire revenir ici.

Le Colonel les avait appelés la veille, ordonnant au Fullmetal de rentrer pour une affaire urgente alors qu'il lui avait donné carte blanche quelques jours plus tôt.

« Quoique tu puisses en penser Fullmetal, ici, c'est moi qui donne les ordres et tu n'as pas à tergiverser.

_ Eh ben c'est bien dommage!

_ Lorsque l'on est un chien de l'armée, on obéit au premier coup de sifflet. Je veux que tu sois là demain à 18h dans mon bureau, est-ce que c'est clair? »

Comme de coutume, Ed avait hurlé, l'avait traité de tous les noms histoire de se défouler, mais c'était bien tout. Quoiqu'il en dise ou en pense justement, il n'avait pas le choix. Et en tant que clébard bien dressé, il devait japper devant son « maitre » chaque fois que celui-ci venait à le solliciter.

C'est donc avec un grand soupir désabusé qu'il pénétra dans l'antichambre où travaillaient ses collègues.

_ Salut la compagnie!

A son entrée, tous relevèrent la tête avant qu'un « clic » sonore ne se fasse entendre. Les militaires replongèrent derechef dans leur paperasse respective.

_ Restez concentrés messieurs, lança une voix un peu dure et sèche depuis un coin de la pièce. Edward et Alphonse, bonjour.

_ Bonjour Lieutenant!

Certes, le ton qu'avaient employé les deux frères était un peu trop enjoué, mais il fallait au moins ça pour ne pas se faire trouer la peau par la jolie blonde qui s'avançait vers eux en rangeant son arme de service. Riza Hawkeye, premier Lieutenant et seule femme de l'équipe, ce qui ne l'empêchait pas de mener ses homologues masculins à la baguette- en particulier le Colonel- leur offrit un grand sourire.

_ A peine partit que vous revenez déjà.

_ Mustang nous a convoqués hier, grimaça Edward, boudeur et mécontent. Ce type est une vraie girouette.

Riza inclina la tête, signe qu'elle comprenait -et subissait aussi, les revirements soudains de son supérieur- et les invita à s'assoir sur la banquette dans un coin du bureau.

_ Le Colonel est en entretien pour le moment, indiqua-t-elle. Il vous recevra dans une demi-heure environ.

Il n'en fallut pas plus pour que le Fullmetal lève les yeux au ciel, irrité. Ce type venait le faire chier en le rappelant au QG à la dernière minute et il n'était même pas foutu d'être à l'heure? Bon sang, le Colonel ne méritait pas son salaire…

Avec un soupir pendant qu'Hawkeye retournait à son bureau, surveillant les autres du coin de l'œil, Edward se tourna vers son frère.

_ A mon avis, ça va prendre plus de temps que prévu, dit-il avec un sourire un peu triste. Tu devrais chercher un hôtel en attendant et rester là-bas.

Alphonse se raidit un peu, de manière inconsciente. Bien qu'Edward ne risquât strictement rien ici, entouré de militaires, l'idée de laisser son frère seul ne l'enchantait pas. Depuis qu'ils étaient jeunes, et plus encore depuis la mort de leur mère, il n'y avait toujours eu que les frères Elric. Et ce, pour n'importe quelle situation, qu'elle soit insignifiante ou dramatique.

Ed perçut sans doute cette inquiétude bien particulière qui étreignait souvent son cadet car il lui tapota le bras, émettant un bruit métallique et creux.

_ Allez vieille branche, c'est pas comme si j'allais lui sauter à la gorge non plus. Je te promets que je ne tenterais rien sur ce bâtard.

Une autre raison aussi pour laquelle Al détestait laisser Ed tout seul. Le blond était certes plus adulte que la plupart des adolescents de son âge mais cela ne l'empêchait pas de faire l'enfant et de se montrer particulièrement stupide et à fleur de peau lorsqu'il voyait le Colonel. Le risque que l'un des deux finisse en steak tartare avant la fin de leur entrevue était foutrement élevé. Hawkeye leva le nez de son papier et lui assura d'une voix forte qu'elle veillerait à ce que ça ne dégénère pas. Avec un sourire un peu crispé et un rire un peu trop bruyant pour être parfaitement rassuré, Ed se tourna de nouveau vers son frère en remerciant le Lieutenant.

_ Je te file le numéro, fit-il en fouillant dans ses poches à la recherche de son carnet d'adresses fort peu rempli où il notait tous ses numéros de codes. J'attendrais ici que tu m'appelle.

_ Très bien mais ne te mets pas en colère surtout.

_ Allons, tu me connais! Grouille maintenant, sinon on n'aura pas une seule chambre de libre et on devra crécher aux dortoirs!

_ A tout à l'heure Grand frère.

Edward agita la main pour répondre à son frère et l'armure sortit de la pièce en grinçant. Son pas lourd se perdit dans les couloirs et le calme revint. Avec un soupir fatigué, Edward se laissa tomber avec autant de classe qu'un paquet de chiffons sur la banquette. Son regard se porta sur la fenêtre, les feuilles des arbres volant sous le vent glacé et violent de cette fin septembre.

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Une heure trente-deux.

C'était le temps qu'il avait attendu avant de pouvoir voir le Colonel. Une heure trente-deux au lieu de la demi-heure promise, il y avait de quoi gueuler. Doublement même, lorsqu'il constata qu'en plus d'être en retard, le Colonel ne s'en excusait même pas. Profondément enfoncé dans son fauteuil, il l'accueillit avec un air un peu chiffonné mais gardant sur le visage ce putain de sourire ironique que le blond haïssait tant. Le militaire lui désigna le fauteuil face à son bureau et Ed y prit place, non sans un regard bien mauvais. Il n'avait plus vraiment le courage de se lancer dans une altercation verbale tellement il était fatigué et il n'aspirait plus désormais qu'à en finir au plus vite. Avec la sale manie de son supérieur à lui chercher tout le temps des poux, c'était pas gagné.

_ Et bien Fullmetal, toujours aussi court sur pattes depuis la dernière fois.

Edward grinça des dents avant de répliquer vertement.

_ La dernière fois, c'était y a deux jours même pas. Alors si vous en veniez au fait que je puisse me tirer d'ici et aller me coucher.

Mustang sourit de nouveau, amusé et moqueur mais pour une fois, il ne poussa pas plus loin et lui jeta un dossier. Ed l'attrapa avant de le parcourir du regard pendant que le brun lui exposait la situation.

Edward ne retint pas grand-chose; des disparitions inexpliquées, un village paumé, du matériel endommagé, bref, encore une mission à la con qui allait lui faire perdre un temps fou dans ses recherches pour la pierre philosophale. À tous les coups ce bâtard en uniforme bouffant l'avait fait exprès, simplement pour lui pourrir la vie. Il en était parfaitement capable après tout, n'importe quel militaire aurait pu convenir pour cette affaire.

_ … Et tu travailleras en partenariat avec Gust, acheva Mustang en rangeant quelques papiers dans un tiroir de façon à lui montrer qu'il avait fini son speech.

Edward tiqua et se redressa un peu, sortant de sa lecture.

_ Pardon?

Mustang lui renvoya un sourire amusé.

_ Tes oreilles sont si petites que tu n'as pas entendu?

_ QUI EST SI PETIT QU'IL TIENDRAIT DANS UN MOUCHOIR DE POCHE?

_ Hum, laisse-moi réfléchir… toi!

La vision du blond vira au rouge et ses oreilles se mirent à fumer dangereusement. Mustang rit intérieurement, histoire de ne pas se faire charcuter par le jeune homme. Jeune homme qui respira à fond pour se calmer et reprit difficilement une couleur un peu plus humaine.

_ Bon, qu'est-ce que c'est que cette histoire de partenaire? Vous voulez me faire bosser avec un autre Alchimiste?

_ Précisément.

_ Alors allez-vous faire foutre Colonel, je bosserais pas avec un poivron qui me ralentira. Trouvez quelqu'un d'autre, moi j'rentre à l'hôtel.

Ed fit mine de se lever, laissant là le dossier que lui avait confié le Colonel, lorsque celui-ci le rappela à l'ordre. Sa voix c'était faite bien moins enjouée et moqueuse qu'elle ne l'était quelques secondes auparavant.

_ Reste ici Fullmetal, c'est un ordre et tu n'as pas à passer outre.

_ Non mais attendez… s'énerva le jeune blond en se tournant vers lui vivement, sur les nerfs. Mustang le fit taire d'un signe de main impérieux et le gosse obéit, mouché. D'ordinaire il ne se laissait pas faire aussi facilement mais quelque chose dans l'expression du Colonel le forçait à écouter. Un mélange de dureté et de froideur, ce genre de regard qu'on n'aimerait pas croiser tous les jours. Ne pas croiser du tout d'ailleurs. Ed sentit un désagréable frisson remonter le long de son dos.

_ Tu n'as pas ton mot à dire sur cet ordre de mission Fullmetal, commença le plus vieux, sa voix grave à l'image de son regard, glacée. Figures toi que le militaire qui vient de me quitter fait partie des hauts gradés de ce bâtiment.

Edward fut très tenté de répondre un cinglant mais ô combien jouissif: et alors?

_ Et ce même homme c'est étonné des frais impressionnants que je demandais au Haut Commandement afin de réparer tes boulettes monstrueuses. Ne nie pas, coupa le brun alors qu'Ed ouvrait la bouche pour protester. Ok, il était peut-être un peu brutal parfois mais ce n'était pas de sa faute!

_ J'ai toujours été pointé du doigt, et pas souvent en bien, parce que je t'avais recruté Fullmetal.

'Fallait y réfléchir avant ça ! Et en quoi ça me concerne, sa réputation ?'

_ Nombreux ont été ceux qui se sont souvent demandés pourquoi je m'encombrais d'un subordonné aussi instable que toi.

Aaah, c'était tout bon, Edward comprenait maintenant, et ce n'était pas pour lui plaire. Mustang se pencha un peu en avant pour le fixer droit dans les yeux. Un silence de plomb était tombé sur le bureau, gênant à souhait.

_ Au moindre faux pas de ta part, j'ai les hauts gradés qui me tomberont sur le poil et t'attendront au tournant et il me semble que tu as encore besoin de l'armée. Aussi tu n'as pas à discuter, tu travailleras avec l'Alchimiste Gust qui saura te tenir si nécessaire.

Il accompagna ses paroles d'un coup d'œil équivoque vers son bras droit, qu'Edward serra automatiquement contre lui, le visage fermé. Il était vrai qu'il avait causé pas mal de dégâts matériels ces derniers temps, mais il ne pensait pas être aussi près du gouffre que ça. Cet espèce de bâtard avait raison.

_ Des questions Fullmetal? Interrogea Mustang, un discret sourire satisfait aux lèvres.

Pour tout avouer, il avait un peu abusé, la situation n'était pas si dramatique que ça et si le Général Hakuro était passé le voir, c'était surtout pour réclamer des dossiers en retard une fois de plus. Evidemment, il lui avait parlé d'Edward, lui glissant au passage qu'il ne semblait pas avoir tant de contrôle que ça sur ses hommes. Et Mustang étant Mustang, le coup à son égo avait été lourd à digérer. Alors s'il pouvait obtenir un peu plus de sérieux et de maturité de la part de son plus jeune subordonné en accentuant outrageusement les lignes, il n'allait pas se priver. Qui a dit que Roy Mustang était une personne honnête?

Le blond hocha la tête sans rien dire et Mustang se laissa de nouveau aller en arrière dans son siège.

_ Alors ramasse ton dossier, lit le et reviens me voir demain. Tu partiras avec Gust dans la matinée.

_ Très bien, grinça Ed à contre cœur en attrapant la chemise cartonnée. Il n'avait même pas envie de demander qui était cet Alchimiste tant il était en colère contre Mustang qui ne lui laissait aucune issue, comme d'habitude. Sans même le saluer, il tourna les talons et se dirigea vers la porte.

_ Ah au fait! S'exclama le militaire en lui faisant signe de revenir. Il fouilla un moment dans ses tiroirs pour en tirer une autre chemise en carton d'une couleur grise. Il l'agita à l'adresse d'Edward qui grogna de frustration. Allons bon, qu'est-ce que c'était maintenant? Il revint lentement vers le bureau.

_ Tiens, Mustang lui fourra les documents dans les mains. Apporte ça chez moi je te prie, je ne pense pas que je rentrerais ce soir.

Edward manqua s'étouffer devant tant de culot. Mais il le prenait pour quoi ce connard? Son serviteur attitré? Il était peut-être un chien de l'armée mais il y avait des limites tout de même!

_ Non mais attendez une minute! Je suis pas votre larbin, j'ai pas à vous rendre service salaud!

_ Considère que cela fait partie de ta mission. Voici mon adresse.

_ NON MAIS VOUS VOUS PRENEZ POUR QUI? SI VOUS CROYEZ QUE JE VAIS M'ABAISSER A CA VOUS VOUS FOUREZ LE DOIGT DANS L'ŒIL JUSQU'AU COUDE!

₪.₪.₪

...

Bordel.

Il se demandait encore comment il avait pu se faire pigeonner à ce point-là.

' Ah oui, ce connard et ses menaces à la con.'

Edward soupira et shoota rageusement dans un caillou, qui partit heurter le lampadaire le plus proche. Les mains profondément enfoncées dans ses poches, il fulminait gentiment dans sa tête, ressassant des injures contre son supérieur. Comment ce bâtard osait-il le traiter comme un vulgaire serviteur! Edward jeta un méchant coup d'œil à la pochette sous son bras, de son affreuse couleur grisâtre. Qu'est-ce que c'était que ce dossier encore? Hein? Et pourquoi chez lui? Y aurait-il seulement quelqu'un là-bas? Groumphant dans sa barbe inexistante, le blondinet avançait rapidement le long des trottoirs en peu glissants, l'humidité dans l'air annonçant une belle averse pour la nuit.

Arrivé au coin de la rue, il fouilla un moment dans ses poches avant d'en tirer le papier que lui avait donné Mustang, levant le nez pour repérer l'endroit, plissant les yeux pour espérer voir les panneaux indicatifs sur les murs des immeubles alentour.

' Trop petit pour lire les plaques Fullmetal?'

Edward grinça des dents. Même dans sa tête, ce bâtard venait se foutre de lui avec cette voix cynique et moqueuse. Fait chier.

Après une dizaine de minutes, le blond arriva à destination, une petite rue déserte (vu l'heure et le temps, ce n'était pas étonnant) et propre, où s'agençaient immeubles de quelques étages et petits pavillons simples coincés entre eux.

_ Alors, marmonna le jeune, le nez baissé sur son morceau de papier. C'est pas vrai mais il écrit avec ses pieds ou quoi? C'est quoi ce chiffre-là!

Finalement, à force de regarder toutes les boites à lettres de la rue, Edward finit par trouver la demeure qu'il cherchait; une maison un peu vieillotte pourvue d'un ridicule jardin sur le devant, d'à peine deux mètres de large, coincée entre deux immeubles. De la lumière filtrait des fenêtres du rez-de-chaussée à travers les rideaux tirés, preuve qu'il y avait bien quelqu'un chez Mustang.

Edward s'avança rapidement et frappa sèchement à la porte. Mine de rien, il commençait à faire froid, la nuit était tombée depuis un moment, il avait faim, sommeil et ses automails le faisaient un peu souffrir compte tenu de la météo. Bref, il n'avait plus qu'une envie; remettre les documents à la mystérieuse personne qui se trouvait là et se barrer vite fait. Et penser à mettre son poing dans la gueule de Mustang aussi, mais ça, ça pouvait attendre demain.

Tapant nerveusement du pied sur le sol, mécontent, Ed frappa de nouveau sur le battant dans l'espoir que l'autre se magnerait le train et vienne lui ouvrir. Il entendit une série de bruits étranges venant de l'autre côté de la porte, mélange de grognements et pas précipités, avant que celle-ci ne pivote brusquement, le faisant sursauter.

Une adolescente brune apparut sur le seuil, pieds nus et vêtue d'un short et d'un t-shirt grisâtre trop grand pour elle. Le blond manqua de s'étrangler de stupeur et d'horreur mêlées.

'Bordel mais… mais quel pervers! Elle est à peine plus vieille que moi!'

La jeune femme scruta la rue, la lumière dans son dos empêchant Edward de la distinguer correctement, et elle fronça dangereusement les sourcils, comme si elle cherchait quelque chose.

L'Alchimiste sentit un désagréable frisson remonter le long de sa colonne vertébrale en même temps qu'une drôle d'impression.

'Nan… elle va pas oser… Elle va pas oser faire ça…'

Avec un reniflement sec et irrité, la jeune fille referma brusquement la porte, le laissant comme un con sur le perron, les bras ballants et la bouche ouverte.

' Elle l'a fait.'

Écumant, rageant, se sentant profondément humilié et passablement furieux, Edward donna cette fois ci un violent coup de poing sur la porte. Porte qui s'ouvrit de nouveau à la volée, toujours avec la même ado brune si peu vêtue qui arborait maintenant un air profondément agacé.

_C'est pas bientôt fini oui ? SI vous n'avez rien de mieux à faire vous…oh!

Elle baissa soudain les yeux sur la crevette à poils blonds qui virait au rouge brique et trépignait sur place, se retenant de lui coller un pain dans la tronche. Non mais pour qu'il est-ce qu'elle se prenait cette sale…!

_ Je peux savoir ce que tu fais là petit?

Edward suffoqua d'indignation et gonfla ses joues pour la gueulante du siècle. Il ne la connaissait pas, et alors? Elle avait osé ne pas le voir alors qu'il était tout à fait capable d'atteindre la sonnette sans se mettre sur la pointe des pieds et elle le traitait de « petit »? Qu'elle soit une connaissance, conquête ou il ne savait quoi, en rapport avec son supérieur, il s'en foutait éperdument. Personne n'avait le droit de dire qu'il était si petit qu'on pourrait le ligoter avec un bout de fil dentaire!

La jeune femme le regarda passer par toutes les couleurs, septique et peut être vaguement inquiète, puis elle remarqua la pochette cartonnée sous le bras du garçon.

_ Ah, c'est Roy qui t'envoie, comprit-elle en attrapant les papiers d'un geste vif. Merci.

Elle ouvrit le dossier et se mit à lire en l'ignorant superbement. Sans rien ajouter, pas même un au revoir, elle ferma la porte, le coupant net dans son élan et l'empêchant ainsi de l'accabler de mille et une injures colorées.

Edward resta là comme un imbécile, encore sous le choc, estomaqué par tant d'indélicatesse. Le blond balança un instant entre l'envie de rentrer chez son supérieur et hurler à la fille ce qu'il pensait vraiment de son comportement, et celle d'oublier tout ça, ou du moins de faire comme si, et de rentrer à l'hôtel.

Finalement, sachant qu'il ne la reverrait certainement plus jamais et parce qu'il commençait sérieusement à se les cailler, il tourna les talons et s'éloigna, non sans préparer sa tirade de demain à l'égard du Colonel et de son invitée sans scrupules.


Coucou à vous! Eh oui, je fais mes bonjours en fin de fic moi, c'est nouveau!^^

Alors voila, je remercie les lecteurs (égarés ou non) pour leur lecture (j'attends d'ailleurs un petit quelque chose à ce propos là, moi... le bouton du bas s'il vous plait!). Un premier chapitre peut être un peu longuet, je suis navée mais cette histoire va mettre plusieurs chapitres pour être parfaitement en place, aussi, va falloir être patient!^^

Matsuyama; je te remercie pour ta review. Eh oui, court le prologue, mais c'est fait pour! La guerre d'Ishbal? Peut être, ou peut être pas, tu verras en temps voulu!^^ Encore merci et une bonne continuation à tous!

Naé.