Ah? Un chapitre un peu plus long, ça change. J'en avais quelques uns d'avance mais là...il va falloir que je mette un coup de colier si je ne veux pas stagner pendant des mois. Mais vous en avez rien à carrer pas vrai? ^^ Alors, tout de suite, le chapitre. Et encore merci à Meldy. Tu verras bien si Helena résiste au charme naturel d'Alphonse!^^
Bonne lecture.
Un poisson hors de son bocal, c'était parfait pour résumer la tête que tirait Ed tout en fixant Helena, assise en face de lui, qui venait de balancer des inepties sans même s'en rendre compte.
_ Je suis désolée Alphonse mais tu vas devoir rester ici.
Si c'étaient pas de belles conneries ça, il voulait bien savoir que c'était. Si depuis le début (pourtant relativement proche) de cette mission qui s'annonçait bien chiante, Edward avait du mal à encadrer Helena Lewin correctement et à définir clairement pourquoi il ne la sentait pas maintenant c'était parfaitement limpide : il la haïssait cordialement.
Comme le prouva sa réaction violente et enflammée. Le Fullmetal se leva d'un bond, le regard plus mauvais que jamais et les traits tordus dans une grimace à mi-chemin entre le dégoût le plus profond et la colère la plus féroce. Ses deux mains se plaquèrent violement sur la table, faisant trembler le bois et il planta ses yeux dans ceux d'Helena qui soutient son regard sans sourciller.
_ C'est hors de question.
La voix du jeune homme n'avait pas vacillé, n'avait pas changé d'un iota et était restée neutre, égale. Ce qui était bien plus effrayant et dérangeant que s'il avait hurlé son mécontentement à la face de sa collègue. Alphonse se raidit instinctivement. Il n'avait encore jamais vu son frère ainsi. D'ordinaire, lorsque ce dernier s'énervait et pétait royalement un câble, il y avait toujours de la casse, des cris, des injures, un déploiement de puissance proprement ahurissant.
Qu'il reste maître de lui-même, si distant et froid, cela n'annonçait rien bon. Du tout. N'importe qui d'à peu près normalement constitué aurait battu en retraite. Il s'avérât qu'Helena ne faisait pas partie de ceux-là.
Gust se contenta de le fixer, sans rien dire, heurtant par ce simple contact visuel, sa volonté à celle du Fullmetal. Elle commençait à en avoir plus qu'assez de son comportement d'ado en pleine crise. Qu'il ne puisse pas la voir, elle pouvait s'en arranger, mais qu'il conteste ses ordres, il était hors de question qu'elle laisse passer. Le gamin lui cherchait des noises depuis qu'ils s'étaient rencontrés, très bien, libre à lui. Sauf qu'elle aussi, elle savait mordre.
_ Alphonse est un civil, il ne fait pas partie des Alchimiste d'Etat. J'ai cru comprendre que tu effectuais chacune de tes missions avec lui et je n'approuve que moyennement. Il s'agissait cependant de tes missions, je n'ai pas mon mot à dire là-dessus. Aujourd'hui, tu es sous mes ordres Fullmetal et Alphonse reste ici.
_ J'ai dit hors de question.
Helena l'aurait baffé. Elle n'était pas portée sur la violence, pas quand cela n'était pas nécessaire en tout cas, mais le jeune blond mettait à mal ses défenses et son self-control. Depuis des années qu'elle était Alchimiste d'Etat, elle pouvait se vanter d'être très patiente, aussi bien envers les criminels qu'il lui arrivait d'interpeller, qu'envers sa hiérarchie –père compris –qu'il l'envoyait toujours dans des trous paumés, la traitait parfois comme une moins que rien pour le simple et injuste prétexte qu'elle était une femme et de couleur en plus. Sales abrutis de militaires.
En d'autres circonstances, le Fullmetal n'aurait sans doute pas risqué grand-chose à lui tenir tête et à la provoquer –elle savait se contrôler tout de même –mais aujourd'hui était différent. Elle était fatiguée, elle avait mal suite à la pose de son bras et Ed ne lui facilitait pas la tâche depuis le début. Non, là franchement, il commençait sérieusement à lui taper sur le système.
La grande brune se leva à son tour, avec une lenteur exaspérante et Edward eut la désagréable surprise de constater qu'elle était nettement plus grande que lui. Ce qui eut le don de le mettre plus en rogne encore.
La supporter durant tout le temps que durerait cette mission, il pouvait le faire. Obéir à ses ordres, il aurait rechigné pour la forme mais il se serait exécuté –pas égoïste non plus –mais être séparé de son frère cadet sous prétexte qu'il était un civil et qu'il n'avait rien à faire ici, ça c'était au-dessus de ses forces.
_ Tu n'as pas le choix Fullmetal. Que tu le veuilles ou non, je suis ta supérieure et tu dois m'obéir. Si je dis qu'Alphonse reste, il restera.
_ Et de quel droit devrais-je t'écouter en tout point ? Brava Ed, toujours aussi furieux. Il ne laisserait pas son frère derrière, c'était un fait. Elle ne voulait pas qu'il les accompagne ? Parfait ! Elle n'avait qu'à partir seule, il ne bougerait pas d'ici sans Al.
Les doigts d'Helena la démangeaient de plus en plus et elle hésitait encore entre rester calme, lui foutre une droite ou bien simplement engager une transmutation. Bien que son Alchimie ne soit guère recommandée en intérieur.
_ Parce que je suis plus vieille que toi et que le Colonel m'a confié cette mission.
_ J'en ai rien à foutre des ordres de ce salaud ! Et je me fiche de savoir si tu es Alchimiste depuis 4 ou 5 ans, je n'ai pas à t'obéir !
Helena éclata d'un rire sans joie.
_ Tu crois ça ? Cracha-t-elle, à deux doigts du mépris. Tu veux que le Colonel t'envoie en cour martiale pour insubordination Fullmetal ? Parce que figures toi que mon ancienneté me donne le droit de te retirer tes privilèges grâce à un simple témoignage à ma hiérarchie ! Et crois-moi, ils accorderont d'avantage de crédit à une Alchimiste d'Etat de 6 ans que de 3 et demi !
En temps normal, Ed aurait ouvert la bouche pour manifester sa stupeur. Outre la menace, c'était essentiellement l'âge qu'elle lui avait donné qu'il le laissait sur le cul. 6 ans ? Cela voulait dire qu'elle était entrée dans le corps des Alchimistes d'Etat à l'âge de 14 ? Et lui qui croyait être un génie…
Helena se tenait toujours face à lui, légèrement tremblante et clairement remontée. Il savait qu'elle avait raison et qu'un simple rapport sur son cas suffirait à le faire plonger. La logique aurait voulu qu'il se calme et se rassoit pour réfléchir posément, tenter de négocier et trouver un arrangement et le cas échéant, s'incliner sans faire de vague. Il avait encore besoin de l'armée pour permettre à son frère de retrouver son corps, il ne pouvait pas se permettre de faire un faux pas. Pas maintenant. Mais voilà, on est un Elric ou on ne l'est pas. Alors même en n'ayant pas le moindre argument plausible à lui opposer, Edward se contenta de serrer les poings et les dents, la défiant du regard. Il n'avait pas l'intention de céder. Pas devant elle en tout cas.
_ Je me contrefiche de tes menaces. Je n'abandonnerais pas Alphonse ici, c'est tout.
La grosse armure voulut intervenir pour lui faire entendre raison, sentant que Gust n'allait pas se montrer plus indulgente envers eux sous prétexte qu'ils étaient jeunes et blablabla. Mais la jeune femme le prit de court et il n'eut pas le temps de prévenir son frère.
_ Tu n'as pas à décider de cela ! Merde !
Helena avait frappé un grand coup sur la table, le visage jusque-là relativement calme, se brisant sous la colère. Il n'y avait d'ailleurs pas que ça que le jeune blond commençait à lui briser. Son geste fit gémir Den, qui se réfugia sous la chaise de Pinako en tremblant et sursauter les trois autres, restés totalement silencieux.
Les deux Alchimistes se toisèrent comme deux prédateurs, furieux, cherchant à faire plier l'autre sans chuter avant lui. Les Rockbell et Alphonse se tenaient cois, hors de ce conflit sans savoir comment l'enrayer et sans en avoir réellement envie. Non pas que le spectacle des deux autres soit particulièrement amusant, seulement, se ramasser les balles perdues n'avait rien de bien réjouissant non plus.
Ce fut Helena qui flancha la première. Elle inspira un grand coup, et ferma brièvement les yeux. Pendant une fraction de seconde, un éclair de douleur traversa ses traits puis s'évanouit sans qu'aucun ne le remarque, dissimulé derrière l'énervement. Edward l'observa se rassoir un peu lourdement et se pincer l'arête du nez, légèrement soupçonneux. Déclarait-elle forfait ? Si rapidement ? C'était louche, depuis quand les Mustang abandonnaient-ils en quelques secondes seulement ? Surtout lorsqu'elle avait l'avantage. Edward était en tort et il le savait, rien n'empêchait la brune de le trainer devant le Colonel pour refus de se plier aux ordres, ce qui s'apparentait à une mutinerie en bonne et due forme, et lui faire retirer sa licence en deux temps, trois mouvements. Sur ce coup-là, il savait qu'il était un idiot de s'opposer à Gust mais c'était ainsi. Il redoutait de laisser son frère seul et toutes les menaces du monde n'y changeraient rien. Il ne partirait pas sans lui.
Edward resta debout, la fixant durement comme pour la défier de se redresser et de l'invectiver encore une fois. Qu'elle se le tenait pour dit il ne partirait pas sans son frère.
Helena ouvrit les yeux et les braqua sur la grosse armure qui se tenait dans son coin, silencieuse, ne sachant plus que faire, ni dire de peur d'envenimer la situation. Il ne comprenait pas la réaction de son frère. Vouloir être en opposition avec Helena, il pouvait le comprendre, Ed détestait être dirigé. Mais risquer sa place au sein de l'armée pour une chose aussi futile que celle-ci. Ils avaient trop besoin des privilèges des Alchimistes pour les perdre maintenant. Et il ne risquait rien, à rester chez leurs amies. Ed agissait de manière si irrationnelle parfois.
_ Qu'en pense le principal intéressé ?
Alphonse sursauta, stupéfait, après la scène qu'elle venait de leur donner, qu'elle lui demande son avis. Elle devait pourtant le savoir, qu'il irait dans le sens d'Edward. C'était presque inné chez les Elric. Al crissa en s'avançant, visiblement embêté. Il n'aimait pas « désobéir » aux ordres et entrer en conflit avec les personnes qui l'entouraient. Sa nature, douce et aimable, bien loin de l'impulsivité d'Edward, l'empêchait de contrarier autrui. Même s'il devait le regretter par la suite. Il hésitait encore à dire qu'il ne voulait pas qu'Edward parte sans lui, ayant peur de le pénaliser mais le regard insistant que lui lançait Helena eut raison de lui.
Depuis qu'ils étaient enfants, rien n'avait pu les séparer, que ce soit le départ de leur père, la mort de leur mère et tout ce qu'ils avaient vécu depuis lors. Partout où allait Ed, l'ombre gigantesque d'une armure médiévale le suivait aussi. L'un sans l'autre ne s'était jamais vu et ce n'était pas maintenant que cela allait commencer. Surtout qu'Edward avait une nette tendance à faire davantage de bourdes lorsque son cadet n'était pas dans le coin. Et Alphonse n'était pas certain de récupérer son frère et Helena en bon état si jamais ils ne partaient que tout les deux.
Il prit une inspiration –au sens figuré –et baissa sa large tête vers Helena qui le regardait sans rien dire, ne cherchant même pas à l'influencer par un regard menaçant, ce dont Edward, lui, ne se privait pas. Le jeune blond cachait parfaitement son appréhension. Il connaissait suffisamment Alphonse pour savoir que celui-ci préférerait rester en arrière pour ne pas lui attirer d'ennuis.
Seulement, laisser Alphonse seul, cela relevait de la trahison pour Edward. Si son doux et gentil petit frère s'était retrouvé dans ce corps sans vie, c'était uniquement de sa faute et il se devait de la réparer. Il connaissait la solitude d'Alphonse et ne pouvait se résoudre à l'abandonner. L'angoisse de se retrouver seul lui tirailler l'estomac. Son frère était une partie de lui-même qu'il ne pouvait laisser derrière lui.
Bien entendu, Al serait parfaitement en sécurité chez les Rockbell et Ed avait la certitude qu'il serait bien traité, soigné, chouchouté et autre. Seulement, ni Pinako ni Winry ne comprenaient réellement l'état d'esprit dans lequel se trouvait en permanence le jeune Elric.
Pour l'avoir plusieurs fois surpris recroquevillé dans un coin, Edward savait parfaitement que son petit frère remuait le passé et ses sombres idées en attendant que le jour se lève. Le seul moyen qu'avait trouvé Ed pour le détourner de ses pensées noires, s'était de rester à ses côtés en permanence, pour lui assurer son soutien sans faille, son amour inconditionnel et réitérer sa promesse. Alors non, il ne pouvait laisser son jeune frère tout seul à se morfondre. C'était au-delà de ses propres forces. Al avait besoin de lui quelques soient les circonstances et il en allait de même pour l'ainé.
_ Je reste avec mon frère, décida le plus jeune avec douceur mais fermeté afin de montrer à la brune sa détermination à faire partie du voyage.
Helena le sonda une brève demi-seconde, cherchant la faille tout en sachant qu'elle n'en trouverait pas. Ces deux-là étaient inséparables, elle le voyait bien et Roy l'avait d'ailleurs prévenu à ce sujet. Elle avait juste voulu essayer, voir s'il fallait vraiment qu'elle emmène aussi le plus jeune. Tout dans l'attitude de l'ainé Elric montrait qu'il n'en démordrait pas, de même pour le cadet.
Helena savait depuis longtemps reconnaitre quand une bataille était perdue d'avance et c'était malheureusement le cas de celle-ci.
La situation l'agaçait autant qu'elle l'angoissait. Ce n'était pas pour pénaliser Edward ou Alphonse qu'elle avait émis le vœu que le plus jeune reste ici et malgré ses dires, elle n'aurait jamais mis Ed dans une situation déplaisante vis-à-vis de leurs supérieurs. Du peu qu'elle connaissait de leur histoire –Roy avait voulu lui donner des détails mais elle avait refusé les Elric avaient leurs secrets, s'étaient à eux de décider s'ils voulaient les lui confier ou non –elle savait qu'ils avaient extrêmement souffert, l'un comme l'autre. Et l'armée était le seul moyen qu'ils avaient trouvé pour se tirer de ce guêpier. Si c'était à ce jour leur seul espoir, elle ne pouvait pas décemment le leur retirer.
Seulement, emmener le plus jeune dans leur mission ne la rassurait pas le moins du monde. Sans doute était-il capable de se protéger (s'il suivait le Fullmetal dans chacune de ses interventions, c'était sûrement le cas) mais un accident était si vite arrivé. Vu le lien que les deux Elric entretenaient et dont elle n'avait aperçu qu'une infime partie, elle ne savait pas comment réagirait Ed s'il venait à arriver quelque chose à son cadet.
Elle préféra ne pas y songer et secoua la tête, soudain lasse et résignée. Une douleur lancinante vrillait son crâne et sa poitrine, les enfermant tout deux dans un étau désagréable. Elle n'avait plus envie de lutter soudain, sachant qu'elle n'obtiendrait qu'un refus si elle tentait encore une fois de faire changer le Fullmetal d'avis. Le braquer ne servirait à rien de plus qu'à le voir repartir pour East City et elle ne pouvait se le permettre. Que n'aurait-elle pas donné en ce moment pour simplement se retrouver au calme et se reposer un minimum.
_ Très bien. Sa voix n'était qu'un murmure un peu rauque et fatigué. Faites vos affaires, nous partons dans une heure.
Sans rien ajouter de plus, elle repoussa son assiette, se leva et quitta la pièce d'un pas trainant. La porte d'entrée claqua puis le silence reprit ses droits comme si rien de tout ceci n'avait vraiment eu lieu. La tempête était passée.
Les Elric se jetèrent un regard avant de remarquer que les deux femmes les fixaient, roulant des yeux en essayant d'obtenir les réponses à leurs questions muettes. Ed finit lui aussi par se lever en déclarant qu'il devait s'y mettre maintenant s'ils voulaient être prêts à temps. Alphonse s'empressa de le suivre et Winry se joignit à eux pour leur fournir des recommandations de dernière minute concernant son travail et ses honoraires.
Tandis que le Fullmetal mettait ses vêtements soigneusement pliés dans sa valise, il se demanda pourquoi Gust avait si vite battu en retraite. Il haussa les épaules, trop heureux qu'Al les accompagne, repoussa une Winry excitée qui lui arrachait à moitié le bras en voulant l'examiner encore une fois et retourna à sa tâche, laissant à son frère le choix crucial des bouquins à emporter.
Le jeune Alphonse ne put s'empêcher de le sermonner pour son attitude envers Gust et du fait qu'il était vraiment inconscient de se confronter à elle de cette manière. Les deux frères se chamaillèrent un peu, l'un et l'autre nettement soulagés par la tournure que prenaient les évènements et bientôt, la chambre raisonna des rires des adolescents.
Pas un n'entendit les expectorations douloureuses qui s'élevaient depuis la terrasse et passaient par la fenêtre entrouverte.
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_ Vous faites bien attention à vous hein ? Redemanda une fois de plus la jeune Rockbell en les voyant prêts à partir. Et vous pensez à téléphoner une fois rentrés. C'est clair ?
Alphonse hocha sagement la tête, peu enclin à se recevoir lui aussi un coup de clé anglaise comme c'était souvent le cas avec Ed.
La blonde sourit tandis que ledit Ed soupirait pour montrer clairement son agacement. Winry n'était pas si prévoyante envers eux d'habitude, mais davantage avec ses méta-greffes. Quelque chose la tracassait un peu et il soupçonnait que cela avait un rapport avec Helena. Cette godiche, même silencieuse, trouvait le moyen de leur pourrir la vie.
La grande brune se tenait un peu à l'écart du groupe, les laissant faire leurs adieux à leurs aises, ne voulant pas s'immiscer ainsi. Gust estimait qu'elle s'était suffisamment faite remarquée pour la journée. Un petit vent frisquet soufflait doucement sur la maison et ses alentours, s'engouffrant désagréablement dans son grand manteau brun qui claquait un peu. Un frisson la secoua sans qu'elle n'y prête grande attention, habituée, puis elle consulta sa vieille montre à gousset, glissée dans une de ses poches intérieures. Contrairement à Ed ou bien à Roy, Helena n'était pas très soigneuse avec l'objet dont le fer s'était rayé au fil des ans. La chaine avait été raccourcie de plusieurs maillons, le dessus était sale et cabossé, la vitre, couverte d'éraflures.
Gust se fichait de l'état de sa montre, ce n'était pour elle qu'une babiole sans intérêt qu'elle ne sortait que dans les situations les plus extrêmes. Rares étaient ceux qui portaient les Alchimistes d'Etat dans leur cœur et bien souvent, le simple fait de montrer sa montre, symbole de sa condition au sein de l'armée, suffisait à s'accorder toute l'animosité des personnes alentours.
Helena le savait, elle en avait souvent fait les frais.
Depuis, la montre ne lui servait plus que pour lire l'heure, et encore, et restait le plus souvent au fin fond de ses poches, oubliée et inoffensive. La jeune femme se racla doucement la gorge pour attirer l'attention des garçons qui se tournèrent vers elle. La brune eut le droit à un coup d'œil méchant de la part de l'ainé Elric qui lui tourna ostensiblement le dos pour saluer longuement la grand-mère qui n'en revenait pas.
D'ordinaire, Ed faisait tout pour écourter ces scénettes familiales et repartait le plus rapidement possible. Il était clair qu'il voulait faire suer sa collègue qui se garda bien de répondre à la provocation ouvertement lancée. Avec un soupir, Helena croisa les bras et balança, mine de rien :
_ Si on rate le train Fullmetal, tu te débrouilleras pour expliquer notre retard au Colonel et pour nous trouver un autre moyen de transport. Même si c'est une charrette à bras. Que tu tireras, bien entendu.
Le blond grimaça en la maudissant mentalement mais l'argument fit mouche. Du peu qu'il en avait vu, Gust était bien capable de mettre ses menaces à exécution et il n'avait aucune envie de s'expliquer avec Mustang à propos de ce genre de détails. Et mine de rien, il avait toujours en tête les avertissements muets qu'elle lui avait donné concernant son frère. Il préférait faire profil bas pour le moment, elle avait encore le temps de changer d'avis à ce sujet.
_ Cafteuse, marmonna-t-il entre ses dents serrées, se détournant brutalement. A bientôt grand-mère.
_ Bonne route les enfants.
_ N'hésitez pas à repasser pour une autre révision Mlle Lewin ! Ajouta Winry avec bonne humeur en agitant la main à l'adresse du trio qui s'éloignait déjà. Si vous restez plus longtemps, je pourrais vous faire essayer d'autres modèles !
Helena sourit et se tourna vers la jeune fille, la saluant gentiment.
_ Je n'y manquerais pas Mlle Rockbell. Merci à vous deux.
Les deux Rockbell les regardèrent disparaître au bout du sentier et Den renifla tristement de l'absence de sa nouvelle amie. Winry se tourna vers sa grand-mère, le sourire aux lèvres, cependant qu'elles revenaient à l'intérieur pour ranger un peu la maison. Quand les Elric passaient par ici, on avait souvent l'impression qu'une tornade miniature les avait suivis.
_ C'était une bonne journée, apprécia la jeune fille avec une moue entendue et satisfaite. Pinako lui jeta un regard surpris.
_ En quoi donc ? La venue des garçons ? C'est vrai que ça fait toujours plaisir de les voir.
_ Oui, y a de ça. Mais moi je parlais de Lewin. Même si elle n'est pas très bavarde, son auto-mail est troooop cool ! J'ai hâte qu'elle revienne. Maintenant que tu lui as remis tout à niveau, je pourrais le modifier, lui rajouter quelques plaques supplémentaires et changer la composition première. Tu crois qu'en transformant un peu l'agencement des nerfs, je pourrais changer la physionomie du bras ? Non parce que niveau design franchement…
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Les Elric et Helena arrivèrent juste à temps pour attraper leur train au passage. A quelques minutes près et Gust aurait laissé à Ed le soin d'expliquer leur retard au Colonel fumas. Fort heureusement pour eux tous, ce n'était pas le cas et ils s'engouffrèrent dans la première voiture qui s'arrêta face à eux.
Les trains de nuit étaient aménagés pour permettre aux voyageurs de se reposer un minimum et même dormir pour les plus habitués. Le compartiment dans lequel ils s'installèrent tous (au grand dam d'Edward qui aurait volontiers demandé à Helena de faire chambre à part, histoire qu'elle ne les dérange pas) était à peine plus grand que les autres, prévu pour quatre personnes. Cependant, le volume que prenait Alphonse réduisait nettement l'espace et la grosse armure eut bien du mal à se caser sans écraser les couchettes accrochées aux murs. Il ne s'agit que de simples planches de bois à peine rembourrées d'un matelas fin. Les coussins étaient effectivement en option et les couvertures fournies étaient atrocement petites, si bien que même les pieds d'Edward en dépassaient.
Helena soupira un peu en constatant les vitres sales et leurs lits dans un état plus que douteux. D'ordinaire, les Alchimistes d'Etat voyageaient dans des classes réservées mais ni elle ni Ed n'y avaient fait allusion. D'une part parce que ça ne leur avait pas traversé l'esprit sur le moment et qu'ensuite, Al n'y aurait pas été admis (militaires uniquement selon le règlement). Et même si en étant insupportable et peu enclin à lui accorder une once de confiance, Helena préférait tout de même avoir le Fullmetal sous les yeux et se passer de la classe une. Aucun d'eux n'avait évoqué leur dispute et d'un accord tacite, ils avaient conclu qu'il ne s'était rien passé. Rien qui méritât d'être mentionner dans un quelconque rapport du moins.
La jeune fille posa sa sacoche dans un coin du compartiment et observa d'un œil distrait les deux Elric qui s'installaient de leur côté. Ed se battait pour mettre sa valise dans le filet à bagages et refusait toute l'aide que voulait lui apporter son frère. Parce que NON ! Il n'était pas petit au point de ne pas y arriver lui-même. Non mais oh !
La brune ouvrit la porte coulissante et se glissa dans le couloir, observant les environs et les analysant sans même s'en rendre compte. La nuit n'était pas encore tombée entièrement et les lieux étaient baignés par les lumières de lampes suspendues aux murs. Quelques voyageurs discutaient devant leurs compartiments et un contrôleur passa devant son nez, poinçonnant les billets du groupe. Une fois son rapide repérage des lieux terminé, Helena revint dans l'alcôve qui leur servirait de chambre et trouva Ed, boudeur, assis sur la couchette du dessous à gauche. La valise avait gentiment gagné sa place dans le filet et elle soupçonnait fortement le cadet d'y être pour quelque chose. Alphonse se tenait devant son frère, assis sur la couchette de droite, tout dans sa posture indiquant qu'il était à la fois désolé et agacé.
Lorsqu'elle entra, le silence lui sauta dessus comme un animal aux abois, si bien qu'elle se sentit mal à l'aise. Rompre cette absence de bruit devint alors sa seule priorité. Depuis toute gamine, elle avait vécu dans une sorte de brouhaha permanent, un fond sonore incessant. Entendre un ange passer n'était pas dans ses habitudes.
_ Hem. Si vous voulez manger… le wagon restaurant vient d'ouvrir.
Sans même le savoir, Helena venait de prononcer les mots magiques, ceux qui mettent Ed de bonne humeur, qui font pétiller ses prunelles dorées et remonter son moral en flèche. D'un bond, le blond fut sur pieds, oubliant toute animosité envers Gust qui sursauta d'étonnement lorsqu'il lui sauta presque dessus, avide.
_ C'est où ?
Helena, prise de court, eut du mal à trouver ses mots. Le brusque revirement avait de quoi être déstabilisant. Un coup il lui faisait la gueule et ne lui adressait pas un mot, ensuite il la regardait comme si elle était le messie et venait de lui annoncer qu'il aurait bel et bien sa place parmi les gentils du Paradis.
_ Euh… Au bout du couloir. Je crois.
Il n'en fallut pas plus, Ed se rua dans le couloir et disparut aussi sec dans une envolée de tissu pourpre, sa grosse armure de frère sur les talons, faisant un bruit d'enfer tout en lui criant de l'attendre.
Helena resta plantée seule sur le seuil du compartiment, plusieurs de leurs voisins de la soirée passant la tête à l'extérieur pour prendre connaissance de la source d'un tel raffut. Le bruit du métal battant rudement le sol avec la délicatesse et la discrétion d'un troupeau d'éléphants mis du temps avant de s'éteindre et la jeune fille secoua la tête, se sortant de son hébétude. Haussant les épaules, elle retourna dans le compartiment et farfouilla dans son sac avant d'en tirer une boite cylindrique qu'elle ouvrit d'un coup de pouce habile. Un rapide coup d'œil dans son dos, elle goba immédiatement les deux pastilles blanches qui venaient de rouler dans sa paume.
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_ Tu es un goinfre Grand-frère…
Alphonse regardait d'un air désolé son ainé se bâfrer comme s'il ne devait pas y avoir de lendemain, s'attirant sans y prendre gare, les regards mi amusés, mi dégoûtés, de passagers à leurs côtés. La grosse armure, un rien gênée comme toujours, autant de sa corpulence peu pratique et tape à l'œil, que de l'attitude de l'Alchimiste, se dandina un peu sur sa chaise, crissant horriblement. Mécaniquement, il jeta un regard d'excuse à la cantonade que personne ne put interpréter comme tel puis revint à la situation présente.
Ed leva le nez de son assiette pour le fixer, légèrement soupçonneux. Tout dans la posture de son frère laissait à supposer qu'il avait quelque chose à dire et qu'il hésitait à le faire. Le jeune blond ne cessait de s'étonner du fait qu'il parvenait à lire à la perfection les indices qui le renseignaient sur l'état d'esprit de son cadet, rien qu'en observant les mouvements que faisait l'armure. Lorsqu'ils étaient enfants, Ed réussissait toujours à deviner ce qu'Al avait en tête en regardant son visage, ses émotions s'y lisant avec une facilité déconcertante. Lorsque son cadet avait hérité de cette carapace de métal, Edward avait craint ne plus le connaître aussi bien qu'auparavant. Pourtant, même si le heaume de son armure de frère ne laissait passer aucun sentiment, sa posture, ses mouvements, permettaient au plus vieux de lire dans les pensées de son cadet.
_ Qu'est-ce qu'il y a ?
Al se dandina de plus belle, tordant ses énormes mains qui auraient pu lui broyer la tête en un rien de temps.
_ Rien, c'est juste que…
_ Que quoi ? Accouches, tu sais bien que je ne vais pas te manger !
_ Des fois on pourrait se poser la question ! Se moqua gentiment Alphonse, faisant allusion par ailleurs, aux quantités faramineuses de nourriture que son frangin avalait sans compter. Non, c'est à propos du major Lewin.
Ed leva les yeux au ciel, reprenant une bouchée de son assiette.
_ J'aurais dû m'en douter. Tu m'en veux toujours pour tout à l'heure pas vrai ?
_ Disons que tu as cruellement manqué de tact et que tu as agis de manière totalement irréfléchie. Lui répondre comme tu l'as fait aurait pu te couter très cher, j'espère que tu mesures bien ta chance.
_ Mmmh…
_ Ed…
_ Oui, oui, c'est vrai, grogna le Fullmetal, mécontent. J'admets, c'était pas malin. Mais tout s'est arrangé non ? Où est le problème ?
Alphonse leva mentalement les yeux au ciel tandis que dans sa carcasse vide résonnait d'un semblant de soupir métallique. Il se réinstalla correctement, essayant de grincer le moins possible, chose totalement irréalisable compte tenu de son enveloppe extérieure actuelle.
_ Tu es vraiment… non, laisse tomber. C'est juste que je trouve que le Major Lewin agit de manière bizarre avec nous.
Ed haussa les épaules, peu enclin à parler de la jeune femme.
_ Elle n'est pas bizarre, déclara-t-il avec une certaine évidence dans la voix. C'est la fille de Mustang, je crois que ça explique tout.
_ Edward, j'essaye de te parler sérieusement là !
_ Et que veux-tu que je te dise Al ? Elle fait bien ce qu'elle veut non ? Et en quoi trouves-tu qu'elle est étrange, Sherlock ?
Le ton moqueur de son frère n'échappa pas à Alphonse qui réprima un nouveau soupire avant de reprendre, étayant son exposé de quelques gestes.
_ Je ne sais pas, simplement je trouve ça étonnant qu'elle ait si vite lâché le morceau tout à l'heure. Tu étais en tort et elle aurait dû suivre la procédure.
_ Tu insinues qu'elle aurait mieux fait de nous séparer ?
_ J'ai pas dit ça, tempéra Al en sentant l'énervement croissant chez son grand frère. C'est étonnant, c'est tout. Et puis, tu as vu dans quel état elle était quand elle est venue dans le salon ? Même Mamie l'a remarqué tu sais.
_ Elle devait être fatiguée, c'est tout. La pose d'un auto-mail n'est jamais agréable. Et je peux savoir pourquoi tu t'inquiètes tant à son sujet ?
_ Je ne m'inquiète pas, je m'interroge. Tu as entendu ce qu'elle a dit ? Ça fait 6 ans qu'elle est Alchimiste d'Etat, elle est vraiment douée.
_ Si tu veux mon avis p'tit frère, cette fille est comme son père manipulatrice et cachotière. Et franchement, ça ne m'intéresse pas de percer ses secrets.
_ Menteur.
Ed jeta un drôle de regard à son frère qui affichait un immense sourire mental et invisible. Bien sûr que le blond avait envie d'en savoir plus sur le compte de Gust, la curiosité était inscrite dans les gênes des Elric. Seulement l'admettre aurait voulu dire qu'il s'intéressait effectivement à Helena et ça, c'était hors de question. La fierté aussi, était bien plus développée chez son frère ainé que chez lui-même.
Edward retourna à son assiette sans rien ajouter, laissant à Alphonse le loisir de l'étudier sous tous les angles comme il en avait l'habitude, histoire de deviner ce à quoi il songeait. Contrairement au Fullmetal qui savait interpréter le moindre de ses mouvements, Alphonse était bien incapable de lire dans les pensées de son frère. Edward s'était forgé un masque parfait au fil des ans et Al avait bien du mal à lire au travers. Il ne pouvait prétendre connaître son frère aussi bien que ce dernier le connaissait. Comme si le jeune prodige avait peur de ce qu'il aurait pu découvrir une fois toutes ses défenses passées.
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Lorsqu'il entra dans le compartiment qu'ils avaient investi une heure ou deux plus tôt, Alphonse eut la surprise d'y trouver Gust, étalée sur le dos sur la couchette supérieure, la pochette d'un dossier sur le visage et le bras pendant dans le vide. Elle ne s'était pas changée et s'était visiblement endormie en relisant une énième fois le rapport de leur affaire.
L'armure entra lentement, veillant à ne pas la réveiller et s'assit avec précaution sur la banquette inférieure, attendant le retour de son frère qui réglait sa note au wagon restaurant. Le plus jeune avait hésité à ramener quelque chose pour leur collègue qui n'avait vraisemblablement rien mangé depuis qu'ils étaient partis mais le regard moqueur d'Edward l'en avait dissuadé. Si Ed commençait à croire des choses sur ce que lui inspirait la présence de Gust, il n'avait pas fini d'en entendre parler. Et Ed était sacrement tenace lorsqu'il s'agissait de charrier son cadet.
Le silence qui régnait dans la pièce était apaisant, à peine troublé par la respiration légèrement sifflante de la brune qui remuait un peu dans son sommeil. Plusieurs feuilles avaient glissé de la pochette grise, s'étalant sur le sol et son ventre. Al s'apprêtait à les ramasser lorsque qu'Edward fit son entrée, avec la délicatesse qui lui était coutumière : un pied dans la porte et un hurlement pour l'appeler et vérifier que son frangin était bien là.
Au brusque bruit qu'il fit, Helena se réveilla en sursaut envoyant voler le dossier qui lui recouvrait la figure et se redressa, manquant de se prendre la tête dans le plafond du wagon. Encore désorientée, elle n'hésita cependant pas une seconde à plonger la main sous son oreiller pour en tirer sa paire de mitaines noires qu'elle enfila sans même y penser, se préparant déjà à attaquer.
La scène resta ainsi figée, Ed et Al la regardant avec des yeux ronds tandis qu'elle battait fermement des paupières pour y voir clair et reprendre ses esprits. Ses yeux survolèrent la pièce en un éclair, proches de la panique puis elle tomba sur Ed et se détendit instantanément.
_ Ah c'est vous… souffla-t-elle avec un net soulagement en rangeant ses gants.
Ed se secoua, ahurit.
_ Non mais ça va pas de réagir comme ça ? Ça aurait pas été nous, t'aurais fait quoi ?
_ Oui, bon, s'énerva Helena en descendant de son perchoir, les cheveux décoiffés et ayant la vague apparence d'une meule de foin. Je suis un peu vive au réveil, voilà tout. Et ton entrée n'était pas ce qu'il y a de plus discret aussi.
Ed haussa les épaules avant de se diriger vers son propre lit et de s'y laisser tomber. Le silence revint, nettement moins serein qu'il y avait quelques minutes et de nouveau, Helena se sentit mal à l'aise. Non, décidément, elle ne se ferait jamais à l'absence de bruit ou seulement pour trouver le sommeil, et encore. Peut-être devrait-elle songer à consulter un psy pour ce genre de petits problèmes. Remarquant enfin que la quasi-totalité de son dossier s'était fait la malle, elle grommela et commença à rassembler ses feuilles.
_ Attendez, je vais vous aider Mlle Lewin.
Helena leva la tête vers Al qui se penchait difficilement pour ramasser les feuillets compte tenu de l'étroitesse du lieu et elle sourit.
_ Alphonse… combien de fois va-t-il falloir que je te dise de m'appeler Helena ? Et le vouvoiement n'est pas nécessaire, crois-moi.
La grosse armure lui tendit son petit paquet de papier et se rassit, limitant ses mouvements au maximum. Il poussa quelque chose qui ressemblait à un rire, tinté de notes métalliques étranges.
_ Je ne sais pas si je pourrais Mlle Lewin. Après tout, vous êtes tout de même la supérieure de mon frère, ce n'est pas rien.
Ed balança un regard noir à son petit frère qui se garda bien de le regarder. Helena sourit doucement et se passa une main dans les cheveux, essayant de les démêler sans y parvenir. Il fallait avouer qu'avec une telle longueur…
_ Si tu y tiens, je ne peux pas te forcer. Si tu veux qu'on devienne bons amis, je préférerais que tu m'appelles par mon prénom.
_On est pas là pour faire ami-ami, coupa durement Ed depuis sa couchette, tournant nerveusement les pages d'un livre.
_ Grand-frère !
_ Tu as parfaitement raison Fullmetal, déclara Helena avec un sourire un peu sec. 'Et allez, c'est reparti…' elle agita la liasse de feuilles sous le nez du blond. D'ailleurs, puisse que tout le monde est là, on va pouvoir commencer dès maintenant. Tu as lu le rapport d'enquête ?
Edward grogna et laissa son bouquin à contre cœur.
_ Evidement.
_ Eh bien ça va nous gagner du temps… soupira Helena en se réinstallant à l'étage, en tailleur sur son lit. Je suppose que tu es aussi au courant Alphonse.
L'armure hocha la tête.
_ Bien. Et qu'est-ce que vous en pensez ?
Les deux frères furent pris de court et regardèrent la plus vieille comme si elle était folle. Helena haussa un sourcil, septique.
_ Quoi ? Y a quelque chose qui ne vas pas ?
_ Non, non, s'empressa de rectifier Alphonse. C'est juste que, euh…
_ Mes méthodes surprennent ? Honnêtement il n'y a rien de plus normal que de mettre toutes nos informations et impressions en commun avant de se lancer dans une brève analyse du dossier. Vous avez une autre façon de procéder ?
_ Non.
_ Bien, alors on y va. On en a encore pour –elle consulta rapidement sa montre à gousset –jusqu'à demain matin. On prendra une correspondance à New Optain. Autant dire qu'on a de la marge. On va commencer par le lieu et les circonstances des disparitions.
Car il s'agissait effectivement de disparitions. Jusqu'à présent au nombre de neuf, étalées sur une période de plusieurs mois, l'affaire trainait en longueur depuis un moment pour la simple et bonne raison que personne n'avait songé à prévenir qui que ce soit. Les autorités locales avaient tenté d'attraper le coupable sans y parvenir et c'était lorsque la fille du président du conseil du comté avait finalement fait les frais du ou des kidnappeurs, qu'on avait daigné avertir quelqu'un d'un peu plus compétent.
Les enquêteurs avaient fournis à l'armée tous les renseignements nécessaires sur les disparus, toujours des jeunes femmes, blondes de préférence, âgées entre 17 et 20 ans, d'une nature relativement douce et malheureusement influençable. A l'heure actuelle, aucun corps n'avait été retrouvé, ce qui laissait à penser que soit les filles étaient encore vivantes, soit on s'était débarrassé des cadavres. La police locale avait été incapable de donner une description du kidnappeur et on ne savait rien à son sujet, de même que les témoins, qui prétendaient n'avoir rien vu.
La région, et plus particulièrement le village dans lequel ils allaient devoir se rendre et où se concentraient la majorité des disparitions, était un petit coin reculé, plus ou moins coupé du monde. Les conditions climatiques n'étaient pas au beau fixe et les chutes de neige n'étaient pas rares et le vent soufflait quasiment en continu. Il y avait ici une majorité de paysans et autres artisans se regroupant en fermes organisées un peu partout aux alentours du village et leur accès n'était pas des plus faciles.
Pour résumer, il s'agissait d'une mission chiante dans un trou paumé avec possibilité que les responsables soient tout et n'importe qui, y compris des étrangers venant des pays voisins. O joie.
Edward quitta un instant son papier des yeux pour fixer Helena qui mâchonnait le bout de son crayon de papier tout en continuant à lire.
_ Et je peux savoir pourquoi on nous a envoyé sur une mission pareille. Et comment elle a pu se retrouver être traitée par le QG d'East City ? Franchement, tout ça relève de la juridiction de North City, non ?
Helena haussa les épaules, toujours concentrée.
_ Je n'en sais rien, c'est vrai que c'est bizarre mais je ne m'étonne plus trop de rien en ce qui concerne l'armée. Pour ce qui est de notre participation, je lis ici qu'on ignore tout de celui, celle ou ceux que nous recherchons. Il y a une petite probabilité qu'il s'agisse d'un Alchimiste. Et comme l'affaire est tombée entre les mains du Colonel, c'est nous qui partons nous enterrer là-bas.
Elle lui adressa un sourire ironique cependant qu'il grommelait dans son coin. Alphonse secoua sa grosse tête.
_ C'est vraiment effrayant, déclara-t-il en éprouvant un frisson mental des plus désagréables. Toutes ses pauvres filles. C'est inadmissible que personne n'est prévenu l'armée plus tôt.
_ Les gens sont très méfiants dans ces régions, expliqua Helena au étouffant un bâillement. La nuit était déjà bien avancée et le besoin de se reposer se faisait cruellement sentir. Dans le wagon, plus un bruit ne régnait depuis un moment, preuve qu'ils encore sans doute les derniers debout.
La jeune femme posa son dossier sur le bout du lit et s'étira, faisant craquer méchamment son dos. A la lumière des lampes accrochées aux murs du compartiment, elle paraissait dix fois plus vieille, ses cernes se creusant nettement sous ses yeux fatigués.
_ Je ne serais pas surprise qu'on nous annonce que le nombre de disparues est en réalité bien plus élevé une fois arrivé là-bas. La plupart des habitants sont tellement superstitieux qu'ils croient que tous les malheurs s'abattant sur eux sont les résultats d'une quelconque mauvaise action de la part de l'un d'entre eux.
Ed eut un reniflement ironique.
_ Ça se saurait si c'était le cas. Y a vraiment des gens trop crédules pour croire en ces fadaises.
_ Peut-être, mais ils y croient dur comme fer. Et comme la plupart des personnes méfiantes et septiques, ils ne perçoivent que d'un très mauvais œil notre venue.
_ Nous ne serons pas les bienvenus alors ? Questionna Alphonse d'une petite voix inquiète. Helena secoua la tête en s'allongeant sur le dos.
_ Sans doute que non. Du moins, pas dans les campagnes. Je suppose que les gens de la ville seront plus compréhensifs, ce sont eux qui nous ont contactés. Bon, il me semble qu'on ne sera pas plus productifs ce soir. Si le cœur vous en dit, vous pouvez continuer, je me couche.
Et sans autre forme de procès, elle leur tourna le dos et s'endormit presque instantanément. Les deux Elric se jetèrent un regard surpris puis Ed se coucha lui aussi en poussant un soupir de soulagement. Il avait cru que jamais elle ne s'arrêterait. Adressant un sourire à son jeune frère, il ne tarda pas lui aussi à sombrer dans les bras de Morphée. Alphonse sourit mentalement et se leva précautionneusement pour éteindre la lumière du compartiment, ne laissant qu'une seule ampoule d'allumée pour qu'il puisse lire.
Après tout, il était le seul à ne pas pouvoir dormir et malgré son corps, il était incapable de lire dans le noir.
Y a que moi qui trouve que ça n'avance pas vite? En attendant, ceux qui espéraient que les choses allaient s'arranger entre Helena et Edward...c'est rapé pour le moment. Bien, une fois de plus, je ne peux que vous encourager à me laisser un petit commentaire tout en vous remerçiant d'avance pour la lecture.
Et bon courage à tous.
