Ok, alors il est très exactemment 1h45 du mat, et j'ai très sincèrement hésité à poster ce chapitre. Pas parce qu'il n'était pas près, non, ça fait un petit moment que je l'ai fini, mais parce que je n'ai pas tant de marge que ça vis à vis des autres chapitres. Enfin bref, comme j'ai réussi mes examens du 1er semestre (rattrapage, ok, mais je m'en fous, je les ai eu quand même!) je me suis dit que ça pouvait bien se fêter. Et je crois que certain ne me contrediront pas.

Alors, les traditionnelles réponses aux Anonymes: Meldy, je vais essayer de ne pas vous faire stagner, je te le promets. Je te remercie très fort pour tes encouragements et j'espère que cette fic continuera a te plaire (ça sonne pas un peu tragique comme message ça? Genre, je vais bientôt vous dire adieu?)

Inkbok, franchement, merci beaucoup, tant de reviews d'un coup ça m'a fait chaud au coeur. J'espère en récolter une encore sur ce chapitre, aussi explosive que les autres.

Sur ce, bonne lecture.


Le froid le cueillit sitôt un pied posé sur le quai et il frissonna violement, retenant par la même occasion, un éternuement peu gracieux. Dans son dos, Alphonse descendait lui aussi du train, suivit par Helena qui afficha une grimace éloquente.

Le quai de la petite gare de Vernes était grisâtre et désert, quelques rares voyageurs, pas fous, qui repartaient dans le sens inverse au leur. Les locaux étaient vieux et défraichis, la peinture passée et écaillée, de grandes vitres sales à tel point qu'on ne voyait pas à l'intérieur. La crasse semblait s'accumuler jusque sur le paysage alentour, plongé dans un brouillard jaunâtre et humide, qui adoucissait le moindre contour. La silhouette vague du village se dessinait à grand peine sur leur gauche, à quelques kilomètres de là et semblait être le seul dans les environs.

Bien qu'ils furent en début d'après-midi, Edward n'en voyait certes pas la couleur et encore moins la chaleur. Le vent qui avait battu leur train toute la nuit avait forci et s'engouffrait désormais en sifflant entre les arcades de la galerie ouverte de la gare, balayant sur son passage détritus et faibles murmures. L'air était lourd et sentait l'averse à plein nez, ou pire, et ses doigts avaient eu le temps de devenir rouges.

La vieille locomotive qui les avait amenés ici depuis New Optain poussa un soupir énorme en crachant son nuage de fumée nauséabond. Les frères Elric et Helena avaient pris leur correspondance le matin même, alors que le temps commençait tout juste à se dégrader et avaient fait route sans tarder vers Ravenberg.

Bien entendu, Edward avait eu la mauvaise surprise de constater que leur train s'arrêtait bien avant le village en question et qu'ils allaient devoir trouver un autre moyen de transport avant la nuit, de préférence. Ce qu'Helena pensait facilement résoudre en louant quelque véhicule au village d'à côté.

Le voyage s'était déroulé dans un calme plat et presque gênant, peu de choses différant de la veille au sujet des relations « amicales » qu'étaient censés entretenir les membres de l'équipe du moment. Edward n'avait pas adressé la parole à Helena, qui n'avait pas cherché à insister plus que cela.

Le voyage avait été si ennuyeux qu'Edward avait même prié pour que leur train se fasse attaquer, détourner ou il ne savait quoi, histoire d'avoir un semblant d'action dans la journée. Evidemment, aucune de ses espérances ne s'étaient réalisées et seules les parties de cartes avec son frère avaient été d'un certain réconfort, en plus des fréquents passages au wagon restaurant

Helena s'était faite très discrète, parlant peu, s'imposant encore moins. Pour ainsi dire, les frères Elric n'avaient quasiment pas vu la jeune femme de la matinée, cette dernière s'étant mystérieusement volatilisée sur les coups de 7 heures du matin (ce qui avait fortement intrigué Alphonse, qui l'avait vue quitter leur compartiment de nuit avec un sourire un peu las) avant de réapparaître pour le déjeuner qu'Edward avait en grande partie engloutit à lui tout seul.

Désormais, Gust scrutait les environs, les yeux plissés et le nez enfoui dans son écharpe de laine noire, avant de se diriger vers le chef de gare qui aidait une vieille dame au chignon blanc à grimper dans un wagon.

Les Elric se posèrent non loin sur un banc, Alphonse grinçant plus que de raison alors que ses plaques de métal se couvraient doucement de gouttelettes d'humidité. Jetant un coup d'œil à son frère qui ronchonnait dans son coin, les sourcils froncés. Machinalement, il pliait et dépliait les doigts gantés de sa main droite, comme s'ils étaient engourdis par le froid.

Un peu inquiet, comme toujours, Alphonse se pencha vers lui, devinant ce qui le tourmentait depuis qu'ils avaient débarqué ici.

_ Ça va tes auto-mails ?

Edward leva le nez vers son frère pour lui adresser un sourire réconfortant, mais le plus jeune ne s'y laissa pas prendre. Nombreux étaient les inconvénients liés aux prothèses mécaniques, notamment en ce qui concernait la météo. Bien que n'étant fait que de métal et ne ressentant plus rien, Alphonse savait pertinemment que les membres artificiels de son ainé le faisaient souffrir plus qu'il ne voulait lui faire croire.

_ C'est rien, juste les nerfs qui protestent à cause de l'humidité. Ça n'a rien de nouveau. J'espère seulement que les modifications qu'ont apportées Winry et Mamie se révèleront efficaces. Winry n'a jamais été très douée pour ce genre de protection anti-froid.

_ Heureusement qu'elle ne t'entend pas, elle t'aurait déjà arraché la tête sinon.

Edward sourit mais ne dit rien, conscient que son frère avait raison. Critiquer le travail de leur mécanicienne revenait à signer son arrêt de mort. Et il n'était pas encore prêt à passer l'arme à gauche !

Tandis qu'ils patientaient, Helena revint vers eux, de rides de contrariété barrant son front. Ses joues étaient légèrement rougies et elle se massait l'épaule de temps à autre, preuve que le temps lui allait aussi bien qu'au Fullmetal. Ce dernier renonça à se lever, sachant qu'il y avait un pépin avant même qu'elle n'ouvre la bouche. Comme s'ils n'avaient pas suffisamment d'emmerdes pour le moment.

_ Il y a un garage qui loue des voitures pour aller jusqu'à Ravenberg, commença-t-elle tout en resserrant son manteau, frissonnante. En partant maintenant, on serait là-bas avant la tombée de la nuit.

_ Mais… ? devina aisément Alphonse tandis qu'Ed soupirait d'avance en levant les yeux au ciel. Helena se passa une main dans les cheveux, signe récurrent de son agacement.

_ Mais il y a eu de fortes pluies récemment et les routes ne sont pas toutes praticables. En plus de nous rallonger et de nous faire perdre du temps, ils prévoient des averses assez impressionnantes pour cet après-midi et dans la nuit, avec des risques de coulées de boue sur certaines voies que nous devons emprunter.

_ Génial, ironisa Ed, grinçant des dents. Ça veut dire qu'on est bloqué ici c'est ça ? Et qu'est-ce qu'on va faire en attendant que monsieur météo nous donne des bonnes nouvelles ?

Helena lui renvoya un regard dur qui s'effaça bien vite, compte tenu des évènements que ni l'un ni l'autre ne pouvait maitriser. Il était normal qu'un adolescent aussi impatient qu'Edward réagisse de cette façon. Au moins, il n'avait pas essayé de la persuader qu'il fallait partir sur le champ, tenter sa chance et improviser au besoin. Se retrouver dans un fossé ou Dieu savait où, simplement parce que le petit blond trop nerveux n'avait pu prendre son mal en patience, elle devait avouer qu'elle l'aurait certainement étripé.

Visiblement Edward faisait tout de même preuve d'un minimum de conscience, ce qui était rassurant. Basculant son poids sur son pied droit tout en se frottant les mains dans l'espoir de les réchauffer, les yeux de Gust se perdirent sur la forme floue des toits de Vernes.

_ On passera la nuit ici et on partira demain matin, je ne vois pas d'autre solution. Si vraiment les routes sont impraticables en voiture, on changera de moyen de transport.

_ C'est-à-dire ? Demanda Alphonse, pas tout à fait rassuré.

Helena qui marchait déjà vers la sortie de la gare, pensive, se retourna vers lui avec un sourire amusé.

_ Bah, dans ces coins-là, c'est plein de paysans. Ils auront bien un attelage à nous prêter pour qu'on puisse t'emmener.

₪.₪.₪

Le village de Vernes, bien que noyé dans les brumes et couvert de nuages menaçants, était charmant. Du moins, aussi charmante que peut l'être une bourgade aussi petite et aussi vide. Il n'avait fallu qu'une demie heure aux Elric et à Helena, pour arriver jusqu'aux premières maisons après avoir bataillé ferme avec un chemin boueux à souhait. Si les allées pavées du village étaient désertes, les nombreuses fenêtres allumées, ici et là, simples rectangles jaunâtre sur un fond gris, témoignaient de la présence des habitants, bien à l'abri derrière les murs épais de leurs bâtisses.

_ Trouverons-nous un hôtel ici ? Questionna Alphonse, un peu septique, tandis qu'ils passaient sur une place balayée par le vent, le bruit de la fontaine centrale étouffé par l'épaisseur du brouillard.

_ Y a plutôt intérêt, bougonna son frère en retenant une grimace. Comme toujours, le temps jouait sur son humeur comme sur ses nerfs artificiels et il n'aspirait plus qu'à une chose : rentrer se mettre au chaud et manger tout son saoul. Un froid pareil, ça lui avait donné une de ces fringales…

Helena, qui fouillait les alentours des yeux, jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour fixer la grosse armure.

_ Un hôtel, non. Elle s'empressa de continuer lorsqu'elle vit le Fullmetal gonfler les joues pour hurler. Mais une auberge, c'est déjà plus probable. La qualité du service ne sera sans doute pas aussi bonne mais…

C'était jouer sur les mots mais au moins ils auraient un toit sur la tête et c'était sans doute ce dont ils avaient le plus besoin ce soir-là. Ce fut la rumeur lointaine d'une conversation qui les guida à travers les rues grises où se reflétait une lumière froide et sans âme et ils parvinrent tous les trois au pied d'un établissement à l'apparence un peu miteuse, mais dont les murs semblaient résonner des rires et des chansons. Une enseigne en bois, peinte d'un bleu passé par le temps et les intempéries, indiquait « Les Landes », clouée au niveau du balcon du premier étage. Le bâtiment ne payait pas de mine, vieux et déglingué, les volés des chambres étaient écaillés et grinçaient dans le vent, le perron était couvert par une sorte de galerie aux poutres apparentes et noircies de fumée. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient brillamment éclairées malgré les rideaux à carreaux gris qui étaient tirés sur les vitres crasseuses. Un semblant de musique résonnait dans la rue, un air folklorique pas désagréable.

_ C'est là je crois…

_ Houuu, formidable déduction Gust, se moqua Edward en lui passant devant, pressé de rentrer. Helena siffla méchamment mais ne dit rien.

Le jeune blond poussa la porte avec entrain, s'imaginant déjà prendre un plat du jour (malgré le fait qu'il ne soit plus vraiment l'heure du déjeuner) et une douche chaude pour se débarrasser de l'humidité moite du brouillard nauséabond.

_ Salut la compa…

Un silence mortel s'abattit brusquement sur l'endroit et chacun des occupants de l'auberge se figea dans son action du moment, tous se tournant comme un seul homme vers le nouveau venu, paumé sur le seuil, maintenant mal à l'aise. Il en fallait beaucoup pour entamer la bonne humeur d'Edward Elric, mais celui-ci faisait désormais profil bas tandis que dans son dos, son frère s'était lui aussi arrêté, pétrifié par un tel accueil.

L'intérieur était fortement éclairé, des lustres simples pendaient au plafond, suspendu aux poutres apparentes d'un meilleur aspect que celles à l'extérieur. Un comptoir faisait directement face à la porte, tenu par une volumineuse femme à la chevelure flamboyante qui dardait sur les frères Elric un regard bleu des plus méfiants.

L'établissement semblait être divisé en deux parties, l'une où s'agençaient des tables rondes et un groupe de musiciens sur la droite, dans un coin de la pièce l'autre, qui offrait un peu plus d'intimité aux clients avec des alcôves séparées par des paravents à carreaux. Des bacs de fleurs s'accrochaient aux rebords des fenêtres, égayant la pièce. Une délicieuse odeur de viande flottait dans l'air, preuve que malgré les deux heures passées, le repas du midi ne semblait pas terminé.

Alphonse voulut s'ébrouer comme il l'aurait fait dans un cas semblable s'il avait eu son propre corps. Mais dans son armure, cela se relevait être un concert de tous les diables qu'il préférait éviter. Pour une fois, il bénit le fait de ne pouvoir afficher nulle expression sur son visage de métal. Nul doute qu'il aurait été rouge pivoine, de honte et de gêne.

Edward se secoua à son tour, comme sortant d'un rêve, et le gamin presque craintif et timide qui avait pointé sous ses mèches blondes durant ces courts instants retourna dans sa cachette. Le fier Fullmetal, cet énergique et orgueilleux adolescent sans peur et sans reproche, refit surface. Un immense sourire barra les traits du plus vieux des Elric, qui s'avança avec naturel (et de manière bruyante) au milieu de la pièce.

La salle était bondée et le silence, plombant mais il ne se démonta pas pour autant (s'il était capable de rester calme face au Colonel, il pouvait tout surmonter). Conscient des yeux qui restaient braqués sur lui et son frère, il se dirigea fermement vers le bar où la tenancière rousse se tenait encore, les mains sur un torchon crasseux. S'accoudant au comptoir comme s'il avait fait cela toute sa vie, il lui offrit son sourire le plus candide.

_ Bonjour ! Mon frèr…il se reprit. Mes… 'Rha, s'est dur.' Amis et moi, on cherche un endroit où dormir ce soir et de quoi nous restaurer.

Du pouce, il pointa sa grosse armure de frère qui restait planté comme un poteau, bloquant l'entrée à lui seul, tout en priant pour qu'ils ne se fassent pas jeter. En règle générale, les gens étaient curieux d'Alphonse, méfiants à la rigueur mais la nature douce et aimable de son cadet finissait toujours par mettre les plus sceptiques à l'aise en sa présence. Al n'avait pas un corps facile et Ed comprenait qu'il puisse susciter quelques interrogations, voire même de la peur. Et ce genre de réactions imprévisibles les avaient déjà condamnés à crécher dehors alors qu'il pleuvait des cordes.

Devant le regard bleu iceberg de la tenancière, Ed ne put déterminer si elle les acceptait dans son établissement. Il avait renoncé dès le départ à sortir sa montre pour lui forcer la main, les paroles d'Helena raisonnant encore dans son esprit :

'Les gens sont très méfiants par ici, nous ne serons pas forcément très bien accueillis…'

Pour le coup, il devait bien avouer qu'elle semblait avoir raison.

La grosse femme rousse se redressa, bombant son incroyable poitrine qui menaçait de sortir de son corsage, et le toisa de toute sa hauteur.

_ Z'êtes combien ? Lança-t-elle sèchement, un fort accent nordique dans la voix. Edward retint un soupir de soulagement et fit signe à son frère d'entrer, tout sourire.

Comme si cela avait suffi pour rassurer la totalité des convives sur la nature non belliqueuse des voyageurs, les conversations reprirent alors que les musiciens, un contrebassiste et un pianiste, rattrapèrent leurs partitions, baignant les lieux d'une agréable musique.

_ Alors on va prendre deux chambres, énuméra Ed en comptant sur ses doigts. Et moi je prendrais un plat du genre avec un supplément de viande s'il vous plait. Ajouta-t-il après un coup d'œil éclair sur la carte des menus, affichée dans un cadre en bois cloué à une poutre près du comptoir.

Relevant la tête vers la femme avec un sourire de trois mètres de long, il mit un certain temps avant de se rendre compte que le silence s'était fait de nouveau. Craignant d'avoir dit une connerie (il avait vu quelques faciès aux mines effrayantes dans le lot de clients attablés) il se tourna vers son cadet en quête d'un soutien et d'une explication.

Il n'eut besoin ni de l'un, ni de l'autre, comprenant de lui-même pourquoi l'ambiance s'était une fois de plus nettement refroidie.

Helena était entrée à la suite d'Alphonse et avait été immédiatement la cible d'une bonne dizaine de regards clairement hostiles, voire dégoûtés pour certains. La jeune femme sentit un désagréable frisson lui grimper le long de l'échine, qui n'avait rien à voir avec le froid du dehors et ses entrailles se nouèrent alors qu'elle anticipait la suite. Elle avait trop vécu de situations semblables pour ne pas connaître le scénario dans les moindres détails.

Un jeune homme châtain, une vingtaine d'années à peine, grand et maigre, vint se dresser devant elle, les poings serrés et les mâchoires crispées. Lorsqu'il parla, sa voix fut plus sèche que le claquement d'un fouet.

_ Dégage de là. On ne veut pas de gens comme toi ici.

Le jeune la toisa de haut en bas avant de renifler sèchement, méprisant et mauvais, lui jetant un coup d'œil à faire froid dans le dos. Dans ses yeux verts, on pouvait lire toute la haine et la peur du monde, toute la crainte et la colère que lui inspirait Gust.

Helena sentit le souffle lui manquer.

Pitié, par encore.

Elle oscillait maintenant entre colère et désespoir. Que devait-elle faire pour faire taire ces regards haineux et ces paroles acerbes ? Devait-elle jouer au méchant petit soldat et sortir sa montre pour leur montrer à tous qu'un seul mot de sa part suffirait pour tous les envoyer à l'ombre ? Pour la première fois depuis longtemps, l'envie de sortir l'objet de sa poche la titilla. Elle se contint. Tout ce qu'elle risquait, c'était leur attirer des ennuis et faire descendre encore d'un cran la popularité de l'armée. Déjà qu'elle n'était pas au beau fixe dans ces régions et que ces « collègues » ne la voyaient pas d'un très bon œil… que diraient-ils si elle venait à faire une bourde comme celle-ci ?

Depuis qu'elle était entrée dans l'armée, très peu l'avait considérée comme faisant partit du corps militaire. On la regardait en coin, méfiant, comme si elle représentait une quelconque menace. Elle avait rapidement compris que cette animosité venait de son sexe, jugé comme faible (ce qu'il ne fallait pas entendre connerie) et de sa couleur de peau. On la traitait comme une étrangère, une moins que rien parfois, simplement à cause d'attributs physiques qu'elle ne maitrisait pas et dont elle était fière. Et ça, plus que tout, ça ne plaisait pas.

Alors si les gens dans l'Est avaient du mal à la considérer comme faisant partit du pays, elle qui était pourtant née sur ce sol comme n'importe lequel d'entre eux, que devait-il en être ici, dans ces régions reculées de tout, où il devait bien passer quelqu'un comme elle tous les vingt ans ?

Finalement, se fut la colère qui l'emporta. De trop nombreuses fois on l'avait traité comme une lépreuse et bien qu'elle fût de nature très calme, Helena ne pu empêcher le rouge de lui monter à la tête. La jeune fille renvoya à son vis-à-vis son regard de glace. S'en fut presque s'il ne gela pas sur place.

Helena s'avança d'un pas, le toisant maintenant de toute sa taille, semblant avoir pris quelques centimètres de plus. Une aura froide se distillait autour d'elle, effrayante et majestueuse à la fois.

_ Qui es-tu pour t'opposer à moi ? Susurra-t-elle méchamment, ses yeux ardoise réduit à deux fentes presque malveillantes. Sais-tu au moins à qui tu t'adresses, mürkha (*)?

Alphonse, la plus proche d'elle, leva un sourcil. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait Gust se servir d'un dialecte qui lui était totalement étranger lorsque la colère ou la douleur (il en avait eu un aperçu chez sa grand-mère) semblaient prendre le dessus. Il nota dans un coin de sa tête de faire des recherches à ce sujet ou bien simplement de l'interroger. Mais plus tard, le moment n'était pas fait pour parler grammaire ou conjugaison.

Le jeune brun qui les avait abordé vira au pâlichon alors qu'Helena avançait d'un pas, les poings serrés, la mâchoire crispée. Autour d'eux, les habitants du village se levaient lentement, maintenant menaçants, prêts à en découdre. Visiblement, on n'attaquait pas un membre de la communauté sans en payer les conséquences. Alphonse se demanda un bref instant si Helena avait perçu la tension électrique qui venait d'envahir la pièce et si son but était de mettre une raclée au jeune homme maintenant apeuré.

Al la comprenait dans un sens, sa position ne devait pas être très enviable. La tenancière grogna soudain, faisant sursauter Edward qui n'avait pas bougé d'un poil depuis le début de l'échange, interdit et choqué. Qu'est ce qui arrivait à Gust bon sang ? Son attitude allait leur causer des ennuis à tous !

_ Mlle Lewin…commença Alphonse avec douceur, comme s'il avait peur que sa colère ne se retourne contre lui. Peut-être devrions-nous…sortir un moment ? Non ?

Sa voix était pleine d'espoir contenu et Helena resta silencieuse, plissant méchamment les yeux, avant de se détourner sèchement, sans un regard en arrière. L'écho de ses pas se perdit à l'extérieur et presque aussitôt, le doux crépitement de la pluie le couvrit. Alphonse se tourna vers son frère, toujours au comptoir, qui secoua la tête et avisa le regard méchant que lui jeta la tenancière. Un sourire faux, ressemblant davantage à une grimace, déforma ses traits. Il se leva et désigna la porte à grand renfort de gestes décousus et confus.

_ Bon, ben…on va y aller aussi, hein ? Ce fut un plaisir ! Mesdames, Messieurs, bon appétit ! conclut-il en lorgnant misérablement sur les assiettes pleines, le ventre gargouillant.

Les regards emplis de colère le suivirent jusqu'à la porte, laquelle se referma avec brusquerie devant les deux frères, figés sur le seuil.

Il y eut un moment de flottement puis Edward se retourna vers la rue, furieux, cherchant la silhouette de Gust sous la pluie fine.

_ Je vais la tuer ! Hurla-t-il en se précipitant hors de l'abri de l'auvent.

_ Grand frère ! Attend !

_ Quoi « attend » ? T'as vu ce qu'elle a fait cette idiote ! A cause d'elle on se retrouve sous la flotte alors qu'on aurait pu tranquillement se reposer et manger un morceau !

_ C'est inutile de crier tu sais. Et puis, ces gens n'ont pas étaient très –

_ Est-ce que c'était une raison pour s'emporter comme ça ? Coupa brusquement Edward, maintenant hors de lui. Ses oreilles avaient viré au rouge vif, signe de son énervement croissant et il agitait les bras dans tous les sens comme un pantin colérique.

Alphonse tordit ses grosses mains, incapable de rétorquer quoique ce soit. Une partie de lui soutenait son frère, alors que l'autre hurlait sa désapprobation. Helena avait agi de manière irréfléchie, certes, mais les conditions s'y prêtaient quelque peu. Les habitants ne s'étaient pas montrés très cléments, allant même jusqu'à la virer de l'établissement sans même chercher à comprendre. Elle aurait été blessée ou malade que le résultat en aurait été le même. Il comprenait sa réaction plutôt vive –lui même n'aurait sans doute rien dit mais il savait qu'Edward aurait agi comme la jeune fille et ce serait bien fichu des conséquences de ses actes. Seulement voilà, ce n'était pas Ed qui avait laissé libre court à sa colère dans l'auberge mais Helena. Ça n'allait certainement pas arranger les choses entre les deux alchimistes cette histoire.

Edward fulminait sur place, les poings serrés, enfoncés dans les poches de son manteau. Il en voulait à Helena plus qu'à n'importe qui d'autre en cet instant. Plus encore qu'à son père, c'était pour dire !

Par sa faute, ils allaient devoir trouver un autre endroit où s'arrêter et vu ce qu'elle avait dit, cela n'allait pas être une mince affaire. Edward grinça des dents. Si jamais ils trouvaient un autre établissement dans le village souhaitant les accueillir, il se fichait bien de son sort ! Que les habitants l'acceptent ou non, Edward n'avait pas l'intention de dormir dehors par sa faute. Tant pis si elle ne pouvait entrer !

Edward n'était pas un garçon égoïste. Preuve en était qu'il s'occupait de son frère mieux que quiconque et avait une nette tendance à faire passer les besoins de son cadet avant les siens (en résultait d'ailleurs des engueulades mémorables, particulièrement lorsqu'Alphonse lui faisait remarquer sa fatigue et son incapacité à se concentrer plus de vingt minutes.) mais Helena avait vraiment dépassé les bornes. Il allait la retrouver et lui faire comprendre le fond de sa pensée, elle comprendrait peut-être enfin qu'il n'y avait pas que sa petite personne sur terre ! Merde alors, elle était bien comme son père !

S'éclaboussant les pieds au passage en marchant à grands pas dans les flaques d'eau qui se formaient doucement, Edward s'en fut, plus déterminé que jamais, le long de la rue dans l'espoir de rattraper la jeune femme. Alphonse resta un moment sur le perron de l'auberge, désolé, puis il reprit la grosse valise de son frère et le suivit avec un soupir résigné. Que pouvait-il faire d'autre de toute façon ? Ed ne l'écouterait pas et le raisonner dans un moment comme celui-ci s'apparentait à du suicide. Il voulait retrouver son corps avant de mourir pour de bon.

Ils ne mirent pas longtemps avant de retrouver Helena. Pour tout dire, ils n'eurent qu'à suivre les marmonnements et les quintes de toux qui s'élevaient depuis le porche d'une boutique de menuiserie. Refermée dans son manteau, les traits tirés et le nez dans son écharpe, c'est à peine si elle leva la tête à leur arrivée. Edward se planta devant elle, les mains sur les hanches, sa colère lui donnant une allure comique malgré ses sourcils résolument froncés.

_ Je sais ce que tu vas dire, coupa Gust alors qu'il ouvrait la bouche pour l'insulter copieusement. Et je n'ai pas envie de fournir des excuses. Le garagiste est là-bas, on part pour Ravenberg.

Les deux Elric tressaillir, Alphonse émettant un énorme crissement de ferraille.

_ Mais je croyais que le voyage était dangereux ! Lança-t-il, soudain effrayé. Helena avait-elle perdu l'esprit ?

La jeune femme eut un mouvement de tête presque dédaigneux, comme si elle se fichait des conséquences d'une virée dans le brouillard et en terrain inconnu susceptible d'abriter des pièges mortels. N'était-ce pas elle qui avait dit qu'ils attendraient le lever du jour avant de partir ?

_ J'ai changé d'avis, cracha-t-elle, à deux doigts du mépris. Nous partons maintenant. Fullmetal, tu vas nous chercher une voiture.

_ Eh oh ! Ça va pas non ? Tu te prends pour qui ? Après ce que tu as fait, tu crois que tu es bien placée pour nous donner des ordres ? S'écria Edward furieux. Elle n'arrangeait pas son cas. Helena lui renvoya un regard dur, le même qui avait cloué le petit jeune dans l'auberge.

_ Je me prends pour ce que je suis, siffla-t-elle, mauvaise. Ta supérieure. Tu n'as pas à désobéir à mes ordres.

_ Ah je vois ! Tu nous refais le coup de Resembool c'est ça ? Si t'espères me faire peur, c'est raté !

_ Grand frère…

_ Je ne refais rien du tout ! S'énerva à son tour Helena, sa voix enflant doucement. Et tu ferais mieux de surveiller tes paroles si tu ne veux pas que je te renvois à East City !

_ Ah bah maintenant tu veux m'y renvoyer ? Je croyais que tu avais besoin de moi sur cette mission.

_ Tu…

_ Ça suffit !

Les deux alchimistes se turent subitement, figés dans leurs positions, Helena le buste légèrement en avant et Edward la défiant du regard. Lentement, ils se tournèrent vers Alphonse qui se tenait à quelques pas d'eux, stupéfaits. La grosse armure se tenait droite et raide, presque menaçante. Une aura froide semblait entourer le métal dont il était constitué et les deux plus vieux imaginaient parfaitement le regard noir qu'il devait mentalement leur lancer.

_ Vous n'avez pas honte oui ? Tonna-t-il d'une voix puissante, qui raisonna dans son corps vide. De vous comporter comme des enfants ? Regardez-vous ! Vous n'avez pas arrêté de vous bouffer le nez depuis que nous sommes partis ! Je croyais qu'on devait former une équipe pour mener cette mission à bien !

Edward ouvrait des yeux ronds, presque choqué. Où diable était passé son doux et si timide petit frère ? L'autorité et l'agacement dans sa voix forçaient le respect et Ed se sentit brusquement encore plus petit que d'habitude. C'était lui d'ordinaire, qui poussait les gueulantes…

Helena le regardait également d'un air perplexe, ne sachant visiblement plus quoi dire. Ce fut vers elle que se tourna l'armure et sa voix, bien que toujours ferme, se fit un peu plus conciliante.

_ Mlle Lewin, je comprends que vous soyez en colère,, ces gens ont vraiment été odieux avec vous, mais réagir comme vous venez de le faire n'est pas digne d'un militaire. Qui plus est d'un Alchimiste d'Etat !

Se faire sermonner par un gosse de quatorze ans quand on file vers sa 20ème année, ça à quelque chose d'honteux. Et bien qu'Helena ne soit pas une fille facilement impressionnable, elle baissa piteusement la tête, rentrant le cou dans les épaules. Alphonse se tourna vers son frère qui adressait un sourire narquois à Gust, ravit que quelqu'un la remette enfin à sa place, puis il blêmit en contemplant son petit frère.

_ Et toi Ed ? C'est inutile de t'emporter et d'être grossier. Tu devrais présenter des excuses à Mlle Lewin pour ton comportement.

_ Quoi ? Mais c'est pas de ma faute si on se retrouve là à…

_ C'est à moi de vous présenter des excuses, coupa brusquement Helena en se redressant, les faisant sursauter. Al s'avança d'un pas.

_ Mlle Lewin…il se tut lorsqu'elle l'arrêta d'un geste, un sourire un peu triste sur les lèvres.

_ J'ai été stupide, affirma-t-elle. Je n'aurais pas dû dire ce que j'ai dit, ni fait ce que j'ai fait. Seulement…elle soupira en secouant la tête. Laissez tomber, je suis désolée.

Les deux Elric se regardèrent, toute colère ou rancœur oubliées alors que le silence s'installait sur leur misérable petite troupe. Quelque part au fond de lui, Alphonse était ravi d'avoir réussi à calmer si rapidement les deux autres. Il avait eu un instant peur que son interposition ne les braque davantage mais Helena avait su désamorcer la bombe sans même s'en rendre compte. Vu la façon dont Edward avait protesté, à peine l'idée de s'excuser émise, cette histoire aurait pu se poursuivre et terminer bien plus mal.

Maintenant, il se sentait presque gêné. Il n'avait pas pour habitude de s'imposer de la sorte et la sensation, bien que grisante, ne lui était pas familière et il ne savait plus comment agir. De plus, le regard à moitié perdu dans le vague de Gust avait de quoi lui retourner l'emplacement qui lui servait de cœur. Il était clair qu'elle avait déjà connu pareilles situations par le passé, et que celle-ci avait été celle de trop. Le plus jeune secoua mentalement la tête, désolé. Il ne comprenait pas que l'on puisse juger une personne à sa seule couleur de peau. Helena était-elle différente d'eux parce qu'elle avait le teint mat plutôt que clair ? Dans ce cas là, on devait considérer comme différents la moitié des habitants du pays, qui résidaient dans l'Est et le Sud et dont le teint était naturellement halé, brulé par le soleil. C'était ridicule. Un humain restait un humain, homme ou femme, noir ou blanc, cela n'avait aucune importance. Hélas, les gens du coin ne semblaient pas avoir le même point de vue sur la question.

_ Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Finit par demander Edward d'un ton parfaitement neutre. L'incident n'était pas oublié, mais il avait décidé qu'il le laisserait de côté pour le moment. Il aurait tout le temps de s'expliquer avec Gust. Celle-ci secoua la tête, résignée, se passant une main dans ses cheveux humides.

La fine pluie qui tombait sur le village avait eu pour effet de dissiper le brouillard mais les lourds nuages qui s'amassaient au-dessus de leurs têtes ne présageaient vraiment rien de bon. Elle soupira.

_ Je crois qu'on a plus vraiment le choix. Il va falloir qu'on trouve une voiture.

_ Et pour aller où ? Ironisa Ed tandis qu'ils se mettaient en route, chacun rabattant sa capuche pour se protéger de l'eau. A Ravenberg ? Je croyais que les routes étaient condamnées.

_ J'ai dit que certaines l'étaient et que ça allait nous ralentir, déclara sèchement Helena, se raidissant sensiblement. Et que les conditions météo ne nous étaient pas favorables pour prendre la route. Mais tu vois une autre solution ?

_ Y en aurait eu une si tu n'avais pas essayé de casser la gueule à ce pauvre mec tout à l'heure.

_ Je n'ai pas…! s'emporta violemment Helena avant de se reprendre tout aussi brusquement. Alphonse leva mentalement les yeux au ciel. Il ne devait pas avoir été si convainquant que ça en fin de compte.

_ On va partir tout de suite, décida Helena fermement. On trouvera bien un refuge sur la route. Et puis, tu es bien le Fullmetal non ? Tu devrais être capable de nous faire un abri avec des matériaux de base.

_ Tu me prends pour une bille ou quoi ? Bien sûr que j'en suis capable.

_ Eh bien voilà, la question est réglée. Allons-y.

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L'homme qui tenait le garage était un villageois sec et peu aimable, qui considéra les Elric d'un œil torve en s'essuyant les mains sur un torchon plein de graisse, remettant plus de crasse qu'il n'en enlevait réellement. Helena avait décidé de rester à l'écart, hors de la vue du bonhomme et la transaction s'était déroulée comme sur des roulettes –Gust s'était d'ailleurs étranglée sur le prix lorsqu'Alphonse était revenu la chercher. Ils se tenaient maintenant tous les trois devant un vieux tacot rouillé dont la capote de cuir était percée de trous, la carrosserie grisâtre dans un état plus que douteux et l'intérieur tout aussi miteux. Helena fit lentement le tour du véhicule, fronçant les sourcils.

_ J'espère que ça tiendra jusqu'à Ravenberg, marmonna-t-elle. Une telle ruine…

D'un geste ferme et habitué, elle souleva le lourd capot sans effort, jetant un coup d'œil au moteur relativement neuf compte tenu de l'épave qui l'abritait. Alphonse la regardait faire, intrigué et curieux, tandis qu'Edward inspectait la banquette arrière, testant les sièges de la main.

_ Tu ne seras pas trop à l'étroit Al ? Demanda-t-il à son cadet en se redressant. L'armure sourit mentalement et hocha négativement sa grosse tête.

_ Je suis sûr que ce sera très bien, regarde.

Pour prouver ses dires, il entra dans la voiture qui s'affaissa lourdement sous son poids. Edward se recula vivement, surpris et Helena se prit le haut du capot ouvert sur le sommet du crâne, poussant un glapissement de douleur. Le pneu arrière droit éclata d'un coup et le deuxième se retrouva sur la jante.

Alphonse resta immobile dans l'habitacle alors que les deux autres le fixèrent, interdits, Helena se frottant la tête. Elle soupira.

_ On n'est pas encore partis…

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Elle avait tort néanmoins, car moins de 5 minutes plus tard, leur voiture était réparée et de nouveau prête à l'emploi grâce aux talents d'Edward. Si Helena s'étonnait de ne pas le voir utiliser de cercles de transmutation, elle ne dit rien –sans doute pensait-elle qu'il avait inscrit un cercle quelque part sur ses gants, à l'intérieur de la doublure peut-être ? –toujours est-il que cela fut d'un grand soulagement pour le Fullmetal. Il n'avait pas la moindre envie de confier à Gust la raison de ses aptitudes hors du commun.

Il contempla son œuvre, les mains sur les hanches, pas peu fier. Au moins ça, c'était du costaud Made in Elric ! Alphonse entra doucement à l'intérieur, de crainte de causer un nouveau malheur sans le vouloir et il laissa échapper un soupir de soulagement métallique en constatant que si la voiture s'affaissait un peu sous son poids, elle ne cédait pas. Helena casa son sac à l'arrière, aux pieds de l'armure et grimpa sur le siège du conducteur. Edward la regarda un moment, puis plaça également ses affaires avec son frère et constata par la même occasion qu'il occupait toute la banquette arrière.

Ce qui le forçait à se mettre devant, à la place du mort, mais surtout à côté d'Helena. Le jeune blond poussa un gémissement plaintif. Helena eut un sourire narquois, ses doigts tambourinant sur le volant.

_ Tu montes avant de te noyer ?

Edward vit rouge, se mit à hurler qu'il n'était pas petit au point de mourir écrasé sous des gouttes de pluie et Alphonse du sortir de la voiture pour le forcer à se calmer, plaidant d'une voix désespérée. Dans la voiture, Gust rigolait toute seule, petite vengeance sans doute mais qui n'améliorait pas ses relations avec le Fullmetal. Fallait avouer que le gamin avait un peu poussé et qu'il était décidément trop amusant de le taquiner. Elle comprenait son père lorsqu'il disait ne plus pouvoir s'en passer, c'était presque euphorisant.

A grand renfort de « calme toi grand frère, ce n'est pas ce qu'elle voulait dire. » Al réussi finalement à faire entrer l'ainé des Elric dans le véhicule. Boudeur, rageur, il tourna résolument le dos à Helena qui sourit un peu, mesquine avant de mettre le contact. Alphonse se glissa tant bien que mal à l'arrière, claquant la porte un peu rudement si bien qu'il crut qu'elle allait s'écrouler par terre.

_ T'as déjà conduit au moins ? Lâcha Ed à la jeune femme tandis qu'elle enclenchait les essuie-glaces, balayant les gouttes de pluie qui se faisaient plus drues. Elle haussa les épaules, alluma les feux et fit marche arrière.

_ A ton avis ? Ironisa-t-elle en les faisant sortir du village rapidement. Ils s'engagèrent sur une route de terre un peu cahoteuse. Roy sait bien que pas un de vous ne conduit, il fallait bien un adulte dans l'équipe.

Ed ronchonna mais ne répliqua pas, croisant les bras et s'appuya contre la vitre. Le fait qu'elle employât le prénom de son supérieur au lieu de son grade le gênait un peu. C'était comme si elle franchissait une limite invisble et l'entrainait surnoisement à sa suite. Désireux de s'occuper l'esprit et de ne pas fixer Gust plus que nécessaire, le Fullmetal regarda passer le paysage pendant un temps qui lui sembla indéfini.

Helena ne conduisait pas trop mal compte tenu de l'état de la route, preuve qu'elle n'en était pas à sa première virée en voiture dans ce genre de coin perdu et gardait le regard fixé sur la route devant eux, plissant les yeux à travers le rideau de pluie qui s'était nettement intensifié depuis qu'ils étaient partis. Alphonse ne disait rien, il avait réussi à extirper un livre du sac de son frère et le consultait distraitement. A chaque chaos un peu trop prononcé, il se cognait le heaume dans le toit de leur véhicule en émettant un bruit de ferraille désagréable et s'excusait. Bercé par le ronronnement de l'auto et de la chaleur qui envahissait l'habitacle –Helena y était sans doute pour quelque chose, la voiture était dépourvue de chauffage et l'armure vide de son cadet ne produisait aucune chaleur. Plutôt mourir que de la remercier –Edward finit par s'endormir en songeant à une pile de tartines géantes et un grand bol de chocolat dans lequel il se plongeait avec délectation.


Voila!C'est fini pour ce chapitre! Je metterais le prochain quand j'aurais les résultats du deuxième semestre, vous n'aurez sans doute pas à attendre très longtemps.

(*) Une fois de plus, il s'agit d'une traduction google, alors l'exactitude...enfin, "Murkha" c'est donc "crétin". Il n'a pas réussi à me trouver "connard" alors... Eh oui, ça arrive à tout le monde de péter royalement un cable.

A la demande d'Inkbox, j'ai fait un rapide croquis du cercle qu'utilise Helena. Les informations sont fournies avec, mais si vous avez d'autres questions le concernant, je serais ravie d'y répondre. N'oubliez pas le http, et pensez à enlever les parenthèses, suivez le lien sur mon profil. naemir(.)deviantart(.)com/art/Helena-s-circle-FMA-210039631

Sur ce, merci beaucoup et au prochain chapitre!