Chose promise...chose due. Même si je n'ai plus de chapitre d'avance, je passe mes rattrapages et ensuite je m'y remet, ça vous va? ^^
Eh bien, commençons par un grand bonjour et merci beaucoup aux lecteurs qui prennent le temps de s'arrêter sur ces modestes pages. Meldy, merci pour les encouragements! Encore un coup pour mes autres rattrapages (j'ai décidé de tous les faire je crois...) Oui, mais c'est bon aussi de péter une durite de temps en temps...et Ed a toujours été un pet...jeune homme très nerveux. ^^
Inkbox, toujours aussi explosive! Je te remercie beaucoup et espère que ce chapitre te plaira, comme il plaira aux autres.
bonne lecture.
Ed se réveilla brusquement, se redressant d'un coup. Le silence soudain l'avait surpris et il cligna plusieurs fois des yeux avant d'ajuster sa vison. Autour de lui, tout était plongé dans la pénombre, un étrange flou grisâtre qui lui indiquait que la journée tirait à sa fin et qu'il avait dormi une bonne partie de l'après-midi. La pluie martelait doucement la carrosserie, beaucoup plus discrète maintenant. Tournant la tête, il vit Helena, avachit sur le volant, parfaitement immobile.
Une vague de panique l'envahit et il se dressa vivement. Avaient-ils eu un accident ? Elle était blessée ? Où était Alphonse ? Pivotant bruyamment vers l'arrière, il ouvrit la bouche pour appeler son cadet, lequel leva le nez de son bouquin, surpris.
_ Ed ! Chuchota-t-il. Tu es réveillé !
_ Al, qu'est ce qui se passe ? Pourquoi on s'est arrêté, y a eu un problème ?
L'ainé Elric entendit parfaitement le sourire amusé dans la voix de son frère qui lui répondit simplement qu'Helena s'était arrêtée pour se reposer un peu. Ah. Donc elle n'était pas morte. Edward ignorait s'il devait s'en réjouir (après tout, elle était la seule à savoir conduire) ou bien se lamenter.
_ Tu comprends, poursuivit Alphonse, toujours à voix basse. Ça va bientôt faire 4h qu'on roule.
_ Ah bon ? Et on est encore loin ? Parce que mine de rien je commence à avoir franchement la dalle. Si elle n'avait pas ouvert sa gueule à l'auberge aussi…
_ Y a des fruits secs et du pain dans ma sacoche…marmonna soudain la jeune femme, le visage encore enfouit dans ses bras repliés, les faisant sursauter.
Grognant, elle se redressa et se frotta les yeux du dos de la main. Des cernes violets mangeaient ses joues et elle se gratta le front en étouffant un bâillement. Presque aussitôt, une quinte de toux suivit.
_ Vous vous êtes suffisamment reposée Mlle Lewin ? Demanda Alphonse, soucieux. Cela ne faisait qu'une demi-heure à peine qu'ils s'étaient arrêtés sur le bas-côté près d'un épais bosquet qui les cachait du vent et les coupait un peu de l'averse.
_ Non. Il nous reste encore 6h de trajet Fullmetal, informa la jeune femme en relançant le contact. Et vue la visibilité, je pense qu'il devient urgent de trouver un refuge ou quoique ce soit d'autre pour nous abriter.
_ Ah ça, c'était encore une judicieuse idée de prendre la route par ce temps.
_ J'ai dit que j'étais désolée, ça ne te suffit pas ? Et puis, plaints toi, tu n'as fait que dormir depuis que nous sommes partis.
_ Tu voulais que je fasse quoi d'autre ? La causette ?
_ Mmf. J'oubliais que les enfants avaient besoin de beaucoup de sommeil pour être en forme…
_ JE NE SUIS PAS UN ENFANT !
_ Pitié ! Plaida Alphonse alors que son frère hurlait comme s'il ne devait pas y avoir de lendemain, Helena, plus impitoyable que jamais, en rajoutait une couche. Au moins, ses vociférations avaient le mérite de la maintenir éveillée, et c'était tout ce qu'elle souhait pour le moment. Il aurait été stupide de se planter dans un arbre ou un fossé, d'autant qu'elle y voyait de moins en moins bien.
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Ils trouvèrent un baraquement miteux sur les coups de 20h, un peu à l'écart de la route, Ed rallant d'agonie depuis bientôt près d'une heure, son ventre criant famine. La petite pluie fine qui les avait accompagnés à la sortie de Vernes avait laissé place à une bonne averse qui les empêchait même de distinguer les alentours et si Alphonse n'avait pas porté son regard sur la construction de pierre au moment où ils passaient devant, ils ne l'auraient jamais vu.
Helena gara la voiture le plus près possible pour qu'ils n'aient pas à courir comme des imbéciles sous le déluge. A peine Gust avait-elle arrêté le moteur qu'Edward s'était jeté à l'extérieur, incapable de supporter une seconde de plus la présence irritante de l'alchimiste.
Le refuge était une petite bâtisse de vieilles pierres mais solides, dans laquelle il s'empressa de s'engouffrer, priant tous les dieux de la création auxquels il ne croyait pas, pour qu'aucuns voyageurs n'aient eu la même idée qu'eux. Fort heureusement, l'endroit était désert et jamais il n'avait été plus heureux de se retrouver au sec. A peine quelques secondes à l'extérieur avaient suffi pour le tremper copieusement. Il était en train de tordre méthodiquement les manches de son manteau rouge lorsque la porte se rouvrit, laissant entrer un peu d'eau et une bourrasque de vent, Alphonse portant sa valise et Helena, son sac sur la tête en guise de protection.
_ Espérons que la voiture ne s'envole pas durant la nuit, marmonna-t-elle dans une piètre tentative d'humour.
Elle posa son sac sur la table centrale et étudia la pièce rapidement. L'abri se constituait de deux parties une pièce à vivre où se tenaient une table et des chaises ainsi qu'une commode et un évier dans un coin, et une petite chambre tous juste assez grande pour contenir un lit de camp dépareillé et sans doute rongé par la vermine. Vu la couche de poussière qui trônait sur le manteau de la cheminée sur le côté gauche et les quelques meubles, personne n'était venu se réfugier ici depuis belle lurette.
Edward avait déjà le nez perdu dans le seul placard de leur retraite, gémissant douloureusement en le constatant vide à l'exception de quelques conserves si anciennes que l'intérieur disparaissait sous un voile de moisissure. Il se redressa, piteux, ses cheveux humides lui donnant un air de chien battu.
_ J'ai jamais cru au destin mais là je crois qu'il s'acharne sur nous, déclara-t-il, malheureux. Al sourit mentalement en déposant la valise sur le sol et se dirigeant vers la cheminée.
_ Mais non Grand Frère ! Regarde, on a de quoi faire un feu, c'est déjà pas mal.
_ Et si tu n'as pas tout dévoré, il doit me rester du pain et un paquet de pates, ajouta Helena en fouillant dans son sac. On ne va pas mourir de faim.
_ Parle pour toi…marmonna Ed en reprenant sa mine boudeuse.
Il ne fit cependant pas la fine bouche et ne cracha certes pas sur sa part lorsqu'après avoir rempli une gamelle d'eau et fit bouillir les pattes, Helena le servit généreusement. Alphonse s'était occupé d'allumer le feu après avoir demandé à Gust, qu'il avait vu lorgner la cheminée d'une drôle de manière, si elle voulait le faire. La jeune femme avait levé les mains, comme si elle avait peur de s'en approcher, un sourire aux lèvres.
_ Houlà, houlà ! Ça fait un moment que je ne touche plus à ces trucs-là, j'ai une fâcheuse tendance à me bruler chaque fois que je manipule une allumette ou un briquet. Ça doit être une sorte de malédiction.
_ Pour une fille dont le père est spécialiste dans le domaine, c'est franchement con, avait balancé Ed, narquois et ravi de prendre sa revanche. Helena avait haussé les épaules mais n'avait rien répondu.
Ils avaient mangé dans le calme et le silence, chacun raclant soigneusement sa fourchette contre l'assiette pour ne pas en perdre une miette. La cheminée commençait enfin à réchauffer l'atmosphère, créant une fine buée sur les fenêtres battues par la pluie qui semblait avoir redoublé de violence. Un coude posé sur la table, le menton dans le creux de la main, Helena observait pensivement l'extérieur, picorant son restant de nouilles. Elle avait eu un véritable trait de génie en embarquant deux trois boites de conserves et autres condiments avant de partir d'East City.
Elle n'avait posé aucune question, concernant l'étrange fait qu'Alphonse ne mangeait pas. Elle n'avait d'ailleurs rien dit concernant le cadet Elric et sa condition d'armure, au grand soulagement des deux frères. Si elle avait des soupçons, elle les gardait pour elle et Ed s'en voulait un peu de lui être reconnaissant pour ça. Qui disait reconnaissance disait dette et il refusait d'en avoir envers la fille de Mustang. Question de principe.
_ Bon, déclara subitement Helena, les faisant sursauter. Voyons voir la suite du programme.
Repoussant son assiette, elle fit place nette en balayant la table de ses miettes et se baissa pour prendre son sac, posé à ses pieds, en tirant une vieille carte. La posant bien à plat devant elle, la jeune femme lissa soigneusement les coins racornis. Il était amusant de voir quel soin elle apportait à la tâche. Alphonse l'avait déjà remarqué depuis qu'ils étaient partis d'East city. A chaque fois que Gust ouvrait un livre ou un dossier, elle prenait soin de ranger toutes les feuilles, de ne pas les abimer en les tordant involontairement et veillait à ne pas plier la reliure plus que nécessaire. Elle feuilletait d'abord l'ouvrage dans son ensemble avant de commencer sa lecture, le retournant entre ses mains comme un enfant le ferait avec une boite au trésor.
Pour Helena, lire était un bien précieux. C'était ce qui lui avait permis de se sortir de l'enfer, de rattraper le temps perdu lorsque Roy l'avait recueillie. Les livres étaient les clés de la connaissance et de l'évasion, ils lui faisaient oublier pour un temps ses cauchemars et replissaient son esprit d'un savoir vital. Ils étaient ses seuls amis pour ainsi dire, les plus fidèles. Enfant, elle pouvait passer des heures le nez plongé dans les pages crème d'un traité d'Alchimie ou les aventures d'un jeune voyageur un peu fou.
Son texte préféré restait sans conteste les contes de l'Est. Que de rêves avait-elle esquissés en caressant les douces pages craquelées par le temps. Riza lui avait confié le livre, souvenir de sa propre enfance et Helena en prenait le plus grand soin, encore aujourd'hui. Elle aurait aimé partir pour rencontrer les peuples du désert, se rendre à Xing pour goûter à leur étonnante culture. Ce pays plus que tout l'attirait, elle aurait été bien incapable de dire pourquoi.
Elle savait également qu'elle avait peu de chances de s'y rendre un jour.
Tapotant du doigt sur la carte déployée devant elle et les Elric, Helena leur désigna un point perdu au milieu de nulle part.
_ Nous nous rendons ici –elle déplaça son doigt qui crissa doucement sur la page pour s'arrêter quelques pouces plus loin –et nous sommes à peu près là.
_ C'est pas la porte à côté, gémit Ed que la perspective d'un voyage en auto, coincé entre la vitre et Gust, n'enchantait pas le moins du monde.
_ J'ai estimé qu'il nous restait environ 6h de trajet, déclara la jeune femme en se redressant un peu. En comptant les petite routes que nous allons emprunter.
Elle déplaça son doigt, suivant un tracé alambiqué pour leur montrer. Les deux Elric se penchèrent en même temps pour mieux observer le détour qu'ils allaient devoir faire. Edward grimaça un peu.
_ Ça nous rallonge énormément.
_ Le chef de gare a dit que la voie la plus directe était impraticable. Il faut que nous partions d'ici le plus vite possible pour arriver à Ravenberg avant la nuit. Je propose donc qu'on aille se coucher tout de suite pour partir aux premières heures demain matin.
_ Eh oh ! J'ai des tranches de sommeil à respecter moi ! Protesta Edward tandis qu'Helena rangeait ses affaires. Elle haussa un sourcil narquois, un léger sourire aux lèvres.
Alphonse se leva à son tour, repoussant bruyamment sa chaise et Ed suivit le mouvement. Helena jeta un coup d'œil à la pièce qui servait de chambre à coucher, passant la tête au-delà du rideau qui servait de porte. Elle poussa un soupir désespéré.
_ Super.
_ Quoi ?
Elle laissa passer le Fullmetal qui scruta la pièce exiguë. Avant de pousser un glapissement étranglé.
_ Nan mais je rêve ! Fulmina-t-il en agitant les bras en l'air. Alphonse suivit le mouvement et jeta un coup d'œil curieux à la pièce.
L'endroit sentait l'humidité, une unique fenêtre mal isolée sur le mur du fond, des rideaux miteux d'un brun rougeâtre du plus mauvais goût, le parquet sans doute rongé par la vermine, une chaise dans un angle, dont le cadre ne devait pas être bien solide et enfin…
Un lit.
Un seul lit alors qu'ils étaient vraisemblablement deux à devoir dormir. Une pauvre et malheureuse couchette, une couverture si mince et lamentable, un matelas quasiment plat et pas de place pour plus d'un enfant. Helena tourna les talons, revenant à la pièce principale. Elle déposa son sac au pied de la table et vira tout ce qui se trouvait dessus. Sous les yeux étonnés des Elric, elle tira une couverture militaire de sa besace –bien plus grande qu'il n'y laissait paraitre au premier abord, elle semblait avoir de quoi survivre pour une semaine là-dedans –qu'elle étendit sur le meuble avec soin. Helena plaça son sac pour se faire un oreiller et s'installa comme si de rien était, rabattant son manteau sur elle.
Alphonse et Edward en restèrent sur le cul, avant que l'armure ne se décide à demander, pas bien certain d'avoir tout saisit à ce qui venait de se passer.
_ Euh…Mlle Lewin ?
_ On part tôt demain matin, je vous conseillerais d'aller vous coucher maintenant, lança Helena, sa voix étouffée par le tissu. Ed leva un sourcil, septique.
_ Non, mais vous n'allez pas dormir ici tout de même ?
Gust soupira, se redressa sur un coude et se tourna à demi vers les deux frères qui n'avaient pas bougé d'un pouce, Ed paraissant ridiculement petit en comparaison de son cadet.
_ Je n'ai pas envie de me battre pour savoir qui prendre le lit ou quoi, alors je règle le problème inexistant. Le Fullmetal prend la chambre, Alphonse, tu fais ce que tu veux et moi je dors, merci bien.
Et elle se retourna aussi sec dans son manteau, sa tête disparaissant dans les plis du vêtement, ne laissant dépasser que son abondante chevelure châtain qui prenait d'étranges reflets roux et dorés à la lueur des flammes.
Ed la regarda un instant puis il haussa les épaules, tournant les talons. Il n'allait pas non plus la supplier pour qu'elle prenne le seul lit de ce taudis. Visiblement, son trop aimable petit frère n'avait pas la même opinion que lui. Il entra à sa suite, courroucé.
_ Ed ! Qu'est-ce que tu fais ? Tu ne vas pas la laisser dormir sur la table tout de même ?
_ Et pourquoi pas ? Je ne l'ai pas poussée que je sache.
_ Mais enfin c'est une question de bon sens et de politesse !
_ Bah la politesse, elle peut se la foutre au…
_ EDWARD !
_ Heeey ! Y en a qui voudrait dormir si ça ne vous dérange pas ! S'exclama Helena depuis l'autre pièce, de mauvaise humeur. Elle avait de quoi cela dit, et le venin dans sa voix figea le cadet Elric qui rougit mentalement comme une pivoine.
_ Désolée Mlle Lewin, s'excusa-t-il platement tandis que son frère posait ses affaires et tâtait le matelas –planche de bois aurait d'avantage convenu –d'une main, accompagnant le geste d'une grimace déçue. Le plus jeune se tourna de nouveau vers son frère après qu'Helena ait répondu avec un grognement fort peu aimable. Elle était aussi joyeuse qu'Ed au saut du lit, formidable…
L'armure gronda, mécontente.
_ Franchement tu exagères Grand-Frère, chuchota-t-il pour ne plus déranger Gust.
Ed haussa les épaules et s'allongea tout habillé, n'enlevant que son manteau dont il se servit comme couverture. Ça valait bien mieux que de prendre le tissu prévu à cet effet et sans doute infesté de vermines. Non pas qu'il ait peur de ces charmantes petites bêtes, mais tout de même.
_ Ecoute, c'est pas moi qu'ai choisi, je ne fais que me plier aux ordres.
Alphonse siffla, ironique.
_ Toi c'est bien seulement quand ça t'arrange !
_ Et tu veux que je fasse quoi là ? Que j'aille lui dire dégage je prends la table ? Non merci, elle décide de s'y mettre de son plein gré, je ne vais pas la virer. En plus, c'est de sa faute si on est là, elle avait qu'à fermer sa grande bouche à l'auberge et elle l'aurait eu, sa chambre séparée avec un vrai lit. Nous aussi d'ailleurs, grimaça-t-il en sentant une latte lui rentrer dans le dos.
Alphonse le fixa un moment, septique et indécis, puis il soupira un grand coup et s'assit précautionneusement sur le sol près de son frère. Il ne prenait pas le risque de se mettre sur l'unique chaise de la chambre de crainte de la casser. Ed, la tête appuyé sur un coude, le regardait avec un sourire amusé et affectueux. Alphonse se sentit soulagé et ravi. Son frère souriait trop peu de cette manière ces derniers temps.
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Helena poussa un grognement étouffé et se remit sur le dos. Sa gorge lui faisait un peu mal et sa migraine était revenue. Malgré sa fatigue, elle était bien en peine de trouver le sommeil et elle pensait savoir pourquoi. La jeune femme poussa un soupir, écoutant distraitement le bruit de la pluie qui battait les vitres de l'abri. Le vent s'était calmé, laissant place à une averse régulière et presque apaisante, plutôt qu'une véritable tempête. La maisonnette craquait tout autour d'elle, la rassurant quelque peu.
La table était affreusement dure et inconfortable mais Helena ne se plaignait pas trop. Entre des heures et des heures d'engueulade avec le Fullmetal pour savoir qui prendrait la chambre et coucher sur le meuble en bois, elle préférait encore la deuxième solution. Si ça n'avait tenu qu'à elle, elle en aurait profité pour éteindre le feu qui crépitait encore doucement dans la cheminée sur sa droite mais elle savait que le jeune Elric aurait sans doute protesté. Helena n'aimait pas la chaleur plus que cela. Du moins, son corps ne l'appréciait pas. Les flammes projetaient sur le plafond des ombres mouvantes qui occupait un peu son esprit en éveil. Elle avait besoin de repos pourtant, et voilà que ses stupides crises d'insomnie la reprenaient. Quelle chance elle avait décidément.
Se redressant dans le silence le plus total, l'Alchimiste se pencha sur le côté et attrapa son sac qu'elle ramena sur ses genoux. Elle farfouilla un peu, maudissant le désordre qui régnait dans la grande poche de toile. Elle écarta négligemment les sachets d'aliments desséchés qu'elle emmenait toujours pour le voyage, des fois qu'elle ne trouverait rien à se mettre sous la dent hésita sur un livre qu'elle finit par repousser au fond du sac, déplaça les quelques vêtements de rechange. Helena gronda et passa carrément la tête dans son sac. Elle se demanda vaguement ce qu'aurait pensé le Fullmetal s'il l'avait vue dans cette position. Il aurait sans doute cru qu'elle souhaitait mettre fin à ses jours…et l'aurait peut-être même aidée.
Poussant un petit grondement de satisfaction, Gust tira des profondeurs de sa besace une petite pochette de cuir. L'ouvrant d'un geste expert, elle fit glisser son doigt sur les nombreuses boites de couleur qui s'y trouvaient.
La jeune femme finit par choisir une boite bleu ciel, légèrement transparente, dont le couvercle blanc et circulaire sauta avec un petit 'plop' sonore. Elle fit glisser dans sa main une petite gélule qu'elle s'empressa de gober, espérant que cela fasse rapidement effet. Rangeant le tout, l'Alchimiste du Vent se ré-enroula dans sa couverture de fortune, fermant les yeux et priant pour que vienne le sommeil.
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Quelqu'un le secouait durement, le tenant fermement par l'épaule et Edward fut très tenté de lui foutre un coup d'auto-mail et de retourner à ses délicieux rêves de bols de nouilles. On grogna par-dessus sa tête, un vague marmonnement pas suffisamment puissant pour le tirer totalement des bras de Morphée. Se dégageant faiblement, le Fullmetal enfonça son visage dans l'oreiller crasseux.
_ Encore une minute, Al…marmonna-t-il, espérant que son frère lui lâche la grappe.
_ J'ai dit qu'on partait tôt, alors debout Fullmetal, lança brusquement la voix d'Helena, ce qui eut pour effet de lui faire ouvrir les yeux en un temps record. Ton frère m'avait prévenu que tu aimais trainasser au lit mais je n'ai pas de temps à perdre.
Elle sortit de la pièce à grands pas, le laissant un peu dérouté, assis sur son lit. Battant des paupières comme une chouette, l'adolescent gémit doucement en se plaquant les paumes sur les yeux encore bouffis de sommeil. Un rapide regard vers l'extérieur lui apprit qu'il faisait à peine jour et il gémit de plus belle. Helena était donc vraiment sans cœur.
Le jeune blond se leva de mauvaise grâce, maussade et trainant les pieds. Ses vêtements étaient froissés et lorsqu'il passa la « porte » de la chambre, il fut accueilli par une odeur du café. Alphonse se tenait vouté devant la cheminée qui crachait quelques flammes timides, suffisantes néanmoins pour faire chauffer de l'eau. Sur la table, Helena avait ressorti sa carte qu'elle étudiait avec soin, une petite cuillère à la main, touillant méthodiquement le contenu d'une tasse ébréchée.
_ Y a que du déca, lança-t-elle sans même le regarder, lui désignant vaguement les sachets de café en poudre devant elle. Y a du thé si tu préfères. Menthe.
Ed ne répondit pas et se contenta de s'assoir, attrapant lui aussi une tasse sortie sur la table. Alphonse ne tarda pas à le servir, le mettant en garde contre la chaleur et Ed versa lentement son sachet dans l'eau bouillante.
_ Si on évite les villages, on peut gagner un peu de temps, marmonna Helena en repoussant sa tasse pleine. Si je coupe par ici…faut espérer que ce n'est pas bloqué…
Les deux Elric s'entreregardèrent puis Alphonse demanda à son ainé s'il avait bien dormis.
_ Comme un loir, rétorqua Ed. Jusqu'au moment où une espèce de sorcière à juger bon de me tirer du lit.
Helena ne réagit même pas, buvant sa tasse d'une traite avant de se reverser un sachet de déca et de l'eau.
_ T'espérais tout de même pas faire la grasse matinée Fullmetal. On est en mission je te signale.
_ Et faut toujours se lever aux aurores dans tes missions ? Je plains tes coéquipiers.
_ Le dernier en date est mort parce qu'il a fait la bêtise de s'endormir au mauvais endroit un peu trop longtemps, répondit froidement la jeune femme sans les regarder. Fais ce que tu veux quand tu es seul mais tant que tu restes avec moi, il est hors de question que tu passes l'arme à gauche sans mon autorisation.
L'annonce jeta un net froid et Ed résista à l'envie morbide de lui demander ce qui s'était passé. Le visage plus dur qu'auparavant, Helena finit son café à peine prêt et se leva, attrapant son sac.
_ Allez, on y va.
Elle plia la carte et leva la main en direction du feu qui mourrait doucement. Un léger grincement d'auto-mail et un éclair grisâtre jaillit d'entre ses doigts tendus. Les flammes s'étouffèrent, privées d'oxygène et les quelques braises encore rougeoyantes se prirent le restant de la casserole sur le nez. Lançant à la cheminée une sorte de regard satisfait, comme si elle la défiait de se rallumer, Helena tourna les talons et sortit de l'abri sans un regard pour les frères Elric.
Les deux jeunes gens se regardèrent puis Ed soupira et posa la tasse dans le placard où il l'avait trouvée la veille. Alphonse ramassa leurs affaires et ils se hâtèrent de sortir lorsqu'ils entendirent le moteur de leur voiture vrombir.
La pluie s'était enfin arrêtée et flottait désormais sur les plaines alentours une brume blanche et humide, faiblement éclairée par un soleil timide et rougeâtre. Les contours des collines étaient noyés dans cet océan vaporeux, la route disparaissait au bout d'une vingtaine de mètre et Helena avait enclenché les phares. Elle patientait au volant, tapotant le devant de ses dents de son doigt métallique. Contrairement à Edward, qui cherchait à cacher son auto-mail par tous les moyens, ne supportant pas la vue de son pêché, Helena ne faisait pas grand cas de ce détail. Alors qu'elle semblait refuser d'en parler, le montrer ne lui posait pas le moindre problème. Etonnant.
Elle baissa la vitre avant.
_ Eh bien ! Vous voulez passer le restant de vos vacances ici ou quoi ?
Les Elric s'empressèrent d'obtempérer.
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La matinée passa longuement, la voiture avançait à deux à l'heure, Helena restait silencieuse, Ed regardait la carte sans plus la voir et Al le paysage, toujours aussi monotone. Des plaines et des collines, quelques arbres rachitiques, même pas une habitation depuis plus de 20 lieux. Le vide. Perdu dans le brouillard qui s'épaississait à vue d'œil et laissait des gouttelettes d'eau sur le pare-brise rayé. L'habitacle était agréablement chauffé, œuvre de Gust qui avait collé une feuille pourvu d'un cercle alchimique sur le plafond. Ed l'avait étudié avec intérêt, espérant en savoir plus sur son Alchimie tout en faisant mine de ne pas s'y intéresser. La route cahoteuse serpentait entre les douces pentes herbeuses, faisant tours et détours. Helena devait habilement manœuvrer pour éviter les effroyables nids de poule qui creusaient la route de terre et les énormes pavasses qui parfois se dressaient au milieu du chemin, sans doute emportées là par quelques pluies torrentielles, caractéristique de la région.
Vers midi, le soleil apparut vaguement de l'autre côté des énormes nuages gris et ils s'arrêtèrent pour manger. Enfin, Ed dévora littéralement le dernier sandwich qu'avait emmené Helena et la jeune femme s'autorisa une brève sieste de vingt minutes, la tête appuyée contre le dossier de son siège et la bouche légèrement ouverte. Sa nuit n'avait pas été si réparatrice qu'elle l'aurait souhaité et de gros cernes rongeaient le dessous de ses yeux, lui donnant un air grave qui ferait presque peur. Il restait encore une à deux heures de route, Helena ayant dû faire un détour imprévu après avoir bifurqué dans la mauvaise direction, une centaine de kilomètres plus haut. Ce qui avait d'ailleurs brisé le silence tendu dans la voiture, puisse que les deux Alchimistes d'Etat s'étaient encore pris la tête à ce propos. N'était-ce pas Ed qui tenait la carte après tout ? Ils avaient perdu plus d'une bonne heure pour faire demi-tour et retrouver leur chemin, et une autre encore quand ils avaient dû contourner une grande coulée de boue. Edward avait bien essayé de passer l'obstacle à coups alchimiques mais il s'était vite avéré que l'autre côté de la route était tout aussi abimé que le monticule visqueux et glissant qu'ils avaient devant eux et que refaire une voie correcte prendrait bien plus de temps que de passer à côté.
Le brouillard les ralentissait nettement et au bout d'une vingtaine de kilomètres après être repartis de leur pause déjeuner, Helena arrêta la voiture, excédée. La vision réduite ne lui allait pas, elle devait ralentir outrageusement son allure et cela commençait sérieusement à l'agacer. Elle avait cru que les brumes finiraient par s'estomper à mesure que la journée progressait mais elle ne savait pas par quel miracle ce n'était pas le cas. Autant dans les premières heures, cette gêne avait été très légère et elle se débrouillait plutôt bien pour passer outre, autant maintenant, les nerfs de Gust lâchaient proprement.
_ Tu fais quoi ? Demanda sèchement Ed en la voyant déboucler sa ceinture de sécurité. La brune ouvrit violement la portière, y mettant tout son énervement et sortit à l'extérieur. Attrapant ses mitaines dans sa poche intérieure, elle les enfila et tendit les deux mains sur les côtés, comme si elle s'apprêtait à sauter d'un pont. Ed se pencha un peu en avant, avide de voir ce qu'elle allait leur faire, et Alphonse dans son dos fit de même, avec beaucoup moins de discrétion compte tenu de sa bruyante armure.
Respirant un coup, Helena écarta ses doigts puis sembla attraper quelque chose, comme un tissu, qu'elle rabattit brusquement devant elle. Ses mitaines brillèrent fortement, d'une violente lueur grise un peu sinistre et un monstrueux souffle de vent fusa devant elle. La brume se déchira en deux, formant comme un rempart blanc qui s'éleva sur un mètre avant d'être sauvagement repoussée par une autre rafale. Agitant les bras, les balançant comme une danseuse, Helena manœuvra encore une dizaine de secondes jusqu'à temps que la route soit dégagée sur quelques centaines de mètres. La jeune femme plissa les yeux, une main en visière, notant avec une moue agacée que cela ne durerait pas éternellement.
Grondant, elle retourna dans la voiture, attrapa son sac et en sortit une feuille et un crayon. Elle traça rapidement un simple cercle barré d'un trait et un triangle pointant vers le haut qui l'englobait. Elle ajouta deux autres cercles pour concentrer la puissance et tendit la feuille à Edward qui sursauta, surpris.
_ Dès que ça retombe, tu actives ça. Ça devrait nous dégager la route au fur et à mesure. Tu te mets à la fenêtre surtout, sinon ça risque de pulvériser l'intérieur de la voiture et je n'y tiens pas, vu le prix qu'elle m'a coûté.
Le Fullmetal observa un instant la feuille, étonné par la simplicité du cercle qu'employait Helena, puis il haussa les épaules.
_ Ok.
Gust eut un petit sourire en coin et redémarra le véhicule, s'engageant rapidement sur la voie maintenant claire. A l'arrière, Alphonse se pencha vers son frère pour lui aussi examiner le papier.
_ Vos cercles sont très basiques en fait, nota-t-il avec grand intérêt. Tout comme son ainé, il était désireux d'apprendre le plus possible au sujet de l'Alchimie. Et il était fascinant de découvrir de nouvelles possibilités avec des cercles enfantins.
Helena lui sourit gentiment dans le rétroviseur intérieur.
_ Ce n'est pas le cercle qui fait tout le travail. La plupart des Alchimistes d'Etat utilisent des cercles très simples, assez rapides à tracer en cas de besoin. Mon Alchimie ne manipule pas tant d'éléments que ça, c'est pour cette raison que les cercles semblent pauvres.
_ Pourtant vous parvenez à faire des choses impressionnantes, remarque Al qui se repositionna pour mieux voix les deux autres.
Helena rigola doucement.
_ C'est juste une question d'entrainement. Le symbole de « l'esprit » joue beaucoup aussi, ça me permet d'avoir un grand contrôle sur mes transmutations. Elle désigna le cercle barré puis montra ses gants au plus jeune. Avec « l'eau » et le « feu », je gère la puissance, la force et la portée du souffle. Elle leur désigna successivement tous les symboles qu'elle énonçait. Ensuite, c'est plus une gymnastique mentale qu'autre chose. Ça demande pas mal de boulot pour pouvoir avoir un résultat pareil.
_ Ça pourrait être intéressant d'essayer un jour, quand penses-tu Grand Frère ?
Ed haussa les épaules, essayant de ne pas paraître trop concerné.
_ Quand on en aura fini avec cette mission, si ça peut te faire plaisir…
Alphonse sourit mentalement, se retenant de hurler sa joie enfantine à l'idée que lui et son frère se lancent dans de nouvelles recherches, n'ayant pas de rapport direct avec la Pierre. Il était bon parfois de traiter d'autre chose que ce maudit objet introuvable.
_ Je vous donnerais quelques bouquins sur le sujet si ça vous intéresse, fit Helena d'une voix douce, ne cherchant pas à s'imposer et à faire croire à Edward qu'elle voulait se montrer gentille avec lui d'une quelconque façon.
Raté, le plus jeune lui lança un regard noir, ouvrant la bouche pour décliner sa proposition mais Alphonse le coupa avant, enthousiaste.
_ Ce serait très aimable à vous Mlle Lewin ! Si ça ne vous dérange pas bien sûr, ajouta-t-il, un peu timidement, conscient de s'être un peu emporté. Helena rit franchement et cela étonna les frères Elric.
Depuis qu'ils étaient partis, ils ne l'avaient pas entendu rire comme ça, de manière un peu sauvage mais sincère, amusée mais pas mesquine. Elle sourit, semblant soudain ravie, presque heureuse.
_ Bien sûr que non, ça ne me dérange pas, puisse que je te le propose. Au contraire, je suis flattée. Après tout, vous êtes tous les deux connus comme étant de grands Alchimistes, je ne pensais pas que mes livres vieillots vous intéresseraient.
_ C'est Al que ça intéresse, corrigea sèchement Ed, de mauvaise foi. Pas moi.
Helena eut un sourire en coin, pas dupe mais se gardant bien de lui en faire la remarque. L'atmosphère c'était allégée agréablement, elle n'avait pas envie d'y mettre fin si stupidement.
_ Si tu veux, concéda-t-elle. Tiens, transmute donc un peu, le brouillard retombe.
Ed marmonna dans sa barbe comme quoi il n'avait pas à suivre ses ordres mais il obéit, curieux de voir qu'elle effet cela faisait, de contrôler le vent. Il ouvrit la fenêtre, conscient qu'Helena le surveillait du coin de l'œil.
_ Sors la tête, conseilla-t-elle. Et fait attention au recul.
_ Ouais, ouais, c'est ça…
Helena haussa les épaules et le laissa faire à sa guise. Il apprendrait bien assez tôt de toute façon. Edward se sentit un peu ridicule de brandir une feuille de papier par la fenêtre mais il s'exécuta néanmoins. Effleurant le dessin du bout des doigts, il activa le cercle qui brilla d'une douce lumière grise, comme peu de temps auparavant.
Un inquiétant sifflement retentit et presque instantanément, une colonne de vent, directement jaillit de l'endroit où il se tenait, déchira d'un coup la bande de brume en face d'eux. Surpris par la puissance qui se dégagea de la transmutation, Ed se retrouva propulsé en arrière contre Helena qui éclata de nouveau de rire en le retenant. La lumière grise mourut et l'adolescent se releva, les cheveux en pagailles, ahurit. Alphonse applaudit, ravi.
_ Quelle puissance !
_ Alors, j'avais pas raison à propos du recul ? Se moqua doucement Helena en reprenant le volant.
_ Oh, ça va hein ! Bouda Edward comme un enfant. Helena rit avant de se mettre méchamment à tousser. Alphonse fronça mentalement les sourcils tandis qu'elle mettait un poing devant sa bouche pour étouffer le bruit qu'elle faisait.
_ Mlle Lewin ?
_ Ça va, ça va, le rassura-t-elle en respirant un coup. Elle toussa un peu et renifla. J'ai dû attraper froid, ce n'est pas très grave.
Alphonse ne fut pas convaincu mais choisit de se taire tandis qu'Edward lançait une pique moqueuse. Les deux Alchimistes se chamaillèrent un peu, moins méchamment que d'ordinaire et ils continuèrent leur route.
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Helena gara la voiture sur le bas-côté et Ed ouvrit la portière, s'extirpant du véhicule avec un grognement de fatigue. Il fit craquer son dos, heureux de se dégourdir enfin les jambes. Froissant le papier qui leur avait ouvert la voie et le fourrant au fond de sa poche, il observa curieusement les alentours.
Une petite pancarte de bois, rongée par les vers et branlante sur son piquet, annonçait le début du village de Ravenberg. De la ville en elle-même, il ne distinguait pas grand-chose. Les nuages lourds et bas, annonciateurs d'orage (le temps était-il autrement que pluvieux dans cette région ?) voilaient la lumière du soleil et le brouillard toujours présent sur les plaines avait pris des teintes grisâtres et presque bleutées. Un chemin de terre, tout juste assez large pour laisser passer leur voiture et bordé de profondes ornières (ce qui laissait à penser que les charrettes passaient plus souvent que les automobiles dans le petit patelin), serpentait à travers la campagne jusqu'à la silhouette austère de Ravenberg.
Ed apercevait la haute forme du clocher, froide flèche de pierre qui s'élevait au-dessus des bâtiments alentours, des maisons basses et nombreuses. Il allait sans dire que Ravenberg était un bien plus gros village que Vernes et selon Helena, on pouvait même le qualifier de ville. Dans cette partie de pays, le relief était un peu plus prononcé, à mesure qu'ils se rapprochaient des montagnes de Briggs et Ravenberg se tenait dans une cuvette naturelle, accolée à une façade de pierre, minuscule mont de quelques kilomètres à peine, couvert de conifères sur la partie la plus basse, se transformant progressivement en barrière rocheuse. Quelques arrêtes pointaient ici et là au milieu de la forêt qui y poussait, tranchant sur le noir des arbres, vestiges d'une falaise jadis bien plus haute.
Ed se tourna vers Helena, qui observait avec intérêt le trajet qu'ils avaient parcouru. A mesure qu'ils s'étaient rapprochés du village, avaient commencé à apparaitre des champs cultivés, des constructions noyées dans la brume qui devaient être vraisemblablement des fermes, quelques terrains pour les bêtes et autres petits bois touffus. Ravenberg était plantée au beau milieu d'une zone agricole et formait une plaque majeure du commerce local. Le pâté de lapin en était d'ailleurs une des spécialités.
Gust soupira. Cette région était vaste et les informations qu'ils possédaient à son propos étaient minces. En repensant au dossier, elle se dit que leurs recherches allaient principalement devoir se porter sur tous les paysans du coin, dispatchés on ne savait où, à plusieurs lieux d'intervalle. Elle qui espérait que tout ceci serait vite terminé…
Coincer le ou les responsables de ces disparitions n'était bien évidement pas leur unique objectif. Si les filles étaient encore en vie, ils devaient tout faire pour les retrouver, et si le pire –et le plus vraisemblable- s'était produit pour ces malheureuses, au moins rendre leur corps aux familles. Et comment retrouver une dizaine de jeunes filles blondes dans un périmètre aussi vaste, avec si peu de précisions quant à leurs disparitions ? Helena pouvait se vanter d'avoir connu des missions difficiles et celle-ci avait un excellent classement.
_ T'es sûre que c'est ici ? demanda Ed, une pointe de scepticisme et peut-être aussi d'angoisse dans la voix. Ce village lui donnait des frissons, un mauvais pressentiment lui nouait les tripes et son instinct avait souvent eu raison par le passé. Sauf peut-être en ce qui concernait la transmutation de sa mère, mais il était jeune à l'époque, et si emballé par ce projet insensé.
Là, il avait beau dire, la perspective de passer un temps indéterminé dans ce trou à rats ne l'emballait pas plus que ça. Helena lui renvoya un sourire moqueur, appuyée sur le toit de la voiture. Alphonse avait choisi de ne pas sortir, d'une part parce que c'était profondément inutile et que les deux autres n'allaient pas tarder à rentrer, ensuite parce qu'il n'était pas certain que leur véhicule supporterait une « pression-surpression » après ce qu'il avait vécu. Venir jusqu'à cette ville de malheur avait été tout un festival, les routes de campagne étaient si mauvais état. L'armure ne comptait plus toutes les fois où son heaume s'était coincé dans le toit du véhicule.
_ C'est toi qui tenait la carte Fullmetal, rétorqua Helena en revenant derrière le volant. Et tu as le panneau sous le nez, que te faut-il de plus ?
Edward ronchonna mais ne dit rien et grimpa à ses côtés en boudant. Helena fit repartir la voiture et ils passèrent sagement la plaque de bois, s'engageant sur le chemin qui menait à Ravenberg.
Non sans une certaine appréhension.
Tinlin! Ils arrivent à Ravenberg...Le nom de cette ville est totalement inventé et j'ai eu du mal à le trouver je dois dire. Je voulais que ça sonne un peu, disons, allemand et pendant un moment, Ravenberg avait effectivement le nom d'un petit village du nord de l'Allemagne. Finalement, j'ai opté pour quelque chose de totalement introuvable sur les cartes (en toute logique, si jamais vous habitez Ravenberg et bien...bonjour chez vous et pis désolée de vous emprunter votre village)
Dessin Helena:/naemir(.)deviantart(.)com/#/d3ij23p on enlève les parenthèses et on met http au début.^^ à la prochaine.
