Vous l'attendiez plus je suis sure...je suis une auteur irresponsable, vraiment, énormement d'attente et un chapitre encore un peu stagnant. Pour ma défense, j'ai plus de boulot que je ne le pensais et...et bien, ma politique étant de toujours remettre à demain ce que je peux faire le jour même...voyez ce que ça donne.

Je ne m'étale pas davantage et vous laisse lire. Un grand merci aux reviews, pardonnez moi une fois de plus.


On lui avait souvent claqué la porte au nez, presque aussi fréquemment qu'à ces colporteurs insistants, si ce n'était plus mais Helena devait avouer que dans le cas présent, cela relevait de l'absurde. Elle avait à peine frappé que déjà on lui ordonnait de vider les lieux, ne lui laissant pas même le temps de s'exprimer sur le pourquoi du comment. Le seul à avoir entrebâillé la porte l'avait refermée aussi sec en marmonnant une série de bénédictions visant à purifier son âme vile et souillée.

Les rues s'étaient peu à peu remplies depuis que les Elric et elle s'étaient séparés pour mener à bien leurs recherches, lui prouvant par la même occasion que non Ravenberg n'était pas un village fantôme malgré les apparences foutrement trompeuses. Le marché quotidien s'était installé sur la place centrale du village, un brouhaha vif et joyeux qui s'élevait au-dessus des toits maussades, se répandant dans les rues et les allées, réveillant les habitants et les rares voyageurs. Ce n'était pas pour autant qu'Helena appréciait la petite ville une fois tirée de sa gangue de sommeil. C'était peut-être même pire. Au milieu des villageois, la jeune femme avait davantage le sentiment de passer pour un monstre terriblement terrifiant plutôt que pour une simple touriste étrangère. A moins qu'elle n'ait réussi à développer une sorte d'Alchimie inédite agissant comme un repoussoir à individus. Parce qu'un périmètre de vide si parfait autour d'elle, ça ne pouvait pas être naturel.

L'Alchimiste ne pouvait pas prétendre que ce genre de situation irritante qui mettait à mal ses pauvres nerfs, ne lui était jamais arrivé. Même dans le Centre, elle était souvent considérée d'un air dégouté savamment dissimulé. Dans les contrées reculées comme celle-ci, où les gens basanés étaient aussi nombreux que des cheveux sur le crâne d'un chauve, elle était crainte, œuvre du Malin lui-même pour les plus superstitieux (comme c'était visiblement le cas ici), ou tout simplement porteuse de trop de souvenirs douloureux. Bien que son teint soit bien loin du mat des Ishbals et ses yeux d'un joli bleu foncé, il arrivait régulièrement qu'on la fixe comme une lépreuse et qu'on l'insulte pour ce qu'elle n'était pas. La plupart du temps, elle laissait passer sans rien dire, après tout, répondre aux provocations ne ferait que donner satisfaction à ceux qui les lui lançaient, chose qu'elle refusait catégoriquement. Elle avait sa fierté et les mots, bien qu'agressifs, ne l'atteignaient plus depuis longtemps. Pour aller de l'avant, elle devait les oublier, ce qu'elle faisait à merveille.

Dans le sud, elle n'avait jamais ce genre de problème. Les gens étaient naturellement basanés et c'était toujours un réel plaisir que de se rendre dans les régions un peu plus chaudes. Même si son corps n'était jamais tout à fait d'accord avec elle sur ce point.

Helena soupira, se passant une main dans les cheveux, repoussant loin de son visage les mèches qui lui tombaient devant les yeux. Pourquoi pressentait-elle que cette satanée enquête serait plus longue que prévue ? Si les habitants refusaient de coopérer, il était clair qu'ils en auraient pour des semaines. Landers avait dit qu'il leur faudrait un peu de temps pour s'accoutumer à leur présence dans le village, la brune voulait bien se montrer patiente mais il y avait des limites à tout ! N'était-ce pas eux qui étaient venus quémander leur aide bon sang ? A quoi rimait tout ceci ?

Rageuse, elle shoota dans un caillou, s'attirant le regard noir d'un homme en uniforme de minier. Helena leva un sourcil tandis qu'il passait près d'elle, laissant dans son sillage une aura hostile. Landers n'avait-il pas dit hier que la mine était fermée pour cause de réparations ? Si tant soi peu qu'on puisse « réparer » une mine. Il lui faudrait jeter un coup d'œil là-dessus également, il était étonnant qu'aucun des rapports ne mentionne l'existence de cette exploitation.

Reprenant finalement le chemin de leur hôtel, Helena renonça à tester une autre adresse, sachant qu'elle obtiendrait le même résultat qu'avec les précédentes. Elle espérait seulement que les Elric avaient eu plus de chance qu'elle.

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_ Merci beaucoup Madame. Soyez certains que nous ferons notre possible pour vous ramener votre fille.

Edward s'inclina un peu devant le couple sur le pas de la porte qui le regardait, les larmes aux yeux. La femme serait un mouchoir contre elle et son mari, un bras passé autour de sa taille, défiait le petit blond de leur mentir.

En retrait dans l'allée, Alphonse observait son frère. Ils venaient de sonner à la dernière porte de leur liste et une fois de plus, l'armure avait dû rester un peu à l'écart pour ne pas effrayer les villageois. Il semblait cependant qu'il attirait plus les regards surpris et curieux que clairement malsain mais les gens étaient encore mal à l'aise en sa présence et c'était bien normal. Edward remercia encore une fois le couple pour leur avoir accordé cette petite entrevue et revint vers son cadet en remettant dans son manteau, son petit carnet de notes en cuir noir.

Leur tournée c'était plutôt bien passé, les habitants avaient été assez coopératifs et Edward s'était montré d'un calme et d'une patience que le plus jeune ne lui connaissait pas. Evidemment, Ed était capable de l'être, seulement, il faisait rarement d'effort à ce sujet et vu comment était partie cette histoire, l'armure s'était attendu à un peu plus de résistance de sa part. Finalement, il s'était trompé, Ed avait mené ses petits interrogatoires d'une main de maitre et s'étaient satisfaits qu'ils se dirigèrent vers l'hôtel, lieu de rendez-vous avec Gust.

_ On n'aura pas appris grand-chose de plus, nota le blond en relisant ses notes tout en marchant, son armure de frère sur les talons. Les dépositions des familles sont vraiment les mêmes que dans les dossiers qu'on a reçu.

_ Dis comme ça, on dirait qu'ils récitent un texte savamment appris.

_ Je dirais davantage qu'il ne s'est rien passé depuis qui nécessite qu'ils changent leurs affirmations. De toute façon, on ne pourra rien en tirer de plus.

_ Tu crois que Mlle Lewin a fini ?

_ Elle a plutôt intérêt, j'ai faim et je n'ai pas envie de l'attendre. J'espère au moins que la carte n'est pas mauvaise dans cet hôtel. J'ai pas repéré de resto dans ce bled, tu as fait attention toi ?

Alphonse leva mentalement les yeux au ciel. La nourriture et son frère, une grande histoire d'amour. Il se demandait comment, avec son gabarit, Edward pouvait manger de telles quantités sans prendre un gramme. Winry en était jalouse et Ed aimait la taquiner à ce sujet. Le jeune Alchimiste d'Etat ne s'était jamais vraiment posé la question, ils voyaient beaucoup, marchaient sans cesse, il était donc normalement pour lui de ne garder une once de graisse.

Les frères Elric rentrèrent en discutant joyeusement. Le marché se terminait sur la place principale et ils croisèrent plus de monde en l'espace de quelques minutes, rentrant des courses, que depuis qu'ils avaient débarqués dans le village. Alphonse attirait de nombreux regards, tantôt effrayés, tantôt curieux, voire même admiratif pour une petite fille en jupe qui ouvrait de grands yeux ronds. Habitué, Al ne réagit pas, se tassant peut-être un peu sur lui-même en pensant à prendre moins d'espace, avant de se redresser bruyamment, coupant son frère au milieu d'une phrase.

_ Quoi ?

_ C'est pas le Major Lewin là-bas ?

Ed se tourna dans la direction qu'il indiquait, une cabine téléphonique, et repéra sur le champ la grande et maigre silhouette de l'Alchimiste du vent, pendue au combiné, s'agitant un peu. Ils s'avancèrent vers elle, remarquant qu'elle semblait légèrement remontée contre son interlocuteur au vue de la moue qui déformait ses traits. Ses paroles sèches et cassantes confirmèrent leur hypothèse lorsqu'ils se trouvèrent à côté d'elle. Elle raccrocha violement, rageuse.

_ Imbécile… ! Marmonna-t-elle en sortant de la cabine, faisant claquer la porte. Elle s'arrêta devant les frères Elric, semblant un peu surprise de les trouver là.

_ Vous avez fini ?

_ Na, on s'est dit qu'on avait mieux à faire, se moqua Ed. A qui tu téléphonais ?

_ Ça te regarde ? Claqua sèchement la brune en sortant un tube cylindrique de sa poche, en tirant une pastille blanche qu'elle goba sous leurs yeux. Edward leva un sourcil. Helena le remarqua et lui adressa un sourire narquois.

_ Pastilles pour la gorge, tu en veux ?

_ Non merci. Et ça m'étonne pas, tu n'arrêtes pas de gueuler depuis qu'on est arrivé ici.

_ Me cherche pas Fullmetal, j'ai eu suffisamment de problèmes comme ça sans que tu viennes ramener ta fraise.

_ Vous avez eu des soucis, Mlle Lewin ? Questionna gentiment Alphonse, casseur désormais officiel de début de guerre verbale. Après un dernier regard meurtrier à l'adresse du Fullmetal, Gust se tourna vers lui en inspirant rapidement, frustrée. Elle se passa une main dans les cheveux.

_ Disons que je suis plus vue comme une sorte de menace dans le coin. J'attire le mauvais œil dirons-nous, ce village est pour moi comme une immense auberge « Des Landes ».

_ Ils vous ont jeté à la porte ? S'offusqua Alphonse, choqué du manque de politesse, et sans doute aussi d'humanité, dont les gens pouvaient faire preuve.

Helena haussa les épaules, fataliste, ne lui laissant pas le temps de parler d'avantage sur ce sujet. Elle n'aimait pas être le centre d'attention, même si elles étaient bonnes et bienveillantes. Susciter de la pitié aux yeux des autres n'était pas non plus dans ses cordes.

_ Laissez tomber, j'ai l'habitude. Vous êtes parvenus à en apprendre davantage ?

_ Ouais. Edward tira son carnet de sa poche et le lui tendit. Alphonse imaginait déjà la réaction de leur ainée face à l'écriture quasi illisible pour tout autre que son frère. Il se déplaça légèrement, anticipant la suite et l'explosion qui ne manquerait pas de retentir.

La brune leva un sourcil et tourna une page du bout du doigt, ses yeux volant d'un bout à l'autre de la feuille à une vitesse ahurissante. Elle ne dit rien, ne fit pas de remarque et reprit simplement sa route vers leur hôtel tout en lisant.

Pour tout avouer, elle était surprise, et dans le bon sens du terme. A première vue, le Fullmetal ne semblait pas plus emballé que cela à effectuer sa tâche (et elle pouvait le comprendre par ailleurs) et elle s'était plutôt attendue à ce qu'il revienne les mains vides, sous prétexte que courir les rues pour chercher des indices l'avait gonflé.

Mais le jeune blond s'était appliqué dans son travail, cela se voyait. Alphonse pouvait d'ailleurs en témoigner, lorsque son frère se fixait un but, quel qu'il soit, il finissait toujours par l'atteindre. C'était d'ailleurs pour cela qu'il n'avait pas encore renoncé à sa quête insensée pour lui rendre un corps. Ils revinrent à leur hôtel, chacun gardant le silence, Helena le nez plongé dans les notes du Fullmetal, lui et son frère à quelques pas derrière elle.

_ Vous avez fait du bon boulot, apprécia-t-elle en lui rendant le petit carnet de cuir, se tournant à peine pour lui faire face. Un sourire en coin mesquin apparut sur les lèvres du gamin qui empocha l'objet.

_ On aimerait en dire autant de toi.

Si Gust lui jeta un sale regard noir à la provocation purement gratuite (et un peu justifiée sur ce coup-ci, même elle avait tendance à le penser) elle choisit de ne pas répondre. Sa gorge la brûlait un peu, hurler contre le plus jeune n'était pas indiqué.

_ Malheureusement, cela ne nous donne pas beaucoup plus de pistes à explorer, ils n'ont rien dit de plus que ce qu'on savait déjà, déplora légèrement la jeune femme avec une petite moue boudeuse tandis qu'ils prenaient place dans le salon de l'hôtel, attendant de passer commande. Comme le matin, la place était quasiment déserte, ce qui n'avait rien d'étonnant.

_ Il faut que nous allions interroger les paysans du coin, poursuivit Helena cependant que la cuisinière prenait leurs commandes respectives, Alphonse, comme d'habitude, donnant gracieusement sa part à son frère. Edward soupira d'agacement, les yeux rivés sur la petite femme qui repartait en trottinant.

_ Super, on va devoir aller patauger dans la boue et le froid. Vraiment, c'est formidable.

_ Ce n'est pas comme si on avait réellement le choix non plus –Helena leur servit distraitement un verre d'eau- Vu que j'ai moins la cote que vous, je crains que tu ne doives me m'accompagner.

_ J'avais compris, merci. On va devoir y aller cet après midi ?

Helena leva les yeux de sa serviette en papier qu'elle avait entreprit de plier soigneusement pour passer le temps. Elle posa sa cocotte sur la table, attirant un regard amusé de la part d'Alphonse qui déplora mentalement le fait de ne pouvoir pas faire ça avec des mains telles que les siennes, et jeta un coup d'œil surpris vers le Fullmetal. Ce jeune ne cessait de l'étonner il s'investissait réellement malgré ses grognements incessants. Il râlait pour la forme mais s'exécutait pourtant sans problème. Alchimie au service du peuple, si cela devait passer par le fait de travailler en collaboration avec la fille adoptive de son supérieur, il le ferait. De toute façon, ce n'était pas vraiment comme s'il avait le choix. Mais il pourrait aussi lui mettre des bâtons dans les roues, tout faire pour la freiner et qu'Helena finisse par craquer et le renvoie directement à East City. Ce n'était pas un petit blâme qui lui ôterait sa licence d'Alchimiste d'Etat, elle-même avait déjà eu plusieurs remarques de la part des quelques partenaires qu'elle avait eu dans sa carrière. Depuis, elle travaillait en solo.

Non, vraiment, on pouvait sans doute attribuer à Edward de nombreux défauts mais l'égoïsme n'en faisait pas partie.

_ Non, elle secoua la tête. On verra ça demain, en fonction de ce que Landers aura à nous apporter.

_ Landers ?

_ L'inspecteur chargé de l'enquête, celui que je suis allée voir ce matin. Il doit nous présenter leurs suspects et quelques proches des disparues n'ayant aucun lien familial avec elles. Il nous faudra également inspecter les derniers lieux visités par les disparues. Concentrons-nous d'abord sur la ville avant de voir plus grand, nous avons suffisamment à faire avec ce village. A moins que vous n'ayez une autre idée ?

Helena les interrogea du regard, les engageant à prendre la parole. Après tout, ils n'avaient pas clairement établi qui était le leader de leur petit groupe (même si son ancienneté lui donnait parfaitement ce droit). Il aurait été injuste, et cela n'aurait servi qu'à braquer le Fullmetal, de ne pas leur demander leur avis.

Mais il était clair qu'elle avait perdu Edward en cours de route car la vieille femme était revenue avec le plat du blond, qui n'avait pas attendu une seconde de plus pour se jeter dessus, tirant un regard mental et navré à son frère. Parce qu'il savait pertinemment que son ainé ne serait plus disponible avant un bon moment (parler à Ed lorsqu'il mangeait était comme s'adresser à un mur de briques : totalement improductif) et se tourna très légèrement sur sa chaise pour regarder la brune.

_ Ça me parait être une bonne idée, souffla-t-il doucement, aimable. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, pourquoi refaisons-nous tout ceci ? Je veux dire, les officiers de cette ville n'ont-ils pas déjà mené l'enquête ? Ils devraient pouvoir nous fournir les informations dont nous avons besoin.

Helena avala une gorgée d'eau en remuant un peu sur sa chaise. Elle avait mal au bras à cause de l'humidité présente dans l'air et cela la gênait.

_ Honnêtement, j'ai vu à quoi ressemblaient les locaux militaires de cette ville, j'ai rencontré quelques officiers et je préfère encore tout vérifier par moi-même plutôt que de partir sur de mauvaises bases.

_ Vous ne leur faites pas confiance ?

_ J'ai appris à ne compter que sur moi-même au fil du temps. Et non, pour être totalement sincère, le travail qu'ils m'ont fourni semble avoir été bâclé il nous manque des éléments. Rien que les dépositions des familles sont étonnantes, elles sont bien trop similaires pour que cela puisse paraître parfaitement crédible.

_ Vous pensez qu'il y aurait une sorte de…de complot ?

Alphonse ouvrit mentalement des yeux ronds, traduisant dans sa posture son étonnement. Edward tendit une oreille tout en avalant goulûment une bouchée de son plat. Helena attendit que la cuisinière/serveuse lui apporte son propre repas pour reprendre, s'assurant rapidement que personne d'autre qu'eux n'avait laissé trainer ses oreilles dans le coin.

_ Je ne peux pas m'avancer là-dessus, c'est bien trop tôt pour le dire. Mais crois-tu vraiment que s'il avait s'agit d'enlèvements parfaitement ordinaires, Roy nous aurait envoyés ici ? Il a vu quelque chose de louche, je commence à comprendre que c'est bien le cas mais j'ignore totalement si j'ai raison au non.

_ Alors quoi, qu'est-ce qu'on fait ? Coupa Ed en relevant la tête, une patte collée sur la joue, les sourcils froncés.

_ Pour le moment, on reste simplement vigilant, je le répète, tout ceci ne sont que des suppositions. Seulement, faites attention à ce que vous dites lorsque vous vous adresserez aux militaires.

_ Faut toujours se méfier de l'armée, maugréa le blond en retournant dans son assiette. Helena se permit un petit sourire, avant de piocher elle aussi dans son plat de viande. Le reste du repas se déroula dans le calme et le silence, chacun perdu dans ses pensées.

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_ Major Lewin ! Je suis bien content de vous voir ! Vous avez passé une bonne nuit ? Vous savez que notre hôtel est l'un des meilleurs de la région ? Vous voulez un café ?

Helena sourit gentiment, comme une mère à son fils exubérant, ce que Landers, dans toute sa joie enfantine, était parfaitement. Edward leva un sourcil septique devant cet adulte qui n'en avait pas l'air, sautillant dans leur direction avec un immense sourire ravi.

Une fois n'était pas coutume, le bond était seul avec Lewin, qui avait jugé qu'Alphonse risquait attirer un peu trop l'attention et de rendre nerveux les officiers et les quelques détenus (parce que oui, visiblement, Ravenberg avait tout de même son petit gang de délinquants). Le Fullmetal avait bien pu protester de toute la puissance de ses poumons, portant à bout de bras l'argument « jamais sans mon frère », Helena n'avait pas cédé, lançant assez agacée qu'ils ne partaient que pour deux heures au grand maximum et que seuls les enfants avaient besoin d'être constamment gardés par un membre de leur famille.

Suite à encore des cris et des injures, Alphonse avait promis de rester sagement à la chambre d'hôtel et d'appeler au moindre problème. La grosse armure devait avouer qu'elle n'était pas tranquille du tout, de laisser seuls Helena et son frère, mais compte tenu du fait qu'ils se rendaient dans un lieu public, il espérait que le regard des autres parviendrait à maintenir Edward en place. Comme si son ainé en avait déjà quelque chose à faire, des racontars sur sa personne…Assis sur son lit, Alphonse priait de toutes ses forces.

Landers se présenta devant eux, faisant légèrement rire la jeune femme et le blond l'étudia attentivement. L'autre homme – gentil et pas dangereux pour un sou, jugea rapidement Ed - sembla finalement remarquer sa présence, un peu en retrait de Gust et se pencha outrageusement sur le côté pour mieux le voir. Fullmetal crut apercevoir une petite lueur agacée dans son regard vert, comme si le fait d'être là le gênait dans un plan quelconque, puis il se redressa pour observer Lewin.

_ J'ignorais que vous aviez un jeune, frère Major Lewin. Est-ce bien prudent de l'emmener ici, ce n'est pas un endroit pour les enfants…

_ JE NE SUIS PAS UN ENFANT ! ET ENCORE MOINS SON FRERE ? EST-CE QUE C'EST CLAIR !

Landers Anton recula d'un pas sous la vague sonique qui le frappa de plein fouet, le décoiffant au passage. Il écarquilla grand les yeux devant cette crevette rouge brique qui fumait sur place et Helena s'autorisa un sourire presque blasé. Elle se demandait bien où le brun avait pu aller chercher l'idée d'un lien de parenté entre Ed et elle. Ils étaient comme le jour et la nuit, impossible qu'une quelconque attache familiale soit envisageable dans leur cas. Elle commençait un peu à douter des compétences réelles de l'homme en tant qu'inspecteur…

_ Monsieur Landers, je vous présente le Major Elric, aussi connu sous le nom de Fullmetal. Il est en charge de cette mission avec moi, sa présence ici est donc parfaitement justifiée.

L'homme les fixa tour à tour, comme s'il avait du mal à y croire (les deux Alchimistes pouvaient le concevoir, ils demandaient de l'aide à l'état et recevait en retour une femme et un ado de 15 ans). Il secoua finalement la tête et regagna presque une attitude très professionnelle, les invitant à s'assoir, la tasse de café précédemment offerte ayant visiblement été oubliée. Ce qu'Helena déplorait quelque peu, le café de l'hôtel était immonde et elle avait du mal à se passer plus de 24h de sa boisson sacrée. Si seulement Jean Havoc ne l'avait pas initiée si tôt à la caféine…

La jeune femme se demanda un bref instant quels seraient les effets d'un tel breuvage sur le petit blond survolté qu'était Edward et elle se promit d'essayer dès que possible.

_ Avez-vous fait ce que je vous avais demandé, Mr Landers ? Questionna Gust en tirant une chaise à elle.

L'interpelé s'installait lui-même de l'autre côté du bureau, poussant du coude quelques papiers encombrant la surface de bois cependant qu'Edward préférait rester debout, scrutant la pièce dans ses moindres recoins. Il pouvait se vanter d'être bordélique mais cet inspecteur le battait à plate couture. Il pensait pourtant avoir tout vu avec l'immonde bureau de Mustang lorsqu'il se décidait à gravir les montagnes de dossiers qui s'y accumulaient… A contrario, et c'était bien étonnant, Helena était très organisée.

Le jeune Alchimiste jeta un rapide coup d'œil à la brune qui discutait du personnel du commissariat avec Landers, qui avait retrouvé son moral festif. Le malaise qui le tenaillait toujours en présence de Gust revint de plus bel, sans qu'il n'en comprenne la nature.

Qu'est-ce qui n'allait pas avec cette fille ?

Elle était l'enfant de Mustang, un homme qu'il respectait malgré ses dires et en qu'il avait confiance, elle était une Alchimiste d'Etat reconnue et capable, jeune, patiente, gentille avec son frère et intelligente (tout le monde n'était pas capable de parler et comprendre couramment le Xinnois nom de Dieu !). Il n'avait aucune raison de se méfier d'elle, pas la moindre.

Et pourtant, c'était le cas. Il était incapable de lui faire confiance, quelque chose en elle le dérangeait sans qu'il ne puisse mettre la main dessus. Elle n'était pas…franche, il ne trouvait pas de meilleur mot.

Lorsqu'ils avaient un peu discuté à table (ou plutôt, lorsque son frère avait tenu la conversation à sa place), l'armure avait questionné leur collègue sur son parcours et sa vie. Helena leur avait gentiment répondu, n'insistant guère sur sa vie avant la rencontre de Mustang, ce qui avait mis la puce à l'oreille au blond. Elle disait venir du Sud, ses parents étaient des amis de Roy et à leur mort, il l'avait prise avec lui plutôt que de la laisser dans un orphelinat. Alphonse avait hoché la tête, ne cherchant pas à creuser plus loin si elle n'en avait pas envie, mais Edward n'avait été qu'à moitié convaincu par son histoire.

Pour y être souvent allé et même y avoir séjourné, il savait que la quasi-totalité des gens du Sud avait un accent très caractéristique, propre à la région. Il voulait bien admettre qu'elle était jeune lorsque ses parent moururent mais de là à ne porter aucune trace de cet accent pourtant assez audible, il trouvait ça louche.

Sans compter ce qu'il avait appris sur elle au moment de partir d'East City. Ou plutôt, ce qu'il n'avait pas appris.

Peu de temps après avoir remis le dossier de l'affaire à une Gust qu'il ne connaissait pas encore, Edward était intrigué par cet Alchimiste avec qui il allait devoir faire équipe. Malgré l'heure tardive, il n'avait pas hésité à revenir au QG pour aller fouiller les archives à ce sujet.

Evidemment, les papiers présents n'étaient que des copies d'originaux, jalousement gardés dans un coin de la réserve, consultables uniquement sur autorisation écrite d'un gradé tel que Mustang. Comme il était totalement inconcevable d'aller quémander une signature de ce bâtard, Edward avait dû user de tout son génie et un peu de son charme pour avoir y accès et c'était sous l'œil extrêmement vigilant du militaire en charge du lieu, qu'il avait pu lire les dossiers.

Celui de Gust était fourré dans un casier un peu poussiéreux, tout en bas d'une pile. Bien entendu, il était moins épais que celui de ses congénères, beaucoup plus anciens (il n'avait même pas voulu voir le sien, sans doute aussi mince) mais ses états de services étaient tout de même assez impressionnants.

Diplômée à 14 ans, elle n'était pas majeure de sa promo comme lui mais tenait une place respectable dans le classement. Spécialisée dans les langues anciennes, elle servait souvent de traductrice et partait essentiellement en mission diplomatique pour le pays. Elle avait réglé quelques conflits avec Xing, ouvert une voie de communication d'informations supplémentaires avec Aruego et s'était occupée de diverses petites missions dans l'Est, du côté d'Ishbal et de la frontière.

Et c'était tout ce qu'il savait à ce moment.

C'était sans doute ça le plus perturbant dans ce dossier. Il n'y avait aucune précision sur l'Alchimiste. Pas d'âge, pas de sexe, pas de check up médical, sa photo était inexistante et même son nom n'était pas complet !

Debout dans l'allée de la salle d'archives, Ed avait été sidéré autant que suspicieux. Pourquoi chercher à tout dissimuler sur cet alchimiste ? Avait-on volontairement occulté toutes ces informations ou bien le dossier était-il incomplet, falsifié ?

Dès cet instant, il avait eu des doutes sur la bonne fois de Gust, bien que son supérieur lui faisait entièrement confiance –et pour cause ! – trop de zones d'ombres étaient présentes pour qu'il puisse aborder sereinement la jeune fille.

Qu'avait-elle à cacher ? Une boulette monstrueuse, une odieuse bavure qu'il avait fallu étouffer coûte que coûte ? Etait-ce en rapport avec ses parents ? Anciens criminels, repris de justice, témoins clé dans une enquête peut-être, qu'il avait absolument fallu protéger ? Qui y avait-il derrière ses grands yeux bleus, aussi profonds que ceux de son père adoptif ?

Helena leur dissimulait trop de choses, trop d'incohérences dans son discours et ses indications. Elle-même ne semblait pas y croire lorsqu'elle déclarait venir du sud du pays.

_ Fullmetal ?

L'interpelé sursauta, braquant son regard un peu flou sur Gust, debout devant lui, qui le regardait d'un drôle d'air, peut-être vaguement inquiète de son calme si soudain. Il s'ébroua, sortant de ses pensées pour revenir à la situation présente et reprit son masque désagréable et agacé.

_ Quoi ?

_ Je te demandais si tu voulais rajouter quelque chose, mais vu ton air égaré, je suppose que tu n'as rien écouté à ce que j'ai raconté.

Helena le toisa avec un sourire indéniablement moqueur et Ed grogna, ne voulant pas lui donner la satisfaction de voir qu'elle avait vu juste. Sa collègue haussa les épaules, se tournant vers Landers qui les attendait sur le pas de la porte, une main sur la poignée.

_ Mr. Landers va de nouveau interroger les suspects de cette affaire, nous allons observer. Il est fort probable qu'ils se sentent plus à l'aise en présence d'un visage connu plutôt que face à nous.

Edward se contenta d'hocher la tête et les suivit hors de la pièce, trainant des pieds tandis que devant lui, Helena et l'inspecteur discutaient de tout et de rien, parfaitement décontractés. Etait-ce une subtile manœuvre de la jeune femme pour soutirer d'éventuelles informations au brun, ou bien Mustang avait déteint plus qu'il n'y paraissait sur elle et elle éprouvait l'irrépressible besoin d'imiter son père en draguant tout ce qui bougeait ?

Ils durent traverser la moitié du commissariat, se prenant –Helena surtout, était-ce dû à sa couleur de peau ou bien le fait qu'elle était une « jeune et jolie jeune fille » -une foule de regards pas forcément amicaux. Finalement, Landers les planta devant une porte par laquelle il disparut avec un sourire et Helena poussa celle qui se trouvait juste à côté. Ed n'avait jamais réellement mis les pieds dans un commissariat, encore moins un doté d'une salle d'interrogatoire comme dans les vieux films en noir et blanc qu'ils allaient voir autrefois avec son petit frère.

La pièce dans laquelle ils se tenaient, de l'autre côté de la vitre teintée où il voyait Landers en compagnie d'un vieil homme plus proche de la fin qu'autre chose (croyait-il réellement qu'un type de sa stature ait pu perpétrer ces disparitions ? Il donnait l'impression qu'il allait s'écrouler à tout instant.) était petite et sombre, douillette auraient-dit certains mais Ed la trouvait davantage oppressante que rassurante.

Helena, visiblement habituée à ce genre de situation, se dirigea sans hésiter vers les moniteurs de contrôle dans un coin de la pièce, les activant en un rien de temps. Ed se plaça lentement devant la vitre, observant curieusement tout autour de lui cependant que Gust revenait se mettre près de lui, debout et silencieuse. Des enceintes dans un coin de la minuscule pièce grésillèrent et la voix de Landers se fit entendre, légèrement étouffée et lointaine, mais claire et compréhensible.

Les questions habituelles défilèrent, après les civilités d'usage, curieusement. L'inspecteur connaissait son suspect et Edward jugea que dans un village de la taille de Ravenberg, ce n'était guère étonnant.

_ J'aimerais que tu sois un peu plus attentif la prochaine fois.

Le jeune blond leva la tête vers Helena, haussant un sourcil. La lumière de l'autre salle venait frapper son profil de curieuse manière, et dans la pénombre de leur propre pièce, ses traits paraissaient atrocement se creuser, la vieillissant d'une bonne dizaine d'années sans effort. Le regard fixé sur la scène qui se jouait de l'autre côté de la vitre, elle ne semblait pas lui prêter attention et restait tellement neutre que, s'ils n'avaient pas été les seuls dans la salle, Ed aurait été persuadé qu'elle n'avait en réalité par ouvert la bouche.

Elle poursuivit, toujours aussi plate.

_ Deux avis valent mieux qu'un, Landers est aussi suspect que ce pauvre homme.

Son ton un rien réprobateur agaça fortement Edward, qui ne supportait rien de moins que d'être pris pour un enfant. Il se retrouva à répliquer vertement avant même de savoir ce qu'il faisait.

_ Suspect, hein ? Eh bien parlons-en justement. T'aurais pas deux ou trois choses à nous apprendre des fois ?

…Edward Elric et la finesse, une grande histoire.

Helena se tourna lentement vers lui, presque terrifiante, le visage plongé dans la pénombre. Elle plissa méchamment les yeux, n'étant pas sans rappeler son paternel lorsqu'il toisait le Fullmetal revenant de mission. Pas impressionné pour un sou, Edward se fit un plaisir de la défier du regard, croisant résolument les bras sur le torse dans une claire attitude provocatrice.

_ Je ne vois pas de quoi tu veux parler. Mais si tu as quelque chose à me reprocher, je t'écoute, tu sembles avoir des choses à dire…

Une toute autre personne qu'Edward se serait rétractée face à cette voix en apparence plate, qui dissimulait bien habilement la colère et la pointe d'angoisse qui agitaient la jeune femme. Que voulait-il au juste, ce mioche au manteau rouge ? Avait-il réellement découvert quelque chose à son sujet ? Etait-il parvenu, par on ne savait quel miracle, à être au courant de ça ?

Bon dieu, non.

_ Tu ne viens pas du Sud, déclara-t-il de but en blanc. Pas le temps de prendre des gants, ça n'avait jamais été dans ses cordes et il n'avait aucune envie de prendre cette peine pour Helena. J'ai vécu là-bas un moment moi aussi, y a aucune trace d'accent dans ta voix.

Helena haussa les épaules, fataliste. Si ce n'était que ça…

_ Je parle couramment une dizaine de langues, Fullmetal, ça n'aide pas à garder un accent.

_ La belle excuse. Pourquoi c'est pas mentionné dans ton dossier dans ce cas ?

La jeune fille se raidit imperceptiblement, Ed notant toutefois son changement d'attitude qui lui mit la puce à l'oreille. Il n'était pas loin.

_ Roy t'a laissé consulter ces documents ? S'écria Helena, choquée, élevant inconsciemment la voix.

Comment était-ce possible ? Ils avaient convenu d'un accord nom de Dieu ! Roy lui avait certifié que son dossier serait conservé dans les archives de Centrale, comment ce jeune blanc bec avait-il pu y avoir accès ? Qui était l'imbécile qui avait omis un tel détail !

_ J'ai tout de même le droit de savoir avec qui je vais bosser, non ? Cracha Ed, mauvais, maintenant persuadé qu'elle dissimulait quelque chose. Quelque chose de grave à voir sa tête. Il continua, impitoyable, bien déterminé à obtenir des réponses à ses questions.

_Ton casier est vide, pas une seule info personnelle. C'est quoi ton problème ? T'as eu des problèmes lors d'une mission, c'est ça ? T'as fait une bavure ? Tué des innocents ?

_ Ferme la !

Helena avait hurlé, furieuse et apeurée. Ed pouvait distinguer sa mâchoire crispée et la subite pâleur de son teint, comme si sa simple hypothèse suffisait à la rendre malade. Sans se soucier de la blesser ou bien l'énerver davantage, Ed attaqua de nouveau, presque rageur, la frustration des derniers jours ressortant en piques assassines.

_ J'aurais pas touché une corde sensible là ? Ce ne serait pas ça ton auto-mail en fin de compte ? Une mission qu'à mal tournée ? Et comme il n'y en a aucune trace, je suppose que c'était toi la responsable.

_ Edward. Elric. La voix de Gust était sèche, hachée, elle avait du mal à respirer correctement, cherchant à se calmer sans y parvenir. Tu as plutôt intérêt à te taire sur le champ si tu ne veux pas que je te traine en cours martiale pour propos diffamatoires injustifiés à l'encontre d'un pair.

Le jeune blond renifla sèchement, méprisant.

_ On ne travaille pas sur le même plan. Je ne te fais pas confiance et si Mustang ne m'avait pas filé cette mission, je me serais cassé depuis longtemps. Je vais pas t'aider Gust, comptes pas sur moi pour ça.

La jeune femme le fixa pendant quelques secondes, les battements sourds de son cœur raisonnant ses oreilles. Elle ne savait plus comment agir, ni que dire. Ses immondes paroles blessantes et ignorantes l'avaient totalement déstabilisée. Que devait-elle répondre à cela ? Pouvait-elle seulement ? Elle pouvait se mettre en porte à faux n'importe quand et Edward s'approchait dangereusement de la ligne invisible. Il disait ne pas lui faire confiance, savait-il que la réciproque était vraie ? Ça n'avait rien de personnel cependant, Helena n'avait jamais appris à faire confiance. Il avait fallu du temps, des années à Mustang pour qu'il obtienne ce statut si privilégié de père adoptif sur qui elle pouvait se reposer sans s'en soucier.

Mais Edward, son jeune frère ? Ils étaient sympathiques autant qu'ils la menaçaient. Que se passerait-il, s'ils finissaient par l'apprendre ? La dénonceraient-ils ? L'enverraient-ils à l'échafaud pour une faute qu'elle n'avait pas commise ? Pour une faute dont elle n'était pas responsable ?

Il fallait agir en premier, le coincer avant qu'il ne cherche trop loin, poser dès maintenant les limites quitte à s'en faire détester. C'était sa sécurité et celle de son père qui étaient en jeu.

Gust choisit l'attaque au silence tout en s'en mordant les doigts.

_ Et toi alors ? Sa voix claque sèchement dans l'air qui semblait peser des tonnes sur ses épaules. La vieille angoisse bien connue vint se loger au creux de son estomac mais Helena refusa de l'écouter plus longtemps. Pas maintenant. Plus tard, lorsqu'elle serait seule avec ses souvenirs.

_ N'y aurait-il pas des secrets que tu gardes pour toi ? Edward haussa un sourcil, étonné et peut-être un peu inquiet qu'elle réplique. Helena enchaina immédiatement, ne lui laissant pas le temps de réfléchir. Tu pensais que je ne l'aurais pas remarqué ? Tu transmutes sans cercle, c'est la première fois que je vois ça. Sans compter ton frère. Toujours en armure, il ne mange pas, ne dors pas. Qui de nous deux est le plus suspect ici, Fullmetal ? Toi ou moi ?

Edward recula d'un pas sous les accusations, le visage tordu par l'horreur et la colère, comme si Gust venait de le frapper. Il serra les poings, furieux. Comment osait-elle ? Comment osait-elle menacer son frère !

_ Tu…tu ne sais rien. Tais-toi !

Il se mordit la lèvre en s'entendant balbutier. Elle chercher à le déstabiliser, le faire vaciller sur ses positions pour qu'il abandonne la partie et se rétracte. Ils se toisaient, deux combattants face à face qui attendaient que l'autre chute.

_ Alors ? Ironisa la jeune femme, croisant les bras dans une attitude méprisante, une lueur satisfaite dans les yeux. Qui se retrouve acculé au mur cette fois-ci, hein ? Qui est l'auteur d'une boulette bien plus grande que celle qu'il croit m'attribuer.

_ LA FERME !

Il arrivait souvent à Edward d'agir sans réfléchir. Fréquemment même et s'en résultait souvent des situations compliquées dont il avait par la suite peine à se dépatouiller sans dommages. Il avait le don de surprendre ses adversaires par des attaques plus ou moins inattendues et Helena ouvrit la bouche sous le choc quand il la saisit violement par le devant du pull, approchant si près son visage du sien qu'elle en distinguait tous les détails.

Les traits crispés et le poing serré sur ses vêtements, elle se demanda vaguement s'il cherchait à l'étrangler tant il tirait fort sur le tissu, lui faisant mal au cou. Elle ne céda pas. Ses yeux ambrés n'étaient plus que deux puits de fureur et de peur, la mâchoire si raide que ça devait être douloureux. Ed respirait fort, par à coup, comme s'il avait couru le cent mètres quelques secondes auparavant. Sa voix fut basse et rauque, déformée par une colère froide et meurtrière.

_ Ne t'avises…surtout pas…

Helena le coupa sans pitié, attrapant sèchement son poignet de son propre auto-mail. Par habitude, Ed s'était servi de son côté droit et le vieux métal de Gust ripa un peu sur celui du Fullmetal en un bruit désagréable. Elle serra, étau impitoyable, demeurant très calme.

_ Si tu me lâches maintenant, Fullmetal, j'en resterais là. Pas de scandale, pas de rapport, et surtout, je laisse ton bras en un seul morceau. J'ai cru comprendre que tu aurais encore besoin, comme du soutient que t'offre l'armée.

Elle sourit, mesquine, tout en raffermissant sa prise pour lui signifier qu'elle ne plaisantait pas. La tension était un peu retombée, Gust pouvait de nouveau aborder les choses plus sereinement et elle n'avait pas l'intention de lâcher prise. Edward tenta de se dégager sèchement et à sa grande stupeur, n'y parvint pas. Helena semblait pourtant si frêle et son bras mécanique si vieux…

_ Espèce de…

Un bruit dans leur dos coupa la parole au plus jeune qui se tut subitement, les yeux plongés dans ceux d'Helena, espérant la tuer de cette façon.

_ Major Lewin, Major Elric, je vais passer au…

Landers se figea soudain sur le pas de la porte, contemplant, interloqué, la scène qui s'était figée sous ses yeux. Helena et Edward le fixaient sans rien dire, le poing du plus jeune toujours fermement serré sur le vêtement de Gust, la main de cette dernière sur son poignet. L'homme se racla la gorge, mal à l'aise, se frottant la nuque.

_ Oh…je vous dérange peut-être ?

_ Pas le moins du monde, rétorqua froidement Helena d'une voix claire, visiblement peu troublée par la situation ou le cachant bien. Mon collègue est moi étions en léger désaccord mais la question a été entièrement réglée.

Elle insista lourdement sur le mot, balançant un tel regard à Edward qu'il fut surprenant que le jeune homme ne soit pas encore mort sur place. D'une simple pression du poignet, elle lui fait comprendre le message. Avec un grognement, il lâcha la veste de l'autre et s'écarta d'un pas, réajustant sèchement la sienne sans plus s'occuper de la brune.

Un silence lourd et mauvais plomba l'atmosphère, les deux Alchimistes se fixant en chien de faïence, prêts à s'étriper au moindre mot de travers. Le malheureux Landers, au milieu de cette guerre où il ne comprenait rien, ne put qu'attendre en se raclant distraitement la gorge pour attirer leur attention. Ce fut à peine si Helena tourna la tête pour lui parler.

_ Poursuivez Mr. Landers. Le Major Elric vient de se rendre compte qu'il avait oublié quelque chose à l'hôtel.

Edward lui renvoya un regard furieux, percevant clairement l'ordre et la presque menace sous les mots doucereux. D'un mouvement vif et rageur, il sortit de la pièce à grands pas, bousculant l'inspecteur, vaguement effrayé. Le silence retomba, le grand brun dévisageant la brune en espérant des réponses qu'il n'obtient pas.

Avec un haussement d'épaules, il tourna les talons et fit entrer le deuxième suspect, laissant Helena seule dans la pièce.

Une fois la porte refermée et la pièce plongée dans le noir, elle s'appuya lourdement contre le mur, brusquement fatiguée. Un mal de tête lancinant lui vrilla le crâne et une violente quinte de toux la secoua.

Attrapant son tube dans sa poche, Helena avala une pilule en grimaçant.


Curieusement, la scène d'engueulade n'était pas du tout prévue dans ma première esquisse. C'est venu, comme ça, sans que je le prévois davantage. J'ai essayé une technique un peu étrange pour la fin, à savoir, noter tous les dialogues et remplir ensuite. Un peu étonnant et je n'ai pas l'impression que ça ait changé beaucoup de choses. A vous de me le dire.

Merci beaucoup pour votre patience et vos encouragements. J'aimerais sincèrement vous dire que le prochain chapitre arrivera rapidement, hélas, je ne pense pas que ce sera possible. Si vous vous ennuyez, passez donc voir mes autres fanfic, sait-on jamais...