Ok mes petits chéris. Tout d'abord, de joyeuses fêtes à tout le monde (en espérant que vous n'êtes pas, comme moi, malade et clouée au lit -merci les petits toasts et autres canapés. Si vous voulez mon avis, ces petites choses ne doivent pas être mangées après deux trois jours, et à deux heures du mat', qui plus est). Breeef, je profite d'un moment où la fièvre m'a laissé tranquille pour vous poster ce chapitre, en guise de cadeau de Noël. (Merci Tata Naé!)
Sans plus attendre,
Bonne lecture et encore joyeux Noël (avec un peu de retard.)
Roy Mustang poussa un soupir fatigué et se laissa aller en arrière sur sa chaise, ses yeux errant sur son bureau encore trop couvert de paperasse à son goût. Hawkeye était venue lui en distribuer une nouvelle pile quelques heures plus tôt et il avait l'impression de ne pas en voir le bout. Comme si ces satanées feuilles se multipliaient juste pour le narguer. C'était à peine s'il distinguait encore les cadres photos qu'il avait posé là.
Par habitude, il balaya les documents qui lui bouchaient l'accès aux clichés, les remettant légèrement d'aplomb. Le grand brun ne s'était jamais considéré comme étant un romantique ou un sentimental, comme Maes, qui allait jusqu'à couvrir son lieu de travail et celui des autres avec ses albums de sa fille et de sa femme. Ces quelques photos sur son bureau étaient bien la seule exception.
Roy sourit, attrapant le premier cadre tout en jetant un bref coup d'œil à sa porte, des fois que son impitoyable lieutenant s'y tiendrait, à l'affut du moindre relâchement dans son travail. Il était humain après tout, il pouvait bien s'accorder une petite pause !
La photo datait de quelques années déjà, très peu de temps après qu'Helena soit devenue une Alchimiste d'Etat en réalité. Elle était là, à l'extrême gauche de l'image, incroyablement jeune et pourtant, aussi déterminée que les autres. Jean avait passé un bras par-dessus son épaule, fraternel. Le fumeur avait été un des premiers à la prendre en affection, la considérant comme la petite sœur qu'il n'avait jamais eu et Roy devait avouer qu'il faisait une bonne nounou malgré ses airs décontractés. L'affection était réciproque, Jean était sans conteste le préféré d'Helena, qui savait le mener par le bout du nez mieux que personne.
Hawkeye se tenait droite et digne, comme toujours, Falman juste derrière elle avec son éternel air coincé et savant. Breda tentait vainement de dissimuler le bout de beignet qu'il avait encore en bouche alors que Fuery, le plus petit de la bande après Lena, souriait de toutes ses dents à l'objectif.
Roy fit de même, amusé et un rien attendrit. La photo n'avait rien d'extraordinaire et ne datait pas d'hier, pourtant elle était pour lui le meilleur des stimulants. Un seul regard lui suffisait, leurs sourires et la flamme confiante dans leurs yeux à tous parvenaient à lui faire retrouver la foi. C'était pour eux qu'il se battait, pour eux tous qu'il sacrifiait du temps, de la sueur et du sang. Pour leur garantir un avenir, pour les protéger, eux qui avaient mis toute leur confiance dans sa seule personne.
Quand sa volonté faiblissait, quand ses doutes et ses souvenirs l'assaillaient jusqu'à le priver de sommeil, il fixait la photo et retrouvait miraculeusement sa détermination et ses convictions.
Il lui était souvent arrivé de la regarder en espérant qu'elle le débarrasserait de ses tâches administratives, en vain.
Il reposa le cadre à sa place, les autres n'étant que quelques portraits de lui et sa fille, ou encore Maes et ses amis. Bien que chers à son cœur, ils n'avaient pas cette puissance que dégageait cette photo de famille, pour ainsi dire.
Le téléphone le réclama bruyamment, le faisant sursauter et brisant le calme de la pièce. Instinctivement, il fronça les sourcils, sans savoir pourquoi il se sentait mal à l'aise face au combiné hurlant. Il jeta un coup d'œil à sa montre, intrigué.
En milieu d'après-midi, il était rare qu'il s'agisse de coups de fils autres que personnels, or son Lieutenant filtrait la majeure partie de ses appels, interdisant sans pitié les communications qu'elle jugeait futiles et qui n'avaient que pour but de distraire le Colonel de son objectif ultime : faire ses papiers du jour. Peu avait accès à la ligne directe sans passer par le standard mis à part les hauts gradés (qui prenaient rarement la peine de téléphoner à son bureau quand on pouvait envoyer un coursier galoper dans les couloirs) Maes (question de survie, Roy préférait nettement l'avoir des heures au téléphone à faire semblant d'écouter, plutôt que de le voir débarquer dans son bureau un beau matin, la distance entre leurs deux QG ne l'ayant jamais rebuté plus que cela) son équipe et Helena, bien entendu.
Et vue la furie qu'il avait eu le matin même, il y avait de fortes chances pour qu'il s'agisse d'elle. Il décrocha, recevant directement le standard et sa voix grésillante.
_ Colonel Mustang, un appel entrant vers votre bureau. Correspondant immatriculé 912-X. Je vous mets en relation ?
Bingo, il savait qu'il aurait dû parier.
_ Allez-y, oui.
_ Ne quittez pas je vous prie.
Quelques secondes de silence avant le déclic de la communication établie et comme le matin même, il n'eut pas le temps de dire un mot que déjà son interlocuteur enchainait.
_ Attends toi à recevoir la visite d'une crevette blonde et son armure de 15 tonnes dans les jours qui suivent…
Roy sourit un peu, vaguement amusé, se renversant sur sa chaise pour être plus à son aise. Helena s'était calmée visiblement, peut-être serait-il possible d'avoir une conversation décente avec elle. Il n'avait pas vraiment eu l'occasion de lui parler depuis qu'elle était revenue de sa mission diplomatique, une semaine auparavant. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait laissée se reposer davantage avant de l'envoyer à Ravenberg. Seulement, il aurait alors fallu que le Fullmetal se débrouille seul. Non pas qu'il n'avait pas confiance mais…
_ Dispute de couple ? S'enquit-il avec humour.
Helena ricana à l'autre bout du fil, pas vraiment amusée par sa pique.
_ Si ça n'avait été que ça, un tour au plumard aurait tout réglé. Sauf que n'étant pas une perverse telle que toi, qui n'hésite pas à s'attaquer aux jeunots, ce n'est pas d'actualité. Et si jamais Fullmetal trouve un jour celle qu'il lui faut, je ne pourrais que la plaindre de tout mon cœur. Ou ce qu'il en restera.
Roy grimaça. Très bien, message reçu et deux problèmes notés. Le militaire se réinstalla d'aplomb dans son siège. En temps normal, il n'aurait pas hésité un instant à charrier gentiment sa fille au sujet de son caractère de cochon lorsqu'elle s'y mettait. Seulement, l'intonation de sa voix et la pointe de fatigue qu'il y avait perçue l'inquiétaient plus qu'autre chose. Sachant que le Fullmetal était loin d'être facile à gérer, Roy choisit d'être compatissant. Lena semblait avoir davantage besoin d'une oreille attentive plutôt que de blagues douteuses. Même si dans le cas présent et avec sa précédente remarque, elle tendait la perche.
Le grand brun soupira, se pinçant l'arête du nez. Quoiqu'il se soit passé, ce devait être suffisamment grave pour que sa fille l'appelle en le prévenant qu'il y avait une possibilité certaine pour que son plus jeune subordonné abandonne son poste et revienne ici pour se plaindre. Etait-ce dû à Helena ou bien le Fullmetal avait-il franchit les limites admises ? Roy penchait pour la seconde option; à moins de l'énerver ou de l'attaquer sur des points personnels, Gust savait tenir sa langue et éviter les conflits. Qu'est-ce que la crevette avait bien pu dire pour mettre sa fille adoptive dans un état pareil…
Il se rendit compte que la brunette avait repris la conversation que lorsqu'elle l'interpella durement, agacée par son manque d'attention.
_ Tu te fous de moi ou quoi ? Je suis en train de te dire qu'il a fouiné dans mon dossier et tu ne m'écoutes pas ?
Roy mis un certain temps à comprendre le sens de la phrase et lorsqu'il le fit, ses traits se durcirent, prenant un aspect presque féroce, traversé par l'inquiétude. « Helena » et « dossier » dans la même phrase n'était pas forcément bon signe.
_ Comment ?
Le militaire entendit un clair soupir dans son oreille et n'eut aucune peine à visualiser sa fille en train de se pincer l'arête du nez, agacée. Elle reprit d'une voix dure et tranchante, qui cachait mal sa détresse pourtant grandissante et partait facilement dans les aigus.
_ Fullmetal. J'ignore par quel miracle il a pu lire mon dossier. Je croyais que tu en avais interdit toutes les copies ! Comment est-ce qu'il a pu tomber dessus ? Tu sais parfaitement que c'est dangereux, autant pour toi que pour moi ! Qu'est-ce qui va se passer si jamais il découvre quelque chose, hein ?
Les paroles de sa fille avaient fini dans un cri, vibrant de colère et d'angoisse. Elle paniquait, il l'entendait à sa respiration sifflante, hachée. Pas bon. Pas bon du tout.
_ Helena…, il voulut la rassurer, cherchant les mots adéquats. Il avait beau être un manipulateur aguerrit et maitriser quelques ruses de politiciens en ce qui concernait l'art du discours, chaque fois qu'il devait parler à sa fille, il se trouvait curieusement démuni, ne sachant pas comment prendre la chose.
_ Quand bien même il aurait jeté un œil à ton dossier, tu sais bien qu'il n'y a rien de compromettant dedans. C'est à peine si…
Helena le coupa presque rageusement.
_ Justement ! Il est quasiment vide, si bien que ce blanc devient carrément compromettant ! Tout parait suspect dans cette foutue pochette ! C'est bien pour ça que l'unique exemplaire devait rester à Centrale ! Tu m'avais promis que personne d'autre n'y aurait accès sans ton autorisation ! Je te faisais confiance, je t'ai toujours fait confiance et tu-
_ Helena Moera Lewin, c'est un ordre : calmez-vous.
Le silence soudain à l'autre bout du fil lui confirma qu'il lui avait coupé le souffle suffisamment fort pour qu'il puisse parler et l'apaiser. Pas plus mal d'ailleurs, au son de sa voix Helena semblait proche de la crise de nerfs. Et jusqu'à preuve du contraire, parler d'une voix forte et autoritaire suffisait bien souvent à lui faire regagner terre.
_ …
_ Bien, reprenons depuis le début. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Helena hésita, prit une inspiration et à l'autre bout du fil, serra fermement les mains sur le combiné, crispant la mâchoire par réflexe.
_ Ils ont commencé à me poser des questions, mon passé, ma vie avant toi, mes années de service. Logique dans un sens. Seulement, une fois seuls, le Fullmetal a tenté de me coincer. Mon histoire ne lui convient pas, il n'y croit pas. Qu'est-ce que je dois faire si jamais il…
_ Helena, tu recommences.
_... Māphī (*)
Roy sourit en coin, conscient que lorsqu'elle reprenait les expressions de langues mortes, Helena était loin d'être calmée. Il fit cependant comme s'il n'avait pas entendu et continua, déterminé à connaître le fond de l'histoire et voir s'il pouvait encore sauver les meubles.
_ Bien. Que lui as-tu dis ?
_ Rien, tu t'en doutes, inutile de leur rajouter des problèmes. Seulement, il m'a prise de court, j'ai paniqué. Et l'attaquer sur la condition de son frère et la sienne n'était sans doute pas une bonne idée…
Roy retint un soupir frustré. Evidemment, il avait fallu que cela arrive. Il connaissait Edward, le savait fouineur autant que méfiant, un tel mal entendu ne pouvait être évité entre ses deux subordonnés fortes têtes. Qu'Helena ait paniqué, elle qui était toujours si maitresse d'elle-même n'avait rien d'étonnant, elle était toujours incroyablement fébrile lorsque ce sujet venait à être mis sur le tapis. Il se massa les tempes, fatigué désormais. Il avait confiance en Fullmetal, malgré les apparences, il était persuadé que le gamin comprendrait et ne dirait rien à leur sujet. Mais Helena avait pourtant raison plus de personnes seraient au courant de cette histoire, plus ils seraient tout deux en dangereuse position. Et il était inutile d'embarquer les frères Elric dans cette affaire, comme le disait sa fille ils avaient déjà suffisamment de problèmes à régler de leur côté.
_ Il va sans doute croire que je sais quelque chose à leur propos.
_ Tu pourrais.
Mustang avait voulu avertir sa fille sur cette paire insolite de frangins, mais curieusement, elle avait refusé. Chacun avait ses secrets et le droit de les garder, elle ne chercherait pas à comprendre, même si grande était sa curiosité. Cependant, comme elle l'avait dit à son père, Gust avait paniqué, répliquant sur la seule chose qu'elle savait à ce jour, capable d'arrêter et de retenir le Fullmetal. Erreur de débutant, maintenant qu'elle prenait du recul.
_ Je me doute de ce qui s'est passé, c'est suffisant. Elle soupira, frustrée. C'est formidable, je ne devais déjà pas paraitre bien clean à ses yeux, c'est sans doute pire maintenant.
_ Sans vouloir t'irriter plus que tu ne l'es déjà, cette situation est en grande partie de ta faute.
_...Merci de ton soutient. Non, vraiment, c'est tellement agréable de pouvoir compter sur quelqu'un quand les choses ne vont pas aussi bien que prévu.
Mustang rit gentiment de son ironie, sachant que cette simple phrase suffisait à détendre quelque peu l'adolescente. Il arrêta bien vite cependant, se penchant sur un dossier tout en retenant le téléphone contre son épaule.
_ Plus sérieusement Lena, ce que peut faire ou dire le Fullmetal te concernant ne doit plus affecter ton travail là-bas. Ces filles doivent être retrouvées, ou à défaut, leurs agresseurs. Continues l'enquête, seule s'il le faut mais tu vas devoir rester dans ce village encore un moment.
_ Bien. Je ne m'attendais pas à ce que tu me demandes de renter de toute façon. Je suis désolée d'avoir paniqué.
_ Du moment que tu n'étripes personne, j'estime que tu as le droit de perdre un peu ton calme de temps en temps.
Les rires de sa fille, bien que fatigués et plein de tristesse, sont pour le brun les plus beaux des sons. Il y a un moment qu'il ne l'a plus vue sourire, de ce grand sourire de chat qu'elle avait lorsqu'elle était môme. Il y a un moment qu'il ne l'a plus entendue rire, de ces éclats francs et rafraichissant qu'elle avait lorsqu'elle était enfant.
Helena n'avait pas eu de chance, son enfance elle l'avait passée dans le noir et avait toujours eu peu d'occasion de se réjouir vraiment. Ça ne s'était pas arrangé avec le temps et malgré tous ses efforts, le militaire doutait vraiment avoir réussi à lui redonner ces quelques années de joie qu'elle avait perdues. Alors un rire, même épuisé, même brisé, était réconfortant.
La conversation se prolongea encore une minute ou deux, puis Helena dû raccrocher. Le combiné de Roy retourna sur son socle et il eut tout juste le temps de saisir une feuille et un stylo que déjà sa porte de bureau s'ouvrait brusquement sur une Lieutenante plus que suspicieuse. L'ancienne sniper le scruta sans un mot et referma le battant, laissant le Colonel pousser un soupir de soulagement.
Une fois de plus, il avait eu chaud.
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BLAM !
Malgré le bruit assourdissant au beau milieu de la quiétude qui baignait la chambre d'hôtel, Alphonse Elric tiqua à peine et leva tranquillement le nez de sa lecture. Il ne connaissait qu'une seule personne au monde capable de claquer si fort les portes et s'en vanter.
Il fixa ses yeux sans émotions sur son frère fulminant sur le seuil de la pièce, le regard fou et les joues rouges d'avoir hurler et sans doute courut pour revenir jusqu'ici. A l'heure actuelle, il se rapprochait d'avantage de la crevette sauvage que de l'humain calme et censé. L'armure referma doucement son livre, conscient qu'au moindre mouvement un peu trop brusque, Ed n'hésiterait pas à attaquer.
_ Grand frère ?
_ Fais tes affaires Al, on se casse d'ici.
Le cadet se raidit brusquement, manifestant par une série de grincements et de couinements plus qu'infernaux, toute la stupeur et le choc qui l'étreignaient. On aurait dit qu'une colonie de chats avait élu domicile derrière son volumineux plastron.
_ Comment ? Ed, qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi est-ce que tu veux qu'on parte ?
Le blond ne lui répondit pas, arpentant rapidement la pièce pour ramasser leurs affaires. Ils n'avaient pas eu le temps de s'étaler et l'inventaire fut vite réglé. Alphonse dut suivre son frère sur les nerfs jusque dans leur chambre et l'attraper fermement par le bras pour obtenir de lui la réponse claire. Il avait quelques soupçons quant à sa subite crise de colère et Helena Lewin ne devait pas y être étrangère. Alphonse fronça mentalement les sourcils. Elle devait pourtant le savoir, qu'Edward était du genre facilement irritable. Une fois de plus, elle avait dû le pousser volontairement à bout.
Même si Ed ne devait pas totalement innocent dans l'histoire.
_ Ed, qu'est-ce que tu as encore fait ?
La réaction ne se fit pas attendre, Edward se dégagea violemment en lui balançant un regard meurtrier.
_ Quoi ? Comment ça qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai rien fait ! Rien ! C'est encore elle, cette saleté ! Ne compte pas sur moi pour rester ici une minute de plus. Qu'elle aille se faire foutre !
Il se tourna vers sa valise, fourrant rageusement sa veste et un pantalon qui trainait, la refermant d'un coup sec et déterminé. Alphonse debout, les bras ballants, ne sachant plus comment prendre la chose.
_ Ed, calme-toi. Explique-moi au lieu de hurler…
_ JE SUIS TRES CALME ! PARFAITEMENT DETENDU ET SEREIN, ÇA SE VOIT PAS ?
Si Alphonse avait eu des cheveux, il aurait été décoiffé par la puissance vocale de son frère. Cependant, comme toute bonne armure qui se respecte, il resta ferme sur ses positions et posa ses grosses pattes sur les épaules du Fullmetal, le forçant à s'assoir sur le lit d'une simple pression. Il le surplomba de toute sa taille, le maintenant efficacement en place. Edward n'était pas facilement impressionnable, pourtant il ne pouvait nier qu'il était intimidé par la carrure de son petit frère au-dessus de sa tête. Son incapacité à lire ses émotions sur son masque de fer ajoutait à son malaise, bien que le jeune blond n'ait aucune peine à imaginer le froncement de sourcils menaçant et soucieux qui aurait dû se trouver sur son visage juvénile.
Une vague de remords s'abattit subitement sur le Fullmetal qui abandonna toute colère sur le champ, semblant se tasser sur lui-même.
Cette situation exécrable était entièrement de sa faute après tout. Il n'aurait pas tenté la transmutation humaine, ils n'en seraient pas là. Son frère ne serait pas dans cette grotesque carcasse, lui-même ne serait pas à la botte de l'armée et jamais ils n'auraient rencontré Mustang et sa damnée de fille.
Alphonse, vaguement inquiet de son brusque silence, s'accroupit en couinant, gardant ses deux mains sur les épaules tellement frêles de l'Alchimiste. Il ne lui aurait fallu qu'un geste pour le briser telle une brindille… Edward le fixait, le regard un peu vide, sa respiration autrefois hachée maintenant bien plus calme.
_ Ed ?
L'autre sourit, un peu amer, une lueur triste dans ses yeux ambrés. Machinalement, il posa sa main sur le plastron de son cadet sa main de chair éprouvant le froid sans âme du métal. Dieu, comme il s'en voulait…
_ Ed…
_ Ça va, t'inquiètes. Je me disais juste…non, rien.
Alphonse savait parfaitement de quoi il en retournait mais décida de ne rien dire. Qu'aurait-il pu faire de toute manière ? Ses paroles réconfortantes n'atteignaient plus Edward depuis longtemps et il ne pouvait lui transmettre la chaleur humaine dont il avait désespérément besoin. Il aurait donné n'importe quoi pour serrer son frère contre lui, entendre battre son cœur et il caler le sien, rester là sans bouger pendant des heures, simplement savourer la présence de l'autre. Ce genre de scènes était fréquente lorsqu'ils étaient enfants, manière de se rassurer ou de se réconcilier.
Aujourd'hui, ce n'étaient plus que des souvenirs délavés, qu'ils désespéraient de pouvoir retrouver un jour.
Le silence s'étira, ni confortable, ni gênant. Simplement là, chacun perdu dans les brumes de sa mémoire.
Alphonse finit par parler, doucement, pour ne pas perturber son frère.
_ Alors… ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous vous êtes disputés ?
Aborder de nouveau le sujet alors qu'il avait finalement réussit à faire revenir Edward dans un état un peu plus calme que quelques minutes plus tôt n'était pas forcément une idée sans risques, mais Alphonse tenait à la tenter, de crainte que les choses ne s'enveniment par la suite. Peut-être pouvait-il encore faire quelque chose. Le blond soupira, détournant très légèrement la tête en se passant une main sur le visage, puis dans les cheveux.
_ Rien. J'ai juste…je ne crois pas du tout en son histoire, Al. Elle cache un truc, j'en suis sûr. Et quelque chose de suffisamment grave pour que l'armée veuille le camoufler.
Alphonse poussa un soupir métallique, désespéré, se retenant de se frapper le front du plat de la main, de crainte d'envoyer voler sa tête à l'autre bout de la pièce. Il avait beau avoir ce corps depuis bientôt 4 ans, il avait parfois du mal à maitriser sa force. Ne rien ressentir était problématique autant que troublant.
_ Tu lui as parlé de ça ?
_ Evidemment ! Rétorqua l'autre avec humeur. Tu croyais que j'allais gentiment me taire alors qu'elle nous roule peut-être dans la farine depuis le début ?
_ Edward…
_ C'est pas normal ! T'aurais vu comment elle a réagi quand je lui ai parlé d'une éventuelle boulette au sein de l'armée ! Je suis certain que c'est ça, y a pas moyen autrement. Et ça devait être suffisamment grave pour qu'ils veuillent étouffer l'affaire. Tu trouves ça normal, toi, que le Colonel veuille à ce point cacher une criminelle ?
Alphonse contemplait son frère, navré, qui s'époumonait sur le « cas Lena », déblatérant sans reprendre son souffle, des hypothèses plus farfelues les unes que les autres. Finalement, devant le silence de l'armure, le plus âgé fini par se taire, lui lançant un drôle de regard avant de demander.
_ T'es pas d'accord avec moi ?
Alphonse soupira doucement, conscient que ses prochaines paroles pourraient réveiller la bête qui sommeillait en Edward.
_ Je crois surtout, que vous êtes tous les deux relativement semblables.
Le Fullmetal bondit sur ses pieds, le visage rouge de colère, ouvrant la bouche pour protester. Lui ? Ressembler à cette salope de Lewin ? Hors de question !
Al le prit de vitesse, coupant la vapeur avant que la cocotte ne se mette à siffler violement. Il en allait de la survie de chacun dans le cas présent.
_ Ecoute moi avant de t'emporter. Tu ne peux pas nier que nos situations sont assez similaires tout de même.
_ Et en quoi sommes-nous semblables à cette idiote, je te le demande ? Parce qu'elle a un auto-mail ? Parce qu'elle est orpheline ? Alchimiste d'Etat a un âge scandaleusement jeune ?
_ Parce qu'elle aussi a un secret qu'elle préfère cacher.
Pour le coup, Ed dû bien avouer que son petit frère candide l'avait coupé. Il se laissa retomber sur le lit, se rendant par là-même compte qu'il s'en était levé sous le coup de la colère et de l'emportement. Il soupira. Un secret ? Vu sous cet angle, il devait reconnaitre que l'autre avait raison. Et le seul mérite d'Helena dans cette histoire, c'était de ne pas chercher à percer le leur, même avec les évidences sous son nez.
Alphonse observait attentivement le Fullmetal passer par toute une palette de couleurs diverses et d'expressions faciales intéressantes, retraçant efficacement son chemin de pensées. Il était étonnant que le blond ne se soit pas rendu compte de tels points communs entre les deux ainés. Al supposait que c'était parce qu'il était trop borné à vouloir détester Helena pour y prêter attention mais lui, qui se retrouvait coincé entre leurs tirs croisés un peu trop souvent ces derniers temps, l'avait bien vu. Et c'était sans doute pour cela qu'il appréciait Helena. Parce qu'elle était comme Ed. Parce qu'ils étaient tout deux des enfants trop vite grandit, les ainés d'une famille brisée (quoique pour ce point, il n'en était guère sûr pour Gust, elle n'avait jamais mentionné l'existence de frères et sœurs) des Alchimistes d'Etat, adolescents lancés dans ce monde cruel et terrible qu'était le leur, déterminés à protéger coûte que coûte ceux qu'ils aimaient.
Il ignorait ce qu'Helena avait bien pu faire dans le passé pour qu'un tel mystère plane sur sa personne. Et il ne chercherait pas à le découvrir. Lewin était une fille bien, il en était convaincu et qu'importe l'avis d'Edward à ce sujet, il était plus que déterminé à rester ici et à l'aider. L'Alchimie au service des autres. Quelle image donneraient-ils si les Frères Elric, héros du peuple, décidaient de partir sur un coup de tête suite à un désaccord avec leur collègue de travail ?
_ Tu devrais aller t'excuser.
Ed ouvrit la bouche et des yeux tout aussi ronds.
_ Tu te fous de moi là.
_ Je suis incroyablement sérieux.
_ C'est hors de question.
_ Ne compte pas sur moi pour recoller les morceaux.
_ Ce n'était pas mon intention. De toute façon, y a peu de chances pour que je lui adresse de nouveau la parole.
_ Tu n'as pas l'intention de partir j'espère ? Parce que je te préviens, moi, je reste ici.
_ Pardon ?
_ Tu as très bien entendu. Il serait injuste de pénaliser toutes les personnes qui comptent sur nous simplement parce que tu ne peux pas voir Mlle Lewin en peinture.
L'ainé Elric contempla son frère un long moment, cherchant à trouver la faille dans sa résolution. Il n'avait aucune envie de rester, surtout en sachant que Gust reviendrait dormir ici le soir venu et qu'il allait encore devoir la croiser dans les jours à venir. Mais son jeune frère avait pour le moins raison. Il ne pouvait pas abandonner ces pauvres gens qui avaient placé leur confiance et leurs espoirs en eux pour retrouver leurs chères disparues. Le plus jeune Alchimiste de l'histoire gronda de mécontentement, ouvrant de nouveau sa valise sous les yeux soulagés de son cadet, remettant en place les vêtements qu'il y avait fourré à la va vite.
_ Ne va pas croire que j'ai pitié d'elle et que je vais faire des efforts la concernant, prévint-il sur un ton qui se voulait menaçant mais manquait un peu de fermeté. Alphonse hocha lentement sa grosse tête.
_ Bien entendu, Grand-frère. Je n'en attendais pas tant.
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Helena souffla un grand coup, fermant brièvement les yeux. Elle espérait vaguement que cette journée ne s'était pas réellement déroulée. Que lorsqu'elle soulèverait les paupières, elle contemplerait le plafond craquelé de leur chambre d'hôtel, retrouverait son mal de crâne et de dos. Que ni elle, ni le Fullmetal n'en soient presque venus aux mains et qu'ils n'aient pas encore rencontré ce foutu Landers et ses suspects grabataires.
Pourquoi tout était aussi compliqué lorsqu'elle devait travailler avec d'autres personnes ? Helena admettait volontiers qu'elle ne se liait pas facilement d'amitié avec les premiers venus mais tout de même. Inspirer une telle animosité chez quelqu'un, c'était un exploit qu'elle n'avait encore jamais fait jusqu'à aujourd'hui.
La jeune femme ouvrit un œil et soupira de déception. Evidemment. Ça aurait été bien trop beau. A pas lourds, elle se dirigea vers les portes battantes de l'hôtel plongé dans le noir, espérant que les propriétaires ne les avaient pas fermées. Elle aurait été maligne sinon, obligée de crécher dehors parce qu'elle n'avait pas été capable de garder son calme. Formidable.
' J'ai jamais cru en vous et je le regretterais presque, mais s'il y a vraiment un dieu en ce monde, faites qu'il m'écoute pour une fois.'
Posant la main sur la surface de verre froide, elle inspira à fond et poussa un grand coup, n'y croyant pas plus que cela.
Et manqua de s'étaler en avant lorsque le battant pivota silencieusement sur ses gongs, l'emportant dans son élan. Helena trébucha dans le hall, se rattrapa de justesse et lâcha un bref juron étouffé qui raisonna pourtant dans le silence mortel des lieux. A cette heure-ci, ce n'était pas étonnant.
Sa journée n'avait été qu'une suite de mauvaises surprises et d'angoisse. Après l'altercation entre elle et le Fullmetal, elle s'était presque précipitée sur le téléphone du commissariat pour prévenir Roy et faire sa pseudo-crise de panique. Lui parler lui avait fait du bien, elle ne pouvait pas le nier, et se savoir aussi dépendante au son de sa voix l'avait quelque peu agacée. Lorsqu'elle était enfant, il n'y avait que les intonations douces et basses du brun qui parvenaient à chasser ses cauchemars et calmer ses peurs irrationnelles. Quelque part, c'était un peu humiliant de ne pas pouvoir gérer ce genre de problèmes entièrement seule.
Une fois un peu plus tranquille, elle avait dû contempler seule trois grands-pères et une mère de famille enceinte jusqu'aux yeux se faire interroger par l'inspecteur Landers, qu'elle prenait de plus en plus pour un crétin. Comment pouvait-il soupçonner ce genre de personne ? Elle admettait que les criminels étaient retors et pouvaient prendre diverses apparences faussées mais il y avait des limites à tout !
Plus résignée qu'autre chose, Helena avait quitté le commissariat sur les coups de 16h, le temps s'étant considérablement assombri si bien qu'une demie heure plus tard, il faisait pratiquement nuit. Cela ne l'avait pas empêchée de continuer son enquête à travers la ville, la capuche rabattue sur ses cheveux et son écharpe remontée sur le nez, cachant le plus possible de son être aux yeux inquisiteurs de la ville toute entière. Elle aurait aimé consulter quelques commerçants pour leur poser des questions mais comme le matin, elle s'était vue sèchement mise à la porte par la plupart. Une vieille fleuriste à moitié sourde et aveugle avait été suffisamment aimable pour l'accueillir dans sa boutique le temps que l'averse qui s'était mise à tomber ne se calme et avait même été jusqu'à lui proposer de diner avec elle. Helena n'avait pas refusé, consciente que si les frères Elric n'avaient pas encore vidé les lieux, c'était un véritable miracle et parce qu'elle n'avait aucune envie de se retrouver nez à nez avec l'ainé après ce qui s'était passé.
Finalement, après une soupe et un morceau de viande qu'elle n'avait pu reconnaitre (et Helena n'avait pas voulu pousser plus loin ses questions sur le sujet), la jeune femme s'était décidée à repartir dans les rues silencieuses de Ravenberg. Sa promenade nocturne s'était soldée par un égarement au beau milieu de la ville et elle avait fait au moins trois fois le tour du village avant de retrouver la route de l'hôtel. Cela n'avait eu que pour mérite de lui indiquer la direction des fameuses mines, qu'elle comptait aller visiter demain, avec ou sans autorisation des responsables de cette zone. Selon Anton Landers, le coin avait été bouclé et condamné à tous, y compris leurs équipes.
Suffisamment louche pour qu'elle veuille aller y jeter un œil.
Soupirant, Helena se dirigea à tâtons vers ce qui semblait être les escaliers. Dans le noir ambiant, il était difficile de distinguer les alentours et la jeune femme était tellement occupée à essayer de ne pas se prendre une porte ou se manger un mur qu'elle sursauta violement lorsqu'un raclement se fit entendre sur sa droite, suivit d'un léger craquement.
Instinctivement, Lewin pivota vers la source du bruit, les doigts tendus et les mitaines enfilées dans la foulée, se préparant à contre-attaquer si le besoin s'en faisait sentir. Le visage blafard du réceptionniste apparut soudain au beau milieu de la noirceur, telle une telle flottante particulièrement repoussante. Helena baissa le bras, se frotta les yeux d'une main fatiguée. L'homme s'avança vers elle à pas trainants, réajustant entre ses doigts le chandelier sans âge qu'il tenait.
_ Vos amis on prit l'unique clé de la chambre. Ils ne tiennent pas à être dérangés.
Helena en resta pantoise quelques secondes, le fixant avec des yeux exorbités, pas certaine d'avoir très bien comprit. Les Elric étaient encore ici ? Stupéfiant. Et un peu problématique aussi. Helena supposait que même en demandant un double des clés que l'homme n'aurait surement pas, il ne serait pas bien vu d'aller réveiller le Fullmetal à minuit moins dix pour lui ouvrir la porte.
_ Je suppose qu'il ne vous reste plus aucune chambre de libre ? S'enquit la jeune femme avec une once d'espoir. Dieu l'avait écoutée une fois, il pouvait peut-être recommencer, non ?
Mais visiblement, un miracle par nuit semblait être amplement suffisant car l'autre secoua la tête avant de laisser un sourire flotter sur sa face de cauchemar ambulant. On n'a pas idée de se balader dans le noir avec une bougie sous le visage pour attendre l'arrivée d'un client.
_ Pleine saison.
'C'est ça ouais…merde. Je suis bonne pour dormir sur le palier. Et je ne peux m'en prendre qu'à moi-même en plus, comme c'est agréable. '
_ Très bien, merci.
_ Passez une bonne nuit mademoiselle.
'Bien entendu. Quelle formidable soirée ça va être encore. Heureusement que je suis suffisamment douée en Alchimie pour m'en tirer…'
Helena le salua, essayant de ne pas paraître trop ironique et monta lourdement les marches de bois qui la séparaient de sa…de leur bien aimé chambre qui resterait close pour elle ce soir. Arrivée devant la porte, la brune hésita franchement à taper du poing pour signifier que merde, elle avait payé pour ça après tout, ou bien se contenter d'un peu d'Alchimie approximative qui lui donnerait le précieux sésame.
Elle opta pour la deuxième possibilité. Elle avait fait une grave erreur avec Edward, elle comptait bien rectifier le tir.
Accroupit dans la pénombre face au loquet, Helena se concentra sur la serrure qu'elle voyait briller devant ses yeux, posant deux doigts dessus. Elle n'avait jamais été très douée dans un autre domaine que le sien en ce qui concernait l'Alchimie, ce qui lui reprochaient pas mal de militaires qui n'hésitaient pas à la charrier là-dessus. Pour tout avouer, l'Alchimie avait toujours été un loisir plus qu'un métier ou un devoir. Entrer dans l'armée était essentiellement pour son père, pour ce rêve assez puéril auquel ils croyaient tout deux et qu'elle était déterminée à mettre en place avec lui. Elle se trouvait parfois un peu trop pathétique à son goût.
Soufflant doucement sur le cercle qui ornait ses mitaines noires, une légère lueur grisâtre vint éclairer son visage aux traits tirés par la fatigue. Une serrure à l'ancienne, elle en avait crocheté de nombreuses du même genre et celle-ci ne fit pas l'exception, Helena poussant doucement le mécanisme de l'intérieur pour qu'il réponde à ses désirs du moment :
De la chaleur et son canapé.
La porte s'ouvrit sans un bruit, la pièce plongée dans le noir et le silence l'accueillant gentiment, comme on le ferait avec une vieille amie. Entrant à petits pas, Helena referma dans son dos sans faire le moindre bruit, s'avançant lentement vers le centre du salon en priant une fois de plus pour ne pas se prendre les pieds dans la table basse qu'elle savait quelque part…par là…
Elle se prit bien entendu le meuble dans le genou et se mordit la lèvre inférieure pour étouffer son gémissement de douleur alors que sa main se portait instinctivement vers son membre douloureux.
'Saloperie de… !'
Un bruit feutré retentit dans l'unique chambre de leur suite, la figeant sur place. Si le Fullmetal ou son frère (qui devait lui en vouloir tout autant pour avoir osé mettre son ainé dans un état pareil) la surprenait ici, elle ne donnait pas cher de sa peau. Le gamin était suffisamment imprévisible pour en devenir dangereux.
Finalement, personne ne vint l'incendier et Helena reprit sa progression vers son lit de fortune une fois certaine que les deux autres dormaient, ou du moins ne l'avaient pas vraiment entendu. Elle avait des doutes concernant Alphonse, vu que le môme ne semblait pas capable de fermer l'œil et était constamment en éveil mais ce n'était pas son courroux qu'elle redoutait pour l'instant.
Gust parvint finalement au bout de son périple et s'affala sur la surface molle avec un soupir de soulagement. Enlevant ses baskets, elle les laissa tomber sur le côté et posa ses feuilles de notes sur la table basse qu'elle visualisait maintenant parfaitement, après s'être détruit le genou dessus. Sa couverture était toujours posée sur le dossier du canapé et elle s'enroula dedans sans même prendre le temps de se changer. Aller jusqu'à la salle de bains qui jouxtait la chambre s'apparentait plus à une mission suicide qu'autre chose. Elle verrait cela demain.
Pour une fois, Helena ne mit que quelques minutes à s'endormir, plongeant dans un sommeil sans rêves tout en réprimant une toux sèche et désagréable.
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Alphonse jeta un coup d'œil à l'heure sur le réveil posé sur la table de chevet, puis sur son frère, dont il ne voyait que la crinière blonde et emmêlée émerger d'entre les draps. Un sourire mental illumina ses traits rigides et il se leva doucement, s'arrêtant dans son geste à chaque grincement susceptible d'éveiller la teigne blonde.
Depuis que son frère lui était revenu, véritable furie sans nom, ils n'avaient pas bougé de l'hôtel. Edward avait passé sa frustration sur l'étude de la pierre philosophale tout en incendiant Gust de tous les noms, avant de se venger méchamment sur le repas. Ils avaient prévu de faire un nouveau tour du village dans la matinée, avec ou sans la jeune femme si elle daignait pointer le bout de son nez, et d'aller voir quelques paysans des environs.
Edward avait prié pour qu'Helena ne revienne pas, sans vraiment y croire, et Alphonse était certain qu'elle passerait dans la discrétion la plus totale, sans les avertir de sa présence.
Debout face au canapé du salon où il distinguait sa forme endormie grâce au clair de lune qui entrait dans la pièce, il pouvait se vanter d'avoir eu raison. Aussi têtue et bornée que son charmant frangin.
L'armure resta là à la regarder, figure immuable et silencieuse. Ça n'avait rien de choquant, du moins à ses yeux, il avait passé suffisamment de nuit à contempler Ed dans son sommeil que cette simple action lui apparaissait maintenant comme naturelle. Bien sûr, il n'était pas certain de la réaction qu'aurait Helena si elle venait à se réveiller et le trouvait ainsi penché sur elle.
Tout comme Edward, Gust n'avait pas un sommeil serein. Elle se tournait et retournait, des mimiques et des grimaces de douleur s'inscrivant parfois sur ses traits marqués par les incessantes nuits blanches, passées à lutter contre les cauchemars récurrents. Alphonse eut envie de la secouer, pour la tirer de ses songes angoissés d'une part, et pour discuter d'une autre. Lui aussi avait des soupçons la concernant et quoi de plus normal. Elle passait son temps à agir dans son coin, le plus discrètement du monde et il voulait des explications quant à ses agissements. N'était-ce pas elle qui avait parlé de confiance ?
Malgré son désir de lui tirer les vers du nez, Alphonse savait parfaitement qu'une confrontation directe serait aussi utile qu'un guide de drague pour le Colonel Mustang. Helena se braquerait sans doute, comme c'était le cas avec Edward et il ne pourrait rien en tirer de plus.
Non, sur ce coup-là, il devait la jouer finaud. Ne pas la jouer du tout d'ailleurs, simplement attendre que la jeune femme se sente mieux en leur présence et leur confit d'elle-même ce qu'elle avait sur le cœur. Le temps restait pour lui la meilleure des médecines, même si cela pouvait parfois s'avérer bien plus long que prévu.
Remettant soigneusement la couverture sur ses épaules, l'auto-mail luisant presque sinistrement sous la lueur lunaire, Alphonse retourna silencieusement dans la chambre, fermant la porte derrière lui. Demain, le canapé serait vide, Helena aurait disparu et Ed ne saurait rien de sa venue. Même si le cadet Elric désapprouvait, dans l'état actuel des choses, ce n'était sans doute pas plus mal.
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_ Ils n'ont pas écouté nos mises en garde…
_ Il faut croire que non. Qu'as-tu appris sur eux ?
_ Les Alchimistes ? De la fille, pratiquement rien, mais son physique même la tiendra à l'écart du reste du village. Le plus dangereux pour nous semble être le garçon, diplômé si jeune, il est clair qu'il est puissant. De ce que j'en ai entendu, il serait qualifié comme étant « l'Alchimiste du peuple ». Une bonne côte auprès de la population.
_ Et l'armure ?
_ Pas de données. Elle suit le nabot mais ne semble pas être plus inquiétante que cela. Il s'agirait du frère du petit blond mais j'en doute fortement.
_ Bon. Gardent-les à l'œil. Surtout la fille. Elle semble être perspicace.
_ Elle n'ira pas loin avec les gars du village. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On envoie une des filles ?
_ Attendons un peu de voir comment les choses évoluent. D'ici à quelques jours, nous verrons ce qu'il convient de faire. Ils verront ce qu'il en compte d'ignorer nos consignes…
Eeeeeh bah voilà. Je suis au regret de vous annoncer que la suite ne sera certainement pas pour tout de suite, étant donné que
1) Je suis malade
2) Les vacances sont presque finies
3)...j'ai mes putains d'examens de merde. Que du bonheur quoi.
Ceci dit, ça m'empêche pas de vous souhaiter un bon nouvel an (y a pas de raison ^^) et de bien démarrer l'année! Pour ce qui est de la traduction du petit (*), comme je le disais dans les chapitres précédents, c'est du google trad alors si jamais ce n'est pas exact, je serais ravie de corriger. Cela signifie "pardon", "désolée". Et même sans traduction, je suis certaine que vous auriez compris pour le coup. ^^
Portez vous bien, joyeuse année, bonne santé (...ah ah ah...la bonne blague), etc, etc. Et à une prochaine fois.
