Bonjour chers lecteurs que vous me manquez tant! (c'est pas français, mais qui s'en soucie, sincèrement? ) Eh bien, me voilà de retour avec le chapitre 14, où Ed fait preuve de sang froid et de douceur pour expliquer à Mustang que sa chère fille est morte dans des conditions tragiques. Fou de douleur, le fier militaire va donc chercher du réconfort dans les bras de la crevette et malgré leur différence d'âge et le fait que le Fullmetal soit mineur, va lui déclarer son amour pur et éternel. Et ils adopteront beaucoup d'enfants, ou mieux, Ed trouvera un moyen de tomber enceint grâce à l'Alchimie qui modifiera son corps pour...

Ok, ok, j'arrête avec mes délires. La suite, tout de suite! Et encore merci pour les reviews, les favoris, les encouragements, les simples lecteurs de passage.


_ Tenez, prenez ça, ça va vous faire du bien.

Helena fixa pendant un moment la tasse qu'elle avait sous le nez, hésitant encore sur la conduite à tenir dans une condition pareille, puis elle avança doucement ses mains pour prendre le récipient que lui tendait gentiment Alphonse.

Elle n'eut pas la force de le remercier, la gorge encore serrée et l'esprit vide. L'armure la fixait en silence, inquiet, tandis qu'elle posait son mug sur ses genoux sans même y toucher. Les yeux dans le vague, fixés sur un point connu d'elle seule, l'alchimiste du vent avait piètre allure, les cheveux encore humides de sa douche plus que nécessaire, un pansement sur le nez et la tempe, un autre enserrant son épaule valide.

Alphonse ignorait pour qui il devait réellement s'inquiéter ; son frère, partit depuis une heure avec Landers pour mettre au point la situation, ou Helena; qui n'avait pas ouvert la bouche depuis tout autant de temps, profondément choquée. Il pouvait largement la comprendre ceci dit ; qui se sortirait parfaitement indemne et serein d'une épreuve pareille ? C'était déjà un petit miracle en soi, qu'elle ait pu survivre à cette explosion.

Oui, Helena Moera Lewin Mustang était une miraculée, songea distraitement Alphonse en surveillant ses mouvements du coin de l'œil. Son silence ne lui plaisait pas. Du tout même, et il craignait qu'elle craque brusquement après être restée sans réaction pendant ce qui semblait être une éternité. Le médecin du village, un vieil homme rondouillard à l'air affable, l'avait rapidement auscultée, assise à même le sol tandis qu'elle essayait tant bien que mal de reprendre ses esprits. Les frères Elric n'avaient pas voulu prendre le risque de la déplacer suite à un choc pareil et le temps qu'avaient mis les secours et les policiers à arriver sur les lieux avait été mis à profit pour que la jeune fille émerge de son inconscience.

Alphonse repensa à la scène qui s'était déroulée moins de deux heures plus tôt, au milieu de la panique et des cris. Son frère avait réagi avec une extraordinaire rapidité et une efficacité tout aussi redoutable. Son mépris pour Gust était passé au placard le temps que la jeune femme soit hors de danger et il avait pris les choses en main du côté de Landers. Le jeune blond était resté sur place, alors qu'Alphonse accompagnait Helena, sonnée, qui s'en tirait avec une grosse frayeur et des égratignures pour le moins bégnines quand on savait à quoi elle avait échappé.

Une miraculée, vraiment, il n'y avait pas d'autre mot.

Helena poussa un bref soupir, attirant l'attention du cadet Elric, soucieux de son bienêtre fortement ébranlé. Elle avait l'air d'un oisillon perdu, une attitude qui détonnait sincèrement avec son assurance habituelle. A l'heure actuelle, elle avait plus la tête d'une gamine sortit d'un cauchemar plutôt que celle d'une redoutable Alchimiste d'Etat. Ça allait en faire, des séances chez le psy…

'Mon dieu… voilà que je me mets à penser comme Ed maintenant… tu as vraiment une mauvaise influence sur moi, grand frère.'

Alphonse sourit mentalement puis reporta son attention Helena, qui n'avait toujours pas touché à son thé. Ses doigts étaient crispés si fortement sur la tasse qu'il s'étonna qu'elle ne se soit pas brisée sous la pression exercée par l'auto-mail. A bien y regarder, Helena toute entière était tendue comme un arc. Il posa doucement une grosse paluche sur son épaule, se voulant rassurant.

La réaction ne fut hélas, pas celle qu'il avait escomptée. Helena sursauta violement, renversant une partie de sa boisson sur la moquette, évitant de peu de s'ébouillanter en écartant les cuisses par reflexe. Elle lui jeta un regard ahuri, ouvrant la bouche comme un poisson hors de l'eau. Dans ses yeux ardoises brillait une lueur de peur à l'état pur, une panique intense qui retourna le cœur du pauvre adolescent, dégouté de ne pouvoir l'aider en cet instant. Bon sang, il ne pouvait même pas la serrer contre lui de crainte de la briser comme une allumette !

_ Je suis désolé, Mlle Lewin. Je voulais juste…

_ Helena.

Alphonse tressaillit très légèrement, dérouté. Lena avait la voix cassée, rauque et fatiguée.

_ Comment ?

_ Je veux que tu m'appelles Helena. S'il te plait.

Al la regarda un moment puis il hocha sa grosse tête, essayant de mettre dans sa voix le sourire doux qui ornait ses traits inexistants.

_ D'accord. Je suppose que le vouvoiement est aussi à laisser tomber.

Helena lui offrit un sourire pâle, se contentant d'acquiescer faiblement. Elle avait mal à la tête et au bras, une douleur sourde qui pulsait au même rythme que son cœur éprouvé et encore trop rapide et affolé à son gout. Elle avait réellement cru y rester quand elle s'était retrouvée coincée dans ce boyau sombre, étroit, suintant. C'était comme si l'endroit avait brusquement décidé de l'avaler, vulgaire insecte qui se déplaçait naïvement dans la gorge du monstre.

En y repensant, elle ne savait même pas comment elle avait pu en arriver là. Elle ne voyait plus l'entrée depuis quelques minutes, sa torche étant la seule source de lumière dans cet empire ténébreux et suffoquant, lorsqu'elle avait entendu la voix de la montagne résonner jusqu'à elle. Un grondement sourd, un roulement lointain qui venait du fond même de la terre. Pendant une seconde, elle avait cru qu'il s'agissait d'un animal, une bête, coincée quelque part dans les galeries, piégée et mourante.

Puis les murs s'étaient mis à trembler.

La première pierre à se détacher du plafond avait fait céder les écluses de sa panique. En une poignée de secondes, son destin s'était joué ; un carrefour improbable dans sa vie, qui aurait pu lui être mortel si elle n'avait pas pris le bon embranchement.

Lena avait fait volte-face tandis que la voute s'écroulait autour d'elle, les murs semblant se pencher pour la happer. La mine voulait la garder ici, prisonnière. La mine voulait l'avaler.

Helena ne se souvenait pas d'avoir hurlé, mais sans doute cela avait-il été le cas. Son souffle s'était bloqué, ses poumons se comprimant douloureusement dans un étau impitoyable. C'était une course contre la montre.

Une course pour sa vie.

Sa fuite vers la lumière avait été avortée quand les roches étaient tombées par dizaine dans son chemin, l'empêchant de progresser et menaçant de définitivement la tuer. Elle était pourtant si proche, la sortie était là, à 15 mètres tout au plus. Jamais une distance n'avait paru être si longue.

Dans un geste désespéré, elle avait tendu les mains devant elle, prié sans y croire pour s'en sortir vivante.

L'Alchimie d'Helena était puissante mais manquait parfois de précision et dans un instant de panique tel que celui-ci, elle n'avait pas le temps de faire dans la finesse. Ses cercles étaient capables de compresser l'air pour en faire un piston géant et propulser n'importe quoi ou bien l'éclater, dans le pire des cas. Cependant, une telle manipulation était dangereuse à exécuter dans un espace clos, pis encore lorsqu'il était instable comme maintenant.

Et rien ne lui garantissait qu'elle ait suffisamment de forces pour réussir à atteindre la sortie.

La chance lui avait souri et cette énorme pavasse qui s'éjectait sous la puissance de sa transmutation bâclée était sans doute la plus belle chose qui lui avait été donné de voir.

L'air frais qui entrait dans ses poumons, une véritable bénédiction.

Machinalement, Helena resserra sa main gauche sur son bras valide. Sa fuite n'avait pas été sans conséquences. Outre son sac, qu'elle avait dû abandonner pour ne pas finir sous les débris alors que la lanière s'était accrochée sur une épine rocheuse, perforant la toile et le sol et l'épinglant comme un insecte; plusieurs pierres lui étaient tombées dessus et elle avait, pour ainsi dire, quelque peu morflé. Oh, rien de très grave, bien heureusement : des contusions légères, des bosses et des courbatures partout. Un état de stress avancé et une panique émotionnelle intense.

_ Helena ?

De nouveau, elle sursauta, peu habituée à entendre son prénom –enfin ! – dans la bouche du cadet Elric. Elle se tourna légèrement vers lui.

_ Désolée, j'étais dans mes pensées. Tu disais ?

_ Je demandais si vous ne… si tu ne voulais pas une autre tasse de thé.

Helena baissa les yeux vers la moquette tachée, avisant les mouchoirs qu'Alphonse y avait disposé pour espérer éponger le plus possible la catastrophe aquatique. Ça allait faire des frais en plus, Roy allait être ravi.

Helena se raidit sensiblement.

Ah oui, Roy.

Mieux valait-il pour le moment, taire à son père ce regrettable incident. Angoissé comme il pouvait parfois l'être, il serait capable de la rapatrier à East City pour un bilan médical complet. Elle était secouée, pas morte, on n'allait pas non plus en faire toute une montagne ! Si ?

_ Ah, oui. Merci.

_ Je peux au moins faire ça. V- tu sais, si tu as besoin de parler, je suis là. Je doute qu'Ed soit vraiment réceptif pour une discussion à visées thérapeutique.

La brunette éclata de rire, rejetant sur son épaule, une mèche de cheveux encore mouillée qui lui collait le cou de manière fort désagréable.

_ Tu es trop gentil pour ton propre bien, Alphonse.

A l'autre bout de la pièce, debout dans le petit coin cuisine de leur salon, ledit « trop gentil » rigola à son tour.

_ Ed me le dit souvent. Je suppose que j'essaye de contrebalancer son côté grognon et peu aimable. Ou bien parce que je me sens terriblement coupable et que je ressens le besoin d'expier mes fautes en aidant les autres, ajouta-t-il silencieusement en versant de l'eau chaude dans une nouvelle tasse.

Dans son dos, Helena se laissa aller contre le dossier du canapé en poussant un profond soupir fatigué. Elle avait eu son lot d'émotions pour la journée et n'avait plus qu'une envie : se rouler en boule dans sa couette et ne plus en sortir avant au moins dix ans.

Comme si j'avais le temps pour ça, ricana-t-elle tristement, un sourire tordu aux lèvres. Elle redressa la tête quand Al revint avec son thé.

Ils restèrent ainsi une bonne dizaine de minutes, l'Alchimiste sirotant finalement sa tasse, se rendant compte à quel point elle mourrait de soif (quand on avait failli mourir tout court, c'était un comble), le jeune Elric assis sur le fauteuil près d'elle prenant très à cœur son rôle de garde malade. Helena sourit discrètement dans la porcelaine chaude, se brulant légèrement la langue en avalant une nouvelle gorgée. Elle n'était pas fana du thé, mais un café dans son état ne serait pas bon pour ses pauvres nerfs. Elle comptait les ménager encore un peu, les malheureux.

Finalement, Helena s'endormit à même le canapé, recroquevillée sur elle-même alors qu'ils attendaient tous les deux le retour d'Edward, qui franchit le seuil de la suite une heure plus tard. Il arborait une expression agacée et fatiguée, ronchonnant dans sa barbe tout en se battant contre les quelques mèches rebelles qui s'incrustaient dans son champ de vision sans son consentement.

Par réflexe, il chercha son petit frère des yeux, le trouvant sur le fauteuil, livre en main, qui veillait une Gust encore un peu trop pâle pour être en parfaite santé. La respiration sifflante de la brune était la seule chose qu'il entendait dans la pièce, accompagnant le doux raclement des pages. Par égard pour sa collègue éprouvée –il n'était pas sans cœur non plus – Edward fit en sorte de faire le moins de bruit possible.

Il alla se changer rapidement, filant sous la douche pour se débarrasser de sa crasse tandis qu'Alphonse laissait Helena roupiller tranquille et allait l'attendre dans la chambre. Ed revint en short et T-shirt, frottant ses cheveux humides d'une serviette éponge.

_ Alors ? Questionna l'armure, assis sur le bord du lit avec moult précautions, craignant de le faire s'écrouler sous son poids. Le blond haussa vaguement les épaules avec une moue désabusée.

_ Alors rien, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

_ Je ne sais pas moi, ce qui s'est passé par exemple ?

Edward fourragea dans sa valise à la recherche d'une veste un peu plus propre.

_ Hum, les militaires penchaient pour un coup de grisou, dans les galeries les plus enfoncées. Ou un éboulement, tout bêtement. C'est en grande partie pour cela qu'ils avaient fermé les mines. Ils ont creusé la montagne comme des dingues à ce qu'il parait, un vrai gruyère.

_ Alors c'était juste un accident ? Une coïncidence ?

_ Faut croire. Pourquoi ? Toi aussi tu crois à la théorie du complot de Gust ?

Le plus âgé se retourna vers lui avec un sourire moqueur. Alphonse hocha ses grosses épaules.

_ Pourquoi pas après tout ? Je veux dire, tu ne trouves pas ça bizarre ? Ça s'écroule au moment où Helena s'y trouve. Y a de quoi être un peu méfiant, non ?

_ Al, ces mines sont vieilles de plus de 20ans, c'est un réseau qui s'étend sous toute la montagne et est aussi fragile qu'une toile d'araignée. C'est pas étonnant, des trucs pareils dans ce genre de milieu. C'est la faute à pas de bol, c'est tout.

_ Une « faute à pas de bol » qui a failli tuer Helena, au passage.

_ Je reconnais qu'elle se trouvait là au mauvais moment. En même temps, elle a le chic pour s'attirer les emmerdes je crois.

_ Ouais… j'en connais un autre comme ça, souffla Alphonse pour lui-même, de sorte que son frère ne l'entendit pas. Il continuait de se frotter frénétiquement les cheveux dans l'espoir de les sécher plus vite, se contentant de les emmêler.

_ Enfin, toujours est-il qu'il est hors de question d'aller fouiner de ce côté-là maintenant, déclara-t-il, déçu. Lui aussi aurait aimé se rendre à l'intérieur, ne serait-ce que par pure curiosité. Landers m'a dit qu'il faudrait près d'un mois pour déblayer tout ça sans risque. Y a bien d'autres entrées, mais la plupart sont condamnées et je ne tiens pas à me faire emmurer vivant. De toute façon, s'il y avait vraiment quelque chose là-bas, il va y rester maintenant.

_ C'est malin de dire ça, râla Alphonse en se levant pour retourner au salon. Il avait cru entendre Helena bouger. Tu imagines si les filles que l'on cherche sont là-dedans ?

_ Trop de risques, le tueur devait se douter qu'il avait des chances de finir comme Gust. De toute façon, on y peut plus rien maintenant. Même avec l'Alchimie, ça pourrait nous tomber sur la gueule tellement la roche est instable.

_ C'est trop bête, marmonna Alphonse, déçu et inquiet. Et si son frère avait tort ? Si le tueur qu'ils recherchaient s'était effectivement réfugié dans les mines et parvenait à y survivre grâce à une entrée secrète ou un artifice du même acabit ? Soupirant, l'amure poussa la porte de la chambre pour se retrouver dans le salon. Le canapé était vide, la couverture dont il s'était servi pour réchauffer Helena, étalée sur le sol et la jeune fille avait disparu. Ou presque.

_ Helen-

Un crachat désagréable le coupa dans sa phrase, rapidement suivit d'un immonde bruit de vomissure. Curieusement, Al eut une pensée pour la moquette, avant d'apercevoir leur miraculée debout sur ses jambes vacillantes, qui se raccrochait à l'évier de leur coin cuisine comme une désespérée à sa bouée de sauvetage. Ses cheveux lui tombaient lourdement sur les épaules et dans le dos, et avant qu'Alphonse ait eu le temps d'agir, elle se penchait de nouveau en avant pour régurgiter le contenu de son estomac.

_ Helena !

Ed sortit de la chambre, vaguement inquiet, tandis que son cadet se précipitait sur la jeune femme épuisée et malade. Elle n'avait pas trouvée la force de se trainer jusqu'à la salle de bain et l'évier avait été la seule alternative. Alphonse arriva à ses côtés, portant instinctivement la main à son abondante chevelure pour écarter les mèches brunes de son visage trempé de sueur. Il poussa un glapissement alors qu'Helena s'affaissait à moitié sur le meuble en dégueulant de plus belle, les larmes aux yeux.

_ Ed, elle crache du sang !

L'alchimiste sursauta et vint rejoindre ses camarades, maintenant proche de la panique. Ce n'était pas parce qu'il ne pouvait pas piffer Helena qu'il était insensible à son état. Même si elle avait un caractère –selon lui – exécrable, il ne pouvait pas ne pas lui venir en aide.

Alphonse saisit fébrilement la brune par les épaules pour la soutenir alors qu'Edward constatait avec horreur que son petit frère disait vrai. Au milieu des restants du diner de la veille et du déjeuner de ce matin –ou de ce qui y ressemblait – des teintes pourpres et une odeur métallique qu'il ne connaissait que trop bien, se mélangeaient aux vomissures.

Et dans le cas présent, ce n'était franchement pas bon.

Malgré le soutien d'Alphonse, Helena fut contrainte de se laisser couler au sol pour s'assoir, prise d'un vertige. Sa gorge lui faisait mal, elle avait l'impression d'avoir avalé d'une traite une demi-bouteille d'eau de javel et ses poumons étaient visiblement en train de prendre feu.

Dans le flou de sa vision, elle entendit Alphonse piailler d'inquiétude, sa voix devenant trop stridente pour ses sens à vif. Elle gémit et se prit la tête dans la main quand la migraine lui cisailla le crâne en deux.

_ Al, calme-toi bordel ! C'est pas en gueulant dans tous les sens que tu vas arranger les choses !

L'interpellé se figea sous la tirade agacée de son frère, tournant son heaume vers lui. Ed s'était accroupit pour faire face à Helena qui respirait avec difficulté, perdant son souffle dans des quintes de toux monumentales. La panique de son frère était contagieuse et le blond n'avait pas besoin de ça. Comme quelques heures plus tôt, il prit les choses en main, éclipsant momentanément la trouille qui lui mangeait le ventre.

_ Va dire au réceptionniste ou à je ne sais qui d'aller nous chercher le médecin, ordonna-t-il d'une voix ferme qu'il s'efforça de conserver. On va avoir besoin d'eau et—

_ J'vais bien, coupa Helena en marmonnant, essayant de se relever. Edward la maintint en place par l'épaule, furieux.

_ Tu vas nulle part ! P'tain, mais tu crois quoi là ? Va pas me dire que tu vas bien, tu craches du sang, bordel ! T'as une commotion cérébrale, à tous les c—

_ Et alors ? Rétorqua la brune en fronçant les sourcils, se sentant un peu mieux. Elle toussa dans sa main et essuya les traces de vomi qui souillaient encore sa bouche. Tu crois qu'ils ont un scanner dans ce trou paumé ? Lâche-moi, je vais bien.

_ Tu ne bouges pas ! Al !

_ J'y vais !

Le cadet quitta la pièce à grandes enjambées dans un boucan de tous les diables, faisant rouspéter leurs voisins de chambre. Le silence retomba brusquement sur leur suite, les deux Alchimistes se toisant sans rien dire, pour savoir qui céderait le premier. Helena craqua la première, détournant le regard en poussant un chuintement énervé. Fullmetal garda pour lui son sourire victorieux.

Ed avait laissé sa main sur l'épaule d'Helena pour l'empêcher de faire le moindre mouvement et la scruta comme une bête curieuse, notant ses cernes, sa peau limite cadavérique et l'état piteux de son corps en général. Elle avait encore du sang au coin de la bouche et sur la joue, se mélangeant à la sueur qui lui trempait les cheveux.

Avec prudence, il enleva ses doigts, se reculant légèrement pour lui laisser plus d'espace. Il se releva, continuant de la surveiller avec un air dur, espérant que ça suffirait.

_ Tu bouges, je te jure que tu en auras une vraie, de commotion cérébrale.

_ C'est pas une commotion, soupira Helena qui laissa aller sa tête contre le mur dans son dos.

_ T'as un diplôme de médecin ? La rabroua Ed en nettoyant l'évier avec une mine écœurée. Elle n'avait pas vomi des masses mais l'odeur et la consistance étaient suffisantes pour lui soulever le cœur, à lui aussi. Erk.

Helena le regarda faire en silence, se sentant un peu coupable et agréablement surprise qu'il lui vienne en aide sans faire d'histoire. Décidément, elle en découvrait tous les jours sur cet espèce de nain colérique.

Le médecin revint avec Alphonse un petit quart d'heure plus tard. Helena n'avait pas bougé de son poste, Edward encore moins, appuyé contre l'évier maintenant propre, les bras croisés et la mine renfrognée. Le médecin, le même homme rondouillard qui l'avait vue quelques heures plus tôt, l'ausculta à nouveau, déclarant au bout d'un moment qu'il y avait effectivement un petit « trauma léger », pas vraiment préoccupant. Les frères Elric se concertèrent du regard, pas vraiment convaincus par l'information donnée. Elle avait vomit du sang quand même, on ne pouvait décemment pas parler de « trauma léger ». Qu'est-ce que c'était que cette région de fous, où voir le médecin était peut-être plus dangereux que de ne pas l'approcher ?

Sa prescription fut tellement basique (du repos et peu de mouvements, lui assurer une position mi- assise, mi couchée) qu'Edward fut très tenté de lui dire que même lui, il aurait pu arriver seul à une conclusion pareille. Il remercia le petit homme avec un sourire un tantinet crispé et Al le raccompagna à l'extérieur. Ed avait à peine eu le temps de refermer la porte qu'Helena était déjà debout –ou du moins essayait – et s'apprêtait à retourner tranquillement s'installer dans le canapé.

_ Purée, mais plus chiante et bornée que toi, je connais pas, ronchonna le plus jeune en allant l'aider, un peu à contre cœur. Il passa un bras autour de sa taille pour la soutenir, agrippant celui d'Helena pour le stabiliser sur ses épaules. Elle ricana faiblement.

_ Je te retourne le compliment.

Edward la conduisit à la chambre, l'aidant à s'allonger et reçu un regard moqueur, bien que tinté d'une reconnaissance légère.

_ Eh bien. Si j'avais su que me prendre des pierres sur le coin du nez te rendrait plus aimable et prévenant à mon égard, je l'aurais fait plus tôt.

_ C'est ça, ouais. T'y habitues pas trop non plus, j'ai mes limites.

Lena poussa un drôle de son, à mi-chemin entre le reniflement sarcastique et le gloussement amusé, avant de s'allonger, le buste soutenu par les coussins. Elle soupira.

_ J'ai soif.

_ Un « s'il te plait », ça t'arracherait la gueule ?

_ Je sais pas, est-ce que tu me le dis lorsque tu as besoin de quelque chose ?

Edward grinça des dents et disparut de la pièce, ratant le sourire narquois de sa collègue. Lena se laissa retomber sur les oreillers, soupirant de plus belle en portant son regard au plafond. For-mi-dable. Elle ne pouvait pas rêver une situation plus problématique. Entre la piste de la mine qui s'effondrait –littéralement qui plus est – et ses blessures qui auraient dû la clouer au lit pour au moins une semaine, elle était servie.

Bien entendu, malgré les recommandations du médecin, Helena savait pertinemment que demain matin, nausées, vertiges ou gerbe, elle se lèverait et continuerait son boulot normalement.

'Faut pas déconner non plus.

₪.₪.₪

_ Alors ? Elle va mieux ?

Ed claqua férocement la porte de chambre, qui resta ouverte sous le choc et haussa les épaules à la question de son cadet qui se tordait encore les doigts d'inquiétude.

_ Disons que je suis sans doute quitte pour le canapé ce soir.

_ Ed !

_ Ça va, ça va, râla l'ainé en se laissant tomber sur ledit canapé. Oui, j'suppose qu'elle va bien puisse qu'elle est encore capable de se foutre de ma gueule.

Alphonse se permit un soupir, hésitant lui-même entre le soulagement et l'abattement de voir son frère si vulgaire. Il vint s'assoir sur le fauteuil face à son ainé, qui souffla, fatigué de ce début de journée mouvementé. Avec tout ça, il n'avait même pas eu le temps de manger. Gust devait avoir faim, elle aussi. Quoique, peut-être devrait-elle éviter d'avaler quoique ce soit pendant quelques heures.

_ Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demanda Al d'une voix soucieuse, brisant le silence qui s'était installé sur la pièce.

Avec Helena en convalescence pour une durée indéterminée et la piste des mines qui leur filait sous le nez, il ne restait guère d'alternatives possibles. Et Ed ne se voyait vraiment pas courir à travers la compagne pour questionner des paysans au patois incompréhensible. Surtout que Gust était la seule capable de conduire et s'y rendre à pied n'était même pas une option envisageable.

_ J'sais pas. J'imagine qu'on va devoir aller récolter des indices, encore une fois. C'était bien le moment de se faire ensevelir, tiens !

_ Je t'entends, Fullmetal ! Hurla Helena depuis la chambre entrouverte. D'ailleurs, si quelqu'un avait la gentillesse d'aller me chercher de quoi écrire et la pochette que j'ai laissée sur la table, ça m'aiderait beaucoup. Et un café, si c'est pas trop demander.

_ T'as qu'à bouger tes grosses mi-

_ Grand-frère !

_ Je peux pas ! Ordre du médecin, rappelle-toi ! Noir le café, s'il te plait.

Ed contempla son frère, ahurit, pointant la pièce du pouce, sidéré.

_ T'avais encore des doutes sur sa santé peut être ? Déclara-t-il d'un ton mauvais sans bouger du canapé.

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Le reste de la journée se passa dans le calme, le silence seulement troublé par les demandes ponctuelles d'Helena depuis sa chambre. Ed refusait catégoriquement d'accéder à ses requêtes et parallèlement, s'était mis en rogne quand elle avait fait mine de se lever. Alphonse jouait donc les gardes malades, Lena étant une patiente plutôt sympathique et pas trop chiante.

Après s'être bâfré au restaurant de l'hôtel, Edward avait vidé les lieux pour vadrouiller un peu en ville, espérant glaner des informations supplémentaires. Helena lui avait demandé d'aller chercher un ou deux bouquins sur la région, si jamais il parvenait à trouver une chose pareille, et si le jeune Fullmetal avait effectivement râlé, la brune savait pertinemment qu'il le ferait, sa curiosité plus forte que son aversion.

Landers avait également fait une apparition dans l'après-midi, paniqué et le manteau encore couvert de poussière. Il avait marqué un temps d'arrêt face à Alphonse et seule la voix d'Helena, demandant qui venait d'entrer, le tira de ses réflexions et de sa stupeur effrayée.

Bien entendu, il l'avait sermonnée.

_ Je vous avais prévenu que c'était dangereux !

Sa voix avait des accents stridents, comme une mère grondant son enfant après lui avoir fait une intense frayeur. Helena le laissa déblatérer à ce sujet sans l'interrompre, très peu concernée par les remontrances, le nez toujours plongé dans son bouquin. Finalement, quand l'inspecteur se tut, elle leva la tête vers lui, le trouvant essoufflé et rouge d'avoir trop parlé à une vitesse proche de celle de la lumière. Elle haussa un sourcil septique.

_ Monsieur Landers, je pensais moi aussi avoir été très claire : je dois faire mon travail, quels que soient les risques encourus. C'est vendu avec la licence d'Alchimiste d'Etat, malheureusement. Bien que je comprenne tout à fait votre point de vue au sujet des mines, je me suis montrée extrêmement imprudente. Mais voyez vous-même, je n'ai rien.

Si on exceptait le fait qu'elle avait failli clamser deux fois dans une même journée et était encore bardée de pansements et percluse de douleurs, oui, elle allait plutôt bien.

Landers resta un instant les bras ballants, puis son visage se tordit comme celui d'un enfant pleurnichard. Il gémit.

_ Mais, Major ! Vous auriez pu réellement vous blesser, ou pire ! Qu'aurions nous fait si vous étiez restée coincée dans cette mine ?

_ Je suis certaine que mes collègues auraient fait un travail formidable pour me remplacer et régler cette affaire. Ensuite, vous et vos hommes auraient déblayé l'entrée, un peu tard, certes, mais tout de même. Et de toute façon, cette question n'a pas lieu d'être puisque je le répète, mais je vais parfaitement bien.

Helena avait fini par hausser légèrement le ton. Landers était gentil, là n'était pas le problème. Ou plutôt, si. Avait-il besoin de s'inquiéter tant pour elle ? Ils se connaissaient depuis moins d'une semaine, grands dieux ! Qu'on la laisse lire en paix et dans le silence, elle ne demandait que ça.

Un peu déboussolé par la brusque froideur dont faisait preuve l'Alchimiste, Landers battit en retraite en lui souhaitant un prompte rétablissement, lui promettant de passer demain pour prendre de ses nouvelles et l'informer sur l'avancement de l'enquête. Helena dut se retenir de se pincer l'arête du nez, frustrée à un point inimaginable.

La tête grise d'Alphonse apparut dans l'encadrement de la porte quelques minutes après le départ du brun.

_ Ça va ?

_ J'ai cru qu'il ne partirait jamais, soupira Helena en se laissant retomber sur les oreillers. Fullmetal n'est toujours pas rentré ?

_ Il ne devrait pas tarder, la rassura l'armure en se redressant complètement, demeurant toutefois sur le seuil. Vous- tu veux boire quelque chose ? Manger ? On est tout de même en fin d'après-midi et v- tu n'as rien avalé…

Helena fixa un moment le plafond, faisant mine de réfléchir, son livre ouvert à l'envers sur les couvertures.

_ Je crève la dalle, avoua-t-elle avec une familiarité qu'Alphonse ne lui connaissait pas. Mais je ne suis pas certaine que mon estomac soit parfaitement d'accord avec ça. Une soupe m'ira bien pour le moment. Rien de trop consistant.

_ Je vais chercher ça…

Alphonse disparut de la chambre et Helena resta un instant immobile avant de se décider à bouger. Avec prudence, elle pivota, de sorte à se retrouver assise au bord du lit, les pieds au sol et les mains en appui pour se stabiliser en cas de chute inopinée. La tête lui tournait encore un peu, mais les nausées avaient disparu. Bon point. Quant à ses poumons… autant ne pas y faire allusion.

Lentement, avec la grâce et l'élégance d'un gamin qui fait ses premiers pas, Helena gagna le salon. Elle avait envie de se dégourdir les jambes, rester immobile dans un lit –bien que son état actuel lui recommandât de ne pas en bouger, effectivement – ne lui allait pas et elle tournait vite en rond dans la chambre. Le temps qu'Alphonse revienne des cuisines en veillant à ne rien renverser de son plateau, elle s'était réinstallée sur le canapé, les pieds sur la table basse et la tête à moitié renversée sur le dossier.

La brune se redressa quand l'armure entra dans la pièce. Al grogna.

_ Le médecin a dit ; « du repos et peu de mouvements ».

_ Eh bien, disons que j'ai fait mes mouvements de la journée, contra Helena avec un sourire ironique en se redressant. Elle dut toutefois restée callée contre le canapé pour ne pas tomber en avant.

Alphonse soupira, désabusé, ne pouvant s'empêcher de comparer Helena et Edward dans leur entêtement, essentiellement lorsqu'ils étaient blessés et dépendants physiquement parlant. Qu'est-ce qui lui avait foutu des têtes de mules pareilles ? Et dire que leur enquête ne venait, au final, que de commencer. Elle allait être longue, cette mission, vraiment longue.

L'amure posa son barda sur la table basse, Helena observant d'un air un peu suspicieux la soupe qui tanguait dans son bol. La couleur, oscillant entre le brun et le rougeâtre, ne lui revenait que très peu et pourtant dieu sait qu'elle en avait mangé, des plats louches.

Edward revint dans leur suite alors qu'elle terminait sa soupe –pas fameuse, soit dit en passant, mais qui avait au moins le mérite de lui réchauffer agréablement la gorge et apaiser la douleur le long du muscle. Il tiqua en voyant qu'elle avait quitté la chambre mais ne fit pas la moindre remarque. A la place, il déposa un sac en papier marron devant eux, s'attirant un « regard » curieux de la part de son jeune frère.

_ Des bouquins sur la région. J'ai discuté un peu avec les gars du coin, au sujet des mines.

Helena, qui s'était tant bien que mal penchée vers les ouvrages, redressa la tête pour fixer son collègue.

_ Et ?

Ed haussa les épaules, ôtant son manteau.

_ Pas facile de leur tirer grand-chose, ils parlent avec un sacré accent pour certain. La plupart m'ont dit qu'elles avaient fermé y a peu de temps, suite à des éboulements et des problèmes avec les machines.

_ Peu de temps ? Tu n'as rien de plus précis ?

_ D'après ce que j'ai compris, ça ferait trois semaines, tout au plus.

Helena feuilletait un bouquin distraitement, ses yeux volant d'un bout à l'autre des pages sans pour autant les lire.

_ La première disparition, de quand elle date ?

Les Elric se regardèrent rapidement.

_ Un peu plus d'un mois et demi il me semble, répondit Alphonse.

Gust se frotta le nez, songeuse, les doigts toujours posés sur les feuilles crémeuses. Elle marmonna en fronçant les sourcils.

_ Ça colle pas…

_ De quoi donc ?

Helena reprit sa position initiale, le dos dans le dossier du canapé, fixant les frères Elric d'un air sérieux et professionnel. Exit les piques et les moqueries, elle redevenait Gust, l'Alchimiste d'Etat dépêchée pour régler cette affaire sans queue ni tête.

_ Les disparitions. Quand j'ai su qu'il y avait des mines ici, et qu'aucun de nos rapports en faisaient mention, j'ai immédiatement songé que le ou les coupables avaient dû en faire office de QG ou bien un entrepôt pour les filles, si elles sont toujours en vie. Mais de ce que tu m'en dis, les mines viennent juste de fermer, donc on peut exclure cette hypothèse ci. Et si jamais ils gardent effectivement nos disparues quelque part, alors où ? Ça aurait tenu la route si les mines avaient été fermées au moment des disparitions, ou même avant. Il ne faut pas beaucoup de monde pour faire sauter une galerie et condamner les accès. Ou bien les disparitions seraient un prétexte pour faire fermer les mines ?

Les garçons fixaient Helena sans rien dire, la regardant marmonner pour elle seule alors qu'Edward restait un tantinet surpris et impressionné de la foule d'hypothèses qu'elle avait pu mettre en place en un temps si court. Elle réfutait ou renforçait ses théories à mesure de l'avancement de ses recherches mais le trop peu d'informations rendait la tâche ardue. La jeune femme poussa un grondement agacé en repoussant les feuilles qui s'étaient presque par miracle retrouvées sous son nez et étaient maintenant couvertes d'annotations en tout genre, formant une toile complexe et sans cohérence.

_ Ça ne tient pas debout ! Bon dieu, on tourne en rond dans ce patelin de merde ! Y en a pas un pour nous faire avancer, ils refusent de coopérer et on a rien ! Rien de rien sur cette saloperie dossier!

D'un geste rageur, elle envoya voler ses notes, quelques-unes atterrissant dans son bol de soupe vide. Alphonse ouvrit mentalement de grands yeux, choqué de tant de vulgarité de sa part. Il avait toujours vu Gust comme étant calme et posée, rien à voir avec l'adolescente énervée et limite hystérique qu'il avait sous le nez. Sauf durant ses disputes avec Edward, mais c'était une autre histoire.

Ledit Edward resta d'ailleurs là à la fixer sans un mot, n'esquissant pas le moindre geste lorsqu'elle fit mine de se lever, passant et repassant ses mains nerveuses dans ses cheveux bien emmêlés. Helena marmonnait, cherchant une quelconque cohérence dans le peu d'indices qu'ils avaient à leur disposition. Agacée, irritée autant par la situation que sa faiblesse actuelle, l'Alchimiste se leva dans un mouvement d'humeur. Et le regretta presque aussitôt. La tête lui tourna, les nausées la prirent et sans la poigne d'Alphonse, Gust se serait étalée par terre sans la moindre somation.

_ Vous. L'armure fit une pause tout en aidant la jeune femme à se rassoir sur le canapé. Il inspira mentalement. Tu devrais éviter ce genre de choses pour le moment et seulement te reposer.

_ Ce n'est pas comme si on avait le temps pour ça, ronchonna Helena en lui jetant un regard en coin. Al la fit rassoir de force.

_ Peut-être, mais se précipiter tête baissée n'est pas une solution et ça ne fera en rien avancer les choses. A ces mots, il se redressa pour également toiser son frère, regrettant de ne pouvoir afficher une mine renfrognée. D'ailleurs, c'est valable pour vous deux. Je ne tiens pas à faire le médiateur durant toute la durée de cette enquête et encore moins de jouer les gardes malades parce qu'une de vos disputes aura engendré je ne sais quels dommages collatéraux. Alors soyez assez aimables pour ne pas vous blesser, merci.

_ J'y suis pour rien si elle s'est pris une mine sur le crâne, moi, argumenta Edward en fronçant les sourcils, étonné et vaguement outré que son jeune et doux petit frère s'adresse à lui sur ce ton et ose le comparer implicitement à Gust. Ils n'avaient rien en commun, bordel ! Rien !

Alphonse haussa les épaules, fataliste.

_ Je dis ça à titre préventif, c'est tout.

Et il repartit en direction de leur coin cuisine, emportant avec lui le bol de soupe vide d'Helena, laissant la jeune femme reprendre son souffle et Edward le suivre des yeux, encore ahuri. Rares étaient les fois où Alphonse s'imposait réellement, surtout en sa présence. Lorsqu'Ed était là, le cadet se contentait bien souvent de rester dans l'ombre, tempérant efficacement son ainé sans jamais chercher à se mettre en avant, cependant. Pourtant, l'armure devait bien l'avouer, depuis qu'ils avaient rencontré Helena et que cette dernière avait failli y passer, Alphonse avait plus ou moins véritablement pris conscience des risques que son frère prenait couramment. Bien sûr, Ed était une tête brulée et l'on pouvait dire qu'il avait l'habitude de ce genre de situation, mais Alphonse ne pouvait s'empêcher, à l'heure actuelle, de se sentir responsables des deux Alchimistes d'Etat. Sans savoir si c'était parce qu'Helena avait effectivement manqué de mourir écrasée sous des tonnes de pierres ou bien parce qu'il était vraisemblablement le plus mature des trois lorsqu'ils se retrouvaient tous ensembles.

Le silence tomba alors sur les jeunes gens, Helena reprenant ses notes pour les ranger correctement, Edward s'affalant nonchalamment dans le fauteuil de l'autre côté de la table basse, prenant un des ouvrages qu'il venait d'acheter et Alphonse, qui nettoyait avec une lenteur désabusée le peu de vaisselle qu'ils avaient à disposition.

Helena soupira un peu, avant de se souvenir d'une chose particulièrement importante. Et tout aussi problématique.

_ L'un de vous peut-il aller me chercher le téléphone ? Ou bien m'y emmener ?

Ed jeta un coup d'œil à sa collègue par-dessus son livre, haussant un sourcil septique.

_ Pour quoi faire ?

_ Contacter Roy, entres autres. Je dois faire un rapport régulier, et ce genre d'infos peut sans doute l'intéresser. En espérant qu'il ne me fasse pas une crise… Ajouta-t-elle silencieusement, gémissant mentalement d'agacement.

Alphonse, le si dévoué Alphonse, se porta bien entendu volontaire pour la tâche et comme Helena mourrait d'envie de se dégourdir les pattes et voir autre chose que les murs de la suite et le visage renfrogné de l'ainé Elric, il accepta même de l'aider à descendre les escaliers et faire son chemin jusqu'à la cabine dans le hall.

Helena composa machinalement le numéro privé du bureau du Colonel.

_ Allô…

_ Namasté (*), lança-telle distraitement après avoir été mise en communication avec son supérieur. La voix de Roy se fit soudain plus guillerette.

_ Ma chère Lena ! Je n'attendais pas un appel avant quelques jours, que me vaut le plaisir d'entendre la voix de ma fille adorée ?

Ladite fille adorée fronça les sourcils, jouant avec le fil tirebouchonné du combiné. Ah.

_ C'est rarement bon, lorsque tu gagatises comme Maes, nota la jeune femme alors qu'elle s'appuyait contre le mur.

_ Allons donc, pourquoi dis-tu cela ? Je n'ai pas le droit de prendre des nouvelles de ma fille ?

_ Pas avec cette voix de dingue, non. Hawkeye est encore venue te remonter les bretelles ?

Elle entendit ce qui semblait être Roy s'abattre désespérément sur son bureau comme si tout le poids du monde venait de lui tomber sur le dos.

_ Elle me fait vivre un enfer ! Tous les jours, remplir des tonnes de paperasse, des dossiers à n'en plus finir ! J'ai même pas le droit de sortir ce soir ! J'avais rendez-vous avec Marylène, je ne sais pas si tu imagines un peu ?

Helena leva les yeux au ciel, sa main voltant allégrement jusqu'à son front pour le frapper sèchement. Ce type ne pouvait pas être son père, sincèrement. Comment avait-elle fait pour être adoptée par un coureur de jupons pareil ?

_ Tu sortiras une autre fois, marmonna la brune avec la ferme impression de s'adresser à un ado de 15ans. Et encore, elle n'était même pas certaine que le Fullmetal réagirait de cette manière. T'es Colonel, assume tes fonctions et fait ton boulot, c'est pour ça que tu es à ce poste.

_ Mais il y en a tellement…je suis persuadé que ça va me tuer, un jour. Quand est-ce que tu reviens déjà ?

_ T'es pressé maintenant ? Alors que tu m'as envoyé sur cette mission sitôt de retour à East City ?

_ Mais tu me manques, ma chère petite.

_ C'est ça, ouais. Dis plutôt que tu as hâte que je revienne pour me filer quelques-uns de tes dossiers en douce et trouver une excuse pour ne pas aller diner chez Hughes dans deux semaines.

_ Comment peux-tu savoir qu'il nous a invité à diner ?

_ Parce qu'il était persuadé qu'avec ta mémoire légendaire, tu « oublierais » de m'en faire part. Il m'a contacté avant que je ne réembarque pour Ravenberg. Et maintenant que tu as fini de te plaindre de ton horrible boulot et de tes formulaires administratifs qui t'empêchent de profiter de ta vie de papa célibataire, est-ce que je pourrais enfin te parler de notre mission qui avance au rythme d'un escargot atrophié ?

_ Mais bien sûr. Ça me fera une pause, tiens.

Helena soupira, se pinçant l'arête du nez. Cependant, Roy avait repris un ton un ton plus professionnel et sa fille savait qu'elle pouvait désormais lui parler sérieusement de leur affaire. Ce dont elle ne se priva pas, en profitant au passage pour lui faire bien comprendre à quel point tout ceci commençait à lui courir sur le haricot.

_ Et je peux savoir pourquoi ces mines n'étaient mentionnées nulle part dans notre dossier ? C'est la seule source de production de cette ville, ne va pas me dire qu'on a réussi à passer à côté. D'autant plus qu'il semblerait que ce soit un élément important de notre enquête.

_ Je l'ignore, Helena, je n'ai pris connaissance du dossier qu'il y a peu de temps. On m'a demandé d'y mettre quelques-uns de mes hommes le plus rapidement possible. Tu as appris des choses à ce sujet ? J'imagine que l'hypothèse que vos disparues s'y trouvent t'a traversé l'esprit.

_ Évidemment, rétorqua Lena un peu plus sèchement. Une douleur lui traversa le poumon et elle prit une petite bouffée d'air. Mais étant donné que ladite exploitation m'est tombée dessus, je dois avouer que cette piste semble être quelque peu bouchée pour le moment.

_ Pardon ?

La jeune femme souffla, désabusée. Elle devait bien entendu en parler, son silence pouvait lui couter cher par la suite, si jamais un autre problème venait s'inviter à la fête. Et au-delà d'être son supérieur s'inquiétant pour la bonne santé de ses recrues, Roy était également son père. Elle se devait de le tenir au courant.

_ Ça va, dédramatisa-t-elle néanmoins. Je n'ai rien. Une légère commotion cérébrale, selon le médecin.

_ Et tu appelles ça rien ?

_ C'est pas comme si tu pouvais, toi, y faire quelque chose. Donc nous allons effectivement dire que ce n'est rien. D'ailleurs, c'est davantage sur le fait que ces mines se soient effondrées lorsque j'étais à l'intérieur plutôt que ma santé que j'aimerais que l'on se penche.

_ Préméditation ?

_ Je n'écarte pas l'hypothèse. Cependant, les éléments ne jouent pas en ma faveur ; les mines étaient vieilles, elles ont fermé à cause d'effondrements du même type.

_ Mais ta présence aurait peut-être accéléré le processus…

_ Possible. Et dans ce cas, cela voudrait dire que les ravisseurs sont au courant de notre présence et qu'ils ont effectivement quelque chose à cacher.

_ Au moins, vous êtes sûrs qu'ils sont dans le coin.

_ Hum. Sauf si c'était une coïncidence.

_ Oui.

Un silence s'installa dans le renfoncement du mur et Helena jeta un rapide coup d'œil à Alphonse qui s'était légèrement éloigné pour lui donner un semblant d'intimité avec son père. Elle sourit. Ce jeune garçon semblait avoir vécu tant de choses et pourtant, il parvenait à garder le « sourire » et se montrer doux et aimable avec tant de gens. Alors que l'ainé était une force de caractère explosive, Alphonse, lui, arborait une puissance tranquille et apaisante. Ils étaient le jour et la nuit. De parfaits compléments.

Helena reprit le fil de sa conversation.

_ Ecoute, Roy…Les gens d'ici ne veulent pas de nous, c'est clair. Il y a quelque chose de louche dans tout ça et j'ai l'impression qu'ils cherchent tous à nous freiner. Je ne comprends pas pourquoi les informations nous arrivent au compte-goutte. On patauge depuis qu'on est arrivés, tout s'emmêle, il n'y a aucune cohérence à tout ça. J'en arrive à un point où je commence à soupçonner tout le monde, même ce soit disant inspecteur qui fait un travail si peu efficace que ça en devient hilarant.

Un soupir résonna dans l'appareil.

_ Tu as toujours été un peu parano sur les bords, Lena, mais peut-on te blâmer pour ça ?

Un sourire tordu tira les traits de l'Alchimiste du Vent. Ah, ça…

_ J'avoue que je ne sais plus vraiment par où me diriger. Comment traquer un type alors qu'on ne sait rien ? Rien de rien. Ce n'est pas mon job, d'enquêter sur des disparitions.

_ Il était préférable pour toi de t'éloigner quelques temps du QG.

_ Vraiment ?

_ Je n'aime pas trop qu'on vienne me faire des demandes de transfert concernant mes subordonnés.

Le sourire d'Helena devint une grimace.

_ Qui ça ?

Roy n'hésita qu'un quart de seconde.

_ Le Général Hakuro.

Cette fois-ci, son sang se figea et une sensation de malaise la prit à la gorge.


Houhouuu, suspense de folie dites moi! Bien, alors comme toujours, je tiens à remercier ma Béta pour la relecture (heureusement que tu es là). D'ailleurs, c'est elle qui m'a conseillé de couper là, pour la fin de ce chapitre, alors les réclamations, hein! Vous savez à qui les adresser. ^^ Je plaisante bien sûr.

(*) "Namasté": vous avez sans aucun doute déjà entendu ce terme, qui signifie; salutation, bonjour. Une formule d'usage en Hindi (ouais, je lève le voile sur la langue parlée par Helena.)

- Une petite note en passant, lorsqu'elle est au lit, Helena demande à Ed de lui ramener un café noir. Franchement, après une commotion cérébrale, c'est pas indiqué. Du tout, même. Bien qu'étant plus ou moins entourée de gens baignant dans le milieu médical, j'ignore totalement ce qu'il faut faire dans un cas pareil, alors j'ai quelque peu improvisé. Lena à la tête dure, de toute façon. =)

- Ça vous intéresse sans doute pas, mais je pars en vacances d'ici une semaine, je reviens quelques jours pour repartir aussi sec, alors n'espérez pas trop un nouveau chapitre avant un moment. De toute façon, vous êtes plutôt habitué à mon rythme de tortue, na?

- Bref, si jamais il y a des questions, je reste à votre entière disposition (et la sortie du magasin est par ici. Je vais me recycler en tant qu'hôtesse d'accueil j'crois). Sur ce, bonnes vacances à vous et à une prochaine fois!

- Et je suis désolée s'il y a des soucis de ponctuation, mais il m'a viré des points virgules sans mon autorisation, ce sale petit ...