De retour plus tôt que prévu, c'est un truc de folie, je ne pensais pas poster si vite le chapitre 15, mais eh. Deux semaines sans ordinateur et le bougre est sortit en une soirée sur 4 pages doubles, du feu de dieu, j'ai jamais vu ça. Et dans ma folie, j'ai même entamé le chapitre 16, c'est pour dire.

Un grand merci à Céline qui a eu la gentillesse de me corriger, une fois de plus. Sans elle, ce chapitre ne serait pas là ce soir.

Bonne lecture à vous!


Alphonse poussa un large soupir en se frottant le heaume, faisant crisser la ferraille. Évidemment, il aurait dû anticiper pareille scène, et il se maudit presque pour sa stupidité alors qu'il contemplait, navré, le canapé vide et la couverture pliée avec soin sur l'accoudoir. La suite était silencieuse, excepté les ronflements de son frère dans la pièce à côté et le soleil pointait à peine, glissant ses rayons timides sur le parquet.

La veille au soir, après son coup de fil au Colonel, Helena avait demandé à remonter à la chambre, prétextant que cette petite sortie l'avait épuisée. A bien y regarder, Alphonse n'avait pu s'empêcher d'être d'accord ; la jeune femme avait les traits tirés et une raideur visible dans la plupart de ses mouvements. L'heure étant bien avancée, le cadet Elric avait proposé qu'ils aillent chercher à manger en cuisine pour remonter ici et partager le diner. Ed avait grogné, peu enclin à l'idée de devoir se farcir les deux étages avec sa montagne de pitance sous le bras et Helena avait tranché en affirmant qu'elle n'avait pas faim et qu'ils n'avaient qu'à y aller sans elle. Alphonse avait insisté, bien entendu, mais il avait fini par suivre le blond survolté au rez-de-chaussée et le regarder avaler sa tonne cinq de nourriture avec un mélange de dégout face à sa gloutonnerie, et d'admiration. Comment pouvait-il manger autant et ne pas prendre un gramme ? C'était un autre mystère à ajouter à la liste Edward Elric. Et Alphonse était persuadé que si secret il y avait, ils pourraient devenir riches en un rien de temps en le commercialisant.

Lorsqu'ils étaient remontés (et que le plus jeune avait dû trainer le plus vieux en surpoids temporaire), ils avaient trouvé Helena étalée sur le canapé, son visage disparaissant derrière ses mèches de cheveux, une jambe et un bras en dehors du sofa, qui pendaient tristement. Alphonse aurait aimé que la jeune femme se repose dans un vrai lit plutôt que cette banquette inconfortable mais sitôt la scène aperçue, Ed s'était rué sans plus de manières dans sa chambre et avait bondit sur ledit plumard avec un soupir d'aise.

Al aurait adoré lui faire les gros yeux. A défaut, son ainé avait eu le droit à un sermon auquel il n'avait de toute façon pas prêté attention.

Et une fois de plus, le matin venu, Gust s'était fait la malle malgré son état de santé préoccupant.

Alphonse soupira à nouveau. Dieu, ces deux-là allaient le tuer un jour ou l'autre. Etait-il possible d'être à ce point borné ? De la part de son frère ainé, il avait fini par s'y habituer, mais en tant que fille d'un militaire, Gust aurait dû savoir se montrer un peu plus responsable. Quoique, le militaire en question n'était pas forcément un modèle dans ce domaine-là. Loin s'en fallait, même.

Désormais agacé, Al se promit de lui faire la morale lorsqu'elle rentrerait.

'Non mais sans blague ! Ça commence à bien faire ces histoires, maintenant ! Entre elle et Grand-Frère, y en a pas un pour rattraper l'autre. Et nous, qu'est-ce qu'on est censé faire en attendant ?'

La réponse à sa question se trouvait posée sur la table basse avec les notes de la jeune femme. Elle avait fait un effort pour écrire, visiblement, puisse que l'armure parvint sans trop de peine à la relire.

Passée au commissariat pour voir Landers. J'reviendrais pas manger. J'prends la voiture pour aller dans les terres, concentrez-vous sur les abords de la ville. –

Alphonse reposa la note avec délicatesse et leva le nez vers l'horloge au-dessus de la porte. Encore une fois, elle avait dû partir à l'aube et dans la plus grande discrétion. Bien que restant éveillé toute la nuit, le cadet Elric ne l'entendait jamais se lever ou bien se préparer pour ses petites sorties matinales.

Enfin, maintenant, leur programme de la journée était réglé, ne restait plus qu'à aller réveiller la bête en sommeil et le trainer hors du lit. Alphonse soupira une nouvelle fois, désemparée.

Par moment, il aurait réellement voulu partir loin d'ici et se faire dorer la pilule au soleil. D'un pas lourd et résigné, Al pénétra dans l'arène sous ses propres encouragements mentaux.

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Le général Hakuro avançait dans les couloirs, la mâchoire crispée et le corps raide, répondant à peine aux saluts polis (et obligatoires), qu'on lui adressait à son passage.

Il détestait venir ici, le QG de l'Est n'était qu'un ramassis d'incapables trop gentils et niaiseux, dirigés par un vieillard affable. Combien de visages souriants avait-il croisé en venant jusqu'ici ? Un soldat pouvait-il arborer pareille expression ? Une sorte de joie euphorique et une mine décontractée ?

Bien évidemment que non. Dans l'esprit d'Hakuro et ainsi que pour beaucoup d'autres, ces hommes n'étaient rien d'autre que des machines de guerre, toujours prêts à attaquer ou défendre. Des modèles de sérieux et de discipline. Et non ces imbéciles heureux en costume bleu qui riraient grassement à la machine à café en partageant il ne savait quel ragot. Il leur en aurait donné du boulot, lui, s'ils trouvaient le temps de feignasser.

Grumman et ses idées grotesques de bien-être des troupes, bonne entente synonyme de bon travail…

Heureusement que l'on observait pas pareil phénomène au QG de Centrale, sans quoi le Président aurait eu de sérieux soucis à se faire quant à sa sécurité. Les soldats de Briggs auraient sans doute vomi d'écœurement.

Quoique… les hommes du nord avaient beau être des éléments redoutables, taillés dans la roche la plus dure, Hakuro ne les aimait pas non plus. Trop organisés pour leur propre bien, eux et leur général oubliaient un peu trop souvent qu'ils étaient sous les ordres du Président, et non l'inverse. Arrogance féminine…

En réalité, ce n'était pas tant l'atmosphère légère du QG Est qui rebutait le Général –depuis la fin de la guerre, voilà près de deux ans maintenant, le pays était clairement plus serein et cette paix se faisait ressentir partout, Centrale y compris. Non, ce qui rendait ce lieu si détestable à ses yeux, c'était essentiellement les membres le composant. Comme tout QG militaire, celui de l'Est contenait son lot de gradés (et hauts-gradés) dont un, en particulier, lui sortait littéralement par les yeux.

C'est donc sans frapper qu'il pénétra dans le bureau du trop célèbre Colonel Roy Mustang après avoir traversé sans la voir l'antichambre où se trouvaient ses subordonnés. Une équipe trop dévouée pour un homme trop ambitieux. Mustang avait toujours été « trop » aux yeux d'Hakuro.

Brillant Alchimiste d'Etat et soldat efficace, ce gamin avait gravit les échelons du pouvoir à une vitesse alarmante et une facilité qui l'était tout autant. Sa célébrité était bien entendu remontée jusqu'à Centrale et le brun avait le chic pour s'entourer de personnages importants et en faire ses alliés. Comme le vieux Grumman, qui l'avait pris en affection, dieu seul savait pourquoi, et dont l'ancienneté donnait à Mustang une nouvelle poussée en avant.

Hakuro haïssait et jalousait ce petit brun pédant et son talent odieux.

Depuis la guerre, d'où il était soi-disant revenu en héro, cela n'avait fait qu'empirer les choses et ce petit arrogant avait même pris du galon pour ces exploits. Hakuro ne pouvait le supporter, les éléments comme lui étaient dangereux et plus encore quand lui, le grand et respecté général Hakuro, avait mis tant de temps et d'efforts pour arriver au poste qu'il occupait actuellement. Au train où allaient les choses pour Mustang, le gosse serait à sa place en quelques années seulement. Et le Conseil ne faisait pas dans le baby-sitting !

Mais voilà, Mustang et sa jeunesse, Mustang et sa gueule d'ange, son charisme et son talent. Mustang et sa fougue qui plaisait aux anciens… ce petit con prétentieux qui, derrière son sourire charmeur, jouait le malin dans l'ombre et marquait trop de points dans la cours des grands.

Le prochain Führer serait un Hakuro, purement et simplement. Pas question de se faire coiffer au poteau par ce sale… ce… !

Le quarantenaire bien tassé eut un rictus satisfait quand il vit Mustang sursauter à son arrivée fracassante. Il se dressa d'un bond, ses yeux trahissant une légère panique, manquant de renverser au passage une pile de papiers classés et se tint droit comme un I, au garde-à-vous.

_ Général Hakuro. Que me vaut l'honneur de votre visite ?

Bien que parfaitement maitrisée, la voix de Roy cachait une pointe de méfiance. Tout comme Hakuro ne pouvait décemment pas voir le jeune homme en peinture, ce dernier avait beaucoup de mal à côtoyer cette figure d'autorité.

Le général ouvrit la bouche, prêt à expliquer la raison de sa présence en ces lieux désagréables quand son regard fut attiré par un mouvement flou sur sa gauche. Il haussa un sourcil.

_ Vous faites dans le gardiennage d'enfants maintenant, Mustang ? A qui est cette gamine ?

A son bureau, toujours debout et les mains désormais plaquées sur le meuble, Roy se raidit tandis que les yeux du Général scrutaient l'adolescente assise en tailleur sur le canapé, des livres d'Alchimie étalés autour d'elle, des crayons et des feuilles.

_ Il s'agit de ma fille adoptive, Helena, déclara le brun, mal à l'aise.

C'était pourquoi il détestait plus que tout Hakuro. L'homme avait la fâcheuse tendance de le prendre en traitre en débarquant à l'improviste depuis Centrale pour faire passer ses ordres. Il ne manquait pas une occasion de venir le faire chier, jusque dans son propre bureau.

Il n'aimait pas la petite l'accompagne sur son lieu de travail qui plus est. Selon lui, et au vu de ce qu'ils avaient vécu tous les deux, ce n'était pas un environnement sain pour une adolescente de bientôt 14ans. Roy n'avait cependant guère le choix ; Helena ne « s'adaptait pas » à l'école, terme politiquement correct pour lui faire comprendre que l'établissement n'accepterait pas une élève violente qui allait jusqu'à casser le nez de son petit camarade suite à un malentendu. Et Roy n'avait même pas eu le courage de chercher une autre école, sachant que le résultat risquait fortement d'être le même. Helena n'était pas une enfant facile, et niveau sociabilité, elle avait encore de grands progrès à faire. Alors, entre rester seule dans leur appartement et s'y morfondre, ou bien l'accompagner au QG…

Le Général Hakuro arqua davantage le sourcil, étudiant l'adolescente avec un intérêt appuyé. Trop appuyé aux yeux du papa célibataire qui n'aimait pas la flamme qui brillait dans le regard de son supérieur. C'en était presque s'il ne voyait pas les rouages tortueux de sa malveillance tourner à toutes allures sous son crâne.

Roy regrettait déjà d'avoir ouvert la bouche à ce sujet. Mais qu'aurait-il pu dire d'autre pour justifier la présence d'une civile, mineure de surcroît, dans son bureau ?

_ Vraiment ? S'étonna faussement le plus âgé des deux. Je ne vous imaginais pas vous encombrer de pareilles responsabilités. Voilà qui va grandement freiner votre si brillante carrière, Mustang.

Roy se retint de lever les yeux au ciel et de lui rétorquer vertement d'aller se faire foutre. A l'heure actuelle, il voulait qu'Hakuro vide les lieux et cesse de poser tant de questions.

C'était dangereux.

_ Je saurai concilier ma vie professionnelle et privée, je vous remercie. Helena est suffisamment âgée pour se débrouiller seule en de nombreuses situations.

Hakuro haussa les épaules, agacé. Le sujet semblait déstabiliser et irriter le jeune Alchimiste et rien n'était plus agréable que de le faire vaciller de son piédestal. Il décida d'enfoncer le clou avec une joie malsaine. D'ailleurs, à bien y regarder…

_ Mais dites-moi, combien d'orphelinats avez-vous écumé pour la dénicher ? Elle a le teint bien mat pour une fille de l'Est…

Et d'un nouveau coup d'œil, il nota le bras métallique qui reposait sagement sur les genoux de la petite comme un animal endormi, le teint peu commun de sa peau pour une gamine de la région et la bizarrerie de ses mèches blanchâtres qui tranchaient si vivement sur le châtain du reste de ses cheveux.

_ Elle est du Sud, expliqua calmement Mustang. Sa mère est décédée peu de temps après sa naissance et son père, militaire, est mort pour son pays lors de la guerre d'Ishbal.

Pendant une folle seconde, il avait failli dire « boucherie » afin de qualifier l'atroce génocide auquel il avait participé et qui le hantait encore aujourd'hui. Mais face à un haut gradé, le terme était peut-être malvenu, quoique bien choisi. Il n'aurait fait que dire à haute voix ce que tous pensaient tout bas.

Le Général Hakuro eut un sourire tordu que Roy ne parvint à identifier.

_ Ah, je vois. Un fier soldat. Et quel était le nom de ce brave homme ? Un ami à vous j'imagine, pour vous avoir confié sa petite…

_ Il se nommait Lewin, Monsieur. Eric Lewin, lança Mustang. Il ne pouvait plus reculer désormais, la présence de l'enfant avait attisé la curiosité d'Hakuro et le brun préférait mener un semblant de danse concernant le sujet.

Répondre aux questions avant que l'homme ne les pose était un moyen simple et efficace pour le couper dans son élan et faire en sorte qu'il soit satisfait des maigres informations obtenues.

L'Alchimiste coula un regard vers sa fille adoptive. La petite était nerveuse, le regard baissé sur la table et ses mains bien accrochées à son livre comme s'il s'agissait d'une bouée de sauvetage. Ses épaules étaient raides, son profil tendu dans le canapé. Sa mâchoire tressaillit quand Mustang évoqua son père biologique mais elle garda la bouche fermée.

Hakuro partit d'un léger éclat de rire et arbora ce sourire indescriptible mais proprement horripilant, qui mettait les nerfs de Roy à vif. Que voulait-il à la fin ?!

_ Eh bien, un sacrifice honorable pour sa patrie. Roy ne pouvait croire qu'il venait de dire pareille chose en riant. Mais fille de militaire ne veut pas dire qu'elle peut avoir vent des secrets de l'armée. Veuillez quitter la pièce jeune fille, j'ai à parler avec le Colonel Mustang.

Pour la première fois depuis le début de l'entrevue, Helena releva la tête et croisa le regard de son père adoptif, comme cherchant un signe d'approbation. Mustang hocha discrètement la tête, l'encourageant vivement à l'obéir, presque soulagé qu'elle quitte la pièce et la proximité d'Hakuro. Elle se leva dans un silence plombant, laissant ses livres en place et sortit sans demander son reste, essayant de maitriser les tremblements, autant de rage que de peur, que lui inspirait cet homme aux cheveux grisonnants.

Quand Hakuro quitta à son tour le bureau, une vingtaine de minutes plus tard, Helena était assise avec les autres membres de l'équipe, jouant avec Havoc à empiler le plus de gobelets de café vides sans en faire tomber la pile. Hakuro eut un rictus écœuré et se tourna vers Mustang qui l'accompagnait à la sortie, comme pour s'assurer qu'il allait bien vider les lieux. Mais le plus vieux avait bien mieux en magasin que de chercher une excuse pour l'emmerder encore un peu en restant là.

_ Au fait, Mustang, j'ai vu que votre fille lisait des ouvrages d'Alchimie. Envisagez-vous d'en faire elle aussi une militaire ? Sacrée famille que celle des Mustang !

Et il éclata d'un rire tonitruant et totalement faux tandis que c'était au tour de Mustang de sourire d'un air crispé, gardant tant bien que mal les limites de son self-control et cherchant à tout prix à rester poli. Il lui offrit un sourire aimable et figé.

_ Helena est encore jeune…

_ Y'a pas d'âge pour rentrer dans le métier. Si elle douée, elle peut avoir la chance et l'honneur de servir son pays et venger son père. Il se tourna vers Helena qui le fixait de ses yeux ardoise. Si les regards pouvaient tuer, sans doute serait-il étendu raide mort sur le sol à l'heure actuelle. N'est-ce pas, jeune fille ? En mémoire de ce grand homme qu'était Eric Lewin.

Il se redressa cependant que tous se demandaient comment il était possible d'être si hypocrite.

_ Je vous enverrais quelqu'un de Centrale, Mustang. Vous verrez ça avec lui.

_ Je ne suis sûr que-

_ Ah, et tant que vous y êtes ! Le quarantenaire était déjà sur le seuil de l'antichambre, prêt à partir et coupant Roy dans ses vaines tentatives pour contrer sa proposition. Evitez de la mettre trop au soleil. Si elle bronze encore, on va finir par la prendre pour une de ces Ishbals !

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Helena sursauta violement quand un pigeon –stupide volatile – surgit de nulle part pour venir s'emplafonner directement sur le parebrise de sa voiture. Poussant un glapissement, Gust s'emmêla dans les pédales et calla au beau milieu du chemin dans un bruit sonore.

Qui laissa place à un silence assourdissant.

Helena inspira à fond et posa son front contre le volant, imprimant sa peau d'une trace rougeâtre. Elle ferma un instant les yeux afin de mettre un peu d'ordre dans ses pensées chaotiques. Le cadavre de la bestiole glissait lentement sur la vitre, laissant une trainée sanglante couverte de plumes. Saloperie de piaf.

Helena souffla doucement.

Quelques jours après la visite du Général Hakuro, un expert de Central avait débarqué au bureau de son père adoptif, comme promis, pour lui faire passer une série de tests et divers autres exercices visant à calculer son niveau en Alchimie.

Les résultats étaient revenus deux semaines plus tard, plutôt positifs, accompagnés d'un mot du Président qui les enjoignait vivement à présenter la gamine à l'examen annuel qui devait avoir lieu le mois prochain. Un tel timing, ça relevait presque de la fiction et pour un peu, Roy aurait cru à un coup spécialement monté pour lui et sa fille.

Et comme on ne peut décemment rien refuser au dirigeant de ce pays sans en subir les conséquences…

Helena avait donc passé les épreuves sélectives malgré la réticence de Roy. Au diable sa carrière, si Helena devait se retrouvée enchainée tel un chien à cette armée sans âme. Mais un refus direct aurait pu entrainer divers autres problèmes plus graves et Mustang craignait sincèrement pour la sécurité de sa fille. Fille qui d'ailleurs, ne paraissait pas angoissée par la nouvelle. Au contraire, elle acceptait de passer l'examen en pleine possession de toutes ses capacités et quand Roy s'était énervé à ce sujet, ils avaient fini par se disputer au sujet de la dangerosité de l'action avant que la petite ne lui hurle qu'il n'avait pas le droit de tout sacrifier pour elle.

Roy en était resté sur le cul pendant une bonne minute tandis qu'Helena, furieuse, l'injuriait copieusement avant de le faire jurer trois fois qu'il ne délaisserait ni son rêve, ni les promesses qu'il avait faites.

Sans quoi elle n'hésiterait pas un seul instant à ruiner sa réputation de tombeur, déjà salement amochée depuis sa venue dans sa vie.

La jeune femme sourit en repensant à Havoc qui, à cette époque, l'avait presque suppliée de le faire sans attendre afin que lui et les autres puissent se trouver une petite amie avant que le Colonel ne vienne mettre le grappin dessus.

Helena se souvenait du jour des examens comme si c'était hier. Comme toujours, ils s'étaient déroulés à Centrale et les quelques jours qu'ils avaient passés chez les Hughes, trop heureux de les accueillir dans leur demeure (Maes en particulier), avaient été un pur calvaire pour les Mustang.

Maes s'était plaint pendant des heures sur le fait qu'ils ne leur rendaient jamais visite et que « tonton Hughes » s'ennuyait vraiment de sa petite princesse adorée. Gracia avait sauvé la mise de ladite princesse au bord de la crise de nerfs après une énième séance photo en arguant qu'Helena avait besoin de se préparer pour ses épreuves. En contrepartie, elle avait jeté Roy en pâture à son mari et le pauvre avait beau avoir plaidé sa cause, il n'avait pu sortir des griffes du bigleux.

Du fait des connaissances parfois incertaines sur le sujet, Helena n'avait eu l'épreuve écrite que de justesse mais s'était largement rattrapée sur l'examen pratique, impressionnant les jurés en créant une mini-tempête de sable au beau milieu de la salle après avoir effrité, à l'aide d'un deuxième cercle, une bonne partie du sol pour en tirer les éléments premiers à sa transmutation. Elle avait d'ailleurs tout laissé en état à la fin de l'épreuve, incapable d'y changer quoi que ce soit (elle s'était spécialisée dans les courants d'air, pas la pose de carrelage).

Et une semaine plus tard, elle intégrait le corps très fermé et prisé des Alchimistes d'Etat. Et devenait une proie de choix pour le Général Hakuro qui voyait là une parfaite occasion de mettre un peu plus de pression sur les épaules de Mustang en se servant de ce nouveau jouet.

Le Colonel avait cependant réussi à obtenir du Généralissime (et en grande partie grâce au soutien de Grumman) que sa fille demeure dans son équipe et depuis, faisait en sorte qu'elle y reste.

Helena secoua la tête et ouvrit la portière pour sortir du véhicule, détachant l'animal écrasé de son parebrise dégueulasse avec une moue dégoutée. Elle contempla le désastre, moins important qu'elle ne l'aurait pensé. Un coup d'œil sur ses mains lui apprit qu'elle tremblait comme une feuille. Elle eut un sourire crispé.

'Reprend toi ma grande, c'est certainement pas le moment de te laisser aller. Et puis, c'est pas la première fois qu'il essaye de te mettre le grappin dessus, pas vrai ?'

Elle se demanda en quoi cette pensée était réconfortante. Parce qu'Hakuro n'avait jamais réussi son coup jusqu'à présent ? Merci à Roy qui veillait au grain et savait y faire pour détourner son attention en envoyant sa fille en mission sans préciser sa date de retour.

Hakuro était un vautour, opportuniste jusqu'au bout des ongles et prêt à tout pour nuire à ses rivaux. Mustang en particulier, puisqu'il était le seul véritablement dangereux dans la course pour le siège du président. Lui, Oliva Armstrong et Grumman, à la rigueur.

'Quoique', songea Helena avec une certaine tendresse. 'Il aura sans doute prit sa retraite d'ici là. Mais le pays se porterait tellement mieux avec un homme comme lui à sa tête.'

Grumman avait toujours nourrit pour Helena cette attention parfois un peu encombrante de papy gâteau. N'ayant pas pu profiter de sa petite fille depuis bien longtemps, car brouillé avec cette partie de la famille disait-il, il s'était rabattu sur Helena.

La jeune fille ne lui en voulait pas. Contrairement à Hakuro, le Général Grumman était un homme droit et intègre, qui respectait et prenait soin de ses subordonnés comme il le ferait avec un membre de sa famille. A ses yeux, c'était sans doute ce qu'ils étaient tous. Le vieux lui avait enseigné les échecs, jeu dont Helena ne raffolait pas vraiment, mais elle se faisait toujours un plaisir de passer par son bureau en revenant de mission afin de partager un thé et des pâtisseries.

Avec un léger sourire aux lèvres, ragaillardie par ce souvenir bien plus joyeux que le regard mauvais et scrutateur du Général Hakuro, Helena remonta dans la voiture et effaça les dernières traces de son homicide involontaire d'un coup furieux d'essuie-glaces.

La jeune femme reprit sa route, tachant de se concentrer cette fois-ci. Quoique le pigeon en question ait eu la stupidité exemplaire de venir s'éclater contre sa vitre et non l'inverse.

Une longue journée l'attendait, encore faite de déceptions et de jurons bien sentis. De un, ils n'avaient aucun indice potable pour les mettre sur la voie. De deux, elle avait une migraine de tous les diables et ses blessures la faisaient encore un peu souffrir. Et de trois ; les gens de la ville avaient été si aimables avec elle qu'elle ne doutait pas une seconde que la réaction des farouches paysans du coin serait tout aussi agréable.

Par réflexe, Helena tâta le siège passager, à la recherche de sa sacoche et d'une boite d'antidouleur, avant de se souvenir que ladite sacoche et son contenu se trouvaient sous un tas de pavasses au fin fond d'une montagne.

'Ça risque de devenir problématique à la longue.

Je savais bien que j'avais oublié de préciser quelque chose à Roy.'

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Edward se laissa tomber sur le canapé en poussant un soupir monstrueux, reflet de la fatigue qui le terrassait en cet instant. Affalé contre le dossier, bras et jambes écartés, la bouche grande ouverte ; il jouait l'étoile de mer échouée et à l'agonie.

Alphonse et lui avaient passé la journée à faire du porte à porte, interrogeant des fermiers, des paysans, des types louches et des ménagères qui l'étaient parfois à peine moins et paraissaient presque les attendre dans l'ombre de leur bicoque. Il en avait plein les pattes, pour ne pas être totalement vulgaire, et n'en pouvait plus de ces histoires à deux sous que ces pecnauds lui avaient servi à toutes les sauces, si ce n'était plus. La montagne maudite par-ci, le diable par-là, les mines hantées, le mauvais œil sur le village, les récoltes qui n'avaient pas été bonnes cette année, le lait qui tournait presque immédiatement…

Il leur aurait fait avaler par les narines, leur foutu lait de mes deux !

Le grincement familier et réconfortant de son jeune frère lui fit légèrement relever la tête et ses yeux ambrés pétillèrent de joie pure en voyant le plateau repas qu'il lui amenait.

Edward s'assit d'un bond, lancé en mode bouffe.

_ T'es le meilleur frère dont on puisse rêver, tu sais ça ? M'apporter un petit encas, c'est vraiment sympa.

Al haussa un sourcil mental et posa une main sur sa hanche.

_ C'est censé être un repas complet pour deux personnes, Ed…

_ Sérieux ? Le nain baissa le nez sur son assiette, plissant des yeux. C'est vraiment des radins ici.

Et Ed d'enfourner son plat plus vite que l'éclair.

_ M'est avis que tu manges beaucoup trop, corrigea le cadet en s'asseyant sur le fauteuil, commençant à noter au propre le peu de choses qu'ils avaient pu récolter. Helena avait raison sur ce point ; ils avançaient à la vitesse d'un escargot estropié. Et encore.

Edward balaya l'argument de son frère d'un geste de la main.

_ J'suis en pleine croissance, j'ai besoin de manger.

_ Des quantités raisonnables, oui, et normales pour un être humain. Et non pas engloutir des saladiers comme s'il s'agissait de petits fours.

_ On a pataugé dans la boue toute la journée, j'ai brulé des calories !

_ On n'a pas dépassé la limite du village…

_ A qui la faute ? Madame Bonne-Humeur a pris la voiture.

_ A quoi ça nous aurait servi d'avoir la voiture puisse que ni toi, ni moi, ne savons conduire.

Edward fixa l'amure creuse pendant un quart de seconde puis prit un air faussement ennuyé qui dissimulait mal son amusement.

_ T'as réponse à tout, hein ?

Alphonse sourit mentalement, ses yeux se plissant légèrement dans le noir de sa visière. Il eut un petit rire.

_ Il faut bien, sans quoi tu finirais par avoir la grosse tête !

_ Parle pour toi, la boite de conserve !

Ils éclatèrent de rire et la soirée continua dans une ambiance décontractée qu'ils n'avaient plus connue depuis un moment.

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Helena songea un moment à s'inscrire pour le livre des records, sections « soupirs » quand elle poussa un énième souffle agacé et désemparé en se garant sur le parking du commissariat.

Sa journée n'avait été qu'une longue et insupportable suite d'échecs, d'injures et de portes claquées. Elle n'avait pas eu le droit au fourches ni au bûcher, mais c'était bien un miracle compte tenu des regards meurtriers et terrifiés dont elle avait fait l'objet.

La seule information réellement intéressante, mais si peu fiable, qu'elle avait pu rapporter au terme de son aventure épique à travers la campagne environnante avait été le témoignage d'un gamin de huit ans. Le môme l'avait suivie jusqu'à sa voiture, échappant pendant quelques secondes à la surveillance de ses parents. Le gosse était encore trop jeune pour se montrer vraiment belliqueux à son égard et sa curiosité face à « l'étrangère » avait pris le pas sur sa peur, alimentée par les histoires racontées par ses géniteurs.

Le petit avait alors confié à une Gust attentive que sa grande sœur aussi, avait disparu depuis plusieurs semaines. Et quand Helena avait demandé quelques précisions, il lui avait indiqué son âge et des caractéristiques physiques intéressantes.

Comme par exemple le fait qu'elle avait tout juste 17ans, qu'elle était blonde et n'avait pas de « n'amoureux ».

Le petit remercié et à nouveau derrière le volant, Helena avait soupiré –encore ! – en songeant à son hypothèse concernant le nombre de victimes, qui était bien au-delà de ce qu'on leur avait dit. Combien de ces pauvres filles étaient-elles tombées entre les mains de ces malades ?

Maintenant face au seul bâtiment abritant les maigres forces militaires du village, Helena s'apprêtait à se payer le luxe d'une visite à ce cher Landers afin d'obtenir quelques nouvelles de son côté. Bien qu'elle n'espérait pas grand-chose non plus.

Poussant la porte du commissariat, Gust s'étonna de la fébrilité, de l'effervescence qui régnait sur les lieux. Elle qui était toujours entrée dans une bâtisse anormalement calme et morne, ce changement était radical.

Ça courait, ça criait. Les lumières du plafonnier grésillaient dans l'agitation soudaine tandis qu'on cavalait dans les couloirs à la recherche d'un collègue, de précisions, d'informations, d'un dossier ou encore d'une agrafeuse.

Helena se tailla tant bien que mal un passage dans ce début d'Apocalypse qui lui rappelait un peu l'état du QG Est, et plus particulièrement l'équipe Mustang au complet, quand on annonçait à la dernière minute l'arrivée inopinée du Commandant Armstrong. Le chaos qui en résultait était d'autant plus terrible quand on avait à faire avec le duo Alex/Maes. Un vrai carnage.

Quand la jeune femme parvint finalement au bureau de Landers, ce dernier était en grande conversation avec un officier moustachu. L'inspecteur sursauta quand il aperçut Gust qui frappait à la porte pour signaler sa présence et délaissa immédiatement son interlocuteur pour se précipiter sur elle, presque paniqué.

_ Major Lewin, quelle joie de vous voir ici ! Vous allez mieux ? Bien sûr, sinon vous ne seriez pas là. Vous avez entendu les nouvelles ? Ça vient de tomber, oh, si vous saviez-

_ Justement non, je ne sais pas, coupa fermement la brune en le sentant partir en vrille, l'incarnation même de la nervosité. Ce mec était-il incapable de contrôler un minimum ses émotions ?

_ Expliquez-moi ce qui se passe ici.

Landers la considéra un moment, interdit, la bouche entrouverte sous le choc. Puis finalement, il se lança.

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_ Tu crois que c'est une bonne idée ?

_ Bien sûr. Ils vont s'agiter, s'affoler. Brouiller eux-même les pistes pour finalement suivre aveuglément celle que nous avons tracée pour eux.

_ Avait-on besoin d'attendre si longtemps ?

_ Tu connais le proverbe ; « Tout vient à point à qui sait attendre ».

_ Mouais… je crois que je préfère : « la vengeance est un plat qui se mange froid. »

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Un crissement strident de pneus hurlants sur l'asphalte résonna dans la nuit, dérangeant les voisins et faisant grincer Edward des dents. Les deux pieds sur la table basse, confortablement calé dans le sofa, il lisait un essai alchimique sur la transmutation végétale qu'il avait emmené avec lui en partant d'East-City.

Sait-on jamais, peut-être qu'il parviendrait à faire pousser de la pierre philosophale en pot ?

D'un geste sec, il referma l'ouvrage, pestant contre l'abruti qui osait troubler ainsi sa douce quiétude littéraire.

_ Il a eu son permis dans une pochette surprise ou quoi ?!

_ Du calme, Grand frère, du calme. Tu as un sérieux problème de gestion de la frustration et de la colère, tu sais ça ?

_ Arrête de jouer les psys véreux, tu veux ?

Le bruit d'une porte assez violement calquée, puis d'une course dans l'escalier en bois qui trembla comme un vieil échafaudage empêcha le jeune blond de retourner à sa lecture et il s'apprêtait déjà à gueuler en bonne et due forme contre l'importun qui osait venir briser sa concentration quand la porte de leur suite vola en éclat en battant contre le mur dans un « bang » sonore.

Les frères Elric eurent alors tout le loisir de contempler, incrédules, une Gust échevelée, qui se tenait courbée sur le seuil, les cheveux défaits et la respiration erratique, se raccrochant au montant en bois comme si ses jambes ne pouvaient plus la porter.

Une main sur la cuisse pour se stabiliser, elle essayait de reprendre son souffle. Alphonse se leva.

_ Mlle Le- Helena !

_ Prenez –humf – vos affaires. –humf – on a – humf – retrouvé une fille.


Et voilà, fin du chapitre. Hé, hé. ^^
Encore un grand merci à tous ceux qui me suivent et lisent cette fic. Mais il est vrai qu'il est difficile de connaitre vos sentiments si vous ne me laissez pas un petit mot... J'ai l'air de plaider? Pas du tout.